Puisqu’il faut « battre le fer pendant qu’il est chaud » et que mes échanges avec Cathobaro m’ont permis de préciser les choses, qu’un échange ailleurs avec Aldebaran me conduit à compléter ici mon propos, voilà comment je les vois toujours à travers l’exemple du sort des non-baptisés, choisi parce qu’il peut être plus rapidement déterminé et cerné que celui de la liberté religieuse ou de l’œcuménisme (mais un seul cas suffit, en vérité).
Dans la mesure où être tradi serait se reconnaître dans la contestation faite par Mgr Lefèvre, qui demandait « des explications », cette contestation est devenue clairement un refus de ce qui était affirmé et la défense d’une opinion contraire, alors qu’au départ, elle se présentait autrement avec une équivoque.
Si nous reprenons ce que j’ai écrit il y a peu sur un autre fil, à savoir que
« Depuis Vatican II, l’Eglise va plus loin mais en sens contraire. Je cite : « en effet ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l’évangile du Christ et son Eglise et cependant cherchent Dieu d’un cœur sincère et qui, sous l’influence de la grâce, s’efforcent d’accomplir dans leurs actes sa volonté qu’ils connaissent par les injonctions de leur conscience, ceux-là aussi peuvent obtenir le salut éternel. »
Vous noterez que pouvoir obtenir ne rend pas la chose systématique, et qu’il faudrait approfondir ce « sans faute de leur part. » Toujours est-il que pour beaucoup de tradis, c’est déjà trop de concessions ! »
Cela veut dire qu’ils se refusent à considérer que la chose soit possible, alors qu’au départ ils demandaient à ce que soit précisé dans quels cas elle l’était et dans quels cas elle ne l’était pas (se réservant au passage le droit d’en juger comme s’ils étaient l’instance ultime arbitrale, et non le pape ou l’assemblée œcuménique des évêques).
Certains en sont restés sur cette question, estimant que c’est suffisant pour « contester ». Et c’est bien là la racine du drame et du malheur pour eux :
- jusqu’alors l’Eglise affirmait des choses et se trouvait bien à mal ensuite de reconnaître qu’elle s’était trompée (en image de l’affaire Galilée par exemple) et que son infaillibilité n’était pas en jeu. Elle devait se livrer à toute une gymnastique intellectuelle pour prouver que le nouveau sens était contenu dans le texte ancien qui avant était mal compris. Sachant que ce qui n’est qu’une opinion théologique majoritaire est souvent vécu et présenté comme une vérité de foi puis un dogme, sans rien d’autre pour l’appuyer que l’habitude.
Maintenant l’Eglise ouvre des perspectives (elle est en passe de présenter les choses autrement, d’inverser la tendance dominante qui était de se distinguer, de se séparer du reste de l’humanité et de ses préoccupations trop temporelles, elle veut assumer sa fraternité avec tous, tous enfants du même Père) en laissant à l’avenir le soin d’en préciser peu à peu ce qu’il lui semblera juste et nécessaire de préciser. Elle en appelle à la conscience de chacun. Ce n’est qu’une petite ouverture, mais c’est une révolution, c’est celle de Vatican II, et c’est ce que ne peuvent accepter ceux qui ont besoin de certitudes, d’anathèmes, d’infaillibilité, etc., puisqu’ils ont préféré refuser ce qu’au début ils se contentaient de conspuer. Et maintenant ils conspuent quand avant ils maugréaient (car ils ne conspuaient que contre le changement de paradigme).
Quoiqu’il en soit, s’ils sont vraiment convaincus d’avoir raison, alors ils ne sont plus dans la ligne des évangiles ni de l’Eglise, ils sont devenus hérétiques. Et si l’on devait appliquer à leur sort ce qu’ils voudraient pouvoir appliquer aux autres (mais ils n’en ont heureusement pas l’autorité et le reconnaissent), eh bien ils ne font plus partie de l’Eglise : ipso facto.
Comme quoi leur respect du sacré, leurs pratiques, etc. tout ce qu’ils ont de beau et de bien, de vrai, n’est pas suffisant pour être sauvé et ne relève que des apparences : poudre aux yeux ! Ainsi jugent-ils bien des autres éventuellement – mais accusant la faiblesse de n’en avoir l’autorité.
