giorgino a écrit :oui Laiglajo et il n' y a pas lieu de faire " attention" à la presse allemande .
S'il n'y avait que la presse allemande et Belge.....!
L'ESPAGNE :
Entre mépris et éclat de rire
Le très catholique et conservateur ABC tique lui aussi sur la façon dont Nicolas Sarkozy est parti en vacances à bord du jet privé de Vincent Bolloré.
A quelques nuances personnelles près, nous sommes tous d’accord pour dire que donner à manger à celui qui a faim est une œuvre de charité méritoire ; mais, dans ce monde déstructuré et chaque jour plus étrange, donner à manger à ceux qui ont le ventre plein semble devenu une alternative envisageable. Cette nouvelle façon de donner à autrui est le fait des “parrains”, des riches et des puissants, et cette pratique inspire aux rares esprits critiques survivants – espèce à laquelle je m’honore d’appartenir – une gamme de réactions comprises entre le mépris et l’éclat de rire. Or il conviendrait davantage de se demander si, dans cette affaire, la responsabilité incombe à ceux qui, par leurs biens, font des cadeaux à ceux qui n’en ont pas besoin ou aux puissants qui se laissent courtiser.
Je pense, dans l’esprit des Lettres persanes, à Nicolas Sarkozy. Le président de la République française passe quelques jours de vacances en Egypte et, pour ne pas grever le budget de l’Etat, cède aux prévenances de Vincent Bolloré, patron du Groupe Havas [et de Matin Plus, quotidien gratuit auquel contribue Courrier international], l’un des premiers groupes de communication au monde (le cinquième ou le sixième), et à la tête d’une fortune qui, selon le magazine Forbes [classement 2006], approcherait 1,7 milliard de dollars. Comme c’est toujours le cas en temps de crise de l’intelligence et de l’éthique, ce qui attire le plus l’attention dans ce voyage – entièrement gratuit – de Sarkozy, c’est la silhouette de son accompagnatrice, l’ex-mannequin et chanteuse Carla Bruni, mais là n’est pas la question. Chacun agrémente sa vie privée des éléments qui correspondent à ses goûts et à sa volonté. La question du président “sponsorisé” est ailleurs.
Sarkozy est – avec Angela Merkel – le dirigeant le plus important, le plus dynamique et le plus imaginatif de l’Union européenne. Et, comme expression de notre décadence collective, il se paie le luxe de jouer les pique-assiettes. Il n’est même pas nécessaire d’y voir le mal et de supposer que son “protecteur” Bolloré sera récompensé de sa générosité. Le fait que le chef de l’Etat de l’un des premiers pays de la planète, berceau des libertés et de la culture, considère ce grappillage comme une composante de sa dignité présidentielle est en soi consternant. Ce faisant, il nie et foule aux pieds des valeurs et des formes que, jusqu’à présent, nous tenions pour fondamentales et sur lesquelles reposait la liturgie du pouvoir.
En mai dernier, à peine avait-il remporté les élections que Nicolas Sarkozy se prévalait de la même logique “économe” pour aller prendre quelques jours de repos à Malte. Cela lui a valu bien des critiques. Mais, bien entendu, les sondages d’opinion ont dû pousser le premier des Français à se rendre compte que ses concitoyens tolèrent fort bien l’outrage. D’où cette récidive que, peut-être comme un effet supplémentaire de la gueule de bois caractéristique de cette période de fêtes, je vois et interprète comme un symptôme évident de la crise que traverse le modèle démocratique européen. Une société pour laquelle tout est admissible peut être gouvernée par des dirigeants pour qui rien n’a d’importance. Et ces derniers ne prennent même plus la peine de sauver les apparences.
M. Martín Ferrand
ABC