Bonjour,
aldebaran a écrit :
Je suis bien d'accord avec vous [La Samaritaine].
Eh bien, vous avez tort, aldebaran. Vous vous trompez tous les deux, vous et La Samaritaine. Et si je puis le dire, bien que cela puisse paraître effronté j'en suis conscient, c'est tout simplement parce que c'est la doctrine de l'Église catholique, elle-même, qui vous trouverait en défaut sur ce point et alors même que, sur le principe ici, vous vous rangeriez du côté des persécuteurs de chrétiens. C'est dommage.
Dans le fond, voyez-vous, ce petit "anecdote" qui n'en est pas un sûrement pour cette dame qui est femme de pasteur en Finlande : ce serait une autre illustration de cette charmante affaire des
libertés religieuses.
Pour vous mettre en bouche une petite entrée en matière : un détour par nul autre que
Jean XXIII pourrait s'imposer pour faire changement.
Voici ce qu'il disait le 15 mai 1961 dans
Mater et Magistra
Jean XXIII
[...]
Respect des lois de la vie
Il Nous faut proclamer solennellement que la vie humaine doit être transmise par la famille fondée sur le mariage, un et indissoluble, élevé pour les chrétiens à la dignité de sacrement. La transmission de la vie humaine est confiée par la nature à un acte personnel et conscient, et comme tel soumis aux lois très sages de Dieu, lois inviolables et immuables, que tous doivent reconnaître et observer.
et
Méconnaissance de l'ordre moral
L'absence de confiance réciproque trouve son explication dans le fait que les hommes, les plus responsables surtout, s'inspirent dans leurs activités de conceptions de vie différentes ou radicalement opposées. Malheureusement, certaines de ces conceptions ne reconnaissent pas l'existence d'un ordre moral, d'un ordre transcendant, universel, absolu, d'égale valeur pour tous. Il devient ainsi impossible de se rencontrer et de se mettre pleinement d'accord, avec sécurité, à la lumière d'une même loi de justice admise et suivie par tous. Il est vrai que le mot « justice » et l'expression « les exigences de la justice » continuent à sortir des lèvres de tous ; mais ce mot et cette expression prennent chez les uns et chez les autres des contenus différents ou opposés.
C'est pourquoi les appels répétés et passionnés à la justice et aux exigences de la justice, loin d'offrir une possibilité de rencontre ou d'entente, augmentent la confusion, avivent les contrastes, échauffent les controverses ; en conséquence, la persuasion se répand que pour faire valoir ses droits et poursuivre ses intérêts, il n'est d'autre moyen que le recours à la violence, source de maux très graves.
Le vrai Dieu, fondement de l'ordre moral
La confiance réciproque entre les peuples et les États ne peut naître et se renforcer que dans la reconnaissance et le respect de l'ordre moral.
Mais l'ordre moral ne peut s'édifier que sur Dieu ; séparé de Dieu, il se désintègre. Car l'homme n'est pas seulement un organisme matériel ; il est aussi un esprit doué de pensée et de liberté. Il exige donc un ordre moral et religieux qui, plus que toute valeur matérielle, influe sur les orientations et les solutions à donner aux problèmes de la vie individuelle et sociale, à l'intérieur des communautés nationales et dans leurs rapports mutuels.
et
L'erreur la plus radicale de l'époque moderne est bien celle de juger l'exigence religieuse de l'esprit humain comme une expression du sentiment ou de l'imagination, ou bien comme un produit de contingences historiques, qu'il faut éliminer comme un élément anachronique et un obstacle au progrès humain. Les hommes, au contraire, se révèlent justement dans cette exigence ce qu'ils sont en réalité : des êtres créés par Dieu pour Dieu, comme écrit saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet tant qu'il ne repose pas en toi. »
Il n'en reste pas moins que l'aspect plus sinistrement typique de l'époque moderne se trouve dans la tentative absurde de vouloir bâtir un ordre temporel solide et fécond en dehors de Dieu, unique fondement sur lequel il puisse subsister, et de vouloir proclamer la grandeur de l'homme en le coupant de la source dont cette grandeur jaillit et où elle s'alimente ; en réprimant, et si possible en éteignant, ses aspirations vers Dieu. Mais l'expérience de tous les jours continue à attester, au milieu des désillusions les plus amères, et souvent en langage de sang, ce qu'affirme le Livre inspiré : « Si ce n'est pas Dieu qui bâtit la maison, c’est en vain que travaillent ceux qui la construisent. »
Puis dans
Pacem in Terris, lettre encyclique du 11 avril 1963
Jean XXIII
Une société fondée uniquement sur des rapports de forces n'aurait rien d'humain : elle comprimerait nécessairement la liberté des hommes, au lieu d'aider et d'encourager celle-ci à se développer et à se perfectionner.
