Sommes-nous libres ?

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Christian
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Re: Sommes-nous libres ?

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Bonsoir in aeternum,

Je continue sur ma lancée de ce matin.
la "Fable des abeilles" de Mandeville, un des précurseurs du libéralisme anglais, ne cherche t-elle pas justement à montrer comment une fois les abeilles moralement irréprochable, la ruche dépérit ? But de la démonstration : affirmer qu'une "vertu" n'est pas forcément dans un comportement que la morale condamne.
Et prenons A Smith, ne suit il pas la même logique, alors que pour lui l'égoïsme est à la source de la prospérité de tous ?
etc. etc. etc.
Conclusion : on est bien loin du Christ.
Non, où voyez-vous que nous sommes éloignés du Christ ?

Mandeville écrit une fable, il force le trait, mais il a entièrement raison de s’insurger contre cette arrogante rectitude morale, le pharisaïsme des protestants de son temps, et contre le dolorisme qui a malheureusement perverti une grande partie des catholiques.

Quoi, on ne pourrait être bon catholique qu’en étant malheureux ? Quelle erreur ! Cette fausse vertu que Mandeville dénonce se manifesterait dans “every Performance, by which Man, contrary to the impulse of Nature, should endeavour the Benefit of others, or the Conquest of his own Passions out of a Rational Ambition of Being good."

Kant aussi reprend cette détestable morale qu’on ne peut faire le bien que par devoir, contre sa nature, et que si on trouve du plaisir ou de l’intérêt à cet exercice, alors, ce n’est plus le bien.

Cet altruisme est détestable. Il est l’instrumentalisation d’autrui pour servir ma « Rational Ambition of Being good »

« Tu sais ma tante, je n’ai aucun plaisir à passer ce dimanche avec toi. Je le fais par devoir. Je le fais parce que je suis une bonne chrétienne. » Que peut répondre la tante ? Fous-moi le camp, en bon français. Vous et moi, et tout le monde, nous voulons entre nous des rapports capitalistes, où les plaisirs sont partagés, où chacun gagne à l’échange. Si tu viens me voir, je veux que ce soit dans ton intérêt, parce que je t’apporte quelque chose. Sinon je ne suis qu’une nouvelle pièce à ajouter dans ton dossier le jour du Jugement dernier. « Toutes ces heures à m’embêter avec les vieux, ça devrait peser dans la balance, non ? ».

A mon avis, oui. Mais du mauvais côté.

Adam Smith a raison. Suivons notre intérêt, qui n’est pas seulement marchand. Soyons passionnés. Rendons les autres heureux, mais parce que nous le sommes nous-mêmes. Laissons travailler l’Esprit sans prétendre connaître mieux que Lui les voies « impénétrables » sur lesquelles Il nous emmène. La fameuse « main invisible » de Smith n’est qu’une manifestation de ce que nous, catholiques, appelons la Providence. Tant que nous respectons le Droit, et donc, ne commettons pas délibérément le mal, nous sommes naturellement conduits à faire le bien.

Tibi

Christian




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Raistlin
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Raistlin »

« Tu sais ma tante, je n’ai aucun plaisir à passer ce dimanche avec toi. Je le fais par devoir. Je le fais parce que je suis une bonne chrétienne. » Que peut répondre la tante ? Fous-moi le camp, en bon français. Vous et moi, et tout le monde, nous voulons entre nous des rapports capitalistes, où les plaisirs sont partagés, où chacun gagne à l’échange. Si tu viens me voir, je veux que ce soit dans ton intérêt, parce que je t’apporte quelque chose. Sinon je ne suis qu’une nouvelle pièce à ajouter dans ton dossier le jour du Jugement dernier. « Toutes ces heures à m’embêter avec les vieux, ça devrait peser dans la balance, non ? ».
Je ne suis pas entièrement d'accord avec vous.
Pour reprendre votre exemple, celui qui suit parfaitement le Christ et qui ira visiter sa tante, ne le fera pas parce qu'il y trouvera également un intérêt ou parce que ça le rendra heureux d'y aller, il le fera parce qu'il aime véritablement sa tante, dans le sens du don total de soi. Ainsi, la question de savoir si cela lui est agréable ou pas ne se posera plus : seul l'amour qu'il porte à sa tante l'animera.