D’ailleurs leur liturgie intouchable n’est pas la leur, ils l’ont volée pour le devenir, mais cela n’y change rien.
Alors qu’en penser ? Que Dieu a voulu se servir d’eux pour conserver cette liturgie ? Peut-être, car elle conserve toute sa valeur quand les messes sont dites sans assemblée. Qu’ils peuvent avoir connaissance et défendre des vérités, mais qu’elles seront toujours partielles et vérolées, que le vers est dans leurs fruits : c’est ce que eux n’accordent pas à leurs adversaires (selon eux désignés et même s’ils les appellent autrement), qu’ils considèrent à cause d’un petit défaut comme « tout mauvais » ou presque, mais tolèrent par obligation et pragmatisme.
En langage cru, je dirai qu’ils sont « faux-culs » au possible et comme ce n’est pas permis !
Si tout ce qu’ils veulent, c’est seulement pouvoir assister à la messe tridentine, qu’ils cessent tous leurs autres discours et reconnaissent tout le bien de Vatican II (dont la « nouvelle donne » offre précisément le moyen de sortir de ce dans quoi ils butent depuis le début et qui les enlise). Ils pourront aller aux messes de leurs prêtres préférés (j’extrapole que Rome puisse définir la notion de « sans assemblée » comme inférieure à 6 ou 10, et autoriser voire favoriser voire imposer (rêvons à leur place) cette pratique privée, c’était je crois le cas au début).
Et comprennent que cette attitude consumériste n’est pas celle à privilégier ni digne d’un chrétien soumis à l’autorité d’une Eglise.
Sinon, qu’ils osent aller au bout de et au fond de leur contestation et en tirer les conclusions qui s’imposent, au lieu de se prétendre les seuls catholiques détenteurs de la vérité vraie.
Ils considèrent l’ouverture dont je parlais comme un relâchement : ce n’est pas vrai, et cela n’a rien à voir avec le nombre de catholiques ou le degré d’instruction religieuse de chacun. Ils sont prêts à tous les amalgames pour persister dans leur lubie et malheureusement, la situation de déchristianisation, en partie due à leur contestation, favorise ceux-ci mais elle donne une vue floue et partisane des choses. Elle provoque la situation qu’ils accusent et cela même si elle a d’autres causes aussi en provenance du monde ou de Satan.
Il n’est pas étonnant qu’un pape comme François voie dans leurs représentations qui lui sont fidèles une fumisterie et un abus de langage. Ils l’ont bien cherché ! Ils ne peuvent continuer à parler d’une « messe de Toujours » etc. Ils ne peuvent manger aux 2 râteliers. Ils doivent cesser leurs contradictions incessantes. Il leur a rappelé l’objectif et n’a pas fait dans la dentelle. C’est le pape, il a l’autorité et plus que cela, il est le garant de l’unité.
Quand ils se seront rangés, alors ils pourront reprocher à leurs nouveaux petits copains « conciliaristes de toujours » toutes les vérités qu’ils font mine de méconnaître, et s’assurer qu’ils y croient toujours et les obliger à les enseigner et confesser. A temps mais peut-être pas à contre-temps : les autres aussi ont des idées et des projets « missionnaires » ! En attendant, ce serait comme si les avoir serait courir un risque d’hérésie (ben oui…), alors profil bas…
C’est parce qu’ils ne sont pas plus nombreux qu’ils n’ont pas fait plus de mal… L’Eglise est bien le levain dans la pâte du monde et quand elle a des martyrs quelque part (Tibhérine), l’opinion est avec eux et donc nous, ce qui n’a pas toujours été le cas. Bien des héros civils s’avèrent encore et toujours être inspirés par leur foi catholique (Arnauld Beltrame, sans-papier devenu pompier, etc…) et ne sont plus rejetés comme marginaux pour autant…
Ils se veulent être une élite, donc une minorité, et ils le resteront. Mais ils ne sont point l'élite... Les choses auraient été fort différentes s'ils étaient restés unis et que Mgr Lefèvre s'était rallié à Jean-Paul II.