crux a écrit :
Bonsoir François-Xavier,
Vous avez raison, ce sujet est d'une telle importance qu'il faut s'efforcer toujours d'être le plus clair et le plus précis possible.
Voilà pourquoi, je me fais un devoir d'utiliser le vocabulaire employé par l'Eglise et propre au sujet.
Comme indiqué dans le Motu Proprio, est appelé "rite ordinaire", la Messe Paul VI, et "rite extraordinaire", la Messe tridentine, encore appelée la Messe de Saint Pie V.
Je réitère donc ce que j'ai suggéré : je vous souhaite que ça prenne, et que ça prenne bien ; et pour cela, il faut vraiment parler non pas d'un "rite ordinaire" ou d'un "rite extraordinaire", mais de la "forme ordinaire" ou de la "forme extraordinaire" de "l'unique rite romain". Il y a une vraie nuance qui est importante ; ce n'est pas juste "jouer sur les mots". Et c'est vraiment important justement de montrer qu'il s'agit bien du même rite, dont la forme extraordinaire est non seulement autorisée mais légitime. Le mot "rite" a en effet une signification canonique très précise qui correspond notamment à une soumission à l'ordinaire du lieu (c'est à dire à l'évêque). Je pense que beaucoup de "tradis" font des erreurs diplomatiques en ne sachant pas user à bon escient du vocabulaire "technique" de l'Eglise, et donc du coup, il y a parfois des remous inutiles. Et c'est dommage pour la cause de la liturgie de l'Eglise romaine en général et en particulier de sa forme extraordinaire. Déjà que les incompréhensions sont nombreuses.... Autant éviter au maximum les frictions et réussir ce type de projet "dans la paix".
La Congrégation pour le Culte divin et de la Discipline des Sacrements le soulignait déjà en 1999 :
Congrégation pour le Culte divin et de la Discipline des Sacrements a écrit :
- L'usage de la forme qui a précédé la rénovation liturgique post-conciliaire du Rite romain quelle soit appelée “traditionnelle”, “antique”, “de Saint. Pie V”, “classique” ou “tridentine” à été accordé, en termes fixés dans le Motu proprio "Ecclesia Dei Adflicta", aux personnes et aux communautés qui sont attachées à cette forme du Rite romain. Cette faculté est accordée par un Indult spécial, ce qui ne signifie en rien cependant que les deux formes aient égale valeur.
- Celui qui jouit de l'indult accordé par le Motu proprio “Ecclesia Dei Adflicta” peut librement user de cette forme en privé ou en public dans les églises, et aux horaires, expressément désignés aux fidèles.
- Comme le mode actuel de célébrer suivant le Rite romain constitue la norme liturgique commune, qu'on ne parle pas de “deux rites” ou de “bi-ritualisme”. La concession faite, selon le Motu proprio “Ecclesta Dei Adflicta” protège la sensibilité liturgique des prêtres et des fidèles habitués au mode précédent, mais elle ne les constitue en aucun cas comme “Eglise rituelle”.
Il est donc intéressant de constater qu'en 1999 déjà - il y a 8 ans - on parlait déjà de "forme particulière" du rite romain pour désigner les livres liturgiques de 1962. Le motu proprio "Summorum Pontificum" désigne les livres de 1962 comme "forme extraordinaire" du rite romain, mais ce n'est nullement une innovation canonique, puisque cette notion est présente depuis longtemps dans l'esprit des cadres de la Congrégation du culte divin.
Il faut aussi se mettre d'accord sur les appellations : "extraordinaire" veut bien dire "en dehors de l'ordinaire". Cela ne veut pas dire par exemple que c'est par essence "magnifique", "de plus grande valeur". En langage liturgique, "extraordinaire" veut dire "par exception". C'est par exception, par exemple qu'il y a des "ministres extraordinaires de la Saint Communion", qui peuvent par exemple être de simples laïcs, et qui sont désignés pour le faire pour des raisons pastorales.
Sur ce sujet en particulier, voici quelques réflexions :
Benoit XVI distingue la forme « ordinaire » et la forme « extraordinaire » de la lex orandi, de l’unique rite romain. Pour ne pas se tromper sur le sens de cette distinction, il faut comprendre par « ordinaire » ce qui appartient à l’ordre des choses, et donc par "extraordinaire" ce qui en sort. Il peut être utile de remarquer ici que la sainteté se vit dans l’ordinaire, et que l’Eglise se méfie en général de l’extraordinaire. Dans un ordre d’idées différent, l’éducation d’un enfant doit être ordinaire pour réussir. Mais « ordinaire » n’est pas équivalent à « normal » : l’ordre est dans les choses, il est intrinsèque. La norme est extrinsèque, elle est prononcée par l’homme sur les choses. Cette distinction est nécessaire, car nous n’y sommes pas habitués. Nous avons aujourd’hui un droit essentiellement extrinsèque, c’est-à-dire qu’un droit existe parce qu’il est prononcé (Mais a-t-on le droit de vivre parce qu’on le dit, ou tout simplement parce qu’on vit ?).
Jean-Paul II avait demandé aux évêques de répondre largement à ceux qui demandaient la messe avec le missel de 1962. En pratique, le Pape accepte que la question soit réglée au niveau des curés. Ni Jean-Paul II n’a voulu hier ni Benoit XVI ne veut aujourd’hui que des fidèles quittent la communion de l’Eglise pour des questions de forme. Sur cette question, nous constatons un phénomène caractéristique en occident à notre époque : les minorités opprimées sont soutenues. Et les moyens modernes de communication, les médias et Internet jouent un rôle important. Dans ce contexte, il est primordial de savoir penser par soi-même, et d’aller aux sources au lieu d’écouter ce qu’on dit. Ce texte - Summorum Pontificum - prouve une fois de plus que les fidèles attachés au missel de 1962 ne sont pas une minorité opprimée par l’Eglise.