Le christ ne nous a pas laissé pour commandement d'agir parce que cela nous rendait heureux, il nous a laissé pour commandement d'aimer notre prochain comme nous-même, même lorsque c'est difficile (aimez vos ennemis).
Si l'on se place du point du vue du Christ, seul l'amour doit nous guider, pas notre intérêt personnel.

En Christ,
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Boris
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Boris »

Raistlin a écrit :
« Tu sais ma tante, je n’ai aucun plaisir à passer ce dimanche avec toi. Je le fais par devoir. Je le fais parce que je suis une bonne chrétienne. » Que peut répondre la tante ? Fous-moi le camp, en bon français.
Je ne suis pas entièrement d'accord avec vous.
Pour reprendre votre exemple, celui qui suit parfaitement le Christ et qui ira visiter sa tante, ne le fera pas parce qu'il y trouvera également un intérêt ou parce que ça le rendra heureux d'y aller, il le fera parce qu'il aime véritablement sa tante, dans le sens du don total de soi. Ainsi, la question de savoir si cela lui est agréable ou pas ne se posera plus : seul l'amour qu'il porte à sa tante l'animera.
Et surtout pour rester cohérent avec sa démarche, il ne dira pas qu'il éprouve aucun plaisir !

Le raisonnement par de travers à cause de demi-tour dans la démarche de visiter une personne contre son plaisir.
C'est cela le don de soi : s'oublier soi-même pour se donner aux autres.

S'il n'y a pas de plaisir immédiat dans la visite, il y a en un plus tard dans le bonheur d'avoir pu donner du bonheur à cette vieille dame.
C'est la base de la BA ! Relisez vos classiques : Baden Powel - le Livre des Louveteaux.
UdP,
Boris
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Christian »

Bonjour à tous,
Boris:
Le raisonnement par de travers à cause de demi-tour dans la démarche de visiter une personne contre son plaisir.
C'est cela le don de soi : s'oublier soi-même pour se donner aux autres.
Les gens qui ne pratiquent pas « la langue de buis » parlent plutôt d’hypocrisie. L’hypocrite est celui qui manifeste un sentiment qu’il n’éprouve pas parce que « cela fait bien ».

Vous pouvez aussi utiliser l’adjectif de pharisien. C’est plus savant.

Bien sûr, nous commettons de « pieux mensonges » : complimenter l’hôtesse pour sa blanquette de veau indigeste et s’extasier devant le petit laideron de la voisine. On reste alors dans les micro épisodes de la vie quotidienne. Je ne crois pas qu’une saine relation s’accommode longtemps de mensonges.
Boris:
S'il n'y a pas de plaisir immédiat dans la visite, il y a en un plus tard dans le bonheur d'avoir pu donner du bonheur à cette vieille dame.
Oui, ça peut arriver. L’échange que je préconise est alors caractérisé par un paiement différé.
Raistlin:
Pour reprendre votre exemple, celui qui suit parfaitement le Christ et qui ira visiter sa tante, ne le fera pas parce qu'il y trouvera également un intérêt ou parce que ça le rendra heureux d'y aller, il le fera parce qu'il aime véritablement sa tante, dans le sens du don total de soi.
Quelle bizarre opposition ! Pourquoi aimer ne rendrait-il pas heureux ? :?:
Si j’aime quelqu’un, je suis heureux de lui rendre visite. Ça me fait plaisir. Donc le problème est résolu.
Raistlin:
Le Christ ne nous a pas laissé pour commandement d'agir parce que cela nous rendait heureux, il nous a laissé pour commandement d'aimer notre prochain comme nous-même, même lorsque c'est difficile (aimez vos ennemis).
J
J’avoue que je m’aime bien, et cet amour me rend heureux :D (mais ne dit-on pas que l’amour est aveugle ?). J’aurais plus de problèmes d’aimer mes ennemis ; ma bonne fortune est que je n’en ai point. Un ou deux filous ont traversé ma vie, pas mal de raseurs, des flics et des gabelous, je veux bien être jugé pour ne les avoir pas aimés. Je ne les ai pas non plus haïs comme on pourrait le faire de vrais ennemis. Tout juste étaient-ils des nuisances.