et
Vivre ensemble dans la vérité, la justice, l’amour, la liberté
35 - Voilà pourquoi une société n'est dûment ordonnée, bienfaisante, respectueuse de la personne humaine, que si elle se fonde sur la vérité, selon l'avertissement de saint Paul : « Rejetez donc le mensonge ; que chacun de vous dise la vérité à son prochain, car nous sommes membres les uns des autres. » Cela suppose que soient sincèrement reconnus les droits et les devoirs mutuels. Cette société doit, en outre, reposer sur la justice, c'est-à-dire sur le respect effectif de ces droits et sur l'accomplissement loyal de ces devoirs ; elle doit être vivifiée par l'amour, attitude d'âme qui fait éprouver à chacun comme siens les besoins d'autrui, lui fait partager ses propres biens et incite à un échange toujours plus intense dans le domaine des valeurs spirituelles. Cette société, enfin, doit se réaliser dans la liberté, c’est-à-dire de la façon qui convient à des êtres raisonnables, faits pour assurer la responsabilité de leurs actes.
36 - La vie en société, vénérables frères et chers fils, doit être considérée avant tout comme une réalité d'ordre spirituel, Elle est, en effet, échange de connaissances dans la lumière de la vérité, exercice de droit et accomplissement de devoirs ; émulation dans la recherche du bien moral ; émulation dans la noble jouissance du beau en toutes ses expressions légitimes ; disposition permanente à communiquer à autrui le meilleur de lui-même et aspiration commune à un constant enrichissement spirituel. Telles les valeurs qui doivent animer et orienter toutes choses : activité culturelle, vie économique, organisation sociale, mouvements et régimes politiques, législation et toute autre expression de la vie sociale dans sa continuelle évolution.
Déjà, rien qu'avec ces passages de Jean XXIII : on trouve que le procureur en Finlande est dans son tort en vérité, autant en voulant utiliser le harcèlement policier contre la dame qui est député et femme de pasteur mais qu'en étant manifestement prêt à juger qu'elle mériterait bien d'être écrouée pendant deux ans.
Ceci :
< [...] la loi anti-discrimination car dans ses propos, elle dit
des choses désobligeantes concernant l'orientation sexuelle des personnes> (
La Samaritaine]
Ne fait tout simplement pas le poids à côté de ce qu'enseigne Jean XXIII et l'Église catholique. Car soutenir que le propos de la dame serait un propos
désobligeant, du simple fait de rappeler à tous ou faire connaître publiquement à des citoyens que l'ordre moral divin selon la révélation biblique implique que le mariage vaut qu'entre un homme et une femme, que l'homosexualité correspond en même temps à un désordre, taxer de «propos désobligeant», dis-je, ce qui ne serait que l'exposé de la foi catholique, de la part du législateur, serait simplement témoigner de la partialité de celui-ci en faveur d'un ordre public contraire au christianisme, pas du tout enraciné dans la vérité ni dans la justice voulu par Dieu.
Un législateur au moins réellement impartial (même un athée), ni en faveur de l'un plus que de l'autre, dirait tout simplement que l'exposé de la foi chrétienne peut bien sembler subjectivement «désobligeant» à qui n'est pas chrétien bien sûr. Sauf qu'il n'est aucune «désobligeance» à dire ce qui est dit, de la part des chrétiens eux-mêmes. Au contraire ! Cela leur serait une exigence. Le bon ordre public ou l'ordre public juste ne peut aller jusqu'à devoir faire pénaliser ou écrouer six mois en forteresse, des chrétiens, parce que désireux tantôt de faire connaître ce qu'est la vérité selon leur religion - et quoi ? - pour assurer ceux étant subjectivement en désaccord avec les premiers (en matière de croyance) qu'ils n'entendront plus jamais parler dans leur environnement des choses de la foi des autres ? Absurde.
Dans un régime libéral chacun peut s'attendre à devoir trouver face à lui des gens pensant différemment. Le souci de justice n'est que le fait d'une coexistence pacifique entre les citoyens, permettant bien à chacun de dire ce qu'il pense et croit. Et sans pour autant devoir châtier le prétendu «mal pensant» d'en face.
Être châtié ne correspond pas seulement à devoir faire de la prison éventuellement, mais c'est aussi perdre son boulot, être interdit d'antenne à la télévision, voir son compte youtube censuré, voir la maison d'édition refuser de publier tel livre, devoir payer une amende ou subir du harcèlement judiciaire plus ou moins coûteux, ne plus pouvoir se présenter comme candidat dans tel parti politique, etc. C'est tel devenir un citoyen de deuxième ordre dans son propre pays.