De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

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Foxy
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par Foxy »

Bonjour Bassmeg

Vos posts sont tellement toujours les mêmes qu'ils deviennent fatigants !

Avez-vous écouté et lu le compte-rendu de Zélie un peu plus haut ?

Apparemment, non, vous pensez que vous auriez mieux fait que le Pape !!

Voici maintenant la vidéo d'une femme, Philippine de Saint-Pierre, qui a suivi ces journées :
Le troisième et dernier jour de ces Rencontres était centré sur la transparence. Le Cardinal Marx a développé ce thème en rappelant que les décisions, les actions et les procédures devaient être traçables et transparentes. Soeur Openibo a quant à elle exhorté les auditeurs à lutter contre les trois S que sont le silence, le secret et la solidarité face aux crimes. Enfin, dans une intervention percutante, la journaliste mexicaine Valentina Alazraki a plaidoyé pour une amélioration de la communication du Vatican en soulignant le rôle positifs que peuvent avoir les médias dans ces affaires. La journée s´est terminée pour les auditeurs par une célébration pénitentielle émouvante où le Pape et les évêques ont fait un examen de conscience à travers une série de questions puis une confession de fautes. En parallèle des débats, de nombreuses victimes d´abus dans l´Eglise se sont retrouvées pour une marche à travers la ville de Rome. Mgr Scicluna nous livre quant à lui sont premier bilan tout comme Etienne Loraillère, notre envoyé spécial.
Diffusé le 23/02/2019 / Durée : 13 minutes
https://youtu.be/6LTCgWQTsjY

En espérant que vous prendrez le temps de l'écouter pendant 13 minutes.

Ce ne sera pas non plus nécessaire de revenir sur ce que vous avez écrit en long, en large et en travers sur les posts précédents, prenant les autres pour des naïfs qui ne savent pas ce qu'est la Justice... ni comment cela se passe...

En ce qui vous concerne, vous avez changé déjà de discours au sujet de l'argent qui vous aurait été proposé, j'ai vu ailleurs que vous parliez d'une autre somme...

En plus, dire que ça provient de "l'argent des quêtes" est tout à fait risible quand on en voit le montant chaque dimanche.

Renseignez vous aussi auprès des personnes qui ont suivi ces journées, plutôt qu'avec les médias qui font leur chou gras de cette triste affaire.

Bonne journée.
La foi que j’aime le mieux,dit Dieu,c’est l’Espérance.
Charles Péguy
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zelie
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par zelie »

Je prends note de votre colère chère Bassmeg.
Et sincèrement, si j'avais été violée par un prêtre, je serais au moins autant en colère que vous, et que quoi qu'on fasse ou on dise, rien ne pourrait arrêter ma colère, car elle serait à la hauteur du chagrin qu'on m'obligerait à réprimer, de la blessure niée jusque dans une proposition financière honteuse (et ce n'est pas une histoire de montant, c'est une histoire d'attitude de non-regret; les tribunaux sont pleins d'histoires de familles qui pêtent les plombs qd ils sont confrontés à des coupables qui s'en sont pris à leurs enfants).
C'est cela, cette blessure infinie, du moins vécue comme telle tant qu'elle ne trouvera pas la clé de sa réparation, que l'on doit écouter sur ce fil. C'est cela que je voudrais, pour ma part, reconnaître en vous au fil de vos interventions, ici ou ailleurs, peu m'importe les formes ou les incohérences apparentes.

A quelqu'un de blessé, on ne peut pas le payer de mots, la rage qui étouffe celui a qui a subi une des blessures les plus humiliantes (voire destructrices) qui soient au monde ne se guérit pas ainsi. Pour tous, même après une psychothérapie, cela reste une peine à perpétuité, peine étant pris dans le sens premier du mot.
Aussi je comprends tellement votre dernière assertion sur ce que vous auriez aimé entendre du Pape, sur l'attitude, le début d'attitude, qui vous aurait permis de faire un pas dans le sens du soulagement, vous sentant acceptée et reconnue dans toute l'ampleur de votre blessure, et devant l'ampleur généralisée du drame des crimes contre l'enfance.

Ce que je voudrais vous faire toucher du doigt dans le discours du Pape, c'est qu'il a fait ce qu'on attend d'un Pape, il a été droit dans ses bottes, comme on dit. Un Pape, de part sa primauté mondiale, se doit de synthétiser toutes les souffrances; vous savez, si au lieu d'élargir son discours à toutes les formes criminelles infantiles il l'avait limité qu'à ce qui intéresse ses rangs, on y aurait de toute façon trouvé à redire, car on lui aurait reproché d'oublier la plus grande part de la souffrance infantile, de ne pas honorer son rang, ou que sais-je. De toute façon, quand on est un personnage public, et qu'on est qu'un homme, même bon et intelligent, on agit au mieux de ce que l'on peut faire... Le Pape a replacé son sommet sur un plan global et mondial, et il devait le faire, bien plus que de choisir de ne pas le faire. Même si au regard de votre souffrance particulière, vous restez sur la pensée que cela aurait été mieux ainsi. Vous savez, je n'ai pas été violée, certes, mais j'ai traversé des choses qui me font souvent penser que les connards qui font du mal aux autres et puis 30 ans après viennent vous jouer du violon, il faudrait les pendre et que même là, ma rage ne s'en éteindrait pas... Je comprends une partie du ressenti de celui dont on a bousillé l'enfance; c'est tellement facile de bousiller ceux qui ne peuvent pas se défendre...
Et je sais que si sur ma souffrance un Pape me donnait l'impression de verbier, de s'intéresser à toutes les souffrances sauf à la mienne, et de me payer de mots, j'aurais une grande colère en moi.
Mais comprenez aussi que le Pape, cette fois, a entendu la souffrance des victimes et qu'on est aujourd'hui qu'aux prémices d'un temps où les choses vont bouger, où la transparence va être de mise.

Vous allez me dire à juste titre que le système agira trop tard sur la souffrance de tant de personnes, que tous les cas ne seront pas réglés, que toutes les victimes déjà engluées dans un système de règlement et de retrait de plainte vont rester avec leur plaie béante.
Oui, tout cela et bien plus encore est possible; ce système ne sera pas parfait, les choses ne se verront que dans la longueur du temps, et des cas de pédophilie, il y en aura encore, partout. Sans aller jusqu'à dire que c'est ainsi dans la réalité des choses, c'est vrai que le monde réel n'a pas la souplesse et la réactivité d'une réaction particulière. Comprenez chère Bassmeg, que même si tout ne se résoudra pas à hauteur de l'intensité, de la clarté et de la réactivité que vous appeliez de vos voeux, les choses bougent, et bougent bien quand même.
Malgré une part légitime de déception, acceptez de voir que le sommet va résonner comme un point de départ, c'est le lancement d'un grand changement de vision des choses, d'une "tolérance zéro", ce sont les mots même du Pape. Car désormais personne, jamais plus, ne pourra dire "mais je savais pas quoi faire, mais l'Eglise est un pot de fer, mais, mais, mais..." Tous les rangs de l'Eglise, partout dans le monde, ont un référentiel clair : tolérance zéro, on protège les enfants et les jeunes femmes, on ne séduit plus, on ne viole plus ni les soeurs ni les enfants, même au-delà de 15 ans, et détenir des images sera puni; et si un prêtre soupçonne quoi que ce soit, il a le devoir d'intervenir pour protéger les enfants, et les séminaristes seront triés et retriés, et les prêtres seront défroqués. C'est cela exactement le discours du Pape, auquel il ajoute que les coupables, non seulement devront en rendre compte aux hommes, mais aussi à Dieu, car rien ne sera absous.