J’ai du mal à croire qu’aimer ne rend pas heureux, et donc le commandement du Christ vise bien à faire notre bonheur sur terre. Pourquoi d’ailleurs voudrait-Il nous rendre malheureux ? :?:

S’il peut nous arriver d’être « malheureux en amour », comme on dit, ce n’est pas parce que nous aimons, mais parce que nous ne sommes pas aimés en retour. C’est le déficit d’amour qui cause notre souffrance, pas son excès.

Au fond, le bonheur et l’amour ne sont-ils pas corrélés, chacun renforçant l’autre ?
Raistlin:
Si l'on se place du point du vue du Christ, seul l'amour doit nous guider, pas notre intérêt personnel.
Autre fausse opposition, à mon humble avis. Si chacun cherche le bonheur (the pursuit of happiness, comme dit la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis), et si vous acceptez que l’amour est une condition du bonheur, il est bien dans notre intérêt d’aimer et d'être aimé.

Il me semble que vous risquez d’être infecté par le matérialisme ambiant, qui ne peut penser des concepts comme l’intérêt qu’en termes monétaires. <: :diable: S’il est vrai que les seules relations justes que nous pouvons établir avec autrui sont celles fondées sur le donnant-donnant, ce qui se donne dans la relation n’est pas commensurable. Un simple sourire est souvent la rémunération de nos efforts, et nous nous estimons bien payés. Mais si ce sourire ne venait pas, pourquoi me fatiguerais-je ? Je peux m'épuiser pour l'amour du Christ, si je crois qu'Il me demande cet effort-là précisément. J'éprouve alors l'intense satisfaction de répondre à Son appel. Si cette satisfaction ne me nourrissait pas, ne serait-ce pas le signe que je suis pas dans Son chemin ?

Cordialement

Christian



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Raistlin
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Raistlin »

Cher Christian,

Il faudrait déjà s'entendre sur la définition du bonheur : plaisir maximum et durable ? Paix profonde ? Joie immense ? Faut-il marquer la différence avec des instants de bonheur ?

Ensuite, je ne dis pas que l'amour doit s'opposer au bonheur, bien loin de là. J'affirme par contre que nous devons aimer sans se soucier de savoir si ça nous rendra heureux ou pas. Comme vous le soulignez, il existe des amours qui provoquent de la souffrance. Que doit-on faire dans ces cas-là ? Cesser d'aimer parce qu'on n'est pas heureux ?

Voyez-vous, l'amour idéal, dans ma vision des choses, est don total de soi. Or le don total de soi implique de ne plus se focaliser sur son propre bonheur mais sur celui de l'être aimé. Qu'on en retire aussi de la joie ou du bonheur, je suis d'accord, mais ce n'est pas le but à poursuivre.

Dire que la recherche du bonheur nous conduit à aimer, c'est prendre le problème par le mauvais bout. C'est réduire l'amour à un état émotionnel, ou pire à un simple moyen permettant d'arriver au bonheur, en oubliant au passage que ce qui fait la grandeur de l'Homme à mon sens, ce n'est pas d'être heureux, c'est d'aimer.

Le Christ ne nous veut pas malheureux, j'en conviens. Mais il ne nous veut pas non plus rayonnant de bonheur : il nous veut débordant d'amour. Le reste viendra naturellement SI ça doit venir.
Pour illustrer mes propos, un exemple me vient à l'esprit : celui de la Sainte Vierge qui a dit à Benadette Soubirous qu'elle ne lui promettait pas de la rendre heureuse dans ce monde mais dans l'autre. Et pourtant, Bernadette avait vocation à aimer, comme nous tous...

Cordialement,
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Boris
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Boris »

Raistlin a écrit :Il faudrait déjà s'entendre sur la définition du bonheur : plaisir maximum et durable ? Paix profonde ? Joie immense ? Faut-il marquer la différence avec des instants de bonheur ?
Il me semble que le plaisir est une émotion fugace et instantanée, qui a comme principale caractéristique de ne pas durer.

C'est pour cela qu'appeler "amour" ou "aimer" cette action de suivre son émotion ou son sentiment est une erreur.
Au contraire, l'Amour est un acte de la volonté et de la raison : il faut parfois se forcer car nous ne ressentons pas de sentiment ou d'émotion de plaisir à faire quelque chose par Amour Vrai.

