Mel Gibson prépare la suite de son film "La passion du Christ"

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wanderer
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pour finir avec l'antisémitisme

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Petite digression, mais en parlant du film, la discussion a porté sur l'antisémitisme, alors permettez moi de recopier Nostra Aetate qui résume la position catholique sur ce point sans équivoque.
Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ (13), ce qui a été commis durant sa passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S'il est vrai que l'Eglise est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Ecriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de n'enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l'Evangile et à l'esprit du Christ.

En outre, l'Eglise qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu'ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu'elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l'Evangile, déplore les haines. les persécutions et toutes les manifestations d'antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs.

D'ailleurs, comme l'Eglise l'a toujours tenu et comme elle le tient, le Christ, en vertu de son immense amour, s'est soumis volontairement à la passion et à la mort, à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l'Eglise, dans sa prédication, est donc d'annoncer la croix du Christ comme signe de l'amour universel de Dieu et comme source de toute grâce.

On peut nous accuser de tout, mais pas de ça. :)
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patrick
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passion du Christ ,mel gibson

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bonsoir,
je viens de visionner ce film en DVD,voici mon avis:
pour un tel sujet,à la place de m.gibson j'aurais moins insisté sur l'aspect "sang au cinéma" au profit de filmer la souffrance du Christ sur son visage,l'acteur est excellent mais trop "barbouillé" en fait j'aurais souhaité un film plus symbolique que cet aspect "sang".
pour le reste,décors,costumes,rien à dire,sentiment mitigé......
votre avis m'interesse!
salutations à tous
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VexillumRegis
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Message non lu par VexillumRegis »

[align=center]La Passion du Christ de Mel Gibson[/align]

[align=justify]La sortie du film de Mel Gibson, “ La passion du Christ ” a fait couler beaucoup d’encre ; un certain nombre de voix, se sont élevées : beaucoup pour en faire l’éloge, d’autres pour émettre des réserves, d’autres encore pour le dénoncer avec virulence. Je viens de voir ce film et voici les quelques réflexions qu’il m’inspire.


1. Ce film est-il fidèle à l’Évangile ?

Ce qui frappe, c’est la grande fidélité du film au récit que les quatre évangiles nous rapportent de la Passion, dont le traitement par le cinéaste dénote une connaissance approfondie. En outre, Mel Gibson, dans un sens rare de l’unité des deux Testaments, lit la Passion à la lumière prophétique du quatrième chant du Serviteur souffrant d’Isaïe, que l’Église a choisi précisément de lire le Vendredi-Saint, comme prolégomènes à la lecture liturgique de la Passion où Jésus accomplit parfaitement les Écritures. Cette lecture est encore confirmée par les nombreux versets de Psaume que le cinéaste met opportunément dans la bouche de Jésus ; par exemple, au début de la scène douloureuse de la flagellation, il fait dire au Christ : “ Mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt ”
(Ps 107). C’est une lecture profondément chrétienne de la Bible qu’il nous offre, dans la plus pure tradition herméneutique de l’Église.

2. La violence de la passion est-elle excessive ?

Le réalisme de la violence, dans le récit que le cinéaste fait de la Passion, rejoint les renseignements de l’histoire et de l’archéologie. Nous en trouvons d’ailleurs une lecture exacte et troublante sur le Saint-Linceul de Turin, document qui a fait l’objet d’études scientifiques pluridisciplinaires, source précieuse d’informations sur la cruauté du traitement infligé par les Romains aux condamnés à mort.
Sans doute, la violence des coups subie par le Christ confine à la “ boucherie ”. Mais c’est précisément ce qui ressort des figures prophétiques de la Passion dans l’Ancien Testament : “ Il était sans beauté ni éclat pour attirer nos regards, et sans apparence qui nous eut séduits (…) Maltraité, il s’humiliait, il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir ” (Is 53, 2. 7). C’est le réalisme même de la Passion, ni plus ni moins, et le cinéaste a trouvé dans la Bible les mots ou les images pour manifester cette horreur (Psaumes, lamentation de Jérimie...) Il nous invite à fixer les yeux sur le visage de souffrance de Jésus pour entrer dans ce que Jean Paul II appelle “ la profondeur abyssale de ce mystère ”, ajoutant : “ Est-il possible d’imaginer un supplice plus grand, une obscurité plus dense ? ” (Novo Millennio Ineunte n. 25). C’est le propre du cinéaste, tel un peintre, que d’imaginer et d’évoquer le Mystère de cette souffrance indicible, pour aider le spectateur à le pénétrer dans la foi. Si les premiers chrétiens évitaient de représenter le Christ crucifié, c’est parce qu’il constituait dans le monde antique, où se perpétrait ce supplice infamant, un objet de grande humiliation pour le Seigneur ressuscité qu’ils annonçaient aux païens. Mais dès le haut Moyen Âge, on a cherché à explorer ce Mystère, pour rendre compte du grand paradoxe de l’Évangile : la gloire et la croix !
Ce traitement de la violence ne confine pas pour autant au sadisme ni au voyeurisme : l’omniprésence de la Vierge Marie, aux moments les plus insoutenables de la flagellation ou du chemin de croix, comme les flash back répétés sur le ministère public de Jésus, apportent une note contrastée de douceur qui transparaît dans l’attitude et le regard de Jésus, comme dans la sereine douleur de la Mère consentant à la Passion de son Fils.