Malgré tout, je suis d'accord avec les doutes de certains : tous les systèmes, au niveau sociétal, quand ils s'emparent d'un problème, fonctionnent avec cette impression de lourdeur, d'une telle dilution des cas que finalement on va continuer à les enterrer, qu'on aurait mieux fait de faire, qu'on aurait dû faire tout autrement.
Oui, cela aussi risque de se passer. Tout système qui débute va passer par une période de tâtonnements, d'ajustement.
Malgré la peine immense que cette impression d'un coup d'épée dans l'eau peut laisser dans le coeur d'une victime, il faut savoir s'emparer de la bonne volonté réelle et entière qui a été manifestée pendant ce sommet pour en tirer patiemment les fils qui permettront au système de fonctionner dans la vie réelle; et oui, faire encore preuve de patience et de compréhension envers la bande d'enculés qui a tellement déraillé que ça fout bien les nerfs, mais si on arrive un tant soit peu à se décentrer pour aller vers ceux qui ont fait un grand pas vers les victimes, alors on peut espérer que tant d'efforts (et de prières! de tous les chrétiens!) arriveront à faire avancer ce système aux airs de dinosaure immobile. Ne nous décourageons pas, on sait tous, à l'âge que l'on a, que les choses qui avancent le mieux sont celles pour lesquelles on n'a pas fait fort un grand coup, mais au contraire, on a fait peu mais souvent, avec une régularité tenace.
Bassmeg, vous êtes une âme d'avocate, une passionnée qui n'hésite pas à défendre, à relancer. Restez comme ça, toujours, revenez, défendez, écrivez au Pape pour lui dire que vous ne comprenez pas tout de sa position, je suis sûre qu'il mettra un point d'honneur à répondre à chacune de vos questions. C'est grâce à des gens comme vous que ce genre de chose avance enfin un jour. Les victimes ont eu mille fois raison de parler, de s'allier, de se défendre pour se faire entendre, car les fruits sont là aujourd'hui.

Bassmeg, je ne peux pas dire à une victime, tellement la colère la submerge, de faire le pas de la confiance. Mais moi je le fais pour vous, j'ai confiance que les choses ne seront plus jamais tout à fait les mêmes, et que désormais, les chrétiens ordinaires, comme moi, savent à quel point le fléau était grand, et combien la vigilance de tous est requise pour que tout le monde revienne à une morale authentique, une conduite d'honneur et foi vrais.
Cette histoire, terrible et malheureuse peut au moins servir à cela: prétendre que nos prêtres à eux seuls sont en charge de la foi sans que nous nous intéressions aux détails et au poids que représente une évangélisation, un sacerdoce, une catéchèse est déjà en soi une attitude puérile; c'est notre part de responsabilité dans tout ce qui est arrivé. Nos prêres, qui même s'ils sont des âmes mises à part par un appel divin, sont encore et toujours des hommes que tous nous devons soutenir, eux qui nous supportent tant, au point de nous avoir donné leur vie. Les oublier seuls dans leur coin, insensibles à leurs écrasements n'était de toute façon pas la bonne solution, on s'en rend bien compte aujourd'hui pour peu que l'on soit sincère.

Chère Bassmeg, j'ai fait un peu long, mais je vous en prie, apaisez un peu votre coeur si blessé, les choses bougent, les choses bougent et bougeront!
Que Dieu notre Père, à qui j'offre chacune de vos blessures, vous prenne sur Son Coeur si aimant et annule en vous tous les liens affreux de la souffrance trop longtemps portée.
Courage!
Zélie
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
Vis vraiment chaque instant. Fais-le meilleur. Aime-le. Chéris-le. Fais-le beau, bon pour toi-même et pour Ton DIEU. Ne néglige pas les petites choses. Fais-les avec Moi, doucement. Fais de ta maison un Carmel où Je puisse Me reposer. Jésus, Premier Cahier d'Amour
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Phylos
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

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Bonjour Bassmeg,

J'adhère totalement à vos derniers post.

Il y a un problème de taille pour mettre en œuvre les directives du pape: On se rappelle de Cash Investigation révélant le système de mutations des prêtres pédocriminels. Autrement dit organisé par des évêques. Dans de tels diocèses corrompus, comment un prêtre au courant de ce système (et lorsqu'un prêtre est muté, tous doivent savoir pourquoi il l'est) va-t-il signaler un autre prêtre, ou même son évêque sans risquer pour lui-même d'être menacé d'avoir caché ce système. Vu l'âge moyen des prêtres, à moins d'une amnistie préalable, ce n'est pas réalisable. De quelques pourcent de prêtres criminels, combien d'autres sont complices par omission d'avoir fait le bien ?... quelques dizaines de pourcent ? On ne le saura jamais.

Quant au manque de "discernement des vocations" des prêtres ayant cette charge et des enseignants des séminaristes, étant facilement identifiables, devront-ils rendre des comptes ou seront-ils remplacés pour avoir fait entrer des loups dans la bergerie ? Car le comportement d'un séminariste gay ou pédocriminel est extrêmement facile à reconnaître sur 7 années (le type de regard porté sur des enfants ou non, des intonations, jeux de mots ou labsuces, gestuelle, blocages contextuels, symptômes de refoulement et sensibilité exacerbée du fait d'un trauma infantile qui a conduit à l'orientation homosexuelle ou à la pedocrominalité, etc...). On se doute que non.

Quand il y a une omerta, ou personne ne parle et rien ne bouge, ou c'est l'effet domino. Je suis comme Bassmeg, je ne suis pas naïf.
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zelie
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par zelie »

jeux de mots ou labsuces
vous voulez dire lapsus...?
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
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Bassmeg
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par Bassmeg »

zelie a écrit : lun. 25 févr. 2019, 19:39
jeux de mots ou labsuces
vous voulez dire lapsus...?
Zélie, vous venez de trouver un authentique lapsus freudien. C' est la première fois que j' en vois un aussi fort et en direct et concernant le mot "Lapsus". Freud doit jubiler dans sa tombe.
Le préfixe "LAB", c' est les lèvres.
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par Hantouane »

Phylos a écrit : lun. 25 févr. 2019, 18:51
Car le comportement d'un séminariste gay ou pédocriminel est extrêmement facile à reconnaître sur 7 années (le type de regard porté sur des enfants ou non, des intonations, jeux de mots ou labsuces, gestuelle, blocages contextuels, symptômes de refoulement et sensibilité exacerbée du fait d'un trauma infantile qui a conduit à l'orientation homosexuelle ou à la pedocrominalité, etc...). On se doute que non.
Et comment quantifier ces signes ? Ca me semble plus de la rumeur qu'autres choses. On peut mal interpréter des signes en plus.
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Bassmeg
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par Bassmeg »

Phylos a écrit : lun. 25 févr. 2019, 18:51 Bonjour Bassmeg,

J'adhère totalement à vos derniers post.

Il y a un problème de taille pour mettre en œuvre les directives du pape:
On se rappelle de Cash Investigation révélant le système de mutations des prêtres pédocriminels. Autrement dit organisé par des évêques.
Dans de tels diocèses corrompus, comment un prêtre au courant de ce système (et lorsqu'un prêtre est muté, tous doivent savoir pourquoi il l'est) va-t-il signaler un autre prêtre, ou même son évêque sans risquer pour lui-même d'être menacé d'avoir caché ce système. Vu l'âge moyen des prêtres, à moins d'une amnistie préalable, ce n'est pas réalisable.
De quelques pourcent de prêtres criminels, combien d'autres sont complices par omission d'avoir fait le bien ?... quelques dizaines de pourcent ? On ne le saura jamais.

