cmoi a écrit : ↑mar. 15 févr. 2022, 16:18
Vous le dites vous-même, vous vous êtes placé
sur le terrain de la causalité, formelle ou finale, mais donc de la raison. Or c’est déjà limiter le sujet.
Si Dieu fait du bien, il n’est pas possible d’en limiter le sujet ainsi, il déborde largement de la notion de cause par ce que Dieu EST.
Tout au contraire. « Si Dieu fait du bien », comme vous dites, ce faire est nécessairement un agir causal : faire quelque chose est la produire, autrement dit la causer….
Dieu est cause efficiente du bien
qu’il fait. Dieu est encore cause finale du bien qu’il fait. Et puisque cet agir divin est un agir ad extra, un agir formellement immanent et virtuellement transitif, en tant que cet agir est formellement immanent, il est Dieu-même, est Dieu produisant le bien qu’il créé : la cause formelle de cet agir n’est autre que l’être ou l’essence divine.
Certes, si on envisage mentalement les attributs divins, l’être vient avant la bonté. Mais en Dieu tout est un là où n’est pas l’opposition des relations. C’est pourquoi la puissance active de Dieu est son être-même. Or tout ce qui est créé découle de cette puissance active. : le bien qu’il nous fait, le châtiment par lequel il nous frappe, tout cela est un effet librement posé par la puissance active de Dieu, par l’être-mème de Dieu. C’est bien pourquoi « si Dieu fait du bien », le bien
qu’il fait résulte exclusivement de sa puissance active, de sa causalité efficiente. Et par delà, quant au motif pour lequel il le fait, la finalité qu’il vise, il le fait pour Dieu, fin dernière absolue des créatures. Quant à la causalité formelle, qui envisage l’être de Dieu comme bon, la Bonté de Dieu est cause des choses que Dieu fait : ad extra le Bien est diffusif de soi en produisant des biens : le bien de la nature, le bien de la grâce, le bien de la justice ; et le bien de la justice s’atteint autant dans la justification de l’impie (Miséricorde de Dieu) que dans son châtiment sempiternel (Vindicte de Dieu).
cmoi a écrit : ↑mar. 15 févr. 2022, 16:18
L’intelligence est plus que la raison, elle sert aussi à mettre en rapport, faire des analogies, etc. Et puis il y a l’intuition, le cœur, etc.. Les motions du Saint-Esprit ne concernent pas que notre raison. Et nous avons encore pour nous aider l’Ecriture sainte et les expériences des mystiques. Si nous transposons votre démonstration à l’amour humain, croyez-vous que l’amoureux accepterait l’interprétation que vous feriez ainsi du bien qu’il aura fait à son aimée ? Qu’il y reconnaitra toute la vérité de son être et de sa volonté ?
Trois choses.
1° L’Écriture.
C’est bien parce que l’Écriture, autrement dit Dieu révélant, affirme ce qu’elle affirme, que la raison théologique, cherchant à concilier les divers aspects du donné révélé sans rien en sacrifier, conclut que la Justice vindicative découle de l’Amour. Qu’on se comprenne bien : c’est par une distinction mentale que nous disons la Justice découler de l’Amour. En réalité la Justice est l’Amour, l’Amour est la Justice, car en Dieu tout est un là où n’est pas l’opposition des relations distinctive des personnes divines. Il n’y a pas donc pas à choisir entre le Dieu d’Amour et le Dieu de Justice : c’est un seul et même Dieu, le Dieu d’Amour et de Justice, le Dieu d’Amour dont découle sa Justice.
2° La théologie mystique.
Alors que dans la révélation l’intellect de l’hagiographie est inspiré, l’intellect du saint n’est ici qu’illuminé. La différence est qu’avec l’inspiration, Dieu, usant de l’écrivain sacré comme d’un instrument, est l’Auteur-même du texte sacré : l’inspiration va jusqu’à l’espèce expresse. Aussi, quelques puissent être les conditionnement culturels et sémantiques de l’instrument, le texte inspiré est parole de Dieu. Tout au contraire, dans l’illumination mystique, l’illumination consiste en l’infusion par Dieu d’une espèce impresse en l’intellect patient, lequel, y réagissant vitalement, produit une espèce expresse : l’expresse, tributaire de la conceptualité et de l’idiome du saint, n’est pas garantie exempte d’erreur.