3. Le sens que M. Gibson donne à la souffrance du Christ est-il conforme à la foi catholique ?

La liberté souveraine du Christ dans sa Passion n’a pas échappé au cinéaste qui montre clairement que l’amour et l’amour seul, jusqu’à l’extrême, en est le vrai mobile. D’ailleurs les retours répétés sur le ministère public de Jésus, surimposés aux moments-clés de la Passion avec une grande finesse, révèlent la signification profonde que Jésus donne à sa souffrance. Le choix des paroles prononcées par Jésus dans sa prédication corrobore puissamment cette vision que le cinéaste veut communiquer de la Passion : “ Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne (…) j’ai le pouvoir de déposer ma vie et le pouvoir de la reprendre ”, “ Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ”. En tout cas, Gibson sait reconnaître la substantifique moelle de la prédication de Jésus : le sermon sur le montagne, avec les développements sur l’amour des ennemis, le commandement de l’amour que Jésus donne à ses disciples comme leçon du lavement des pieds, opportunément évoqué au moment de la flagellation, alors que Jésus gît aux pieds du soldat qui le frappe… Dans une grande fidélité à la théologie catholique de la rédemption, enracinée dans les Écritures relues par toute la Tradition, le cinéaste s’attache à montrer que c’est par sa souffrance librement offerte par amour, en sacrifice de propitiation pour nos péchés et ceux du monde entier (cf. 1 Jn 2, 2), que le Christ nous a sauvés. De même, il a parfaitement bien relié, dans la plus exacte théologie catholique de l’Eucharistie, dont la dimension sacrificielle est trop souvent passée sous silence aujourd’hui, les flash back sur la dernière Cène aux moments forts de la crucifixion. Quant le Christ est élevé sur la croix, le flask back nous ramène en effet aux paroles de Jésus intituant l’Eucharistie : “ Ceci est mon corps livré pour vous ”. Enfin, tout conduit à une affirmation de foi en Jésus Fils de Dieu, vainqueur de la violence, de la haine et de la mort, par sa Résurrection qui est la dernière image, brève mais ô combien suggestive, de ce film : la pierre du tombeau qui est roulée, le linceul qui est affaissé à sa place (cf. Jn 20, 5), signe qui provoqua la foi de Jean, le Christ marqué par les stigmates de la Passion, sortant vivant du tombeau.

