Mon Dieu Pourquoi m'as tu abandonné ?

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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Aurélien
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Mon Dieu Pourquoi m'as tu abandonné ?

Message non lu par Aurélien »

Bonjour,

Je lis le nouveau Testament depuis quelques temps déjà et j'ai lu un article qui mettait en parallèle les quatre évangiles sur l'évennement de la mort de Jésus. Hors à ce niveau là, deux des Evangiles Mc 15-34 et Mt 27-46 disent que les derniers mots de Jésus sont plus ou moins " Eloï, Eloï, lama sabbacthani" ce qui signifie Mon dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné.

Là je ne comprends absolument pas :?:

Je suis peut être un peu bête, mais ça m'échappe :blink: J'ai besoin d'aide

J'explique: pour moi venant de Jésus cela me parait inconcevable dans son message. N'est ce pas lui qui dit à Pierre quand il a peur lors de la tempête qu'il appaise quelque chose dans le style "homme de peu de foi, hai confiance en Dieu le Père ...

Son message est clairement dans le sens de s'en remettre entièrement à Dieu qui est bon et généreux et qui pourvoira à tout nos besoins. Dans Mt 6-26 Regardez les oiseaux dans le ciel: ils ne sèment ne moissonnent ni ne ramassent dans les granges et votre Père céleste les nourrit. Ne valez vous pas mieux qu'eux ?

Cela me semble très étonnant venant de cet être "Dieu fait Homme" de "flancher" au bord de la mort et de ne pas avoir confiance en Dieu le Père. Je trouve cela très peu encourageant dans l'exemple à suivre pour affronter la mort. Alors que l'on peut lire des récits concernant la mort de différents Saints qui sont morts dans la joie et dans l'offrande à Dieu.

Bref, je trouve cela très déstabilisant par rapport au message de Jésus. J'imagine que le moment n'a pas du être facile à passer pour lui, je n'aurai jamais tenu jusque là, mais pourquoi cette réaction, est ce en cohérence avec son message ? Si oui, je ne comprends absolument pas le sens. En tous cas, à l'heure actuelle cela me semble finalement très pessimiste quand à la mort.

Merci de me venir en aide,

Aurélien
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VexillumRegis
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Message non lu par VexillumRegis »

Bonjour Aurélien,

Notre Seigneur Jésus-Christ fait ici référence au début du psaume XXII (vulg. XXI) :

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

Ce psaume prophétise d'une manière assez stupéfiante la Passion du Sauveur, comme cela est particulièrement flagrant aux versets 9 et 16 à 19.

En se l'appliquant, Jésus s'affirme comme le Messie attendu.

In Christo,

- VR -
Dernière modification par VexillumRegis le mer. 21 sept. 2005, 11:38, modifié 1 fois.
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Hélène
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Message non lu par Hélène »

Bonjour Aurélien et soyez le bienvenue parmi nous ! :welcome:

Très belle entrée de jeu que cette question :) . Une tentative de réponse:

Jésus a voulu assumer toute notre humanité. Tout Dieu qu'Il était, le Verbe fait chair n'a pas fait semblant d'être homme. Il n'a pas fait semblant de souffrir et de mourir. Au contraire, moi je trouve cela plutôt rassurant. Jusque dans l'absurde de la mort, Il a ressenti cette expérience douloureuse que nous faisons tous lorsque nous nous sentons abandonnés de Dieu. Dieu n'a jamais abandonné Jésus (on dit même que c'est toute la Trinité qui souffre sur la Croix) mais Jésus, dans son être de chair, a voulu prendre sur Lui cette condition humaine, séparée de son Dieu. Le Seigneur aurait, semble-t-il, plus souffert dans son âme que dans son corps (il faut méditer les passages de son agonie à Gethsemani). Ce qui le blesse le plus, c'est la méfiance de l'Homme envers ce Dieu Père. Il a voulu même ressentir ce que c'est que d'être "sans Dieu", le tourment des fils perdus...j'oserais dire, des athées (qui ne savent pas consciemment qu'ils souffrent un tourment sans fin). C'est pour eux, et pour chacun de nous, je crois qu'Il a cité ces textes du psalmiste - ce sont les versets du passage du Serviteur souffrant du Psaume 22 (21) - qu'Il est venu accomplir...pour l'Homme.