- C’est pourquoi l’Église a confié à l’Inquisition le soin de contrôler les assertions des mystiques, précisément pour distinguer les vrais des faux mystiques, les mystiques vrais des charlatans sombrant dans le mysticisme.
- C’est aussi pourquoi même les vrais mystiques peuvent se tromper, à preuve les contradictions grévant la patristique. Contradictions qui sautèrent aux yeux des qu’on se mit à colliger les enseignements patristiques dans des recueils sententiaires, tel celui du Lombard… Contradictions qu’il fallait bien résoudre, et comment sinon par la raison ? L’âge d’or de la scolastique débuta précisément après que furent constatées les contradictions d’une théologie réputée mystique… C’est pourquoi, citant saint Augustin pour mieux le contredire, saint Thomas d’Aquin affirmait : « Notre foi repose sur la révélation faite aux Apôtres et aux Prophètes, non sur d’autres révélations, s’il en existe, faites à d’autres docteurs. C’est pourquoi, écrivant à S. Jérôme, S. Augustin déclare : “ Les livres des Écritures canoniques sont les seuls auxquels j’accorde l’honneur de croire très fermement leurs auteurs incapables d’errer en ce qu’ils écrivent. Les autres, si je les lis, ce n’est point parce qu’ils ont pensé une chose ou l’ont écrite que je l’estime vraie, quelque éminents qu’ils puissent être en sainteté et en doctrine.” » Somme de Théologie, I, 8, ad.2.
3° Quant à votre analogie.
Si l’amoureux découvre que sa bien-aimée le cocufie à longueur de jours, sombrant dans les prostitutions les plus extrêmes, il la rejettera assurément, lui fermera la porte, la répudiera. Plus exactement, si nonobstant le mépris qu’elle lui inspire, il est assez compatissant pour l’inciter à réformer ses mœurs, il temporisera. Mais si la souillon persiste dans son comportement, assurément il la mettra dehors, paire de claques à l’appui… De même Dieu quant à l’âme pécheresse : ici-bas il temporise ; dans l’autre vie il baffe, et la baffe raisonne éternellement…
cmoi a écrit : ↑mar. 15 févr. 2022, 16:18
Ce n’est pas parce que vous êtes rationnel, mais parce que vous n’y voyez qu’une explication rationnelle. On peut être rationnel sans cela…
Et comment échapperez-vous au mysticisme si vous congédiez la raison ? Et si vous ne la congédiez pas, comment le vrai pourrait-il s’opposer au vrai ?
L’illumination mystique ne s’oppose pas à la raison, mais se formule en des termes qui doivent être vérifiés par la raison. Supposons deux saints, l’un analphabète, l’autre docteur en théologie, recevant chacun la même illumination : l’intellect illuminé de l’un exprimera autrement que l’intellect illuminé de l’autre ce que Dieu leur a montré : l’expression est tributaire du conditionnement intellectuel, culturel et sémantique, du saint. Et à raison même de ce conditionnement, ainsi que du fait qu’à la différence de l’inspiration, l’illumination ne garantit pas que l’expression du saint ne soit entachée d’erreur ou d’ajouts, l’expression sera potentiellement entachée d’erreur. C’est pourquoi il faut contrôler les assertions des vrais mystiques, et comment sinon par la raison ? Car jamais le vrai ne s’oppose au vrai. L’illumination (qui est une
impression mystique) donne une vive lumière sur les aspects du Mystère qu’elle éclaire, mais jamais la lumière de la grâce ne s’opposera à la lumière de la raison (ce qui peut s’y opposer sont les erreurs dans l’
expression). Ces lumières peuvent se compléter, elles ne peuvent pas s’opposer. On doit dire de la lumière de la grâce ce que nous disons de la lumière de la foi :
« Lorsque la raison, éclairée par la foi, cherche avec soin, piété et modération, elle arrive par le don de Dieu à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, soit grâce à l'analogie avec les choses qu'elle connaît naturellement, soit grâce aux liens qui relient les mystères entre eux et avec la fin dernière de l'homme ; jamais toutefois elle n'est rendue capable de les pénétrer de la même manière que les vérités qui constituent son objet propre. Car les mystères divins, par leur nature même, dépassent tellement l'intelligence créée que, même transmis par la Révélation et reçus par la foi, ils demeurent encore recouverts du voile de la foi, et comme enveloppés dans une certaine obscurité, aussi longtemps que, dans cette vie mortelle, nous cheminons loin du Seigneur, car c'est dans la foi que nous marchons et non dans la vision.