Quant au manque de "discernement des vocations" des prêtres ayant cette charge et des enseignants des séminaristes, étant facilement identifiables, devront-ils rendre des comptes ou seront-ils remplacés pour avoir fait entrer des loups dans la bergerie ?
Car le comportement d'un séminariste gay ou pédocriminel est extrêmement facile à reconnaître sur 7 années (le type de regard porté sur des enfants ou non, des intonations, jeux de mots ou labsuces, gestuelle, blocages contextuels, symptômes de refoulement et sensibilité exacerbée du fait d'un trauma infantile qui a conduit à l'orientation homosexuelle ou à la pedocrominalité, etc...). On se doute que non.

Quand il y a une omerta, ou personne ne parle et rien ne bouge, ou c'est l'effet domino. Je suis comme Bassmeg, je ne suis pas naïf.
Phylos, merci beaucoup pour ce soutien. Zélie et vous, vous me prouvez que je ne suis pas seule à avoir l' incroyable audace et l' absolue impudence de demander gentiment que les prêtres ne commettent pas des crimes sexuels sur des enfants.
Je ne suis pas d' acord avec vous en ce qui concerne l' homosexualité, mais ce n' est pas grave et ce n' est pas le sujet ici.
Par contre, je vous rejoins sur le reste.

[.... supprimé le rabâchage ...La modération]
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zelie
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par zelie »

Vous voulez rire? Voici ce que j' aurais dit à sa place:
"Mes amis, mes soeurs, mes frères.
En cette conférence de février 2019, nous allons arrêter de nous payer de mots et de belles formules creuses. Nous allons agir.
Depuis trop longtemps, des crimes sont commis en notre Eglise, profitant d' un esprit de corps et d' une indulgence aidant les criminels.
Cela a trop duré. A partir de maintenant, c' est fini. Dorénavant, chaque clerc devra lui même assumer les conséquences pénales ou financières de sa conduite. ET pas question de toucher à l' argent de la quête, c' est trop facile.
Et chaque crime connu de moi sera immédiatement dénoncé à la justice des hommes. Voila mes amis. C' est tout. Maintenant, arrêtons de blablater et faisons le ménage."
Je me permets de revenir sur cet appel à la fermeté.
Il y a quatre ans, quand est sortie l'affaire du Père Preynat, est sortie en même temps l'affaire du directeur d'école des Alpes qui avait un CP et faisait les fameux "ateliers du goût" yeux bandés et un par un. Une horreur.
A l'époque, Najat Vallaud-Belkacem était ministre, et a bien réagi. Elle a réagi comme vous le décrivez ci-dessus. Vérification de tous les casiers judiciaires de tous les personnels de l'éducation nationale et affiliés (cantine, sports, ateliers, municipaux, etc. ), renvoi systématique de toute personne ayant un casier non vierge au regard du crime sexuel, quand bien même ce ne serait qu'une détention d'images, avant même qu'il soit l'auteur d'un délit, par mesure de précaution, communication au ministère de l'éducation nationale par l'autorité judiciaire de toute affaire en cours concernant un personnel EN, et bien sûr renvoi de toute personne auteur de crime contre l'enfance, au lieu d'une simple mutation, comme avant.
Elle est venue sur un plateau et a été d'une fermeté de circonstance et a promis une tolérance zéro. Depuis quatre ans, chaque année, le ministère de l'éducation nationale épluche autant de dossiers de personnels qu'il le peut, (ça prendra plusieurs années) et chaque année il publie le nombre de personnes qu'il révoque ; 27 révocations en 2015, 30 en 2016, 26 en 2017, je n'ai pas les chiffres suivants, ceux de 2018 ne doivent pas être encore sortis. Pour autant, il ne se passe pas une semaine que des cas de pédophilie dus à des directeurs, animateurs, etc. ne se relèvent encore dans les écoles.
Un extrait permet de comprendre la situation :
Contrairement aux pédophiles potentiellement détectables grâce au casier judiciaire, l'affaire Eric Molcrette rappelle que le mal peu se nicher n'importe où. Selon les témoignages déposés à son procès en décembre 2016, aucun signe avant coureur n'a permis de déceler ses déviances. Ni par son entourage d'instituteur plutôt apprécié, ni par sa famille d'homme marié, père de deux enfants. Il a été accusé du viol ou de l'agression sexuelle d'une trentaine de fillettes de 4 à 12 ans en Savoie et en Charente-Maritime où il officiait en tant que directeur de «colo». Cet homme qui organisait pour les enfants des «jeux du goût» a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle. La peine maximale.
de : https://www.ladepeche.fr/article/2017/0 ... enage.html

Et pourtant, personne n'ira taxer Mme Vallaud d'inaction ou de manque d'envergure. Elle a fait au mieux de ce qu'elle pouvait faire.

Ce précédent met en lumière deux choses:
1) Si on prend la peine d'entendre ce qu'a dit réellement le Pape, il met sur la table la même fermeté. A part que pour les religieux, l'accès au casier judiciaire sera beaucoup plus aléatoire et cela risque de compliquer notablement la tâche, mais en contrepartie, il propose une formation aux risques, un dépistage des candidats, une formation revue et adaptée, et toute bonne initiative à construire pour limiter les dégâts.
Il faut comprendre que l'intention de fermeté est une chose, la puissance d'action en faveur de la prévention est tout autre chose. Et c'est sur ce point-là que les rangs de l'Eglise va devoir faire preuve d'initiative, car on ne peut plus en rester à agir, même le plus fermement du monde, qu'à la suite d'un crime.
Justement, pour ce qui est des crimes perpétrés, la même fermeté que celle de l'état français est désormais de mise. Déclarer devant des théologiens que ce qui attend les prêtres qui scandalisent les enfants, c'est bien pire que la meule qui les ferait couler au fond de l'océan va beaucoup plus marquer leurs consciences que ce qu'il y paraît vu de loin. Le Pape est clair; il y aura le jugement civil et les peines de prison, la remise à l'état laïque, et en plus le jugement de Dieu. Je conçois que ce dernier point ça ne parle pas beaucoup à un non-croyant ou à certains croyants. Tapez-vous une NDE vous verrez si se retrouver devant Dieu et avoir à lui expliquer le bien-fondé d'un viol sur enfant tout en sentant les démons vous attendre sur le pied de guerre ça va vous donnez envie de ne pas prendre la chose au sérieux. Tous ceux qui sont revenus d'une NDE pénible reviennent en regrettant définitivement leurs errements, et pour rien au monde ne retourneraient à leur mépris originel.
Sur terre et de la part des collègues, il n'y aura plus d'absolution ou de secret de confessionnal; s'il y a crime, il y aura remise à la police et point. Et c'est normal et bien qu'il en soit ainsi, car cette plaie infâme a prospéré et aurait prospéré encore tant que les coupables aurait su qu'au fond ils ne risquaient pas tant que ça.

