Plusieurs points de la lettre d'accompagnement m'interpellent.
https://eglise.catholique.fr/vatican/mo ... x-eveques/
D'abord, une annonce spectaculaire : le livre de 1962 est cette fois-ci formellement abrogé (il ne l'avait jamais été jusqu'ici).
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Répondant à vos demandes, je prends la ferme décision d’abroger toutes les normes, instructions, concessions et coutumes antérieures à ce Motu Proprio, et de conserver les livres liturgiques promulgués par les Saints Pontifes Paul VI et Jean-Paul II, conformément aux décrets du Concile Vatican II, comme la seule expression de la lex orandi du Rite Romain. Je suis réconforté dans cette décision par le fait qu’après le Concile de Trente, saint Pie V a également abrogé tous les rites qui ne pouvaient se vanter d’une antiquité prouvée, établissant un seul Missale Romanum pour toute l’Église latine. Pendant quatre siècles, ce Missale Romanum promulgué par saint Pie V fut ainsi l’expression principale de la lex orandi du rite romain, remplissant une fonction unificatrice dans l’Église. Pour ne pas contredire la dignité et la grandeur de ce Rite, les Evêques réunis en concile œcuménique on demandé qu’il soit réformé ; leur intention était que « les fidèles n’assistent pas au mystère de la foi comme des étrangers ou des spectateurs silencieux a mais, qu’avec une pleine compréhension des rites et des prières, ils participent à l’action sacrée consciemment, pieusement et activement » . Saint Paul VI, rappelant que le travail d’adaptation du Missel Romain avait déjà été commencé par Pie XII, déclara que la révision du Missel Romain, menée à la lumière des sources liturgiques les plus anciennes, avait pour but de permettre à l’Église d’élever, dans la variété de langues, « une seule et même prière » qui exprime son unité . J’ai l’intention de rétablir cette unité dans toute l’Église de Rite Romain.
C'est parfaitement clair. Prenant exemple sur Saint Pie V, il affirme abroger tous les livres antérieurs, exactement comme saint Pie V avait fait en son temps. C'est une annonce énorme, inattendue. Je comprends le silence et le peu de réaction à cette heure. Tout le monde est en train d'encaisser le coup. Mais le tsunami reste sans doute à venir.
On remarquera au passage qu'il affirme répondre aux vœux des évêques. Voilà qui est de nature à installer une bonne ambiance dans les diocèses, n'est-ce pas ? A l'en croire, les évêques se seraient plaint auprès du pape des problèmes posés par le Missel de 1962. Ce qui m'amène au second point.
Objectivement, la suspicion est lancée sur tous les traditionalistes, qu'il va falloir contrôler pour veiller à ce qu'ils rentrent un jour dans le rang. Ça concerne aussi bien les fidèles, les prêtres, et les différentes organisations. Et pour cause :
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- Les indications sur la marche à suivre dans les diocèses sont principalement dictées par deux principes : d’une part, pourvoir au bien de ceux qui sont enracinés dans la forme de célébration précédente et ont besoin de temps pour revenir au Rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II ; d’autre part, interrompre l’érection de nouvelles paroisses personnelles, liées plus au désir et à la volonté de certains prêtres qu’au besoin réel du « saint peuple de Dieu fidèle ».
Évidemment, l'objectif qui est rappelé est bel et bien que ces fidèles attachés à la tradition finissent par abandonner le Missel de 1962, pour "revenir" à celui de Paul VI. C'est affirmé très explicitement. Cette tolérance n'était donc que transitoire. Et donc, fini de rire. La décision qui est prise est de donner un coup d'arrêt à la prolifération des célébrations dans le rite extraordinaire. D'où la feuille de route qui prévoit que pour tout nouveau prêtre qui sera ordonné à l'avenir, l'autorisation ne sera plus soumise à l'évêque mais au Saint Siège directement.
En résumé, nous assistons à un virage complet qui ferme définitivement la porte à toute possibilité d'avenir pour les communautés traditionalistes. L'horizon est définitivement fermé.
Mais pour contrebalancer cet acte répressif, il cherche à susciter un retour à l'équilibre en exprimant un vœu pieux concernant les abus qui depuis des décennies prospèrent dans la célébration du rite ordinaire :
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En même temps, je vous demande de veiller à ce que chaque liturgie soit célébrée avec décorum et avec fidélité aux livres liturgiques promulgués après le Concile Vatican II, sans excentricités qui dégénèrent facilement en abus. Les séminaristes et les nouveaux prêtres doivent être éduqués à cette fidélité aux prescriptions du Missel et aux livres liturgiques, qui reflètent la réforme liturgique souhaitée par le Concile Vatican II.
"En même temps" ! C'est avec cette formule que François recommande aux évêques de mettre fin aux excentricités de la messe de Paul VI. L'idée serait donc de réduire les abus liturgiques afin de faciliter le retour à l'obéissance des traditionalistes. Il était temps, mais je demande à voir, franchement. Car s'il y a un chantier comparable au nettoyage des écuries d'Augias, c'est bien celui-ci. Or, le nouveau Motu Proprio est totalement muet sur la question et ne prévoit aucune mesure dans ce sens. Cela sonne comme un rappel à l'ordre, comme il y en a eu tant d'autres sans être jamais suivis des faits. C'est juste pour servir de caution et pouvoir dire : voyez, les textes disent bien que les abus ne doivent pas être tolérés. C'est le petit côté "jésuite", sans doute, de cette lettre.