Mais bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre la foi et la raison, étant donné que c'est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, et qui a fait descendre dans l'esprit humain la lumière de la raison : Dieu ne pourrait se nier lui-même, ni le vrai jamais contredire le vrai. » Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution dogmatique Dei Filius, chapitre 4).
cmoi a écrit : ↑mar. 15 févr. 2022, 16:18
Perlum Pimpum a écrit : ↑Hier, 13:45
Enfin, en quoi des considérations rationnelles - nous parlons ici de rationalité théologique - sur l'amour divin seraient de leur nature même inconciliables à leur objet, à l'objet du discours, à l'amour ?
Je viens de vous expliquer en quoi elles contredisent en effet l’amour, ce qui ne m’empêche pas d’être d’accord avec votre logique et ce qu’elle dit ici jusque là. Ces considérations ne sont pas inconciliables, mais vous ne les avez pas conciliées, vous pensez qu’elles le sont par elles-mêmes, ce qui peut être vrai mais alors seulement en partie, et en partie c’est faux. Ainsi Dieu exige d’être aimé, écrivez-vous, mais c’est très réducteur car aussi il ne l’exige pas, il voudrait ne pas à avoir à l’exiger, et il n’est pleinement satisfait que quand il n’a pas à l’exiger : il y a une réciprocité qu’il a voulu par sa création, il y a la liberté qu’il a donnée. Dieu n’est jamais aussi heureux que quand on oublie qu’il est Dieu pour l’aimer, et que notre façon de l’aimer lui convient.
D’une, vous n’avez strictement rien démontré. Vous n’avez fait que m’opposer la Kénose du Christ, l’illumination mystique, et une analogie de votre cru. J’ai répondu à chacun de ces points. Ni la Kènose, ni votre analogie, ni la théologie mystique ne s’opposent à ce que la Justice Vindicative de Dieu soit pensée comme découlant de l’Amour de Dieu auquel elle se confond réellement.
De deux, j’ai clairement concilié les affirmations relatives à la Justice à celle relative à l’Amour, en démontrant que c’est parce que Dieu est Amour de Dieu qu’il damné les damnés :
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Pour bien comprendre pourquoi l’Écriture dit que Dieu hait les pécheurs et que cette haine est une « haine parfaite » (« Tu hais tous les artisans d’iniquité », Ps. V, 6 ; « Ne dois-je pas, Éternel, haïr ceux qui te haïssent, avoir en horreur ceux qui s’élèvent contre toi ? Oui, je les haïs d’une haine parfaite, ils sont pour moi des ennemis », Ps. CXXXIX, 21-22), le meilleur moyen que je puisse vous fournir est de suivre point par point l’exposé qui suit. Prenez déjà en compte qu’il ne s’agit pas de démontrer une thèse, que Dieu hait les pécheurs en tant qu’ils sont pécheurs, pour, la conclusion atteinte, la confirmer d’un argument d’autorité. On procède tout à l’inverse. Malgré que l’Écriture nous dise que Dieu est Amour et qu’il nous aime, elle dit aussi que Dieu hait les pécheurs. Pourquoi ? Comment concilier les textes ? En quel sens Dieu est-il dit nous haïr ? Il s’agit d’expliquer l’Écriture, pas de défendre une thèse. Pour l’expliquer je vais partir d’un principe que vous ne contestez pas : « Dieu est Amour ».
(1) L’amour que Dieu a pour nous n’est pas un sentiment mais un vouloir. Dieu est dit nous aimer parce qu’il nous veut du bien : il nous crée, nous conserve, nous conduit, nous rachète, nous sanctifie, nous glorifie.