D'autre part, le Pape appelle la vigilance de tous, exactement comme Mme Vallaud l'avait demandé en son temps, et comme continuent de le demander ses successeurs; je peux vous certifier qu'à chaque rentrée on a un mot sur le sujet de la protection de tous les enfants, de la vigilance que nécessite la protection effective de chacun.
Dans l'EN et dans toutes les colos que j'ai vu, et depuis des décennies, il est de principe que jamais un adulte ne reste seul avec un enfant, même si l'adulte est une femme. Un plombier qui vient travailler dans l'école ne verra aucun enfant, etc. C'est une vigilance de tous, automatique, de tous les instants. Personne ne penserait à contester cela, au contraire, tous les adultes se sentent protégés par un tel système, car s'il y a crimes contre les enfants, parfois il y a aussi mise en cause mensongère des adultes.
C'est à cette vigilance-là qu'appelle le Pape. La vigilance de tous, et donc celle aussi des parents et des catéchistes. Je ne doute pas un instant que si les parents s'emparent de ce point, les prêtres seront prêts à collaborer pour construire des protocoles de conduite dans leur paroisse, ne serait-ce que pour rassurer, sécuriser, et eux être sécurisés par voie de conséquence.
Comme l'état français en son temps, le Pape met en oeuvre tout ce qu'il peut, même si ses leviers et pouvoirs sont différents.

2) Comme dans le cas des écoles françaises, hélas, tout système a ses limites. Ce qui signifie que là encore, on ne peut pas traiter le mal à sa véritable racine qui serait de ne plus fabriquer de pédophile lors de l'éducation des enfants, et/ou de les repérer jeunes avant qu'ils passent à l'acte. Car la racine de ce mal, c'est bien dans l'éducation précoce qu'elle se trouve; certes, tous les pédophiles n'ont pas été abusés dans leur enfance, et tous les enfants abusés dans leur enfance ne deviendront pas des pédophiles, mais tous les pédophiles ont subi quelque chose de cruel, petit, qui les a fait basculer dans la sociopathie.
Des cas de pédophilie, il y en hélas encore dans l'EN, et il y en aura hélas encore dans tous les milieux, Eglise comprise. Croire qu'on peut éradiquer en amont par filtrage résulte de l'illusion, le cas de l'EN en est une bonne illustration, pourtant le tri est réel et pointilleux désormais.
C'est pourquoi la vigilance de tous à laquelle appelle le Pape est centrale; car devant un protocole de conduite ferme et codifié (jamais un adulte seul avec un enfant), si quelqu'un s'en écarte, tout l'entourage adulte de la paroisse pourra intervenir en reprenant la personne, voire la signaler. On a un levier simple et qui ne semble bien peu, mais qui devient déterminant si on s'en empare et qu'on le creuse un tant soit peu.

Exactement comme les tribus d'antan face aux lions; une fois que je parlais avec une éthiopienne ayant vécu ses jeunes années dans un village avec des cases, la vigilance et la protection physique étaient leurs seules armes lorsque la nuit les guépards et autres bébêtes venaient sauter sur les toits de leur village. Ils n'avaient rien de miraculeux, juste leur fermeté et leur constance. C'est à ce genre de conduite que nous devons, nous adultes et parents, nous en tenir, car, comme le soulignent beaucoup de journaux, les cas de viols d'enfants sont en augmentation depuis des années. Et non, l'avancée civilisationnelle ne rime pas automatiquement avec morale acquise par tous; cela ne découlera, encore et toujours, que d'un parti pris d'investissement effectif de chaque adulte.
Car devant la flambée des cas de tous bords, il serait peut être temps aussi de se poser des questions sur nos comportements et nos postures de parents pas assez présent au coté de l'enfant, sur le degré d'efficacité de nos conduites protectrices; car vouloir ce n'est pas forcément suffisant pour être.

Bonne soirée à tous.
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
Vis vraiment chaque instant. Fais-le meilleur. Aime-le. Chéris-le. Fais-le beau, bon pour toi-même et pour Ton DIEU. Ne néglige pas les petites choses. Fais-les avec Moi, doucement. Fais de ta maison un Carmel où Je puisse Me reposer. Jésus, Premier Cahier d'Amour
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Phylos
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Message non lu par Phylos »

mdr Bien vu le lapsus Bassmeg !

Zelie,

Ne pensez-vous pas que "jamais un adulte avec un enfant" instaure un climat de suspicion généralisé ?
Tant pour les adultes entre eux que pour l'enfant qui pourrait s'inquiéter d'être seul avec un adulte sans en avoir l'habitude.
Un monde sans confiance, donc sans amour du prochain puisqu'un adulte se méfierait de son frère et ne verrait plus qu'un criminel en puissance en lui et non un innocent (le Christ en lui)

En ce qui me concerne, un tel monde serait déjà l'enfer. Ce principe de précaution peut prévenir un mal mais il empêche en même temps certainement un bien, celui de la confiance. N'est-ce pas laisser le crime de ~5% de prêtres imposer sa loi sur l'amour de 95% de prêtres envers les enfants. Il y a d'autres moyens.
Et il y a aussi des enfants qui veulent parfois être seuls un moment avec tel adulte pour lui dire ce qu'ils ne voudraient pas que d'autres entendent. L'intimité est propice à l'amitié.
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zelie
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par zelie »

oui, certes je vois ce que vous voulez dire. Mais ça c'est une impression de l'extérieur.
Vu de l'intérieur, c'est un climat sécure autant pour l'adulte, à l'abri de toute accusation, que pour l'enfant, premier concerné par la mesure.
Pour avoir pratiqué cette façon de faire de nombreuses années, jamais la suspicion ne s'est emparée de qui que ce soit; c'est la solidité et la solidarité qui imprégnait les consciences des adultes en charge de l'encadrement que je garde comme souvenir.
Personne ne suspectait personne car il n'y avait aucune occasion, aucune place pour la suspicion. Ce principe de précaution faisait partie du quotidien tout comme d'autres principes, comme celui de partage des informations professionnelles, celui du partage des tâches, celui du partage d'informations autour des protocoles d'injection des stylos d'adrénaline, et etc. L'investissement de tous, le fait de se sentir concerné par absolument tous les aspects de la surveillance et de la protection des enfants induisait un sentiment de responsabilité aiguisé, et tout le monde se sentait au contraire honoré, gratifié de se voir partager toutes les informations relatives à la sécurité affective des enfants, car par le partage d'informations, on incluait tout le monde dans la responsabilité, et donc dans la compétence. De plus, pour un manager ou autre, plus la demande est officielle, claire, et accompagnée d'une guidance (règle ou protocole) plus les collègues adhèrent au projet recherché.
Et sans faire trop long, c'était payant, vraiment.
Une fois, sans qu'on m'en avertisse, on m'a collé une enfant qui avait maille à partir avec une histoire scabreuse totalement inventée. Mise dans l'environnement qu'on avait mis en place, elle n'a plus rien inventé, jamais. Parce que sa maman était rassurée et ainsi ne lui a plus posé des questions à n'en plus finir qui avaient fini par l'orienter? Parce que sécurisée, elle était passée à autre chose de plus gai au lieu d'essayer de dire son mal-être par l'affabulation? Je ne sais, tout ce que je sais, c'est que plus on sécurise un enfant et les adultes encadrant les enfants, mieux le système fonctionne autour du projet éducatif.
Car la mise en place d'un protocole de conduite, ou d'un règlement n'a jamais accusé personne. Tout ce qui est de l'ordre du règlement a force de loi, et jamais, dans aucun endroit où l'on travaille, on se sent visé par l'item qui stipule qu'il ne faut pas coller de schewing-gum sur les chaises; mais on sait seulement qu'il ne faut pas le faire.
Vraiment, en rien, il ne faut se sentir épié dans une règle.

