Briscard a écrit : ↑mer. 05 juin 2019, 13:40
Quelle est la thèse ou la doctrine de l'Eglise catholique sur l'origine du mal ?
J'ai du mal à l'identifier et je serais reconnaissant à celui ou ceux qui me renseigneraient car je patauge vraiment.
J'ai l'impression que la position la plus répandue est de faire de la liberté l'origine du péché en ce que la possibilité de pécher est une condition de la liberté.
Le problème que je rencontre avec cette position est qu'elle implique de faire du péché un principe de liberté.
D'un côté, cela semble évident que la liberté implique la possibilité de pécher. Mais d'un autre côté, si le péché est un principe de liberté alors il devient comme un principe en soi au même titre que l'amour. La liberté offrant ici deux possibilités indispensables, deux voies distinctes, deux expressions de la liberté, le bien ou le mal. Le mal devient ici d'une certaine façon co-éternelle à Dieu, autant que l'est la liberté et l'amour. S'il ne peut y avoir de liberté sans la possibilité de pécher alors le péché devient une nécessité ?! Et il faut que sa possibilité demeure éternellement pour ne pas brider la liberté humaine. Et la résurrection avec ce qu'elle a d'incorruptibilité devient une aberration puisque privant de cette liberté.
Mais ce problème me semble disparaître dès lors que l'on renferme l'origine du mal plutôt dans la finitude, le manque, la faiblesse, l'imperfection du créé (ou dit autrement de ce qui n'est pas l'incréé, la plénitude, l'infini, la perfection, Dieu). Si l'on considère le péché comme un manquement à l'amour, comme une déchéance, une défaillance de la liberté et non plus comme un principe, une expression de liberté. Déchéance provenant du manque du créé, du manque de ce qui n'est pas Dieu mais qui a besoin de Dieu. Ici, il n'est plus question de liberté mais d'égarement et de perte de cette dernière.
Par conséquent, je ne pense pas que l'on puisse lier le péché à la liberté. Que le mal s'exprime par l'intermédiaire de la liberté, que ce soit la porte que le péché utilise est une chose, mais que la liberté implique, nécessite sa possibilité ça c'est autre chose. Je ne suis pas convaincu que la liberté nécessite la possibilité du péché, en soit dépendante pour être vraiment liberté. Je ne pense pas que le péché vaincu et réduit à l'impuissance, et l'incorruptibilité soient synonymes de perte de liberté ou même de son amoindrissement. C'est tout le contraire il me semble. Mais pour le penser il faut penser le péché comme déchéance de liberté et non plus comme expression de liberté.