(2) Cet amour de Dieu pour nous n’est que consécutif à l’amour que Dieu a de lui-même. Dieu s’aime souverainement parce qu’il est souverainement aimable. Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes aimables, mais nous sommes aimables parce que Dieu nous aime. Car tout ce que nous avons de bon en nous, nous le tenons de Dieu, à commencer par nos œuvres bonnes et le bon mérite qu’elles impliquent.
- Nous tenons de Dieu notre être, et avec lui notre capacité à agir.
- Nous tenons encore de Dieu notre agir, car comme le dit l’Écriture, « c’est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire » (et saint Thomas en explique métaphysiquement le comment et le pourquoi). S’en suit que l’acte humain est de Dieu et de l’homme tant quant à son exercice que sa spécification bonne.
- Mais seul l’homme est cause de la malignité morale de son acte, du fait que cet acte est peccamineux. Ce n’est que quant à ce que la spécification a de privativement mauvais par sa contrariété à l’ordre de la justice, privation qui comme telle relève du non-être, de la privation du bien dû, que l’homme seul est cause : « Ta perdition vient de toi Israël. »
- Et remarquez jusqu’où va la bonté de Dieu : même l’acte mauvais est bon en tant qu’il est un acte, n’étant mauvais qu’en le défaut de bien spécifiant son objet : ce qui est mauvais dans cet acte n’est pas qu’il soit un acte, mais la malignité morale qui l’affecte, laquelle n’a d’autre cause que le libre-choix de la créature se détournant du bien.
(3) Pourquoi Dieu nous fait-il du bien ?
(a) À se placer sur le terrain de la causalité formelle, parce que de sa nature-même le Souverain Bien est diffusif de soi : « ad intra » en étant le principe d’où procède le Fils et l’Esprit ; « ad extra » en produisant les biens, epsiloniques degrés de participation au Bien par essence : en produisant, conservant, gouvernant, sanctifiant les créatures, qui sont bonnes en tant qu’elles sont. La diffusion ad intra est nécessaire ; la diffusion ad extra est libre : Dieu n’est aucunement nécessité à nous créer.
(b) À se placer sur le terrain de la causalité finale, par amour de Lui-même : étant Souverainement Aimable Il veut souverainement être aimé : parce qu’il s’aime souverainement (*), Il exige d’être aimé, et parce qu’il l’exige, il nous crée pour que nous l’aimions. En d’autres termes, Dieu est la fin dernière absolue de la création. Et parce que cet amour que nous avons pour Dieu nous sanctifie, et nous mérite la vision paradisiaque de Dieu, et que le possédant dans cette vision-même nous en serons bienheureux, jouissant d’une béatitude ineffable, en atteignant notre fin dernière absolue, Dieu, nous atteindrons aussi notre fin dernière relative, la béatitude ; démontrant ainsi que la Souveraine Bonté de Dieu bonifie et béatifie ceux auxquels elle s’adresse.
- (*) Si l’agir divin ad extra avait une autre fin dernière que Dieu, le terme opéré ad extra, d’ordre créé, serait le bien auquel Dieu s’ordonne. Le bien ayant raison de fin, la créature serait la fin de l’acte créateur. Et puisque cet acte est Dieu, car Dieu est absolument simple, le bien serait supérieur au Bien, puisqu’il serait sa fin. C’est pourquoi « Ce seul vrai Dieu, par sa bonté et sa toute-puissance, non pas pour augmenter sa béatitude ni pour acquérir sa pleine perfection, mais pour manifester celle-ci par les biens qu'il accorde à ses créatures, a, dans le plus libre des desseins, "tout ensemble, dès le commencement des temps, créé de rien les deux sortes de créatures, les spirituelles et les corporelles, c'est-à-dire les anges et le monde, et ensuite la créature humaine qui tient des deux, composée qu'elle est d'esprit et de corps" » Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution Dei Filius, ch.1. « Si quelqu'un ne confesse pas que le monde et toutes les réalités qu'il contient, spirituelles et matérielles, ont été produits de Dieu dans la totalité de leur substance, ou s'il dit que Dieu n'a pas créé par une volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement qu'il s'aime lui-même, ou s'il nie que le monde ait été créé pour la gloire de Dieu, qu'il soit anathème. » Concile Œcuménique de Vatican I, Constitution Dei Filius, can.5.