Et pour l'amitié, trois personnes ensemble peuvent faire aussi bien que deux. Et si deux, on ne peut pas dans une structure à responsabilité de mineurs, il faut savoir être humble et tranquille et se dire que le lieu où on peut être deux en paix, c'est dans le cadre familial, qui lui ne nous regarde pas. La limite du cadre collectif c'est d'être au moins trois et point. Sans établir de limite, on annule tout cadre, et on ouvre la porte aux abus. Je trouve au contraire ça imprudent, dans un cadre collectif, de croire que l'intimité est propice à l'amitié. Le lieu collectif n'est pas et ne doit jamais être le lieu de la confidence, car il en va du principe de précaution, et on n'en prend jamais assez avec les enfants si j'en crois les statistiques affreuses de ce dernier demi-siècle. Le lieu confidentiel, il est par définition privé, donc hors du lieu et du temps collectif.
Et pour ce qui est des confessions, elles peuvent se faire dans un confessionnal placé sur un coté de l'église, ou dans l'église même, dans un coin calme mais au vu de tous. On n'est pas obligé de s'isoler tant que ça. Et on peut chuchoter, le prêtre n'est pas sourd même placé à deux mètres du confessant.
Vous savez, quand j'étais jeune, j'étais très grande et mince, j'étais très sportive, et ce travail se voyait sur mon corps. A l'église, ça ne ratait jamais; à chaque fois que je faisais la queue pour la confession, le prêtre fermait la porte sur les personnes qui me précédaient, ou les prenait dans une salle, mais moi, j'étais confessée dans l'église et à genoux à deux mètres du prêtre. Les autres femmes me disaient qu'on ne leur demandait pas de s'agenouiller. J'ai toujours accepté cet état de choses, cela me semblait normal et sain. Jamais je ne me suis sentie regardée ou accusée d'être un être malsain ou tentateur, d'ailleurs ma mise et mon langage étaient un remède contre la tentation. Mais en faisant ainsi, au lieu de m'humilier, le prêtre me protégeait; de toute mauvaise langue, de tout bavardage, de toute jalousie, car personne n'avait envie de se faire confesser comme on me confessait moi. Et tout le monde en arrivait à se dire que le prêtre restait sur une attitude un peu paternelle, et moi sur une attitude d'obéissance. A tous les deux, on a fait fermer toutes les bouches.
Une fois, j'ai été reçue par un assez jeune prêtre africain de passage: quand j'ai sollicité une confession, il m'a regardée très méfiant... J'ai donc mis en pratique ce qu'on m'a appris, je me suis agenouillée loin de lui, à plus de trois mètres, et je ne lui ai parlé que de mes enfants. Il en est resté ébahi, et c'est avec le sourire que les jours suivants il m'a reçue.
Ce que je veux dire, c'est qu'une relation de confiance, de proximité spirituelle véritable et féconde peut se construire et doit se construire au milieu de tous et au vu de tous. On n'a pas besoin de secret, d'isolement. On ne peut plus, on ne doit plus, au vu de l'expérience malheureuse qu'il en ressort aujourd'hui, faire ainsi. On doit trouver d'autres solutions, que ça nous plaise ou non, et avec détermination.
Plus jamais, plus jamais, plus jamais ça doit être notre Credo, même si ça remue nos représentations mentales de l'amitié ou de la relation spirituelle.
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Phylos
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par Phylos »

Je vous ai bien lu. Nous avons une vision et un ressenti diamétralement opposés Zelie.

Ma réaction sur ce qu'est la confiance entre adultes, sans chercher à polémiquer à n'en plus finir. Vous dites qu'un environnement à 2 adultes au moins est sécure et sans suspicion. C'est donc dire qu'il y a bien suspicion, irresponsabilité et manque de confiance envers l'adulte seul, à priori. C'est cela qui me pose problème: la sécurisation par évacuation du risque: c'est précisément "imposer" la confiance de l'extérieur, et non comme l'acte intérieur d'un don. La confiance dont vous parlez n'est pas la confiance mais le sentiment de sécurité, ce n'est pas exactement la même chose.

Vous confondez la confiance comme "sentiment" résultant, et la confiance comme "acte" volontaire du don de soi malgré le risque. Le premier est un sentiment conditionné de l'extérieur. Le deuxième est un don, un cadeau offert à l'autre qui est un fruit de l'amour ( "offrir" son amitié, la "donner" impliquant le risque d'être trahi). La confiance ne s'impose pas par des "conditions", pas plus que l'amitié ne "s'impose" par la présence d'un deuxième adulte. C'est le sens de tout don: d'être sans conditionnement.

Je m'explique plus en detail en répétant ce que j'ai déjà exposé dans d'autres discussions: La confiance est inséparable, inhérente à l'amour. Et comme le don est l'acte de tout amour, la confiance se donne à l'être aimé (quel que soit le mode de l'amour: éros, philia, agape). Il n'y a pas d'amour sans prise de risques. L'amour est une mise à nue, une nudité que j'offre à l'autre mais qui par la-même me rend aussi vulnérable. Ceux qui ne veulent pas prendre ce risque, ne veulent pas aimer.

Jésus s'est donné nu par amour sur la croix jusqu'à en être blessé mortellement par ceux qu'il a aimés. Avant cela il a donné son amitié à Judas qui l'a trahi, à Pierre qui l'a renié, à Thomas qui ne l'a pas cru. Sainte Faustine dit d'avoir confiance en Dieu, mais "avoir" comme un "acte" d'abandon à Dieu, ce qui ne nous met pas à l'abri des épreuves des blessures de ce monde, de notre chair, bien au contraire. Avoir confiance "malgré"... Si j'étais sûr que l'autre ne me blesserait jamais, alors ce ne serait plus un "autre", un être libre. Telle est la confiance entre adultes.

Maintenant pour l'enfant, en plus de ce que j'ai écrit dans mon post précédent, ce deuxième adulte comme condition m'empêche toute liberté. Il est une caméra de sécurité mais dont le coût est d'évacuer le risque de donner ma confiance. L'enfant sentira bien la sécurité physique dont il a besoin, mais il ne ressentira pas l'amour de l'adulte qui aura peur de lui carresser son visage, de passer ses mains dans ses cheveux, de le prendre dans ses bras, de l'embrasser affectueusement, car du fait de la présence de l'autre adulte, il interiorisera la censure de peur que ses gestes soient mal interprétés. L' enfant sentira un manque.

Le cas des pays scandinaves est effrayant par excès d'aseptisation. C'est un peu comme les antibiotiques pour la répression: on tue le microbe mais aussi la vie de la flore. Comme je l'ai écrit, on supprime les 5% d'actes criminels, mais on supprime aussi les 95% d'actes d'amour. S'il n'y avait que cette solution, ce serait un moindre mal bien sûr. Mais ce n'est pas la seule.

Laissez les petits enfants venir à moi et ne les empêchez pas.
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par Francesenchile »

https://eglise.catholique.fr/archives/c ... e-leglise/

Pour éviter toute approximation sur les ressources de l'Eglise, cette page contient les informations sur le budget de l'Eglise de France. Sur le fond, Bassmeg n'a pas tort. La quête réalisée pendant la messe n'est qu'une petite ressource, mais la quasi-totalité des ressources de l'Eglise provient des dons des fidèles; denier du culte, offrandes de messe, dons, legs... L'Eglise n'a pas de patrimoine immobilier de rapport (ce serait illégal) et quelques produits financiers issus du placement de sa trésorerie mais on parle de montants très faibles.

En France il n'y a jamais de grosses sommes proposées pour des transactions, et l'Eglise de France est particulièrement pauvre pour des raisons historiques, ayant perdu son patrimoine foncier et financier. Mais dans les pays anglo-saxons, ça peut se chiffrer en dizaines de millions - et ce sont les fidèles qui payent, indirectement. Dans aucun pays l'Eglise ne communique son budget détaillé (elle en a le droit, rien d'illégal). Aux Etats-Unis, les transactions hors tribunaux et dommages ordonnés par des juges représentent sans doute un de ses plus gros postes de dépense ces dernières années.

