Je reviens sur les aspects polémiques du discours du Pape, les moments qui ont été indigestes ou taxés de "blabla" par les médias et les associations de victimes :
Après avoir posé, en début de discours, les statistiques mondiales les plus officielles qui soient et qui relatent l'ampleur, l'universalité et la cruauté de plus en plus grande du phénomène des crimes contre les mineurs, ajouté à non culpabilité des agresseurs, le Pape déclare en conclusion de ce premier chapitre :
"nous devons être clairs : l'universalité de ce fléau, (...) n'atténue pas sa monstruosité à l'intérieur de l'Eglise (Catholique, note de moi). L'inhumanité du phénomène au niveau mondial devient encore plus grave et plus scandaleuse dans l'Eglise, parce qu'en contradiction avec son autorité morale, et sa crédibilité éthique.
Ce positionnement répond exactement aux préoccupations et aux reproches des personnes blessées qui ont bien voulu témoigner de combien un tel abus, venant d'une autorité morale amplifiait l'intensité de la blessure. En ce sens, on note qu'il a bien compris l'ampleur et la généralisation du phénomène jusque dans ses singularités. Il ne pouvait pas être plus clair.
La phrase immédiatement suivante de son discours est celle qui a fait bondir les victimes, mais je la remets en contexte :
" La personne consacrée choisie par Dieu pour guider les âmes vers le salut se laisse asservir par sa propre fragilité humaine ou sa propre maladie, devenant ainsi un instrument de Satan. Dans les abus nous voyons la main du mal, qui n'épargne même pas l'innocence des enfants. Il n'y a pas d'explication satisfaisante pour ces abus sur les enfants. Humblement et courageusement nous devons reconnaître que nous sommes devant le mystère du mal, qui s'acharne contre les plus fragiles parce qu'ils sont images de Jésus. C'est pourquoi dans l'Eglise s'est accru ces temps-ci la prise de conscience de devoir non seulement chercher à enrayer les abus très graves par des mesures disciplinaires et des procédures civiles et canoniques, mais aussi d'affronter résolument le phénomène à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Eglise. "
On ne peut nier la densité du message et le fait qu'il reste droit dans les rails de ce que doit dire un Pape en telle situation. L'abuseur est un malade, mais un malade responsable de ses actes qui devra en rendre compte au civil et devant l'Eglise. Les abus doivent être enrayés, le phénomène doit être pris en compte et stoppé. Résolument.
D'un point de vue moral, c'est ça que dit le Pape. Et rien n'indique que les abuseurs seront exonérés car vaincus, pauvres petits, par une tentation.
Ce n'est pas un blabla, contrairement à ce qui reste gravé dans les mémoires grâce aux médias.
Il note aussi, et
c'est son rôle, l'aspect spirituel de la lutte contre la pédophilie, et il témoigne qu'il en comprend toute l'ampleur quand il explique que le diable s'acharne à détruire toute la bonté et la pureté présentes dans le monde, tout ce qui dans le monde, reflète le plus la beauté de Dieu. Si le diable arrive à détruire l'innocence, l'amour, la beauté, la pureté, l'intégrité, il gagne.
En ce sens, le Pape ne fait pas dans l'incongru ou la mièvrerie déculpabilisante.
De Padre Pio à Maria Simma, tous les mystiques, même non canonisés, disent la même chose. Maria Simma dit même avoir vu le diable rire et jouir de chacune de nos chutes, et plus particulièrement des plus blessantes pour notre âme. Ignorer ou ne pas vouloir comprendre que dans chaque crime, chaque pollution, chaque guerre, chaque loi injuste, chaque tyrannie, chaque cruauté, chaque mensonge, il y a aussi l'acte du diable est suicidaire. Cela n'inclut pas et n'incluera jamais que nous ne soyons pas responsables de nos actes, pleinement et entièrement responsables, car Dieu nous a fait avec la capacité de penser, de réfléchir, de discerner, de lutter, de faire preuve de prudence. De renoncer au péché, comme Marie a su le faire pleinement.
Mais la tentation existe, et gagne en force justement parce qu'on la nie.
Vouloir ignorer que dans tout combat il y a un volet spirituel serait grandement imprudent de la part d'un Pape, et c'est bien qu'enfin, enfin, un Pape ait le courage de soulever ce point de manière aussi aiguisée, en insistant dessus, sans se soucier d'y perdre une part de son image.
De nos jours, on ne veut plus voir, on ne veut plus entendre qu'un tel combat, contre cet hydre mondial si bien circonscris par le Pape au début de son discours, ne se gagnera que par la prière.