(4) L’Amour aime le Bien ; l’Amour aime le bien ; donc l’Amour n’aime pas le mal : l’Amour hait le mal.
(a) L’acte est toujours spécifié par son objet : aimer c’est toujours aimer quelque chose ou quelqu’un. Et puisque rien n’est aimé sinon en tant qu’on le juge bon, l’amour est toujours amour d’un bien, car bien et bon sont convertibles.
(b) L’Amour aime donc le Bien qu’il est : ici aimer le Bien c’est l’être. L’Amour aime encore le bien qu’il fait, car aimer quelqu’un est lui faire du bien, ce que Dieu nous fait en nous donnant d’être. Mais si l’Amour (Dieu) aime le bien, et si le mal s’oppose au bien, l’Amour n’aime pas le mal, puisque le mal s’oppose au bien. Et puisque le bien s’oppose au mal, l’amour du bien s’oppose à l’amour du mal, comme la haine du bien s’oppose à la haine du mal. Mais l’amour du bien ne s’oppose pas à la haine du mal : la haine du mal découle de l’amour du bien. Je vous ai déjà expliqué qu’on distingue le mal en mal de nature, mal de peine, mal de faute. Mais ni le mal de nature ni le mal de peine ne s’opposent à Dieu, ne s’opposent au Bien. Quant au mal de peine c’est évident, puisque par lui la justice de Dieu triomphe, et cette Justice est Dieu. Quant au mal de nature, il est requis pour le bien de la nature : le lion ne pourrait pas vivre s’il ne pouvait manger ses proies. Ce mal là est donc de sa nature ordonné à un bien, aussi dit-on qu’il est indirectement voulu dans la volonté divine de poser un ordre de nature. Appert ainsi que ni le mal de peine ni le mal nature ne s’opposent à Dieu. Par contre, le mal de faute, le péché, s’oppose à Dieu, s’oppose au Bien, car par son péché l’homme se détourne de Dieu, sa fin dernière. Donc le mal que Dieu hait, c’est le mal de faute, le péché . Et puisque le mal qui s’oppose au Bien est le péché qui en détourne, l’Amour du Bien est Haine du mal qu’est le péché : c’est un même acte et cet acte est Dieu, distingué en raison selon les effets qu’il opère : amour puisque produisant la bien de la personne qu’il crée et conserve ; haine puisque châtiant les péchés qu’il abhorre. Car la haine ne s’oppose pas à l’amour dès qu’elles portent sur des objets contraires : l’amour de la justice s’oppose à l’amour de l’injustice ; l’amour de la justice ne s’oppose pas à la haine de l’injustice. En nous la haine de l’injustice découle de l’amour de l’injustice : ce sont deux actes distincts, et le premier implique l’autre. En Dieu c’est le même acte.
(5) Et parce que l’Amour hait le mal, l’Amour hait les mauvais, les méchants
Car le péché est celui du pécheur déterminé par son péché, comme suffisamment démontré aux deux premières réponses. Donc cette haine de Dieu pour le péché s’étend jusqu’au pécheur, non quant à ce qu’il a de bon (d’être une personne) mais quant à la malignité qui l’affecte et fait de lui un mauvais, un méchant, un pécheur. C’est ainsi que Dieu aime le damné puisqu’il le conserve dans l’être, ce qui est un bien, puisque être est bon, et qu’il le hait pour son péché. Car, comme déjà expliqué mille fois, mais vous refusez d’entendre, la malignité de l’acte s’étend à l’agent : à mal agir, l’homme est mauvais. C’est le damné qui s’est refusé à Dieu, a méprisé le Bien, a préféré le mal au Bien. La haine de Dieu pour le péché s’étend donc jusqu’au pécheur, car la malignité de l’acte s’étend à l’agent : à mal agir, l’homme est mauvais. Le péché est haï parce qu’il s’oppose à Dieu, parce qu’il détourne du Souverain Bien ; le pécheur est haï parce qu’il est mauvais d’un mal s’opposant au Bien. Car QUI se détourne de Dieu et lui préfère le mal ? QUI est mauvais à mal agir ? QUI est coupable du péché qu’il a commis ? QUI doit assumer les conséquences de ses actes ? La péché ? Non, le pécheur = la personne déterminée par son péché. Bref, pour résumer ça en une formule choc, qui ne peut s’entendre que sous réserve de toutes les précisions qui précèdent (donc merci de ne pas me caricaturer en l’un de ces abominables calvinistes) : Dieu est Haine du pécheur parce que Dieu est Amour de Dieu : la raison de la haine parfaite, c’est l’amour..
