aldebaran a écrit : ↑jeu. 19 sept. 2019, 8:23
Crosswind dit qu'il est d'un tempérament joueur ; il s'amuse à se placer dans la posture du sceptique pour balayer (avec un sourire intérieur) tous les arguments que vous voudrez bien lui proposer. Pas grand chose étant démontrable, c'est beaucoup plus facile
Il demande une vérité absolue, et bien en voici une : 7 est un nombre premier.
Si on ajoute un objet à un ensemble, cet ensemble en contient deux. Pas besoin de perception ici, c'est transcendantal. Toute l'arithmétique découle de ceci, avec ses lois intrinsèques et transcendantales. Dont cette vérité que 7 est premier.
7 restera premier pour un extra-terrestre, pour un esprit pur, et même si aucune entité n'était là pour réaliser cette vérité que 7 est un nombre premier.
Mais Crosswind sait que l'on peut tenir pour vrai la logique et les faits. C'est pourquoi il nous dit qu'il n'est sûr que du présent. En science, on pourrait rapprocher (rapprocher seulement) cela à l'hypothèse du cerveau de Boltzmann.
Attitude incorrecte selon moi (ne serait-ce qu'à cause des mathématiques). Et conduisant à la folie peut-être, mais plus probablement au nihilisme et au désespoir.
Crosswind, pourquoi se fermer les portes avant de les ouvrir? Certainement que si rien n'était sûr, on ne peut être sûr de rien. C'est un raisonnement circulaire.
Jamais, au grand jamais, je n'affirme que
rien n'est démontrable. Pas plus que Kant d'ailleurs. Seulement, toute démonstration ne tient sa valeur de vérité qu'en fonction des règles admises pour son développement. Autrement dit, on peut démontrer ce que l'on veut, à l'exception de l'absolu. Ainsi, les règles du tennis définissent ce qui, au cours du jeu, est considéré comme un point ou pas. De même que la règle mathématique de l'addition définit si un calcul donné est correct ou non. Prenons la proposition "7 est un nombre premier". Cette phrase ne peut être prise pour une vérité absolue, mais bien pour une vérité relative au respect de normes prescriptives. Je m'explique. Le nombre 7 n'est en réalité qu'une convention pratique ni vraie ni fausse. Le chiffre 1 est une norme arbitraire et représentative, dont l'origine se trouve dans notre faculté de différencier des
choses au sein de l'expérience. Lorsque je vois "une pomme" et le déclare, je n'affirme rien sur la nature intrinsèque de cette "pomme", si tant et si bien qu'elle en ait une, mais annonce le plus simplement du monde faire l'expérience de voir une pomme. Lorsque je vois "deux pommes" et le déclare, je n'affirme toujours rien sur la nature de ces pommes, si tant est si bien qu'elles en aient une, mais annonce simplement faire l'expérience de voir une pomme et une autre pomme simultanément. Plutôt que d'user du dessin d'une pomme, on a trouvé plus commode d'associer un dessin plus pratique, plus petit, plus malléable, pour chaque objet actuels et possibles : le tracé
1. Mais cette forme ne pointe aucune transcendance, c'est une simple équivalence sémantique d'un vécu propre. De fil en aiguille, un petit malin, ou quelqu'un qui en avait rudement marre de tracer 456 traits sur une tablette d'argile, s'est dit que, pour deux traits, l'on pouvait bien inventer un autre dessin. Et pour trois traits, itou, et ainsi de suite.. De là découle la tautologie
1+1=2. Car énoncer que le signe
2 équivaut à l'ensemble des signes
1+1 n'est pas énoncer une vérité, mais une simple équivalence tautologique. On aurait tout aussi bien pu imaginer
3+3=9 que cet énoncé aurait été tout autant équivalent à
1+1=2. Nous parlons ici de
convention. Et il s'agit encore de conventions lorsque nous parlons des nombres premiers. La règle est simple : dans un ensemble de signes déterminé, est premier tout signe dont l'ensemble des équivalences signalétiques possibles ne contient qu'une seule suite d'un même nombre. Le signe 7 rencontre le critère puisque parmi toutes ses équivalences, il n'existe qu'une seule suite d'un même nombre :
7=1+1+1+1+1+1+1.
Décréter un nombre comme étant premier, ce n'est donc rien faire d'autre que trier un ensemble d'équivalences tautologiques sur base d'un critère
arbitraire.
Par contre,
pour peu qu'un extra-terrestre comprennent la règle, 7 sera bien pour lui un nombre premier. Mais si notre extra-terrestre ne parle pas le même langage, ou un langage tel qu'une partie seule de ses subtilités sémantiques sont communes avec les nôtres, il risque bien de trouver l'idée parfaitement saugrenue, voire complètement fausse, dans le cas où la règle se heurterait à des conceptions si différentes que son message s'en trouverait pollué.
Pour synthétiser, la logique en elle-même n'est ni fausse ni vraie, elle n'est qu'une règle échafaudée dans un contexte bien particulier, celui de ma raison propre. C'est en cela que Kant a défini la "nouvelle" objectivité : bien loin d'un quelconque miroir métaphysique d'une réalité absolue, l'objectivité transcendantale se contente d'unir un ensemble de locuteurs donnés dans une logique partagée.
Ni plus, ni moins. Mais c'est déjà beaucoup !