Ainsi, dans l'exemple de la vieille tante, le fait d'aller la visiter sans y prendre plaisir est justement un véritable acte d'Amour Vrai : s'oublier soi-même pour ne chercher que le mieux de l'autre.
Raistlin a écrit :Ensuite, je ne dis pas que l'amour doit s'opposer au bonheur, bien loin de là.
Effectivement l'Amour ne s'oppose pas au bonheur, au contraire les deux vont ensemble.
Par contre, l'Amour Vrai peut s'opposer au plaisir et surtout au plaisir immédiat. Et ce refus du plaisir amène au bonheur.
UdP,
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Christian »

Boris,
Ainsi, dans l'exemple de la vieille tante, le fait d'aller la visiter sans y prendre plaisir est justement un véritable acte d'Amour Vrai : s'oublier soi-même pour ne chercher que le mieux de l'autre.
Je pense, et je le répète, que la marque de l’Amour vrai, et qui le distingue de l’autodestruction stérile, est le bonheur/joie/plaisir/paix qu’il nous apporte.

Bien sûr, il y la nuit, dont s’effraient les mystiques. Bien sûr, il y a les obstacles, et Dieu en sème sur la voie de ceux qu’Il aime, paraît-il. Mais l’aurore suit la nuit et les obstacles sont surmontés. Le sûr signe que nous ne sommes pas dans Ses chemins, à mon avis, est de ne pas rencontrer le bonheur sous toutes ses formes. Encore une fois, Dieu nous voudrait-Il malheureux ?

Il faut chercher le « mieux de l’autre ». Sans doute. Mais deux problèmes : un que vous soulevez, et un que je soulève. Si je n’atteins pas le « mieux de l’autre », s’il reste imperméable, sourd, muré dans sa douleur et son silence, combien de temps faut-il que je souffre moi aussi ? La souffrance est parfois un passage nécessaire, elle n’est jamais, jamais, un but en soi. Je ne pourrais pas appeler Bon, ni même appeler Père, celui qui exigerait une souffrance gratuite.

Et si je ne suis pas heureux moi-même, comment diantre illuminerais-je la vie des autres ? Y compris la vieille tante. Est-ce que mentir est une option viable ? « Le don total », dites-vous ? Qui veut du don d’un raté, amer et maugréant, ou pire, de celui qui s’efforce de feindre une joie qu’il n’éprouve pas ?

Encore une fois, il y le « pieux mensonge » occasionnel (bien des saints le réprouvent). On peut feindre d’aimer. Un petit temps. L’habitude de ce mensonge serait l’hypocrisie et son résultat le malheur des autres et le nôtre.

Christian



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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Christian »

Bonsoir Raistlin,

Par goût de la facilité, j’ai répondu d’abord à Boris, dont l’argumentaire est plus fragile.

Peu importe la définition que nous employons du bonheur, ce que nous entendons sous ce terme, plaisir, paix, joie, sera lié à l’amour, donné et reçu.
je ne dis pas que l'amour doit s'opposer au bonheur, bien loin de là. J'affirme par contre que nous devons aimer sans se soucier de savoir si ça nous rendra heureux ou pas.
Comme chacun sait, l’amour ne se commande pas. Bien des doctes dissertations ont été écrites sur Jn 13, 34, et récemment une belle lettre encyclique de notre Pape « Dieu est amour », à laquelle je vous renvoie.

Tout cela est de belle et bonne facture théologique, et me passe au dessus de la tête. Nous sommes d’accord que l’amour ne s’oppose pas au bonheur, « loin de là ». Mais l’amour est un appel. Il nous surprend et nous saisit. Nous devons et pouvons lui résister s’il est illégitime, preuve non pas qu’il se commande, mais que nous pouvons maîtriser ses effets. Lorsque nous lui cédons, la question n’est pas de savoir « si ça nous rendra heureux ou pas ». Nous le sommes déjà. L’amour est déjà un bonheur. Il faut qu’il soit contrarié pour nous rendre malheureux.
Le Christ ne nous veut pas malheureux, j'en conviens. Mais il ne nous veut pas non plus rayonnant de bonheur : il nous veut débordant d'amour. Le reste viendra naturellement SI ça doit venir.
Jolie formule que j’ai soulignée. Je la fais mienne. Je l’adopte d’autant plus volontiers que si je suis « débordant d’amour », le « reste », comme vous dîtes, viendra. L’amour sera aimé en retour. De cela, je suis sûr. Si j’aime, ne serai-je pas aimé ? De Lui d’abord, du Christ, et parce que l’amour rend aimable, d’autres m’aimeront. Donc je serai heureux, et j’entrerai dans ce cercle vertueux de la contagion du bonheur. Seuls les gens heureux de nous aimer peuvent faire notre bonheur.