N'est-ce pas ce que nous faisons lorsque nous sommes au coeur de l'épreuve ? : Mon Dieu ! Où es-tu ? Pourquoi suis-je seul dans cette épreuve ? Pourquoi m'as-tu abandonné...

À mon humble avis, c'est rassurant parce que nous n'avons pas à jouer les héros ni à être forts devant l'absurde de la souffrance et la mort. La révolte de la chair est légitime. Jésus n'a-t-Il pas supplié Dieu, "pendant les jours de sa vie mortelle, avec grands cris, larmes, pour que Dieu le sauve ? Comme nous dit saint Paul (il faudrait que je retrouve le passage qui est si beau) ?

Fraternellement,
Hélène
"Le Père n'a dit qu'une seule Parole, c'est son Fils et, dans un éternel silence, il la prononce toujours". (Saint Jean de la Croix)
Charles
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Re: Mon Dieu Pourquoi m'as tu abandonné ?

Message non lu par Charles »

Bonjour Aurélien,
Aurélien a écrit : deux des Evangiles Mc 15-34 et Mt 27-46 disent que les derniers mots de Jésus sont plus ou moins " Eloï, Eloï, lama sabbacthani" ce qui signifie Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné.

Cela me semble très étonnant venant de cet être "Dieu fait Homme" de "flancher" au bord de la mort et de ne pas avoir confiance en Dieu le Père. Je trouve cela très peu encourageant dans l'exemple à suivre pour affronter la mort. Alors que l'on peut lire des récits concernant la mort de différents Saints qui sont morts dans la joie et dans l'offrande à Dieu.

Bref, je trouve cela très déstabilisant par rapport au message de Jésus. J'imagine que le moment n'a pas du être facile à passer pour lui, je n'aurai jamais tenu jusque là, mais pourquoi cette réaction, est ce en cohérence avec son message ? Si oui, je ne comprends absolument pas le sens. En tous cas, à l'heure actuelle cela me semble finalement très pessimiste quand à la mort.
Jésus a assumé la nature humaine hormis le péché, c'est-à-dire qu'il n'était pas l'abri de faire l'expérience de conséquences du péché et spécialement de cette conséquence première qui est la solitude, surtout dans les moments d'épreuve. Jésus a souffert une "agonie", un combat (agôn) contre la peur et le désespoir face à la mort qui vient. Il a connu l'angoisse dans la nuit précédant sa passion et déjà dans la solitude, les disciples s'étant endormis. Le lendemain, il vécut sa Passion et jusqu'à la crucifixion. Là encore, dans la solitude, et même pire face à la défection de ses amis et à l'hostilité généralisée du peuple. Ses paroles "Père, père, pourquoi m'as tu abandonné" sont ce passage à travers les bas-fonds de la solitude et du désespoir humains. Le christianisme n'est pas une religion de surhommes, mais faite pour l'homme. Jésus vient chercher l'homme jusque dans ce qu'il peut vivre de plus désespéré et de plus horrible. Mais pour le relever. Jésus dit aussi "Père, en tes mains je remets mon esprit" ! La parole de désespoir de Jésus est comme une ligne de crête absolue, qu'il ne s'agit pas de nier ou d'éviter, le monde est ce qu'il est, mais de franchir. De l'autre côté de cette crête, c'est déjà le Royaume : il y a le "Père en tes mains je remets mon esprit", la résurrection, l'apparition au bord du lac, avec les braises, le pain chaud, le poisson grillé et les apôtres qui retrouvent Jésus... parce que "Tout est accompli". Jésus a ouvert pour nous ce passage, il a ouvert de nouveau la porte (il dit "Je suis la porte") et rien ne peut désormais nous empêcher de revenir à Dieu.