(6) Et parce que l’Amour hait les méchants, l’Amour les frappe d’une peine.
L’Amour du Bien est Haine du mal : c’est la « haine parfaite » dont parle l’Écriture, haine qui est fille de charité puisque en Dieu la raison d’haïr le mal c’est d’aimer le Bien.
Mais si aimer est faire du bien, haïr est faire du mal. Donc la « haine parfaite » qu’est Dieu, c’est Dieu frappant les coupables d’un mal de peine.
Haïr est faire du mal, et Dieu hait ceux auxquels il inflige le mal de peine en châtiment du péché. C’est parce que Dieu est Amour qu’il hait les pécheurs d’une haine parfaite : il les hait non pour ce que ces derniers ont de bon - à ce titre il les aime - mais pour le péché dont ils sont responsables. Et parce qu’il continue de les aimer à raison du bien qui les constitue (le fait d’être des personnes), tant qu’ils vivent ici bas Il les appelle au repentir : Dieu ne prend aucun plaisir à la perdition de ses créatures. Mais quand a cessé le temps de la Miséricorde et que vient celui du Jugement, la conversion n’est plus possible (parabole des vierges folles) : c’est le temps du châtiment, et c’est Dieu qui l’inflige : c’est lui qui rétribue, c’est lui qui exerce la vengeance, c’est lui qui rend justice. La encore, les témoignages scripturaires sont nombreux et on ne peut plus clairs, mais qu’importe à qui bafoue l’Écriture qu’il biffe dès qu’elle lui déplaît ?
Je vous invite à méditer ceci. Dieu est Infini tandis que nous sommes chétifs, insignifiants, epsiloniques. On pourrait donc s’étonner de ce que Dieu ait un tel Courroux pour de si insignifiantes personnes : des châtiments sempiternels, n’est-ce pas totalement disproportionné ? Par quelle folie… ? Mais à bien y réfléchir, loin que notre insignifiance soit une circonstance atténuante ou excusante, elle est aggravante ! Alors que nous ne sommes rien, ou si peu, nous étions appelés à partager sa Vie. Et qu’avons nous fait ? Nous nous sommes détournés du Bien.
(7) Conclusion.
En quel sens Dieu fera-t’il du mal aux damnés ? En ce sens qu’il infligera le mal de peine pour rétribuer le mal de faute. Pourquoi ? Pour satisfaire à l’ordre de la justice que le péché du pécheur impénitent lèse et offense. On comprend par la considération de Dieu fin dernière absolue que le péché est aversion à Dieu du fait même qu’il est conversion à la créature. On comprend pourquoi le péché est une offense à Dieu : sans que tout péché soit constitutif du péché spécial de haine de Dieu, tout pėché implique ou emporte implicitement avec lui un mépris de Dieu, un mépris du Bien auquel est préféré un bien réel ou apparent. Par son péché, l’homme se détourne de Dieu, sa fin dernière. Tout péché emporté donc implicitement l’affirmation que le Bien n’est pas si bon qu’on ne puisse lui préférer autre chose. C’est une injure au Dieu vivant. Et puisque la seule fin dernière absolue pour laquelle Dieu nous créé est Dieu bon appelant à partager sa Vie, la sanction du péché non-absous sera proportionnelle à la gravité de l’offense : Dieu infligera les tourments aux damnés.
