Bonjour à chacun,
@Cmoi
cmoi a écrit : ↑mer. 08 mars 2023, 6:26Xavi a écrit : ↑mar. 07 mars 2023, 13:52Vous connaissez les tendances théologiques qui prétendent aujourd’hui le contraire, par des considérations historico-critiques qui sont souvent justes mais qui ont débordé excessivement par rapport à la foi de l’Église.
pensez-vous vraiment que ceux qui se servent de cette théorie pour « renoncer au texte » ou le calomnier, y soient en majorité attentifs voire le connaissent vraiment ? Du coup, même si vous aviez faux dans vos explications, le verraient-ils ?
Il me semble que personne ne «
renonce » au texte, ni ne manque d’attention, mais qu’il y a une réticence à oser s’opposer à une tendance dominante assez dénigrante pour ceux qui pensent autrement.
Et, en effet, si j’ai faux sur un point ou l’autre, ils ne le verraient pas parce qu’ils ne veulent pas s’y intéresser.
J’ai eu un échange avec un brillant théologien réputé de grande qualité exégétique, mais, lorsque j’ai essayé de lui exprimer l’intérêt de comprendre le récit du début de la Genèse dans le contexte historique mésopotamien du début du deuxième millénaire avant Jésus-Christ, sa conviction qu’il s’agit d’un texte du premier millénaire fut telle qu’il m’a indiqué son manque total d’intérêt pour une telle approche historique qui est la mienne de sorte qu’il a souhaité arrêter là notre échange.
cmoi a écrit : ↑mer. 08 mars 2023, 6:26
J’ai donc une question pour vous : votre conviction est-elle vraiment que cette théorie est scientifiquement juste, ou cette question est-elle pour vous secondaire ? Vous voudriez alors seulement prouver qu’elle n’est pas une raison valable pour ne pas avoir la foi ?
Croyez-vous que ce soit suffisant en soi ? Que pour le coup, croire en Dieu ait besoin de preuves (autres que celles philosophiques et historiques - qui seraient sujettes à caution), que ce soit une bonne manière d’aborder la question sachant ses enjeux ?
Je ne sais pas ce que vous mettez derrière le mot «
théorie » (l’évolution ?, l’analyse historico-critique ? mes hypothèses ?). Sur le plan scientifique, j'essaie de ne tenir compte que de ce qui me semble suffisamment établi.
Ce n’est pas secondaire et j’essaie d’harmoniser la raison et la foi. Aucun détail n’est jamais suffisant en soi. Je vous ai déjà dit que je préfère éviter la notion de preuve dans des questions controversées lorsque l'opinion ne se base que sur des indices et des hypothèses.
Quant à la manière, chacun fait pour un mieux…
cmoi a écrit : ↑mer. 08 mars 2023, 6:26
Pour ne pas durcir la conversation je ne vous avais rien répondu quand vous écriviez que la Bible et St Augustin défendaient déjà cette théorie, mais je doute que vous puissiez en citer un texte qui l'illustre, et qui aurait été ainsi compris avant Darwin.
Et pourtant…
St Thomas écrit : «
St Augustin dit que l’homme a été fait quant au corps, parmi les œuvres des six jours, selon les raisons causales que Dieu inséra dans la création corporelle … Donc le corps fut produit par une vertu créée, et non immédiatement par Dieu…
Il y a deux manières pour une chose de préexister dans les créatures selon les raisons causales. D’abord à la fois selon la puissance active, en ce sens qu’il y a non seulement une matière préexistante d’où elle puisse être tirée, mais aussi une créature préexistante qui soit capable de la faire. Ensuite selon la puissance passive seulement en ce sens qu’il y a une matière préexistante à partir de laquelle elle peut être faite par Dieu. C’est de cette deuxième façon que selon S. Augustin le corps de l’homme a préexisté dans les œuvres produites selon les raisons causales » (Somme théologique, T. 1er, Q. 91, art. 2.4 concernant «
La production du corps du premier homme »).
Voici quelques extraits du livre intitulé «
De la Genèse au sens littéral » écrit par St Augustin (354-430) que vous pouvez consulter avec le lien suivant :
http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/mr.htm
Nous sommes invités à les lire avec prudence, comme St Augustin, car «
A-t-on une opinion plus vraisemblable sur ces vérités? Loin de la combattre, j'y applaudirai » (L. VII, Chap. 28, n° 42).
«
Il serait par trop naïf de s'imaginer que Dieu forma l'homme du limon de la terre en le pétrissant avec des doigts : l'Ecriture eût-elle employé cette expression, nous devrions croire que l'écrivain sacré s'est servi d'une métaphore » (Livre VI, Chap. 12, n° 20).
