ademimo a écrit : ↑mar. 29 mars 2022, 11:01
Le fondamentaliste fanatique se dit que peu importe les morts, Dieu reconnaîtra les siens. C'est la foi religieuse portée jusqu'à sa logique la plus extrême. Et je trouve que les catholiques conciliaires sont un peu aussi dans cette voie, à leur manière. Alors que les catholiques dits "traditionalistes", souvent accusés de fondamentalisme, seraient paradoxalement plus conformes avec l'ancienne prudence de l'Eglise, favorisant un certain conservatisme seul garant d'une stabilité politique. En fait, ça peut surprendre, mais il me semble que ce sont plutôt les conciliaires progressistes qui sont dans une logique fanatique et fondamentaliste (du passé faisons table rase, déchristianisons car beaucoup sont de mauvais chrétiens, les mauvais chrétiens n'ont pas leur place dans l'Eglise, nous sommes le petit reste d'élus et après nous le chaos, etc.)
C’est un point de vue intéressant et que je peux partager concernant les tradis, qui sont en ce sens plutôt des conservateurs que des réactionnaires (à part quelques meneurs surtout aux débuts).
Pour ceux que vous qualifiez de « conciliaires », je dirais déjà qu’ils ne le sont ou l’ont été que par défaut : ils ont subi le changement comme les autres et sans nécessairement être totalement d’accord – l’obéissance étant une vertu qui y a fortement contribué d’autant qu’il fallait pour y déroger se montrer très « actif », voire réactionnaire.
Ensuite, ils ont donc dû évoluer et trouver des raisons à un choix qui fut essentiellement passif, et qui longtemps ne sut pas comprendre à quoi ou de quoi, tant il y avait de tiraillements.
Plus que « Dieu reconnaitra les siens », je dirai que leur mantra aura été « il ne faut pas juger », cela s’explique, et à ce titre ils ont accepté une déliquescence doctrinale qui a fini par reconnaître et semer parmi eux des croyants dont la foi s’écartait de beaucoup de la vraie foi, à force d’inculture et de perdre une certaine exigence dans trop de controverses.
Vous semblez retenir à raison pour les qualifier ceux qui ont su conserver et transmettre et approfondir leur foi, telle que l’Eglise en est bien la gardienne.
Ce que vous dites pouvoir surprendre s’adresserait donc de leur part tant envers les tradis de tous poils qui s’écarteraient de l’Eglise (sans pour autant toujours les juger), qu’envers ceux en leur sein dont la foi est superficielle, lacunaire, voire déviante, ou les apostats qui furent légion et sont devenus parents de non-baptisés que ce statut « innocenterait », et sachant que la proximité du choix parental pose sur l’Eglise un regard et statut de « has been » qui empêche de les aborder en missionnaire.
Je pense néanmoins qu’ils sont plus fatalistes que fondamentalistes, que leur manière a évolué et qu’ils ont repris du poil de la bête côté enseignement doctrinal, et notamment par le biais de la lecture et du partage de la parole de Dieu, par des tentatives d’intégration de certaines disciplines nouvelles ou de développement personnel, par de nouvelles formes d’actions et de prières, sans doute et paradoxalement plus individualistes que celles des tradis.
Ils ont admis une fois pour toutes leurs faiblesses, notamment celle quantitative, s’en sont remis à Dieu (mais d’une façon humble et non arrogante comme le laisse entendre une identification par « Dieu reconnaitra les siens »), et ce n’est pas un si mauvais état de départ pour maintenant s’engager dans un qualitatif, pourvu de ne pas douter de Lui ni de leur foi.
Bref, il faudrait creuser ce « à leur manière »… car il n’est pas impossible que la crainte d’être reconnu dans le tableau que vous en faites explique certaines désertions, par suite d’une contamination par « le monde ».
Ce en quoi suivre le mouvement traditionaliste, qui « sauve les apparences » du religieux, peut être plus pratique et commode, car il évite certaines questions cruciales et existentielles, contemporaines, toutes absorbés par sa propre survie marginale.
Indirectement, je sors ainsi le sujet de l’opposition entre nihilisme satanique et instinct de conservation, dans lequel vous l’avez introduit, voire enfermé, pour certains et qui vous vaut des critiques.
Il arrive que nous devions « nous jeter dans le vide » et que ce soit un acte de foi, sans quoi Satan n’aurait pas pu en faire une tentation, mais cela dépend des circonstances.
Le plus souvent et dans nos vies, la tentation est inversée : elle nous dit qu’il faut rester raisonnable et ne pas nous « lancer », alors qu’il le faudrait ! Or une vie de chrétien ne peut être routinière et « bon chic bon genre », elle suppose une résistance ardue au mal.
Il est bien plus commode de mentir, frauder, voler, resquiller, « coucher » entre personnes consentantes, ne pas perdre du temps à aller à la messe, etc., que de s’y refuser : s’y refuser c’est partir dans l’inconnu, l’incompris, le stupide, l’insolent, l’offense au bon sens et « aux droits de l’homme », presque la critique implicite et si désagréable à recevoir pour les autres, accepter les médisances et calomnies, et… persévérer.
Bref, la foi est une autre façon de résister à l’instinct de conservation, mais qui le magnifie ; car « qui veut sauver sa vie la perdra », et si peu en trouvent le chemin qui pourtant conduit à des merveilles, une fois franchi le goulot d’étranglement de l’épreuve.
La solution tradi qui consiste à serrer les coudes et se replier sur soi avec une identité forte n’a pas gagné des adeptes pour rien, mais est-ce conforme à l’enseignement des évangiles ?
Désolé si je sors du sujet politique de ce fil, mais je souhaitais souligner et infléchir, rebondir sur votre réflexion originale et pertinente dont le rapport avec le sujet du forum reste actuel.