De trois, Dieu exige d’être aimé : « Un des scribes, qui les avait entendus discuter, sachant que Jésus avait bien répondu aux sadducéens, s'approcha, et lui demanda : ´´Quel est
le premier de tous les commandements?´´ Jésus répondit : ´´ Voici le premier : ´´ Ecoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur’´ ; et : ´´
Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force.´´ » Mc. XII, 28-30. Dieu exige d’être aimé, mais vous préférez contredire le Christ…
cmoi a écrit : ↑mar. 15 févr. 2022, 16:18
A priori, je ne dirai jamais que ce que vous écrivez est faux (vous voyez, je vous fais confiance… à vous et à vos formateurs) mais encore une fois : insuffisant. Ainsi, oui, ce qui précède est capital. Ce qui est ici omis, c’est que Dieu, en tant que
Dieu ayant créé, est supérieur à Dieu, en tant que Dieu n’ayant pas encore créé. Parce qu’il a l’hommage et la reconnaissance des créatures en plus et qu’il l’a voulu pour leur partager sa gloire. Par conséquent, malgré ce que vous affirmez et qui est juste, l’est autant que la créature participe bien à la fin de l’acte créateur : vous ne pouvez l’en exclure.
Car le Dieu qui n’avait pas créé s’ordonne à celui qui a créé et qui pour cela a besoin de ses créatures. C’est là l’humilité de Dieu…
???!!!
« La sainte Eglise catholique apostolique romaine croit et professe qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout- puissant, éternel, immense, incompréhensible,
infini en intelligence, en volonté et
en toute perfection ; vu qu'il est une substance spirituelle unique et singulière, absolument simple et immuable, il faut affirmer qu'il est
distinct du monde en réalité et par essence, qu'il est
parfaitement heureux en lui-même et par lui-même, et qu'il est ineffablement élevé au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir en dehors de lui. »
« Ce seul vrai Dieu, par sa bonté et sa "toute-puissance",
non pas pour augmenter sa béatitude ni pour acquérir sa pleine perfection, mais pour manifester celle-ci par les biens qu'il accorde à ses créatures, a, dans le plus libre des desseins, "tout ensemble, dès le commencement des temps, créé de rien les deux sortes de créatures, les spirituelles et les corporelles, c'est-à-dire les anges et le monde, et ensuite la créature humaine qui tient des deux, composée qu'elle est d'esprit et de corps". »
Concile Œcuménique de Vatican I. Constitution Dei Filius, chapitre 1.
Ce que vous écrivez ici est tellement MONSTRUEUX que j’en suis à me demander si vous avez seulement compris ce que vous venez d’écrire. L’hommage que la créature rend à Dieu est un acte humain : un acte d’hommage, autrement dit une réalité créée. Vous venez de nous dire :
1° Que Dieu est un imparfait qui se perfectionne (premier blasphème) : « Dieu ayant créé, est supérieur à Dieu, en tant que Dieu n’ayant pas encore créé ».
2° Que Dieu est un imparfait qui n’atteint à sa perfection ultime qu’au moyen d’un bien créé (second blasphème) : « Parce qu’il a l’hommage et la reconnaissance des créatures en plus » ; de sorte qu’inéluctablement la créature est une perfection supérieure à celle du créateur dont elle est le perfectionnement ultime. On ne pourrait imaginer de propos plus IDOLÂTRIQUE que le vôtre ! Inéluctablement à vous suivre, Dieu est un inférieur dont la créature est le supérieur…
Comme le dirait Xavi, nous sommes en droit d’attendre que vous vous rétractiez…
cmoi a écrit : ↑mar. 15 févr. 2022, 16:18
Je ne nie pas que Dieu soit notre fin dernière absolue, je nie que nous puissions un jour atteindre à cette fin car il est trop grand pour nous – et heureusement, car ce serait devenir un néant. Nous « diminuerons » sans cesse en grandissant en humilité à son contact sans jamais disparaître, et plus nous serons petits plus nous serons « forts en joie ». Ce n’est pas la créature qui est un bien supérieur au bien Divin, c’est le bien Divin avec en plus la créature ainsi consumée sans jamais disparaître : voilà ce que je dis. Et il a bien fallu que Dieu crée pour cela, or il l’a voulu, et c’est là, dans cette volonté que tout retourne à lui comme vous le faites, mais nous y sommes inclus et non exclus. Il n’y a là aucun blasphème.