Jésus est venu justement pour passer par ce moment où tout homme flanche et pour le dépasser. Pour que cela ne soit plus un obstacle définitif. Dans saint-Paul, il est dit que tout passera (de ce monde), sauf l'amour... cela signifie que le seul lien entre ce monde et Dieu est l'amour. Si l'on aime, on entrera dans l'amour de Dieu parce qu'il n'y a que cela qui entre chez lui. Si l'on aime on est dejà chez lui, parce que la porte est désormais ouverte. Si l'on aime pas, on reste dehors, comme les vierges folles, qui sont sans amour.

Cette parole de désespoir "Père, Père pourquoi m'as-tu abandonné" n'est pas incohérente avec le message de Jésus. Parce que Jésus est le Verbe qui s'est fait chair (Jn 1) et qui a habité parmi nous, c'est exactement ce qui lui est arrivé à Jérusalem : le péché, la haine, la foule en délire, la violence, la mort... En péchant, l'homme a fait un pas en arrière hors de Dieu, en s'incarnant Dieu a fait un pas en avant chez l'homme et son péché... c'est la Passion. Chez l'homme, il a manifesté de nouveau son amour, il a assumé la condition humaine et nous a montré, en lui-même, que l'homme pouvait, de plus profond de la détresse et du mal, revenir à Dieu, revenir à l'amour.

Dans nos vie, cela se traduit par une chose étonnante et que nous ne comprenons que très difficilement : c'est quand nous sommes dans le plus grand désespoir, dans la plus grande souffrance, dans la plus grande nuit, que Dieu est le plus proche de nous. Quand Jésus dit "C'est accompli", cela signifie que sa mission sur terre avait pour but de passer par ce moment-là, du désespoir et de la mort. Il est venu pour nous rejoindre dans nos moments les plus difficiles, il est là en ces moments, "parmi nous", avec nous, dans notre nuit... il nous accompagne et nous ouvre le chemin.
Charles
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Message non lu par Charles »

Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m'as-tu abandonné ?


Le salut est loin de moi,
loin des mots que je rugis.
Mon Dieu, j'appelle tout le jour,
et tu ne réponds pas ;

même la nuit,
je n'ai pas de repos.


Toi, pourtant, tu es saint,
toi qui habites les hymnes d'Israël !
C'est en toi que nos pères espéraient,
ils espéraient et tu les délivrais.
Quand ils criaient vers toi, ils échappaient ;
en toi ils espéraient et n'étaient pas déçus.

Et moi, je suis un ver, pas un homme,
raillé par les gens, rejeté par le peuple.
Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu'il le délivre !
Qu'il le sauve, puisqu'il est son ami ! »


C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère,
qui m'a mis en sûreté entre ses bras.
A toi je fus confié dès ma naissance ;
dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.


Ne sois pas loin : l'angoisse est proche,
je n'ai personne pour m'aider.


Des fauves nombreux me cernent,
des taureaux de Basan m'encerclent.
Des lions qui déchirent et rugissent
ouvrent leur gueule contre moi.


Je suis comme l'eau qui se répand,

tous mes membres se disloquent.

Mon coeur est comme la cire,
il fond au milieu de mes entrailles.

Ma vigueur a séché comme l'argile,
ma langue colle à mon palais.
Tu me mènes à la poussière de la mort.


Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m'entoure.


Ils me percent les mains et les pieds ;

je peux compter tous mes os.

Ces gens me voient, ils me regardent.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.


Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !
Préserve ma vie de l'épée,
arrache-moi aux griffes du chien ;
sauve-moi de la gueule du lion
et de la corne des buffles.

Tu m'as répondu !

Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur,
glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob,
vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël.

Car il n'a pas rejeté,
il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ;
il ne s'est pas voilé la face devant lui,


mais il entend sa plainte.
Tu seras ma louange dans la grande assemblée ;
devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;

ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent :

« A vous, toujours, la vie et la joie ! »

La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur,
chaque famille de nations se prosternera devant lui
:

« Oui, au Seigneur la royauté,
le pouvoir sur les nations ! »
Tous ceux qui festoyaient s'inclinent ;
promis à la mort, ils plient en sa présence.
Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;

on annoncera le Seigneur aux générations à venir.