Ma seule crainte, c’est même une angoisse, n’est pas d’être privé d’amour, mais de ne pas pouvoir en donner. C’est dans cette seule stérilité que réside le malheur.
la Sainte Vierge qui a dit à Benadette Soubirous qu'elle ne lui promettait pas de la rendre heureuse dans ce monde mais dans l'autre. Et pourtant, Bernadette avait vocation à aimer, comme nous tous...
Je ne mets pas en doute ce que vous dîtes de ce que Bernadette a dit que la Sainte Vierge lui a dit. Je conclus donc que si elle ne fut pas heureuse en ce monde, Bernadette a connu cette traversée de la nuit, dont parlent les mystiques. Rien d’étonnant. Après avoir physiquement rencontré la Sainte Vierge, est-ce que toutes les autres expériences humaines ne semblent pas fades ?

On peut se féliciter qu’il ne nous ait pas été donné de monter aussi haut pour retomber aussi bas.

Cordialement

Christian



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Boris
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Boris »

Démonstration de la nécessaire différence entre Amour et Plaisir : la naissance d'un enfant.

Est-ce un acte d'amour de mettre un enfant au monde ? Oui
Est-ce un plaisir ? Non car il y a de très grandes souffrances physiques, à moins d'être masochiste.

Ensuite vient les premiers jours.
Le plaisir consiste alors à mettre les enfants devant la télévision pour ne pas avoir à les gérer, en donnant de temps en temps (toutes les 4 ou 5 heures) un biberon au dernier né afin de pouvoir vaquer à ses plaisirs.

L'Amour consiste à allaiter (toutes les 2 ou 3 heures) le dernier né afin de lui donné le meilleur aliment possible à son age, une tétée pouvant durer 1 heure au total (change+mis au sein+bébé qui s'endort qu'il faut réveiller ...). Dans le même temps l'Amour Vrai et Gratuit commande de prendre du temps avec les autres enfants car ils n'ont pas à être complètement exclus et interdits de relations avec leur mère.
De tout cela provient un cruel manque de temps pour soi-même, donc une incapacité à prendre du plaisir car en plus la maman n'a que très peu de temps pour se reposer (environs 7 à 9 heures de sommeil réparti en 4 à 5 moments par 24h)

Ce deuxième exemple est exactement ce que fait ma femme qui de ce fait à besoin fort que je la soutienne afin de ne pas craquer jusqu'à ce que le dernier petit bout espace plus ses tétées et fasse ses nuits.
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Christian »

Démonstration de la nécessaire différence entre Amour et Plaisir : la naissance d'un enfant.
Est-ce un acte d'amour de mettre un enfant au monde ? Oui
Est-ce un plaisir ? Non
Je relis les messages sur ce fil et je me demande à qui s’adresse cette démonstration. :?: Personne n’a prétendu qu’amour et plaisir étaient confondus. Nous opposions le plaisir au mensonge, et nous corrélions le bonheur et l'amour. Est-ce un bonheur que de mettre des enfants au monde ? Apparemment, ça l’est pour vous. Et j’en suis ravi.

L’amour vous rend heureux.

Quod erat demonstrandum

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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Boris »

Pour une fois, je lis les messages de Christian qui sont toujours aussi navrant et incohérent :
Christian le 6 Sept. à 16h52 a écrit :Je pense, et je le répète, que la marque de l’Amour vrai, et qui le distingue de l’autodestruction stérile, est le bonheur/joie/plaisir/paix qu’il nous apporte.
Christian le 7 Sept. à 1h58 a écrit :Personne n’a prétendu qu’amour et plaisir étaient confondus.
Alors ? Amour et plaisir, confondus ou non ?
Christian le 6 Sept. à 16h52 a écrit :Je ne pourrais pas appeler Bon, ni même appeler Père, celui qui exigerait une souffrance gratuite.
St Paul 1Co 15,3 a écrit :Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'ai appris moi-même, que le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures;
St Paul Phil 2, 8 a écrit :Le Christ s'est fait pour nous obéissant jusqu'à la mort, et la mort sur une croix
Rappelons que la mort par crucifixion était la mort la plus humiliante possible.
Mt 26, 42 a écrit :Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite!
Donc la volonté de Dieu, appelé Père, est bien de faire boire le Calice jusqu'à la lie et de plus Il l'avait annoncé par les prophètes.
Le Christ a donc offert gratuitement de souffrir pour nous afin que nous soyons rachetés.