4. Sa vision de la Passion est-elle culpabilisante ? Le cinéaste cherche-t-il à démontrer la culpabilité des juifs ?

Mel Gibson ne cherche pas à identifier les coupables. En rapportant le récit de la Passion, il suit de près l’Évangile et montre bien tous les acteurs du drame : il y a la trahison de Judas, l’abandon des disciples et le reniement de Pierre ; il y a les Scribes, les Pharisiens et les Grands-Prêtres ; il y a Ponce Pilate et les Romains, il y a la foule… On ne cherche pas parmi eux à privilégier tel ou tel coupable. D’ailleurs ce qui frappe c’est que Jésus cherche sans cesse à relativiser la responsabilité des hommes ; face à la violence des romains, particulièrement cruels, le cinéaste revient, en flash back, sur la parole du Christ disant : “ Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ”, comme s’il voulait montrer que la responsabilité est à chercher au-delà des acteurs en présence ; de même, devant les vociférations haineuses des Pharisiens au pied de la croix, Jésus s’écrie : “ Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ”. La vraie responsabilité incombe à Satan, personnifié sous la figure d’une femme, qui rôde autour du Christ tout au long du film. En tout cas, jamais Mel Gibson n’a identifié les chefs du peuple juif, qui veulent mettre Jésus à mort, aux juifs en général : la seule fois qu’un juif est injurié parce qu’il est juif, c’est dans la bouche d’un romain qui invective Simon de Cyrène parce qu’il prend la défense du Christ outragé.

5. Le cinéaste n’est-il pas influencé par une conception obscurantiste du diable ?

C’est dans son imagination créatrice que l’artiste a forgé cette représentation de Satan sous les traits d’une femme aux yeux durs et au teint lisse, associée dès le début au serpent, symbole biblique de l’Esprit du Mal. Cette représentation, qui accompagne tout le déroulement de la Passion, est pleinement conforme à l’Évangile et n’interfère jamais avec la vérité historique du récit. Par là, Mel Gibson a bien saisi que le combat spirituel est une clé d’interprétation de la Passion resituée dans la totalité de l’Histoire du Salut. Comme nous le dit saint Luc, en conclusion du récit de la tentation au désert : “ Ayant ainsi épuisé toute tentation, le diable s’éloigna de lui jusqu’au temps fixé ” (Lc 4, 13). En outre, Jésus donne lui-même à la Passion le sens d’un combat contre le Prince de ce monde : “ C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ” (Jn 12, 31) ; “ Le prince de ce monde est déjà condamné ” (Jn 16, 11) ; “Je ne m’entretiendrai plus beaucoup avec vous, car il vient le Prince de ce monde ; sur moi, il n’a aucun pouvoir ” (Jn 14, 30). De fait, en écrasant la tête du serpent, à la fin de la prière de l’agonie, Jésus manifeste sa victoire par anticipation… Et Jésus a cette parole magnifique, tirée de l’apocalypse, qu’il adresse à sa mère sur le chemin de croix : “ je fais toute chose nouvelle ” ; il est significatif que cette parole soit arrachée à Jésus en regardant sa mère, l’Immaculée, la première rachetée, elle qui est “ plus jeune que le péché ”. Sur la via crucis, un parallèle saisissant est fait entre Marie qui accompagne son Fils, dans la douleur et l’offrande, et Satan qui marche en face, mais qui va vers sa ruine, et que l’on verra anéanti au moment de la mort de Jésus…

6. Qui ce film dérangera-t-il ?

Ceux qui devant l’émoi sans fondement de certains juifs, criant à l’antisémitisme, ont peur de voir les relations des chrétiens avec le judaïsme se dégrader. Ceux qui, parmi les tenants d’une certaine intelligensia catholique, ont passé sous silence la dimension sacrificielle de la Passion du Christ et de l’Eucharistie. Ceux qui, parmi les exégètes, historiens et théologiens imprégnés de critique rationaliste et influencés par la dialectique Bultmanienne du Christ de la foi et du Jésus de l’histoire, nient l’historicité des Évangiles.

Sans doute sera-t-il imprudent de montrer ce film aux moins de douze ans, mais les enfants étaient-ils au pied de la croix ? Sans doute aussi, faudra-t-il que nous apportions quelques compléments d’information à tous ceux qui verront ce film sans culture biblique et chrétienne suffisante. Mais nous avons là assurément un formidable instrument d’évangélisation pour faire voir Jésus à tous ceux qui nous le demandent.[/align]
Source : http://www.saintraphael-catho.com/EVENE ... p?choix=36

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patrick
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Re: Critique personnelle

Message non lu par patrick »

Bonsoir VexillumRegis
n'étant pas capable ni en position de pouvoir faire mieux que M Gibson,je rejoins complètement ta phrase
"Ce n'est cependant pas le chef-d'oeuvre absolu que j'attendais"
par contre M Gibson me répondra que c'est un succès si j'en juge au nombre d'entrées......
au risque de paraitre "bizarre" je dirais que pour moi Jésus/Dieu n'a pas de visage et là on nous montre un humain ensanglanté,certes c'est l'histoire,mais je n'arrive pas à expliquer ce qui me dérange,je suis dans le flou.
salutations à tous
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Message non lu par wanderer »