On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
Voilà son oeuvre !
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VexillumRegis
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Message non lu par VexillumRegis »

S. Jérôme : Notre-Seigneur a cité le commencement du psaume vingt et unième. Ces paroles qui se trouvent au milieu du verset : "Jetez les yeux sur moi" ont été surajoutées, car le texte hébreu porte seulement : "Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonné ?" Il n’y a donc que des impies qui puissent prétendre que ce psaume a pour objet la personne d’Esther et de Mardochée, puisque les Évangélistes lui ont emprunté d’autres témoignages qu’ils appliquent au Sauveur, celui-ci en particulier : "Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont percé mes mains."

S. Jean Chrysostome (hom. 88.) : Or, Jésus cite ces paroles du prophète, pour rendre hommage jusqu’au dernier moment, à l’Ancien Testament, et pour faire voir qu’il honore son Père, et ne lui est pas opposé, et il prononce ces paroles en hébreu, pour être compris des Juifs qui l’entendent.

S. Hilaire (Liv. 10 sur la Trinité.) : De ces paroles, les hérétiques veulent conclure ou que le Verbe de Dieu s’est comme anéanti en prenant la place de l’âme unie au corps, et en lui donnant la vie qu’il reçoit de l’âme, ou bien que Jésus-Christ n’était pas un homme véritable, parce que le Verbe de Dieu n’habitait en lui que comme il était autrefois dans l’esprit des prophètes. Il semble, d’après ces hérétiques, que Jésus-Christ ne soit qu’un homme ordinaire, composé d’un corps et d’une âme comme nous, et qu’il ne date son existence que du jour où il a été fait homme, lui qui, dépouillé de la protection de Dieu qui se retire de lui, s’écrie : " Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous abandonné. " Ou bien encore, ajoutent-ils, la nature humaine s’étant comme confondue avec l’âme du Verbe, Jésus-Christ a été secouru en tout par la puissance de son Père, et maintenant qu’il est privé de ce secours, et abandonné à la mort, il se plaint de cet abandon, et en appelle à celui qui l’a délaissé. Mais au milieu de ces opinions aussi faibles qu’impies, la foi de l’Église, toute pénétrée de la doctrine des Apôtres, ne divise point Jésus-Christ, et ne laisse point à penser qu’il ne soit pas à la fois Fils de Dieu et Fils de l’homme. En effet, la plainte qu’il fait entendre dans son délaissement, c’est la faiblesse de l’homme qui va mourir, et la promesse qu’il fait du paradis au bon larron, c’est le royaume du Dieu vivant. En se plaignant d’être abandonné au moment de sa mort, il vous prouve qu’il est homme, mais tout en mourant, il assure qu’il règne dans le paradis, et vous montre ainsi qu’il est Dieu. Ne soyez donc pas surpris de l’humilité de ses paroles et des plaintes qu’il fait entendre dans son délaissement, lorsque sachant bien qu’il a revêtu la forme d’esclave, vous êtes témoin du scandale de la croix.

Rab. (?) : Ou bien le Sauveur jette ce cri, parce qu’il s’était comme revêtu de nos sentiments, et que lorsque nous sommes dans le danger, nous nous croyons abandonnés de Dieu. En effet, Dieu avait abandonné la nature humaine par suite du péché, mais comme le Fils de Dieu est devenu notre avocat, il pleure la misère de ceux dont il a pris sur lui les fautes, et il nous apprend par là combien les pécheurs doivent verser de larmes, en voyant ainsi pleurer celui qui n’a jamais commis le péché.

Citations extraites de la Catenae Aurea de S. Thomas d'Aquin.

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bajulans
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grain de sel

Message non lu par bajulans »

Qu'il me soit permis de mettre mon petit grain de sel.