Donc en plus de son incohérence, Christian ne sait pas ce que le Christ a fait pour lui et pour nous tous.


Enfin, malgré la référence à "Deus Caritas Est", on voit bien que Christian ne l'a pas lu, sans quoi il ne dirait pas :
Christian le 6 Sept. à 20h06 a écrit :Comme chacun sait, l’amour ne se commande pas.
Il faudra donc qu'il nous explique de quoi parle Pape lorsqu'il parle de l'Amour Agape (donc raisonné et issu de la volonté).

Avec de tels discours, j'imagine que Christian est célibataire, sans quoi il saurait que ce sont les sentiments qui ne se commandent pas (=les plaisirs) et que l'Amour est justement là pour faire opposition aux sentiments et construire une relation fidèle capable de passer par dessus les déplaisirs grâce à la force de la raison et de la volonté.
UdP,
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Raistlin »

Bonjour Christian,
Comme chacun sait, l’amour ne se commande pas.
Je ne peux pas être d'accord avec cette phrase.

Premièrement, parce que le Christ nous a dit d'aimer notre prochain comme nous-même. Si cela ne se "commandait" pas - dans le sens où nous n'aurions aucun contrôle sur l'amour que nous portons aux autres - alors ce commandement n'aurait pas lieu d'être...

Ensuite, et pour l'avoir vécu personnellement, je peux vous garantir que l'amour peut jaillir lorsque nous le voulons et que nous le décidons. Je ne parle évidemment pas de la passion (qui elle ne se contrôle pas, quoique...) mais du don de soi librement consenti. Je lisais récemment dans un livre écrit par une catholique qui relatait son expérience de Dieu, qu'il était possible de rassembler l'amour qu'on porte en soi pour le donner à quelqu'un. Je suis assez d'accord...

En Christ,
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Christian »

Boris,

L’amour ne se commande pas, mais pour vous je vais faire un effort.

Mon propos, illustré au départ par une visite à une vieille tante était, et demeure, celui-ci :

L’altruisme, le « don total », tout ce que nous accomplissons seulement par devoir, par sacrifice, sans en retirer nous-mêmes ou bien un plaisir, ou bien un bonheur, ou bien une joie, ou bien une paix intérieure, bref, si nous n’y trouvons pas une satisfaction, cet altruisme est destructeur. Il pervertit la relation à autrui. Il donne peut-être à celui qui le pratique une « bonne conscience ». Mais il est humiliant et odieux pour celui qui reçoit.

Voilà mon propos. Il n’est pas original. Il vaut la peine de le rappeler.

Et pour une fois, Boris, vous m’approuvez. :fleur:
Christian :
« Tu sais ma tante, je n’ai aucun plaisir à passer ce dimanche avec toi. Je le fais par devoir. Je le fais parce que je suis une bonne chrétienne. » Que peut répondre la tante ? Fous-moi le camp, en bon français.
Boris :
pour rester cohérent avec sa démarche, il ne dira pas qu'il éprouve aucun plaisir !

Pourquoi le visiteur ne dira pas qu’il n’éprouve aucun plaisir ? Parce que ce serait humiliant et odieux pour la personne visitée.

Quod erat demonstrandum. (Merci Boris).

+++

Alors si ce n’est pas le devoir, si ce n’est pas le « don total » qui ne reçoit rien en retour qui doivent guider nos actions, qu’est-ce ?

C’est la recherche humaine, naturelle, bonne, voulue par Celui qui nous a créés tels que nous sommes et qui nous aime, et qui ne nous veut pas malheureux, c’est la recherche du bonheur, de la paix intérieure, du plaisir, de la joie….