Pour Bassmeg: je n'ai jamais été victime d'abus mais je connais quelqu'un qui l'a été et pour en avoir vu directement les effets, je compatis et vous souhaite que la colère puisse un jour céder la place à une certaine paix. Et je comprends aussi la rage des victimes devant un certain discours creux sur le bien et le mal, qui peut parler à la raison de quelqu'un modérément impliqué, mais certainement pas aux tripes ni au coeur.

Il reste à voir ce qui sortira ultérieurement du sommet au Vatican. Je vois quand même un élément positif pour l'avenir: l'Eglise a été tellement secouée que je doute vraiment que des abus puissent encore être couverts maintenant et dans le futur comme ils l'ont été dans le passé. Les évêques savent maintenant que le tribunal est une possibilité si ils cachent des dossiers, et les dispositifs qu'elle a mis en place pour détecter les abus et écouter les victimes sont une réalité. Par contre du côté moins positif, si il n'y a pas de mesures concrètes supplémentaires, les gens vont simplement conclure que l'Eglise ne sort pas plus de dossiers passés et continue à attendre les plaintes pour réagir parce qu'elle ne veut/peut pas encaisser plus de révélations. Les premières plaintes ont fleuri dans les années 90 et depuis 25 ans l'Eglise promet qu'elle ne cache rien, et il en sort constamment, donc c'est un bel acte de foi que de la croire sur parole.

En écrivant ça, je vois que le cardinal George Pell vient d'être condamné en Australie pour abus sexuels sur mineurs (ex-trésorier du Vatican, et comme le veut désormais la tradition chez les prélats condamnés pour pédophilie ou dont la double vie est révélée, évidemment très intransigeant sur l'éthique sexuelle et ayant condamné à de nombreuses reprises les "déviants"... :mal:).
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zelie
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par zelie »

Cher phylos,
Maintenant pour l'enfant, en plus de ce que j'ai écrit dans mon post précédent, ce deuxième adulte comme condition m'empêche toute liberté. Il est une caméra de sécurité mais dont le coût est d'évacuer le risque de donner ma confiance. L'enfant sentira bien la sécurité physique dont il a besoin, mais il ne ressentira pas l'amour de l'adulte qui aura peur de lui carresser son visage, de passer ses mains dans ses cheveux, de le prendre dans ses bras, de l'embrasser affectueusement, car du fait de la présence de l'autre adulte, il interiorisera la censure de peur que ses gestes soient mal interprétés. L' enfant sentira un manque.
Non sur tout le message mais là aussi, non. Tant que j'ai eu à m'occuper de jeunes enfants, j'en ai toujours eu sur les bras, sur les genoux, dans mes bras, devant des groupes entiers d'enfants et d'adultes. J'ai même eu des groupes entiers d'adultes dans mes bras. Quand je secours quelqu'un d'agressé ou d'accidenté au bord d'une route, je le prends dans mes bras. Mais jamais, jamais personne, n'a cru un seul instant que j'avais des drôles d'intentions. Parce que rien n'a été touché de leur intimité, psychique ou affective ou physique. Ca se sent clairement ces choses dès que quelqu'un vous touche, et ce contact est toujours accompagné du discours adéquat clair et net. Le cadre collectif des structures auxquelles les parents confient leur enfant ont mille fois raison de poser des garde-fous. C'est leur mission, leur rôle et en sortir ne serait justement pas rassurant. Et non, on n'a jamais été dans la suspicion constante, ne serait-ce qu'une seconde; on était dans la confiance et la communication.
Et quand j'ai dû faire face à des moments malheureux où j'avais tout intérêt à les faire se confier (les enfants), je l'ai fait à l'écart mais dehors, et beaucoup de drames se sont dénoués dans ces confidences, suivies d'effets. J'ai touché des dizaines de chevelures tous les jours de ma vie, des centaines de joues. Mais l'enfant n'est pas idiot vous savez, même très jeune. Il est très capable de faire la différence entre l'adulte qui lui touche la joue, le mouche et le rassure et entre l'adulte qui en lui touchant la joue le trouble ou l'angoisse. Et les mamans, à la façon dont leur enfant a hâte de lui raconter combien les encadrants sont gentils, rigolos, etc. sont aussi rassurées. Quand l'enfant est muet et ne raconte rien, c'est parce que l'angoisse qu'il ressent le cloue en vague de terreur, et là il faut savoir s'inquiéter devant le changement de comportement.
Le jour où ma fille a subi des choses terribles, elle s'est arrêtée de me parler. J'ai pu la faire parler enfin en la poussant dans ses retranchements, et ça été un beau bras de fer. Et savez-vous son ultime argument avant de se confier enfin? "Mais si je te parle, tu ne vas plus m'aimer, parce que tu ne peux pas aimer ce que j'ai fait!" Là, j'ai compris toute la culpabilité qu'un connard lui avait refilé en plus des violences! elle s'est effondrée en me disant cette phrase...
Phylos, je ne sais quelle expérience vous avez des enfants, mais votre expérience est à l'opposé de la mienne, et la mienne me va très bien car elle a toujours fonctionné à fond. A tous qui travaillions auprès d'enfants ou dans des hôpitaux, nous avons enlacé tant de personnes, tant d'enfants, et nous leur avons offert un espace de bienveillance, d'affection et d'amitié en plus de notre rôle professionnel rassurant. Et agir à été pour tous ces gens beaucoup plus déterminant dans leur chemin de restauration que celui d'en rester à penser comment faire dans l'idéal. On n'avait pas l'idéal, on avait la réalité avec toutes ses limites, ses souffrances et ses désillusions.
Après, on peut philosopher à loisir sur l'amour vu par les penseurs, mais ça je vous le laisse, car ce fil doit rester l'espace de réflexion de l'engagement de l'Eglise face à ses drames, et celui de l'expression du désarroi des victimes.
Pour moi l'apparté s'arrête là.

Que l'Esprit Saint nourrisse votre réflexion, votre coeur et vous offre de nombreuses occasions de manifester votre amour des personnes!
Bonne journée à vous.
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
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zelie
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par zelie »

Par contre du côté moins positif, si il n'y a pas de mesures concrètes supplémentaires, les gens vont simplement conclure que l'Eglise ne sort pas plus de dossiers passés et continue à attendre les plaintes pour réagir parce qu'elle ne veut/peut pas encaisser plus de révélations. Les premières plaintes ont fleuri dans les années 90 et depuis 25 ans l'Eglise promet qu'elle ne cache rien, et il en sort constamment, donc c'est un bel acte de foi que de la croire sur parole.
Cher Francesenchile,

Je comprends votre préoccupation et je la partage. Je suis allée chercher des infos, mais c'est vrai qu'une part de moi reste vigilante et attend de voir ce qu'il va en sortir dans les faits. En attendant, et si on veut bien prendre note du programme proposé dans l'attente d'en surveiller les fruits, voilà ce que j'ai trouvé, dans la vidéo de Foxy page 10 de ce fil (merci Foxy de l'avoir partagée) :

Le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich et Freising, président de la Commission des épiscopats de la communauté européenne jusqu'en 2018 et président de la Conférence épiscopale allemande a proposé 4 mesures lors du sommet de Rome :
-une définition de l'objectif et des limites du secret pontifical (il faut écouter la vidéo tellement il est ferme sur le fait qu'il ne voit pas pourquoi le secret pontifical s'appliquerait en cas de poursuites dues à un crime sur mineur; en clair selon lui, la protection sous prétexte de corporatisme c'est fini). Ce secret pontifical va donc être revu à la baisse, connaître des limites et poursuivre un objectif, ce qui le dissociera d'être un fourre-tout commode.
-la transparence des règles pour les procès écclésiastiques;
-la communication au public du nombre des cas et de leurs détails;
-la publication des actes judiciaires.