Jesus est à la fois, le Soleil de Justice, le Roi des rois, le Seigneur de seigneurs, immensément riche, heureux, tout puissant. Il domine tout, y compris ses ennemis, tous les événements, rien ne lui est imposé, pas même sa Bienheureuse Passion.

En même temps, il a voulu être pauvre, entravé, méprisé, traité de fou, battu, humilié, dépouillé de ses vêtement et abandonné de Dieu, pour expier nos péchés d'orgueil.

Il n'a pas tout souffert et nous laisse une partie de la souffrance (il n'a pas été une mère à qui l'on arrache le fruit de ses entrailles, ni un père maltraité par ses enfants, etc.), à nous autres dans l'infinie variété de événements de nos vies. Mais il a voulu nous laisser un message d'espoir au milieu de la désespérance. Espérer contre toute espérance dit l'Ecriture.

Mais il a voulu se sentir abandonné de Dieu, Dieu l'avait "oublié", et lorsqu'en d'autres occasions il nous incite à la confiance, c'est justement, parce qu'il veut que même lorsque nous nous sentirons abandonnés, "oubliés", nous ne perdions pas confiance. Voir sur ce point le message de Ste Thérèse de l'Enfant Jésus.

Pour moi donc ces apparentes contradictions ne me font pas broncher sur la foi, Cher Aurélien, le message du Christ est si profond que nous n'aurons pas assez de notre vie pour l'épuiser.

Oublié de Dieu, nous le sommes plus d'une fois et c'est ce qui provoque l'indignation de nombreux incroyants (voire de chrétiens), ils prient, et ils sont malheureux, c'est bien la peine d'être croyant... C'est la scène du mendiant dans le Don Juan de Molière (reprise je crois de l'abbé Tirso de Molina). Le mendiant croyant rencontre le grand seigneur athée : le grand seigneur lui dit à peu près, "C'est bien la peine de prier Dieu toute la journée, pour venir mendier, ensuite. Si tu prie Dieu, il faudrait qu'il se souvienne un peu plus de toi, alors que moi qui suis athée, je n'ai pas de problème financier. Gros bêta !"

Dieu nous "oublie" et permet notre humiliation ("même par nos péchés" dit St Augustin), mais c'est là que se trouve notre vraie richesse et pas notre occasion de chute.

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Re: grain de sel

Message non lu par Charles »

bajulans a écrit :Mais il a voulu se sentir abandonné de Dieu, Dieu l'avait "oublié", et lorsqu'en d'autres occasions il nous incite à la confiance, c'est justement, parce qu'il veut que même lorsque nous nous sentirons abandonnés, "oubliés", nous ne perdions pas confiance. Voir sur ce point le message de Ste Thérèse de l'Enfant Jésus.

Pour moi donc ces apparentes contradictions ne me font pas broncher sur la foi, Cher Aurélien, le message du Christ est si profond que nous n'aurons pas assez de notre vie pour l'épuiser.

Oublié de Dieu, nous le sommes plus d'une fois et c'est ce qui provoque l'indignation de nombreux incroyants (voire de chrétiens), ils prient, et ils sont malheureux, c'est bien la peine d'être croyant... C'est la scène du mendiant dans le Don Juan de Molière (reprise je crois de l'abbé Tirso de Molina). Le mendiant croyant rencontre le grand seigneur athée : le grand seigneur lui dit à peu près, "C'est bien la peine de prier Dieu toute la journée, pour venir mendier, ensuite. Si tu prie Dieu, il faudrait qu'il se souvienne un peu plus de toi, alors que moi qui suis athée, je n'ai pas de problème financier. Gros bêta !"

Dieu nous "oublie" et permet notre humiliation ("même par nos péchés" dit St Augustin), mais c'est là que se trouve notre vraie richesse et pas notre occasion de chute.
Je crois qu'il faut faire très attention. Dieu ne nous oublie pas, mais à cause du péché nous avons l'impression d'être abandonnés, d'être seuls. Ce n'est qu'une impression.

"Car il n'a pas rejeté,
il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ;
il ne s'est pas voilé la face devant lui,
mais il entend sa plainte."

