Pour la question :
nicolas-p
2- y a t'il tant d'incompatibilité entre le fait de dire que nous sommes notre propre condamnation [...] sans nier que Jésus est juge?
Le «problème» réside dans la fait que le narratif des textes bibliques ne s'accorde pas avec la vision d'un Dieu, n'étant comme ici (notre objet à l'étude) telle qu'une sorte de miroir lisse, dépouillée, ne prenant pas parti du tout, inerte, sorte d'agent révélateur parfaitement incolore, et qui, enfin, ne serait là que pour permettre aux délinquants de toutes sortes, de s'infliger eux-mêmes des peines, et au point que ce sont eux qui iraient de précipiter d'eux-mêmes en enfer. - et quoi donc ? Pour y subir volontairement toutes les peines du sens qu'on imagine pour l'éternité ? parce que la perspective de passer son éternité avec le diable en personne et des milliers de démons serait sûrement très enchanteresse ?
Nombre de paraboles de jugement chez Jésus lui-même évoque des coupables désemparés, renversés, désespérés à constater le genre de mélasse dans laquelle ils se trouvent engloutis. Les pleurs et grincements de dents ne nous parlent pas tellement de gens qui sont libres et heureux d'aboutir enfin dans le genre de palace cinq étoiles dont ils auraient toujours rêvé ! Le client qui se présente à l'entrée de la salle de noce et pour s'y fait éjecter par des malabars : comment pourrait-on traduire cela par une décision libre et volontaire du client repoussé ? On ne voit pas non plus que c'est l'arbre stérile qui se déracine sans aide, sous le coup d'une motion intime, pour aller ensuite se lancer dans les flammes.
Chez Mathieu et avec sa grande scène du jugement : on comprend nettement que l'évangéliste est en train de nous parler de «bons» croyants baptisés et comme apparemment sans histoire.
Ce sont des fans déclarés de Jésus. «Jésus, Jésus !»
Des monstres ayant des douzaines de meurtres sur la conscience ? Il ne le semble pas. Plutôt de ces bons bougres, régulier-correct -las ! des fautes d'omission, les amis. Trop. Ce qu'ils auraient pu et dû faire mais qu'ils n'ont pas fait. «Je ne vous connais pas !» ; «Garde, reconduisez ces inconnus à la grille extérieure je vous prie.»
La Bible nous montre un Dieu pas mal plus engagé à mon sens, plus pro actif à l'occasion dans un sens ou l'autre et comme en temps opportun. Un Dieu qui serait tout de même garant de certaines lois du monde spirituel, et que nous, créatures humaines, aurions grand intérêt à connaître et ne pas négliger.
Un sorte funeste attend les
insensés, dit la Bible. Or un
insensé n'est pas un citoyen raisonnable qui fini par prendre une décision bien éclairé, un choix mûrement réfléchi - «Ouais, tout bien considéré, en soupesant tous les facteurs, les diverses options, le plus et le moins ... Oui, finalement l'enfer c'est le plus avantageux pour moi. Je ne saurais réaliser un meilleur choix. Va pour l'enfer ! Oui, je le veux. C'est quelle porte ? »
Le noceur invétéré, esprit libre et indépendant, ne croyant ni à Dieu ni à diable, et qui se voit finalement abandonné par son propre corps et ses facultés : il décide finalement de terminer l'aventure «dans la dignité» et pendant qu'il en serait encore temps pour lui. Jamais n'aura-t-il fait choix de l'enfer de flammes des théologiens catholiques. Non, son choix est bien de ne pas souffrir surtout. Jamais ! S'll fallait vraiment être coincé pour aboutir pour vrai en enfer, se dirait le patient, le mieux serait encore d'être effacé complètement, volatilisé.