J'aime bien la scène de la résurrection dans le film de Mel Gibson, elle me rappelle un peu, par sa simplicité et sa clarté, ce passage de H.-U. von Balthasar que j'aime beaucoup :
Parfois, je sais que l'on me donne les bonnes réponses et pourtant, je n'arrive pas à m'en satisfaire, c'est étrange. Il y a plusieurs sujets comme ça qui bloquent un peu.

Pour moi, au vue de ces tableau, je préfère me dire que l'on n'a pas su saisir vraiment la grandeur de la résurection de Jésus et pour autant, je sais très bien que ce n'est pas non plus de la pyrotechnie qui la rendra. Comment dire. Jésus nouveau né dans les bras de Marie, c'est si beau et si simple, c'est facile de saisir la simplicité de Dieu, son humilité. Je ne sais pas. Et puis en y réfléchissant, je dis n'importe quoi, quand j'entends le "et resurexit" de la messe en si mineur de Bach avec les belles trompettes qui tournoient, je la sens cette gloire de Dieu qui nous dépasse. Non, je suis sûr qu'il y a un tableau de la résurection qui me fera l'effet de cette messe.

Je conseille à tout le monde cette messe de Bach, "Crucifixus", terrible avec le chromatisme et pleine lumière, Ré majeur pour les trompettes du "Et resurexit" qui font des tourbillons de musique. Magnifique! Vous ne voyez pas, mais votre cher Wanderer est en train de pousser la chansonnette et de se prendre pour un chef d'orchestre! :)

Merci quand même pour les tableaux Charles, mais j'attends encore autre chose.
bajulans
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mon opinion

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Ayant vu le film, il y a maintenant quelques mois, je dois dire que je n'ai pas aimé. Pour moi l'attitude des Israéliens ne dénote aucune malveillance. Je partage pas mal des idées exprimées par nos amis juifs au sujet de ce film et relatées dans la dépêche citée.

Des flots de "rouge", du mauvais goût. Les images concernant le suicide de Judas sont pénibles et nulles. Il aurait été beaucoup plus intéressant de nous montrer que Judas est "coincé" : d'un côté les autorités religieuses qui le méprisent et de l'autre les apôtres qui le haïssent. Il n'y aurait eu que Jésus sans doute, mais il n'ose pas et de tout façon il est dérobé à ses yeux par l'arrestation (son oeuvre de traitre). Une terrible solitude.

La scène tragi-comique du jeune homme, disciple de Jésus, réveillé en plein sommeil, au moment de l'arrestation et qui n'échappe à sa propre arrestation qu'en s'enfuyant nu comme un ver, en laissant le drap qui le couvrait aux mains des policiers. N'est pas relatée, dommage.

Tout n'est pas inintéressant, mais enfin ce qui est intéressant est gâché par la mauvaise qualité générale.

Du point de vue chrétien, je le trouve théologiquement peu sûr. On ne voit pas combien Jésus est Dieu et combien il domine sa Passion, il se donne volontairement. La scène de l'arrestation avec le renversement miraculeux des sbires, le grand cri miraculeux poussé par Jésus du haut de la croix au moment de sa mort, tout cela est omis, au profit de scènes douteuses et qui ne sont pas relatées dans les Evangiles. Jésus est un homme certes, mais comme aurait dit Napoléon, il n'était pas qu'un homme et ça on ne le voit pas dans ce film, ou on le voit trop peu.
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VexillumRegis
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Message non lu par VexillumRegis »

Bonjour Bajulans,

Je vous trouve un peu dur dans votre critique du film de Mel Gibson.

[align=justify]Les critiques médisants ont beaucoup insisté sur la côté "sanguinolent" du film, certains allant même jusqu'à le qualifier de "gore". Pure exagération à mon avis. Le sujet du film est en lui-même violent, car la Passion fut violente, c'est une évidence. Les Romains n'étaient pas des tendres. L'instrument de la flagellation, le flagrum, était pourvu à l'extrémité des lanières de petites boules de plomb incrustées de fragments d'os de mouton. On imagine très bien les dégâts que ce genre d'armes pouvait infliger...