Quel que soit le programme, on trouvera toujours qu'en plus on aurait pu.... mais il faut être honnête; s'ils arrivent à mettre en place un tel programme, ça va grandement assainir la situation.
Mon questionnement pour l'instant reste sur les cas déjà traités, par exemple ceux qui se sont réglés par un dédommagement honteux. Comment vont-ils être pris en compte, le seront-ils?
Les cas prescrits uniquement par la loi mais pas par Dieu, comment seront-ils traités?

Il est question, de manière plus diffuse dans cette vidéo, d'accompagnement des victimes et d'accompagnement des abuseurs. Comment cela va-t-il se passer en pratique? Car placer une victime dans une situation où on lui promet l'écoute réparatrice pour ensuite lui tordre le bras est totalement contre-productif; le réparation et l'accompagnement d'une personne blessée est un chemin long et onéreux, délicat et singulièrement ponctué de moments d'intense fragilité. C'est pas rien que de porter à bout de bras une personne blessée à ce point. Comment vont-ils honorer leur promesse? Et pour les abuseurs, anciennes victimes dans leur enfance, mais tellement marqués qu'ils en ont développé une sociopathie, ça va pas être triste non plus. Mais eux au moins ils seront placés dans les maisons de retraite religieuses après leur peine de prison... Protection dont ne bénéficiera pas celui qui sera resté socialement pauvre et fragile suite aux abus.
Là-dedans, même si les religieuses ont eu l'intérêt du Pape dans son discours, qu'en sera-t-il de la religieuse qui vivra dans la douleur de rester dans les murs mêmes qui ont vu son ou ses viols? Comment une religieuse qui ne pourra rester dans un couvent sera accompagnée dans le reste de sa vie? Et quid de la religieuse tombée enceinte suite à un viol? De l'enfant à naître de cette religieuse, qu'en a-t-on fait?

Et au-delà de l'énumération de cas plus pénibles les uns que les autres, il est un aspect qu'il ne faudrait pas oublier; la part de Dieu.
Quel est le dommage spirituel créé par une vocation religieuse qui s'annule sous le fait de l'abus, par une religieuse qui sort d'un couvent où ses prières ne résonneront plus, ou par un enfant qui voulait tant être prêtre et qui maintenant les hait tous?
Tant de prières faites dans la paix qui ne résonneront pas pour porter le monde. Les "petits journaux" des saintes (Sainte Thérèse, Sainte Faustine, Josepha, etc) résonnent à toutes les pages de combien les prières des humbles faites dans les couvents portent le monde, et combien le monde serait incroyablement pire que ce qu'il est si ces prières venaient à s'arrêter. Et idem pour les saintes messes, si leur nombre faiblit ou venait à s'arrêter, le monde serait pire que l'enfer. Les messes et les prières silencieuses portent le monde entier à bout de bras, aucune, même la plus petite, n'est oubliée, tellement la bataille spirituelle est intense de nos jours. Dieu ne cesse de solliciter nos prières, notre amendement, notre conversion des coeurs, notre changement de vie, et cela pas que pour nous, pour qu'ainsi, dans l'union à Son Coeur, nous portions le monde avec Lui. Il n'est que de voir les messages de la Salette, de Fatima et encore aujourd'hui de Medjugorje. Chaque message répète instamment "priez le Rosaire et jeûnez" .
Ne prie-t-on pas régulièrement sous l'instance de notre évêque pour les vocations? Combien on a besoin d'ouvriers à la vigne du Seigneur!
Cela aussi, il faut le réaliser, et le déposer aux pieds de notre Père Céleste dans nos prières.

Que Dieu, notre Père Tout-Puissant répare nos coeurs, répare notre monde dans son Amour et sa Lumière*.


*Et oui, aux yeux des victimes, une telle prière peut apparaître comme infantile et magique, pour se débarrasser à bon compte de toute culpabilité.
A mon sens parler à Dieu est un acte de foi, car ici, il est aveugle dans son appel et invisible dans ses conséquences, mais là-haut, il sera à assumer dans une totale nudité psychique. Dieu ne prend rien à la légère, surtout quand on prend la peine de Lui parler. Il suffit de s'imaginer face à Lui, lui expliquant pourquoi on a fait ou pas fait telle chose, à ce Dieu qui sait tout et auquel on ne peut pas mentir ni cacher quoi que ce soit, même pas un tout petit peu, un Dieu qui risque de nous faire passer un moment où on n'aura aucune excuse, aucun prétexte à lui sortir, surtout pas ceux dont on s'est servi pour continuer notre chemin dans le plus grand confort possible.
Ca va pas être triste.
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
Vis vraiment chaque instant. Fais-le meilleur. Aime-le. Chéris-le. Fais-le beau, bon pour toi-même et pour Ton DIEU. Ne néglige pas les petites choses. Fais-les avec Moi, doucement. Fais de ta maison un Carmel où Je puisse Me reposer. Jésus, Premier Cahier d'Amour
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zelie
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Re: De la pédophilie dans l’Eglise Catholique

Message non lu par zelie »

Je reviens sur les aspects polémiques du discours du Pape, les moments qui ont été indigestes ou taxés de "blabla" par les médias et les associations de victimes :

Après avoir posé, en début de discours, les statistiques mondiales les plus officielles qui soient et qui relatent l'ampleur, l'universalité et la cruauté de plus en plus grande du phénomène des crimes contre les mineurs, ajouté à non culpabilité des agresseurs, le Pape déclare en conclusion de ce premier chapitre :
"nous devons être clairs : l'universalité de ce fléau, (...) n'atténue pas sa monstruosité à l'intérieur de l'Eglise (Catholique, note de moi). L'inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l'Eglise, parce qu'en contradiction avec son autorité morale, et sa crédibilité éthique.
Ce positionnement répond exactement aux préoccupations et aux reproches des personnes blessées qui ont bien voulu témoigner de combien un tel abus, venant d'une autorité morale amplifiait l'intensité de la blessure. En ce sens, on note qu'il a bien compris l'ampleur et la généralisation du phénomène jusque dans ses singularités. Il ne pouvait pas être plus clair.

La phrase immédiatement suivante de son discours est celle qui a fait bondir les victimes, mais je la remets en contexte :
" La personne consacrée choisie par Dieu pour guider les âmes vers le salut se laisse asservir par sa propre fragilité humaine ou sa propre maladie, devenant ainsi un instrument de Satan. Dans les abus nous voyons la main du mal, qui n'épargne même pas l'innocence des enfants. Il n'y a pas d'explication satisfaisante pour ces abus sur les enfants. Humblement et courageusement nous devons reconnaître que nous sommes devant le mystère du mal, qui s'acharne contre les plus fragiles parce qu'ils sont images de Jésus. C'est pourquoi dans l'Eglise s'est accru ces temps-ci la prise de conscience de devoir non seulement chercher à enrayer les abus très graves par des mesures disciplinaires et des procédures civiles et canoniques, mais aussi d'affronter résolument le phénomène à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Eglise. "
On ne peut nier la densité du message et le fait qu'il reste droit dans les rails de ce que doit dire un Pape en telle situation. L'abuseur est un malade, mais un malade responsable de ses actes qui devra en rendre compte au civil et devant l'Eglise. Les abus doivent être enrayés, le phénomène doit être pris en compte et stoppé. Résolument.
D'un point de vue moral, c'est ça que dit le Pape. Et rien n'indique que les abuseurs seront exonérés car vaincus, pauvres petits, par une tentation.
Ce n'est pas un blabla, contrairement à ce qui reste gravé dans les mémoires grâce aux médias.