Dieu nous a envoyé son Fils pour nous rejoindre au plus profond de notre désespoir et de notre souffrance et Dieu est donc présent au milieu de nous. On ne peut pas dire que, selon la foi chrétienne, Dieu nous aurait oublié d'une quelconque façon. C'est tout le contraire.
bajulans
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oubli de Dieu

Message non lu par bajulans »

Oui, Cher Charles, en fait Dieu ne nous oublie pas (comment le pourrait-il puisqu'il est Tout Puissant et que les oiseaux et chacun de nos cheveux ne sont en oubli devant Lui), cependant Il fait semblant de nous oublier et pour nous, nous avons la sensation qu'Il nous oublie.

Ste Thérèse de l'Enfant Jésus dans son "Histoire d'une Ame." :
Depuis quelque temps je m’étais offerte à l’Enfant Jésus pour être son petit jouet, je Lui avais dit de ne pas se servir de moi comme d’un jouet de prix que les enfants se contentent de regarder sans oser y toucher, mais comme d’une petite balle de nulle valeur qu’il pouvait jeter à terre, pousser du pied, percer, laisser dans un coin ou bien presser sur son coeur si cela Lui faisait plaisir ; en un mot, je voulais amuser le petit Jésus, lui faire plaisir, je voulais me livrer à ses caprices enfantins... Il avait exaucé ma prière... A Rome Jésus perça son petit jouet, il voulait voir ce qu’il y avait dedans et puis l’ayant vu, content de sa découverte, Il laissa tomber sa petite

Manuscrit A Folio 64 Verso.

balle et s’endormit... Que fit-Il pendant son doux sommeil et que devint la petite balle abandonnée ?... Jésus rêva qu’il s’amusait encore avec son jouet, le laissant et le prenant tour à tour, et puis qu’apràs l’avoir fait rouler bien loin Il le pressait sur son coeur, ne permettant plus qu’il s’éloigne jamais de sa petite main... Vous comprenez, ma Mère chérie, combien la petite balle était triste de se voir par terre... Cependant je ne cessais d’espérer contre toute espérance...
(source Jesusmarie.com)

Si l'on est un petit jouet qu'un enfant perce pour voir ce qu'il y a dedans, puis laisse tomber, avant de s'endormir...

C'est l'oubli ressenti, par rapport à l'oubli réel : c'est lorsque nous nous sentons oubliés que Dieu est le plus proche dit un mystique.

Bon d'accord, c'est dur à entendre... Mais la croix, c'est la croix et c'est dit par la petite Thérèse, celle des roses, des fleurs...

Cela dit, bien sûr, je pense que le croyant, même apparemment malheureux est infiniment plus heureux que l'athée plein aux as et en bonne santé. Les consolations de la foi sont infiniment plus élevées que les consolations de l'argent et de tout l'or du monde.

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Merci beaucoup

Message non lu par Aurélien »

Ca fourmille d'idées tout cela.
Merci beaucoup pour vos éclaircissement. J'ai beaucoup appris.

Ce qui me posait problème était vraiment par rapport au fait que Jésus nous a montré le chemin à suivre et que de ce fait il fait figure de référence (avec tout ce que cela comporte). Dans ma faiblesse d'âme, j'ai dû me laisser aller à juger quelque part le Christ dans ces phrases étonnantes venant de sa bouche. Ce que je n'ai pas le droit de me permettre (juger) pour qui que ce soit évidement, mais on est si exigeant par rapport à Dieu fait homme ! On ne peut savoir les raisons de ses paroles et l'on peut se prendre d'une totale indulgence envers cet homme qui a choisi de porter tout le pêché du monde. Certes.