Comme vous le savez, le suicide de Judas est biblique. S'il avait vraiment voulu faire dans le "gore", Mel Gibson aurait très bien pu suivre à la lettre les Ecritures, qui nous expliquent que sous le choc de la pendaison, le corps de Judas se déchira par le milieu et répandit ses entrailles (Actes I, 16-17)... Peut-être n'avez-vous pas apprécié le rôle dévolu aux enfants "démoniaques" ; je vous concède qu'il s'agit là d'un procédé dont le réalisateur aurait pu faire l'économie.

Je ne comprends pas trop ce qui vous a déplu dans la scène de l'arrestation, que j'ai personnellement trouvé très réussie sur le plan esthétique. Je n'ai pas souvenance du disciple s'échappant "nu comme un ver". Certes, il laisse bien sa tunique aux mains des gardes du temples, mais il n'était pas nu pour autant, il me semble. Mais je me trompe peut-être.

Je ne pense pas non plus qu'on puisse reprocher au film d'être "théologiquement peu sûr". Jésus trop humain ? - Sans doute, et encore... On remarquera d'abord que le "merveilleux" est totalement absent du récit des évangiles concernant la Passion, du moins le "merveilleux" entendu dans un sens spectaculaire. Lorsque ses bourreaux se moque de Jésus en lui demandant de descendre de la croix s'il est le Fils de Dieu, le Seigneur se contente de leur pardonner. Ce n'est pas spectaculaire, mais est-ce vraiment dépourvu de divin ? Pour moi c'est un pardon qui dépasse l'entendement humain, qui dépasse les bourreaux, qui NOUS dépasse. Par ailleurs, on a du "merveilleux" dans la scène certes fugace mais significative de la Résurrection. Cette scène est-t-elle réussie ? Certains ont trouvé qu'elle virait au "grand guignol" si j'ose dire ; c'est possible, et c'est même la grande difficulté (l'impossibilité ?) que l'on rencontre lorsque l'on souhaite représenter figurativement un évènement surnaturel tel qu'un miracle par exemple. En tout cas, pour ma part, j'ai trouvé le pardon sur la croix plus "divin" que la Résurrection finale.

Pour moi, la réussite du film tient à cette gageure de transformer en amour et en pardon la souffrance et la mort. Mais n'est-ce pas là justement ce qui caractérise la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ?[/align]

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Dernière modification par VexillumRegis le mer. 27 avr. 2005, 18:29, modifié 2 fois.
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VexillumRegis
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Message non lu par VexillumRegis »

[align=center]Image[/align]
[align=justify]Voici le sort de Judas Iscariote tel qu'il est décrit dans le livre des Actes : "Cet homme acquit un champ avec le salaire de son crime, et s'étant précipité en avant, se rompit par le milieu, et toutes ses entrailles se répandirent" (I, 18).

Cette image du châtiment de Judas est tirée d'une série de vingt-cinq fresques peintes à la fin du XVème siècle par Jean Canavesio, modeste artiste de la région niçoise ; elles ornent la chapelle ND des Fontaines à La Brigue, Alpes-Maritimes. Il s'agit là, à mon humble avis, d'un très bel échantillon de l'art religion "populaire" de cette région à la fin du Moyen-Age.

Vous pouvez voir ici l'ensemble du cycle de la Passion. L'ensemble du site me semble d'une belle qualité et d'un grand intérêt.[/align]

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bajulans
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Merci pour vos réponses

Message non lu par bajulans »

Vos réponses modérées et aimables me font chaud au coeur.

Pour moi, je pense qu'il y a du miraculeux au moment de l'arrestation : les policiers sont projetés à terre par une force mystérieuse, comme pour marquer que Jésus se soumet volontairement. De même pour le dernier cri sur la croix : normalement les crucifiés, qui mourraient d'asphyxie, les poumons pleins d'air, ne pouvaient crier. C'est ce prodige qui convertit le centurion romain.

La scène du jeune homme n'était pas absolument nécessaire, même si elle doit avoir un signification mystique que je ne connais pas, mais elle aurait, selon moi, détendu l'atmosphère dans ce film très lourd. Il faudrait reprendre les Evangiles pour retrouver la référence, mais je ne crois pas me tromper.