Il y a blasphème, car vous affirmez que Dieu a besoin de la créature pour acquérir sa pleine perfection. Vous affirmez donc tout à la fois, même si ça vous échappe : (1) que Dieu a besoin de nous créer pour acquérir sa pleine perfection, (2) que la créature est supérieure à Dieu puisqu’elle le perfectionne. De sorte que vos dénégations sont contradictoires…
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« La sainte Eglise catholique apostolique romaine croit et professe qu'il y a un seul Dieu vrai et vivant, créateur et Seigneur du ciel et de la terre, tout- puissant, éternel, immense, incompréhensible, infini en intelligence, en volonté et en toute perfection ; vu qu'il est une substance spirituelle unique et singulière, absolument simple et immuable, il faut affirmer qu'il est distinct du monde en réalité et par essence, qu'il est parfaitement heureux en lui-même et par lui-même, et qu'il est ineffablement élevé au-dessus de tout ce qui est et peut se concevoir en dehors de lui. »
« Ce seul vrai Dieu, par sa bonté et sa "toute-puissance", non pas pour augmenter sa béatitude ni pour acquérir sa pleine perfection, mais pour manifester celle-ci par les biens qu'il accorde à ses créatures, a, dans le plus libre des desseins, "tout ensemble, dès le commencement des temps, créé de rien les deux sortes de créatures, les spirituelles et les corporelles, c'est-à-dire les anges et le monde, et ensuite la créature humaine qui tient des deux, composée qu'elle est d'esprit et de corps". »
« Si quelqu'un ne confesse pas que le monde et toutes les réalités qu'il contient, spirituelles et matérielles, ont été produits de Dieu dans la totalité de leur substance, ou s'il dit que Dieu n'a pas créé par une volonté libre de toute nécessité, mais aussi nécessairement qu'il s'aime lui-même, ou s'il nie que le monde ait été créé pour la gloire de Dieu, qu'il soit anathème. »
Vous ne comprenez manifestement pas ce que vous dites, aussi dites-vous n’importe quoi : vous faites des phrases... À preuve : « Je ne nie pas que Dieu soit notre fin dernière absolue, je nie que nous puissions un jour atteindre à cette fin ». Vous ignorez donc manifestement que la créature atteint sa fin dernière absolue au Ciel, où
Dieu est vu et aimé dans la gloire… Pour vous Dieu nous assigne une fin impossible, même avec la grâce…
Voilà donc la teneur de vos compléments à l’analyse scolastique.
cmoi a écrit : ↑mar. 15 févr. 2022, 16:18
C’est à vous de résoudre cette contradiction qui fait que Dieu à la fois les aime et les hait et qui est absurde, impossible.
Vous aviez si bien démontré en quoi le pécheur est haï autant que son péché, or le pécheur c’est l’âme, il n’y en a pas une qui pêche et l’autre que Dieu veut sauver, c’est la même ! Et vous-même le réaffirmez ici comme quoi Dieu est « simple ». Ce n’est donc pas comme nous en qui amour et haine peuvent cohabiter.
Lol…
D’une, le pécheur n’est pas l’âme mais la personne en tant que marquée par le péché : « homme » est une détermination substantielle, « saint » ou « pécheur » sont des déterminations accidentelles, raison pourquoi vous pouvez passez de l’une à l’autre in statu via sans cesser d’être un homme. Dans « l’homme pécheur », ce que Dieu déteste, ce n’est pas qu’il soit homme, c’est qu’il soit pécheur.
De deux, je vous ai déjà dit qu’en Dieu l’amour et la haine ne sont pas deux actes, mais le même acte divin de volonté terminé ad extra à des effets différents : au bien qu’il fait, au châtiment qu’il inflige. De sorte que les noms distincts par lesquels nous nommons Dieu ne signifient pas des choses distinctes en Dieu, mais une seule et même chose, la Déité-Dieu, distinguée en raison (et conséquemment nominalement) selon les effets qu’elle produit.
Je reviendrais quand j’en aurais le temps pour rèpondre à Nicolas et, autant que de besoin, aux autres messages.
Cordialement.