Mon désarroi venait du fait que je sais que pour des personnes qui tentent de suivre la Voie du salut par l'Amour, celle décrite par Jésus, il arrive certainement des moments difficiles d'incompréhension de la part des autres où l'on doit faire face à la haine, la calomnie, la méchanceté, etc..., car ceux qui se rapprochent de la joie et du bonheur de la libération par le Christ, de la naissance à cette vie faite d'Amour, provoquent bien souvent l'incompréhension, et éventuellement la jalousie, le haine. Bref cela amène forcément des moments difficiles, et il me semblait que le message du Christ était d'un grand secour pour cela excepté sur ce petit détail qui me semblait empli de désespoir et m'amenait à une vision très perplexe.

En fait, l'explication liée à la première phrase du Psaume me semble lumineuse. Sachant que si je ne me trompe pas, le Psaume a été écrit longuement avant la Passion et que les parallèles avec ce qui se passe réellement pendant et après cet évènement sont frappants:
- moquerie sur le fait que son Père devrait être là pour l'aider (8-9)
- évocation de la décision de Dieu de faire naître son fils sur Terre par le biais de l'enfantement (10-11)
- imminence de la fin de sa vie physique, du dénouement avec ce "proche est l'angoisse, pour moi point de secours"
- description de l'agonie de la cruxcifixion (15) de sa terrible soif (16)
- partage des vêtements (19)
- rappel par rapport aux béatitudes (27)
- évocation du futur radieux du chritianisme (30) annoncer aux âges à venir
- ouverture de la tradition du christianisme aux non juifs (30) sa justice aux peuples à naîtres
- résumé de la vie du Christ dans son total accomplissement de l'oeuvre de Dieu (30)

Cela me semble réellement lumineux. Cela ressemble réellement au parfait testament que Jésus aurait voulu laisser en mourant. Cela me parait pour moi être une très bonne interprétation. Bien évidement, il doit y avoir encore d'autres dimensions à saisir que je ne suis pas encore en mesure de saisir.

En tous cas, merci à tous. Votre chaleur et votre passion fait plaisir à lire.

Bien à vous

Aurélien


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La mort de Jésus

Message non lu par errare humanum est »

bonjour,
dans les évangiles de Saint Marc et Saint Matthieu, il est écrit q'au moment de sa mort Jésus a crié "mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?".
Pourquoi Lui, Le Fils de Dieu, doute-t-il à l'heure de sa mort?
est-ce parce qu'Il s'est fait homme au point de vivre même l'angoisse de la mort?
en ce cas, comment, si même le Fils de Dieu l'a vécu, pouvons espérer soulager les hommes de cette angoisse?
c'est une patiente que j'accompagne en soins paliatifs qui m'a fait cette reflexion quand je lui ai proposé des anxiolytiques pour la soulager.
Y a-t-il un autre sens à ce cri de detresse de Jésus?
DavidB
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Re: La mort de Jésus

Message non lu par DavidB »

Bonjour errare humanum est,

la paix du christ soit sur vous,

Jésus ne doutait pas, il invoquait le psaume 21.

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?
Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis.
Mon Dieu, j'appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ;
même la nuit, je n'ai pas de repos.

Toi, pourtant, tu es saint,
toi qui habites les hymnes d'Israël !
C'est en toi que nos pères espéraient,
il espéraient et tu les délivrais. Quand ils criaient vers toi, ils échappaient ;
en toi ils espéraient et n'étaient pas déçus.


Et moi, je suis un ver, pas un homme,
raillé par les gens, rejeté par le peuple.
Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
" Il comptait sur le Seigneur : qu'il le délivre !
Qu'il le sauve, puisqu'il est son ami ! "

C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère,
qui m'as mis en sûreté entre ses bras.
A toi je fus confié dès ma naissance ;
dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.

Ne sois pas loin, l'angoisse est proche,
je n'ai personne pour m'aider.
Des fauves nombreux me cernent,
des taureaux de Basan m'encerclent.
Des lions qui déchirent et rugissent
ouvrent leur gueule contre moi.

Je suis comme l'eau qui se répand,
tous mes membres se disloquent.
Mon coeur est comme la cire,
il fond au milieu de mes entrailles.
Ma vigueur a séché comme l'argile,
ma langue colle à mon palais.

Tu me mènes à la poussière de la mort.