Je suis d'accord cependant avec le fait que l'absence de prodige est parfois plus impressionnante : quand le grand prêtre, qui était un corrompu comme le reconnaît le Talmud, (En substance, il dit d'après ce que je crois savoir que Caïphe et son beau-père Anne étaient une paire de salopards) prophétise sans s'en rendre compte. Quand Jésus obéit au grand prêtre, parce qu'il lui intime un ordre "Au nom du Dieu vivant, je t'adjure." Parce qu'en obéissant à Caïphe, il obéit à Dieu, et alors même que Caïphe est, dans le langage de notre époque, un ordure. Oui c'est théologiquement très riche aussi et en un sens merveilleux. C'est le prodige dans le quotidien, c'est l'incarnation de Dieu dans les événements. Ce que nos amis protestants et/ou lefebvristes ont du mal à comprendre.

Et puis pour conclure "De gustibus et coloribus non est disputandum" (des goûts et des couleurs on ne discute pas.) Donc, liberté de jugement sur l'art.
Dernière modification par bajulans le jeu. 28 avr. 2005, 11:04, modifié 1 fois.
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Judas pendu

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Merci à Vexilum Regis pour son Judas pendu et ses fresques que j'ai vues. Très beau en effet. Si j'ai l'occasion j'ira les voir, mais j'ai tellement de choses à faire.

Il vaut mieux ne pas trop réfléchir sur Judas. C'est un terrible mystère que cet homme-là. Dieu n'apprécie pas l'avarice, la mysoginie et le machisme.

L'abbé Serralda expliquait la trahison de Judas, par l'humiliation que lui fait subir le Maître devant Ste Marie Madeleine (lors de la scène du parfum de grand prix). L'abbé Seralda croyait que Judas avait décidé de se venger de l'humiliation subie devant une femme, parce que sa mentalité de machiste, l'avait submergé de colère lors de cette scène. Colère rentrée, bien sûr.

Il y avait chez lui aussi un amour immodéré de l'argent, au point qu'il volait dans la caisse commune, lui le trésorier du groupe formé par Jésus et ses apôtres.

Avis à tous ceux qui piquent dans la caisse, ils font comme Judas.

Mystère aussi que ce baiser. Mystère que ce "mon ami" plein de tendresse.

Oui, il vaut mieux ne pas trop réflechir au "cas Judas", ça fait froid dans le dos.

La solution ne serait-elle pas de se reconnaître "plus vil que Judas", comme Claudel le met dans la bouche de St François d'Assise, si je ne me trompe ?
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Vexilum Regis

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Merci à V. R. j'avais préparé un post qui a malheureusement disparu. (ah l'informatique)

Vues les fresques, très intéressantes.

Le cas Judas est terrible et sans doute, vaut-il mieux ne pas y réflechir trop.

Machiste, avare, malhonnête, solitaire, mytérieux.

L'election en qualité d'apôtre, le baiser, le tendre "mon ami", tout cela laisse peplexe. Cela fait froid dans le dos.

Bon finalement mon post a été pris en compte (Ah, l'informatique !...)
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Christophe
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Le disciple fuyant nu

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VexillumRegis a écrit :Je ne comprends pas trop ce qui vous a déplu dans la scène de l'arrestation, que j'ai personnellement trouvé très réussie sur le plan esthétique. Je n'ai pas souvenance du disciple s'échappant "nu comme un ver". Certes, il laisse bien sa tunique aux mains des gardes du temples, mais il n'était pas nu pour autant, il me semble. Mais je me trompe peut-être.
[align=justify]" Jésus parlait encore quand Judas, l'un des Douze, arriva avec une bande armée d'épées et de bâtons, envoyée par les chefs des prêtres, les scribes et les anciens. Or, le traître leur avait donné un signe convenu : « Celui que j'embrasserai, c'est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. » A peine arrivé, Judas, s'approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l'embrassa. Les autres lui mirent la main dessus et l'arrêtèrent.

Un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l'oreille. Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit pour que vous soyez venus m'arrêter avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j'étais parmi vous dans le Temple, où j'enseignais ; et vous ne m'avez pas arrêté. Mais il faut que les Écritures s'accomplissent. » Les disciples l'abandonnèrent et s'enfuirent tous.

Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n'avait pour vêtement qu'un drap. On le saisit. Mais lui, lâchant le drap, se sauva tout nu.
" ( Mc 14.43-52 )[/align]
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
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VexillumRegis
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Message non lu par VexillumRegis »

[align=justify]Merci Christophe pour cette précision scripturaire ; je n'avais pas pensé à vérifier ce détail dans l'Ecriture. Mais je ne crois pas justement que cet épisode soit ainsi dépeint dans le film de Mel Gibson. Mais je me trompe peut-être... - D'ailleurs j'ai le film chez moi : il faut que je prenne le temps de vérifier ![/align]

;-)

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L'arrestation

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Ce qui semble manquer aussi dans ce film c'est, entre autre, un exposé préalable.

Si tous dorment, alors que Jésus leur demande de veiller, car il est seul. Ce n'est pas beaucoup marqué, voire pas du tout.

Cette extrême solitude, tous ses amis dorment, mais, en plus, personne ne comprend ce pourquoi il est là. Cette inexprimable angoisse lui fait suer du sang. Phénomène rare que l'on retrouve, paraît-il, cependant chez les très grands angoissés.

En effet, dans la mentalité de Pierre et de ses amis, Jésus est roi. Donc si les "autres" viennent nous chercher, ils nous trouveront. Comme disent les jeunes d'aujourd'hui "on va au baston". Pierre a bien prévu la bagarre, il est prêt. Non, même si tout le monde t'abandonne, moi je serai là, je me battrai jusqu'à la dernière goutte de mon sang.

A l'arrivée de Judas emmenant les policiers, les apôtres et leurs amis sont outrés, "Ah, le salaud !" Ils bouent d'impatience de régler son compte au traitre (à la "balance" diraient nos jeunes). Lequel se retire, prudemment, au milieu de ses nouveaux amis (?).

Des cris, des menaces, des insultes sont échangés.

Les amis du Christ dégainent les armes. Pierre donc, qui est impulsif, sort son glaive et se précipite, il est le chef, il donne l'exemple, il veut frapper Malchus, un policier, au visage, Malchus esquive, Pierre manque sa cible, le glaive glisse le long de la tête et coupe l'oreille. Jesus "répare" miraculeusement Malchus. Puis il leur interdit de se battre.

Ils sont donc très décontenancés quand Jésus leur interdit de se battre, ils sont là pour ca ! C'est pour ça qu'ils s'en vont. Si on est pas là pour donner des horions, autant s'en aller. Cette sentence du droit pénal juif "Qui prend l'épée, périra par l'épée" qui leur interdit, sous peine de mort, de se révolter contre une autorité, même injuste, rappelée à ce moment-là, ça leur coupe tous leurs moyens.

Seul ce jeune homme, par curiosité peut-être, suit Jésus. Il vient d'être réveillé et n'a eu que le temps de prendre le linge dans lequel il s'était enveloppé pour dormir. Les policiers s'en apercevant veulent l'arrêter lui aussi, mais il leur échappe en leur laissant dans les mains ledit linge.

Psychologiquement le reniement de Pierre s'explique, il est plongé dans le plus grand étonnement, et dans l'abattement. L'affaire est foutue, dans ces conditions pourquoi prendre des risques pour se réclamer d'une cause perdue ? Mais, dans le fond, il hésite et sent que quelque chose lui échappe. Et comme il aime Jésus avec passion, il va pleurer amèrement.

Au lieu de toutes ses scènes qui conviendraient si bien au cinéma, on insiste lourdement sur le sang avec mauvais goût selon moi. Alors que les souffrances de Jésus ont été effroyables sans aucun doute, mais c'est mal rendu. Gibson verse dans le dolorisme, il passe à côté de son sujet, si profond et si proche en même temps.
Loué soit Jésus-Christ
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Fée Violine
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Re: La Passion du Christ de Mel Gibson

Message non lu par Fée Violine »

Je ressors ce vieux fil car je viens de tomber sur un article très intéressant du Père Jean-Miguel Garrigues, op, qui commente le film (il ne l'aime pas):
http://www.jcrelations.net/La_Passion_d ... 0.html?L=6
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