Il note aussi, et c'est son rôle, l'aspect spirituel de la lutte contre la pédophilie, et il témoigne qu'il en comprend toute l'ampleur quand il explique que le diable s'acharne à détruire toute la bonté et la pureté présentes dans le monde, tout ce qui dans le monde, reflète le plus la beauté de Dieu. Si le diable arrive à détruire l'innocence, l'amour, la beauté, la pureté, l'intégrité, il gagne.
En ce sens, le Pape ne fait pas dans l'incongru ou la mièvrerie déculpabilisante.
De Padre Pio à Maria Simma, tous les mystiques, même non canonisés, disent la même chose. Maria Simma dit même avoir vu le diable rire et jouir de chacune de nos chutes, et plus particulièrement des plus blessantes pour notre âme. Ignorer ou ne pas vouloir comprendre que dans chaque crime, chaque pollution, chaque guerre, chaque loi injuste, chaque tyrannie, chaque cruauté, chaque mensonge, il y a aussi l'acte du diable est suicidaire. Cela n'inclut pas et n'incluera jamais que nous ne soyons pas responsables de nos actes, pleinement et entièrement responsables, car Dieu nous a fait avec la capacité de penser, de réfléchir, de discerner, de lutter, de faire preuve de prudence. De renoncer au péché, comme Marie a su le faire pleinement.
Mais la tentation existe, et gagne en force justement parce qu'on la nie.
Vouloir ignorer que dans tout combat il y a un volet spirituel serait grandement imprudent de la part d'un Pape, et c'est bien qu'enfin, enfin, un Pape ait le courage de soulever ce point de manière aussi aiguisée, en insistant dessus, sans se soucier d'y perdre une part de son image.
De nos jours, on ne veut plus voir, on ne veut plus entendre qu'un tel combat, contre cet hydre mondial si bien circonscris par le Pape au début de son discours, ne se gagnera que par la prière.
On a beau dire, on a beau se démener, depuis 50 ans, la pédophilie est en augmentation, en chiffres et en cruauté. Comme dit le Pape, maintenant, sur internet, des réseaux permettent de suivre en direct l'enlèvement et la torture d'un enfant! Pourquoi? Pourquoi alors que contrairement à "avant", le sujet n'est plus tabou, le dénoncer est de rigueur, et tout le monde a la mentalité qui reconnait l'abus comme déplorable et à éradiquer? Comment se fait-il qu'avec autant de prises de conscience, autant d'énergie et d'embrassement de la cause des enfants, ces derniers soient toujours plus victimes de prédateurs ? Lesquels prédateurs se reconnaissent auteurs de choses dégoûtantes mais sans en éprouver de culpabilité, bien qu'informés que "c'est pas bien de faire ça"? Qu'est-ce qui agite le monde pour qu'on en soit là? Ne serait-ce pas, au delà de notre responsabilité -qui reste pleine et entière-, un obscurcissement spirituel, un lien amoindri à Dieu, une disparition de la prière, au mieux un désintérêt complet tant qu'on est pas face à la peur?
Dieu, dans Son Amour, n'a-t-il pas respecté la décision de l'homme d'être libre (depuis Adam et Eve) ? Ne nous a-t-il pas confié un monde, et n'est-ce pas à nous d'engager tous les combats nécessaires pour le préserver? Peut-on, doit-on dans un cas pareil, négliger la part spirituelle de ce combat? Doit-on, en cette époque de grands assauts contre nos enfants, laisser tomber une possibilité de peser sur l'évolution des choses?
J'entends et je comprends tous ceux qui n'ont pas compris le volet spirituel du propos du Pape. Mais ce volet n'est pas seulement nécessaire, il est primordial.

Le Pape le détaille ainsi plus loin dans son discours :
Devant tant de cruauté, tant de sacrifices idolâtriques des enfants au dieu du pouvoir, de l’argent, de l’orgueil, de l’arrogance, les seules explications empiriques ne sont pas suffisantes ; elles ne sont pas capables de faire comprendre l’ampleur et la profondeur de ce drame : Encore une fois l’herméneutique positiviste montre sa limite. Elle nous donne une véritable explication qui nous aidera à prendre les mesures nécessaires, mais elle n’est pas capable de nous donner une signification. Et nous, aujourd’hui, nous avons besoin d’explications et de significations. Les explications nous aideront beaucoup dans le champ opérationnel, mais elles nous laisseront à mi-chemin.

Quelle serait donc la “signification” existentielle de ce phénomène criminel? Tenant compte de son étendue et de sa profondeur humaine, il n’est aujourd’hui que la manifestation actuelle de l’esprit du mal. Sans avoir présente cette dimension nous resterons loin de la vérité et sans véritables solutions.

Frères et sœurs, nous sommes aujourd’hui face à une manifestation du mal, flagrante, agressive et destructrice. Derrière et à l’intérieur de tout cela, il y a l’esprit du mal qui, dans son orgueil et son arrogance, se sent le maître du monde[11] et pense avoir vaincu. Et cela, je voudrais vous le dire avec l’autorité d’un frère et d’un père, certes petit et pécheur, mais qui est pasteur de l’Eglise qui préside à la charité : dans ces cas douloureux, je vois la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des petits. Et cela me conduit à penser à l’exemple d’Hérode qui, poussé par la peur de perdre son pouvoir, ordonna de massacrer tous les enfants de Bethléem[12]. Derrière cela se trouve Satan.

Pour confirmer la vison du Pape et pour ceux que ça intéresse, je vous invite à lire le livre d'un cardinal mystique, Mgr Ottavio Michelini, "confidences de Jésus à ses prêtres" ; c'est une volée de bois vert, mais c'est tellement, tellement éclairant.
Un extrait au hasard, mais le livre en est rempli jusqu'à l'éclatement :
"eux (les évêques) se sont laissés dominer et éteindre par l'obscurité del'enfer (...) se sont laissés déssécher et paralyser par l'agressivité des démons".
"Evêques et prêtres n'ont-ils pas compris, ou bien ont-ils trouvé commode de ne pas vouloir comprendre, pour ne pas se heurter aux forces obscures et mystérieuses du Mal avec lesquelles, plutôt que d'employer l'arme de la vérité, ils ont préféré employer l'arme diabolique du compromis? "
Et selon les chapitres, on remplace "évêque" par croyant, parent, éducateur, et on a l'esprit du livre. Tout le monde en prend pour son grade. Mais c'est extrêmement purifiant et clarifiant; on doit reprendre le combat spirituel par la prière, le pardon, l'empathie et la solidarité, on doit reprendre en main fermement notre vie de croyant, notre rôle de fidèle, il en va de notre monde. Ce livre ne parle que du combat spirituel, et le place comme bien plus réel et essentiel que le combat apparent à coups d'indignation, d'associations, de procès et de lois.

Je continue plus tard.
Dernière modification par zelie le mar. 26 févr. 2019, 13:50, modifié 1 fois.
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
Vis vraiment chaque instant. Fais-le meilleur. Aime-le. Chéris-le. Fais-le beau, bon pour toi-même et pour Ton DIEU. Ne néglige pas les petites choses. Fais-les avec Moi, doucement. Fais de ta maison un Carmel où Je puisse Me reposer. Jésus, Premier Cahier d'Amour
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