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m'entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ces gens me voient, ils me regardent.
Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.

Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens à mon aide !
Préserve ma vie de l'épée,
arrache-moi aux griffes du chien ;
sauve-moi de la gueule du lion
et de la corne des buffles.

Tu m'as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.

Vous qui le craignez, louez le Seigneur,
glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob,
vous tous, redoutez-le descendants d'Israël.

Car il n'a pas rejeté,
il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ;
il ne s'est pas voilé la face devant lui,
mais il entend sa plainte.

Tu seras ma louange dans la grande assemblée ;
devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : il seront rassasiés ;
ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent :
" A vous, toujours, la vie et la joie ! "

La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur,
chaque famille de nations se prosternera devant lui :
" Oui, au Seigneur la royauté,
le pouvoir sur les nations ! "

Tous ceux qui festoyaient s'inclinent ;
promis à la mort, ils plient en sa présence.

Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;
on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
Voilà son oeuvre !








Jésus, en quelque sorte, réaffirme son "abandon" AU Père et non l'abandon DU Père.

POur ceux qui en douteraient, il y a aussi la "déréliction". Un moment de solitude attroce. Puisque Jésus est venu assumé l'humanité, il était normal aussi, que tout en réaffirmant son abandon AU Père et non du Père, qu'il le fasse sans consolation aucune afin que l'homme devienne vraiment homme, dans toute sa liberté, libéré même des attaches de la consolation, mais aussi que même au coeur de la pire noirceur, à l'heure de la mort, nous sachions que nous ne sommes pas seuls, même si ne nous entoure que la noirceur et le froid, que la haine et la colère. C'est très loin d'être un doute. C'est en fait l'accomplissement le plus achevé de la vie en Dieu. S'en remettre à Lui, alors que tout affirme son absence. L'apogé de la Vie en Dieu.


David
Comme un petit enfant, moi aussi, je veux me laisser prendre dans les bras de Dieu, mon Père en Jésus-Christ, me laisser asseoir sur ses épaules, et voir enfin, devant moi, au loin, s'élargir mes horizons.
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Boris
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Re: La mort de Jésus

Message non lu par Boris »

Très bonne question.

Très bonne réponse.

Il me semble très important de comprendre ce que fait le Christ à ce moment là : il chante un psaume.

Cela montre :
- l'omniprésence de des psaumes dans la prière
- l'omniprésence d'une certaine Liturgie

Il faut savoir que normalement (tout au moins en grégorien) en carême on ne chante pas d'alléluia à la Messe, on chante un psaume "d'un seul trait" qui fait qu'on l'appel un Trait.
Pour le Dimanche de la Passion on chante le psaume 21 en Trait. Cela parfait l'unité Liturgique de ce Dimanche particulier.
Cette unité est complètement perdu par ceux qui refuse de s'inspirer du Graduel Romain pour les chants de la Messe et qui refusent de chanter les Traits.
On perd donc cet enseignement sur le "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné".
UdP,
Boris
DavidB
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Re: La mort de Jésus

Message non lu par DavidB »

Boris a écrit :Très bonne question.

Très bonne réponse.
Bonjour Boris,
c'est une joie d'être en communion. :fleur:

David
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Boris
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Re: La mort de Jésus

Message non lu par Boris »

Entre nous, il intéressant de remarquer que liturgiquement et surtou musicalement parlant, le Psaume 21 est un Trait.
Il est donc censé remplacer l'alléluia du Dimanche de la Passion.

Mais ce Dimanche là, il y a permutation entre le Trait (ps21) et le Graduel (qui normalement se chante après la 1ère lecture).

Le Graduel en question est "Le Christ s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort, et la mort sur une croix" (St Paul).
Cette phrase chantée en Graduel au Dimanche de la Passion, est reprise ensuite dans la Liturgie des Heures :
- en répons aux Laudes et Vêpres du Triduum Pascal
- en Graduel le Vendredi Saint lors de l'Office d'adoration de la Croix.
UdP,
Boris
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