On a beau dire, on a beau se démener, depuis 50 ans, la pédophilie est en augmentation, en chiffres et en cruauté. Comme dit le Pape, maintenant, sur internet, des réseaux permettent de suivre en direct l'enlèvement et la torture d'un enfant! Pourquoi? Pourquoi alors que contrairement à "avant", le sujet n'est plus tabou, le dénoncer est de rigueur, et tout le monde a la mentalité qui reconnait l'abus comme déplorable et à éradiquer? Comment se fait-il qu'avec autant de prises de conscience, autant d'énergie et d'embrassement de la cause des enfants, ces derniers soient toujours plus victimes de prédateurs ? Lesquels prédateurs se reconnaissent auteurs de choses dégoûtantes mais sans en éprouver de culpabilité, bien qu'informés que "c'est pas bien de faire ça"? Qu'est-ce qui agite le monde pour qu'on en soit là? Ne serait-ce pas, au delà de notre responsabilité -qui reste pleine et entière-, un obscurcissement spirituel, un lien amoindri à Dieu, une disparition de la prière, au mieux un désintérêt complet tant qu'on est pas face à la peur?
Dieu, dans Son Amour, n'a-t-il pas respecté la décision de l'homme d'être libre (depuis Adam et Eve) ? Ne nous a-t-il pas confié un monde, et n'est-ce pas à nous d'engager tous les combats nécessaires pour le préserver? Peut-on, doit-on dans un cas pareil, négliger la part spirituelle de ce combat? Doit-on, en cette époque de grands assauts contre nos enfants, laisser tomber une possibilité de peser sur l'évolution des choses?
J'entends et je comprends tous ceux qui n'ont pas compris le volet spirituel du propos du Pape. Mais ce volet n'est pas seulement nécessaire, il est
primordial.
Le Pape le détaille ainsi plus loin dans son discours :
Devant tant de cruauté, tant de sacrifices idolâtriques des enfants au dieu du pouvoir, de l’argent, de l’orgueil, de l’arrogance, les seules explications empiriques ne sont pas suffisantes ; elles ne sont pas capables de faire comprendre l’ampleur et la profondeur de ce drame : Encore une fois l’herméneutique positiviste montre sa limite. Elle nous donne une véritable explication qui nous aidera à prendre les mesures nécessaires, mais elle n’est pas capable de nous donner une signification. Et nous, aujourd’hui, nous avons besoin d’explications et de significations. Les explications nous aideront beaucoup dans le champ opérationnel, mais elles nous laisseront à mi-chemin.
Quelle serait donc la “signification” existentielle de ce phénomène criminel? Tenant compte de son étendue et de sa profondeur humaine, il n’est aujourd’hui que la manifestation actuelle de l’esprit du mal. Sans avoir présente cette dimension nous resterons loin de la vérité et sans véritables solutions.
Frères et sœurs, nous sommes aujourd’hui face à une manifestation du mal, flagrante, agressive et destructrice. Derrière et à l’intérieur de tout cela, il y a l’esprit du mal qui, dans son orgueil et son arrogance, se sent le maître du monde[11] et pense avoir vaincu. Et cela, je voudrais vous le dire avec l’autorité d’un frère et d’un père, certes petit et pécheur, mais qui est pasteur de l’Eglise qui préside à la charité : dans ces cas douloureux, je vois la main du mal qui n’épargne même pas l’innocence des petits. Et cela me conduit à penser à l’exemple d’Hérode qui, poussé par la peur de perdre son pouvoir, ordonna de massacrer tous les enfants de Bethléem[12]. Derrière cela se trouve Satan.
Pour confirmer la vison du Pape et pour ceux que ça intéresse, je vous invite à lire le livre d'un cardinal mystique, Mgr Ottavio Michelini, "confidences de Jésus à ses prêtres" ; c'est une volée de bois vert, mais c'est tellement, tellement éclairant.
Un extrait au hasard, mais le livre en est rempli jusqu'à l'éclatement :
"eux (les évêques) se sont laissés dominer et éteindre par l'obscurité del'enfer (...) se sont laissés déssécher et paralyser par l'agressivité des démons".
"Evêques et prêtres n'ont-ils pas compris, ou bien ont-ils trouvé commode de ne pas vouloir comprendre, pour ne pas se heurter aux forces obscures et mystérieuses du Mal avec lesquelles, plutôt que d'employer l'arme de la vérité, ils ont préféré employer l'arme diabolique du compromis? "
Et selon les chapitres, on remplace "évêque" par croyant, parent, éducateur, et on a l'esprit du livre. Tout le monde en prend pour son grade. Mais c'est extrêmement purifiant et clarifiant; on doit reprendre le combat spirituel par la prière, le pardon, l'empathie et la solidarité, on doit reprendre en main fermement notre vie de croyant, notre rôle de fidèle, il en va de notre monde. Ce livre ne parle que du combat spirituel,
et le place comme bien plus réel et essentiel que le combat apparent à coups d'indignation, d'associations, de procès et de lois.
Je continue plus tard.
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
Vis vraiment chaque instant. Fais-le meilleur. Aime-le. Chéris-le. Fais-le beau, bon pour toi-même et pour Ton DIEU. Ne néglige pas les petites choses. Fais-les avec Moi, doucement. Fais de ta maison un Carmel où Je puisse Me reposer. Jésus, Premier Cahier d'Amour