«
c'est à l'origine des temps, quand se fit le jour, que fut créé le monde et que furent déposés à la fois dans ses éléments les germes dont les plantes ou les animaux devaient sortir dans la suite des temps » (id., chap. 1er, n° 2)
«
pour se former et se développer… tous les arbres ou tous les animaux que nous voyons naître … eurent à traverser une période de temps plus ou moins longue, selon les convenances de l'espèce ». (id., Chap. 14, n° 25).
«
tout ce qui devait exister a été créé simultanément en principe » et «
les êtres … sortent de ces causes primitives, au moment marqué » et «
Celui qui est arrivé à l'existence apparaît avec les modifications qui composent la vie, et qui sont le développement effectif dans une substance réelle des causes secrètes, virtuellement contenues dans toute créature : telle fut l'herbe, après avoir poussé sur la terre, tel fut l'homme formé en être vivant, et, en un mot, les animaux ou les plantes que Dieu produit en vertu de son activité continue. Du reste, tout être contient en soi un autre lui-même, grâce à cette propriété de se reproduire qu'il tient des causes primordiales où il fut enveloppé, avant de naître sous les formes propres à son espèce, au moment où le monde fut créé avec le jour » (id., Chap. 10, n° 17).
«
l'homme a été formé de la terre comme le reste des animaux » (id., Chap. 12, n° 22) et «
son corps animal l'exposait à la mort » (id., Chap. 24, n° 36).
«
lors de la formation de l'homme au sixième jour, la cause virtuelle du corps était renfermée dans les éléments matériels; tandis que l'âme créée comme le jour primitif, était restée enveloppée dans les oeuvres de Dieu jusqu'au moment marqué où le souffle divin l'associa au corps formé du limon de la terre » (L. VII, chap. 24, n° 35).
Ainsi, l’homme «
fut formé ainsi à l'origine du monde, parmi les causes primitives, au moment où elles furent créées toutes ensemble » puis « i
l fut créé, quand le temps marqué fut accompli, visiblement dans son corps, invisiblement dans son âme, ayant été composé d'une âme et d'un corps » (Livre VI, chap. 9, n° 19).
«
De quelque façon que Dieu l'ait formé, il l'a formé comme pouvait et devait le faire un être tout-puissant et sage. Il a en effet déterminé les lois selon lesquelles les êtres sortent de leurs germes et apparaissent avec toutes les propriétés de leur espèce, d'une manière si infaillible que sa volonté domine tout. Sa puissance a assigné aux créatures leurs limites, mais sans s'y renfermer elle-même » (id., chap. 13, n°, 23) et «
quand on dit qu'il fut créé, on entend que Dieu créa la cause dont il devait sortir au temps marqué » (id., chap. 15, n° 26).
«
Le sixième jour en effet, Dieu, loin de créer l'homme, en laissant à la femme le temps nécessaire pour naître, « « créa l'homme et le créa mâle et femelle: et il les bénit. » Mais alors comment la femme fut-elle créée pour lui, lorsqu'il eut été déjà placé dans le Paradis ? » (id. Chap. 2, n° 3). «
Qu'on revienne alors à l'Écriture : on y verra que le sixième jour l'homme fut créé à l'image de Dieu, et créé mâle et femelle. Qu'on poursuive et qu'on demande à quelle époque fût formée la femme; on trouvera qu'elle fut formée en dehors des six jours » (id., Chap. 6, n° 10) et «
l'expression suivant laquelle Dieu fit l'homme à son image ne peut s'appliquer qu'à l'âme; les termes de mâle et de femelle ont trait évidemment au corps » (L. VII, Chap. 24, n° 35).
«
Aussi le corps d'Adam avant le péché pouvait être regardé comme mortel sous un rapport et immortel, sous un autre : j'entends par là qu'il pouvait mourir et ne pas mourir. Il y a en effet une différence profonde entre le privilège de ne pouvoir mourir, tel que Dieu l'a donné à certains êtres essentiellement immortels, et celui de pouvoir ne pas mourir, tel que Dieu l'accorda au premier homme en le faisant immortel. L'homme empruntait cette immortalité à l'arbre de vie, il ne la tenait pas de la nature : il fut éloigné de cet arbre après sa faute, et la mort qui n'aurait point eu lieu sans le péché, devint possible. Ainsi donc l'organisation de son corps animal l'exposait à la mort; s'il était immortel, il le devait à la bonté du Créateur. Le corps étant animal, était par là même mortel, en ce sens qu'il pouvait mourir: il n'était immortel qu'en tant qu'il pouvait aussi ne pas mourir. Quant à l'immortalité qui exclut la possibilité même de mourir, elle sera un attribut du corps spirituel dont nous avons la promesse dans la résurrection. Ainsi le corps d'Adam, animal et pourtant (à cause de cela) mortel, aurait pu devenir, par une vie de justice, spirituel, et dès lors immortel dans le sens absolu du mot le péché n'en fait pas un corps mortel, il l'était déjà, mais un corps mort, ce qui aurait pu n'avoir pas lieu, si l'homme était resté innocent. » (Livre VI, chap. 25, n° 36)
«
On ne me comprendra peut-être plus; car je fais abstraction de toute idée physique, je dépouille les semences elles-mêmes de toute étendue. L'homme n'était pas même un raccourci d'atome, lorsqu'il fut fait dans la création des six jours. La semence fournit une métaphore assez heureuse pour faire comprendre cette idée, parce que les êtres qui doivent en sortir plus tard y sont virtuellement contenus; mais avant les semences matérielles, il y a les causes, les principes invisibles : c'est le point délicat à saisir. » (Livre VI, chap. 6, n° 11).
