Fée Violine
Mais pas du tout, Cinci. Pourquoi le Credo dirait-il deux fois la même chose (il est mort, il est descendu aux enfers) ?
Une formules d'Église telle un
credo ancien est issue le plus souvent d'une volonté de combattre une ou plusieurs hérésies. Il s'agit toujours d'affirmer, consolider ou couler dans le béton armé ce qui est transmis comme conviction première de toute l'Église de Jésus-Christ.
Dans les premiers siècles, l'Église avait maille à partir avec des gnostiques, des docètes, des gens qui voulaient nier que Jésus soit mort réellement dans sa chair, mort-mort, non pas mort en apparence mais mort de la même mort que tout le monde, mort vraiment comme le roi David et les autres. De dire «mort» simplement, ce n'est pas assez; à raison des esprits tordus qui imaginent des systèmes pour contourner la difficulté.
Aussi le credo est-il bâti de telle manière à pouvoir insister lourdement sur la donnée ... « ... est
mort, a été
enseveli, est
descendu aux enfers»
feu François Varillon s.j.
«Dire que le Christ est «descendu aux enfers» (c'est un article de notre Credo), c'est dire d'abord qu'il est réellement mort. Et si Dieu, en le ressuscitant, l'a délivré du shéol, comme dit saint Pierre (Ac 2,24), c'est d'abord en l'y plongeant. Il a connu la solitude de la mort, qui est la solitude radicale, la solitude près de laquelle tout autre solitude de ce monde n'est qu'une approximation de solitude; il a connu le délaissement total, la déreliction.»
F. Varillon, Joie de croire, joie de vivre, Paris, Éditions Bayard/Cemturion, 1981, p. 194
Du reste, c'est bien ce que dit le rappel du catéchisme (votre propre mention)
§636 : Dans l'expression "Jésus est descendu aux enfers", le symbole confesse que Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, Il a vaincu la mort et le diable "qui a la puissance de la mort" (He 2, 14).
Je répondais plus haut à Trinité qui parlait d'incohérence; une incohérence, aurais-je compris, comme entre le fait que Jésus puisse «descendre aux enfers» et qu'il puisse se trouver au paradis en même temps. C'est la raison pourquoi j'ai insisté sur la donnée première et pour dire qu'il n'est pas d'incohérence justement. Il faut bien mourir en premier pour entrer dans la vie avec un grand "V" (le paradis, le royaume, la salle de fête ...). C'est notre temps de calendrier à nous sur terre qui perd de sa pertinence pour penser pouvoir décrire comme une séquence d'événements dans ce monde étrange.
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Encore :
Regardez le CEC, § 631-637.
Au §634, citation de la 1re lettre de Pierre : "La Bonne Nouvelle a également été annoncée aux morts" (1P 4, 6).
Et le résumé :
§636 : Dans l'expression "Jésus est descendu aux enfers", le symbole confesse que Jésus est mort réellement, et que, par sa mort pour nous, Il a vaincu la mort et le diable "qui a la puissance de la mort" (He 2, 14).
§637 : Le Christ mort, dans son âme unie à sa personne divine, est descendu au séjour des morts. Il a ouvert aux justes qui L'avaient précédé les portes du ciel.
Je suis bien d'accord. Je ne conteste rien de tout cela. Mais accepter
tout cela ne donne pas raison à Arnaud Dumouch, en ce que nulle part il n'est affirmé que les morts se convertissent !
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Si Jésus a évangélisé les morts du passé, il a très bien pu aussi évangéliser les morts de l'avenir puisque pour Dieu le temps n'existe pas. J'avais lu cette idée dans un texte du Père Gallez et ça rejoint la théorie d'Arnaud.
Le terme «évangéliser» s'agissant
des morts ne fait pas renvoi à un appel à la conversion, pas plus qu'à une nécessité de recevoir le baptême dans le Jourdain, pour ensuite vivre de la foi, faire mourir la chair, etc. Ces gens sont morts, le temps de la foi est fini ainsi que le temps pour mériter.
L'annonce en question
aux morts est tout simplement qu'il leur est communiqué cette victoire de Jésus-Christ, une victoire sur la mort, le fait que Dieu a bien tenu sa promesse du Messie et pour le bénéfices des justes (Abel, Abraham, Isaac, Jacob, Job, Melchisédech, Moïse, le roi David ... Joseph le chaste époux de Marie, Jean le baptiste ... les martyrs ... les enfants massacrés par Hérode ... le larron ... les malheureuses victimes du Déluge du temps de Noé, qui n'étaient pas plus vicieuses dans le fond que l'apôtre Simon-Pierre avant la Passion et bien qu'ayant pu être drôlement frappées, les premiers en l'an à l'instar de ceux tués par la chute de la tour de Siloé ... Dans les morts du Déluge du temps de Noé faut compter des enfants qui seront morts parce que le paternel, mécréant endurci (exemple) aura pu mettre son veto à l'idée de mettre le pied dans l'arche de Noé ... et «Patatrac !» Tous écopent et même des innocents dans le lot.
Mais voici qu'Il y a le messie ... Heureusement !
Sur le peuple qui marchait dans les ténèbres une grande lumière s'est levé ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi ... Un passage ici de l'Ancien Testament toujours cité dans la liturgie de Noël et qui est également une discrète allusion prophétique à cette fameuse annonce de la Bonne Nouvelle aux morts.