Encore un autre extrait de St Augustin dans un autre livre : «
Suppose-t-on que l'homme, à qui l'être avait été donné, subsistait déjà dans l'union de l'âme et du corps? Le souffle de Dieu vint ajouter le sens et la raison à l'âme vivante, lorsqu'en vertu de cette insufflation l'homme fut fait âme vivante, non pas que le souffle eût été changé en âme vivante, mais il agit sur l'âme vivante. Jusque-là néanmoins 'nous ne devons pas encore voir l'homme spirituel dans celui qui a été fait âme vivante, mais toujours l'homme animal: il ne devint spirituel que quand placé dans le Paradis, c'est-à-dire mis en possession d'une vie heureuse, il reçut aussi le précepte de la perfection qu'il devait trouver dans la soumission à la parole de Dieu. Aussi après qu'il eut péché en rejetant le précepte divin et qu'il fut chassé du Paradis, il ne lui resta que son être animal (1). … Car écoutons ce que dit l'Apôtre : " Ce n'est pas ce qui est spirituel qui a été fait d'abord, mais ce qui est animal (De la Genèse contre les Manichéens, Livre II, Chap. 8, n° 10)
@Aldebaran
Merci pour vos réflexions dont la discussion serait trop décalée ici
@Gaudens
Gaudens a écrit : ↑mer. 08 mars 2023, 10:02
Je ne vois pas avoir reçu de Xavi une réponse à ma question sur la caractère humain d’êtres vivants pratiquant des rites funéraires, ce qu’à ma connaissance aucun non humain/animal n’a jamais fait (j’accepterais la démonstration contraire).
Cela me semble aussi fort décalé ici, mais je peux vous renvoyer à la réponse que j’ai écrite ailleurs, dans un message du 17 janvier 2020 (19h18) dans le fil «
Adam et Ève : où et quand »
https://www.cite-catholique.org/viewtop ... ts#p414742
Gaudens a écrit : ↑mer. 08 mars 2023, 10:02
Et donc une réponse aussi à la question : le souffle divin est-il la même chose que l’âme ou viendrait-il en sus d’une âme déjà existante pour de nombreuses générations précédant Adam et Eve ?
Tout dépend du sens donné au mot «
âme ». Comme principe de vie, tout vivant terrestre, y compris les animaux, ont une âme.
Le souffle divin est une action de Dieu qui fait d’Adam et Ève ainsi que leurs descendants, des âmes ayant une nature corporelle et spirituelle. Aucune autre créature n’est ainsi.
Le souffle divin n’est donc pas la même chose que l’âme mais est une action de Dieu qui produit une âme singulière.
Elle est singulière parce que cette action divine, insufflant un esprit dans une réalité corporelle, produit l’âme, la personne humaine qui survit à la mort physique de son corps.
Nous sommes ici dans une situation du type [1 + 1 = 3]. Dieu met ensemble du corporel (1) et du spirituel (2) et il advient une réalité nouvelle : une âme humaine (3) qui n’est pas une simple addition de ce qui a été mis ensemble, mais une création produite par cette addition.
Le meilleur exemple reste celui que j’aime percevoir dans la Genèse, celui d’une image.
1. Vous avez du papier et de l’encre ou, à l’époque, une tablette d’argile : c’est le corps.
2. Vous avez une action du dessinateur ou de l’écrivain qui écrit ou qui grave la pensée immatérielle de quelque chose, ou de quelqu’un, ou d’une scène qu’il veut représenter dans une image : c’est le souffle divin immatériel dans le corps (le papier ou la tablette d’argile)
3. Vous avez finalement une image indivisiblement corporelle et immatérielle : il faut à la fois, d’une part, le papier, l’encre et le crayon (ou la tablette d’argile et le calame pour y graver), et, d’autre part, l’action du dessinateur qui est mue par une pensée immatérielle. Sans l’un et l’autre ensemble, il n’y a pas d’image.