Pourquoi cette diversité des satisfactions recherchées ? Parce que les devoirs accomplis et les « dons » distribués sont différents. L’ennui de visiter la vieille tante n’est pas le même coût qu’un accouchement. Le retour qu’on en attend n’est donc pas du même ordre. Comme je l’ai écrit plus haut, un sourire nous dédommage d’un dérangement en faveur de la voisine ; la simple existence de notre enfant est le bonheur que nous attendons des douleurs, des soucis et du poids financier de sa naissance.

Tout ceci est évident. Je me demande seulement pourquoi il faut le cacher derrière un discours doloriste, à la Kant, qui exalte le sacrifice et la souffrance. La Croix, vous me l’accorderez, est un one-off. L’économie divine n’est pas celle des hommes. Nous, ici-bas, avons à suivre l’exemple de l’homme-Jésus. Et je persiste à dire que le signe qu’Il nous donne pour nous indiquer que nous sommes sur la Bonne Voie est la joie, la paix, le bonheur et les plaisirs (au-delà des épreuves) dont Il nous inonde.

Pourquoi ne pas l’admettre ? Pourquoi ne pas avoir la simplicité de reconnaître que nous préférons le bonheur au malheur, et de ressasser ce triste et bêlant discours du « sacrifice » ? Soyons sains, saints et joyeux.

J’arrête là mon prêche.

Christian
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par MB »

Avé

Une fois n'est pas coutume, je n'arrive pas à me résoudre à venir au secours de Christian.

La question du bonheur, de la souffrance, etc. n'a rien à faire ici.

- Lorsqu'on fait le bien, lorsqu'on cherche, de tout son coeur, de se rapprocher de Dieu, rien ne nous dit que cela nous apporte du bonheur. Prenons l'analogie amoureuse : nous aimons une personne, mais nous ne savons si notre amour a rencontré le sien : nous cherchons sans cesse à la voir, la contempler, l'écouter, la découvrir, et chaque seconde nous permettant de le faire nous apporte un bonheur immense. Mais dans le même temps, cette seconde nous rappelle à quel point nous ne sommes pas encore parvenus à nous fondre avec elle - et ce constat nous fait terriblement souffrir.
Avec Dieu, il y a quelque chose de cela : nous l'aimons, nous souhaitons le rejoindre et ne plus le quitter ; et chaque fois que le bien fait resplendir en nous sa lumière, il nous semble nous rapprocher de lui ; mais, dans le même temps, nous ne pouvons échapper à notre condition de pécheur, et cela nous fait mal. Plus on cherche à aimer Dieu, plus on est tenté de désespérer de soi-même. Il faut y résister, mais ce n'est pas facile.

- Il faut donc oublier de parler de bonheur. Personne ne sait ce que c'est. Pensez à des moments pénibles ; à ce moment, vous vous dites : "ah, au moins, il y a deux mois, j'étais heureux". Pourtant, quand on y réfléchit, deux mois avant, vous ne vous posiez pas la question du bonheur, elle n'avait pas lieu d'être. A ce moment-là, si l'on vous avait posé la question "êtes-vous heureux", vous auriez répondu, le plus souvent, "je ne sais pas". Dans un sens, le bonheur, c'est quand on y pense pas. Donc on s'en f...

- De même, lorsque vous faites une BA, la question de savoir si vous en souffrez momentanément ou pas ne doit pas se poser. A la limite même, si vous faites du bien à des gens qui se doutent que cela vous en coûte, ils vous seront reconnaissants d'avoir fait un effort pour eux.
Prenez un exemple : les cartes postales. Il vous est déjà arrivé, dans un moment de déprime, d'en recevoir une de quelqu'un qui était en vacances. Cela vous faisait du bien. Pourquoi ? Parce que, en substance, le message de la carte postale est : "au milieu de ces plages, de ces merveilles, de ces moments inoubliables, eh bien je pense à toi". Or mes amis savent que je déteste écrire des cartes postales : cela m'ennuie à mourir. Pourtant, je fais un effort, et c'est cela qu'ils retiennent quand ils les reçoivent - "tiens, lui qui déteste écrire des cartes postales, il s'est quand même fatigué pour nous dire bonjour".

Je crois que dans un sens, le dolorisme est le symétrique de cette espèce de recherche de bonheur dont parle Christian. Celui qui cherche à se faire du mal pour se prouver qu'il est gentil, fait la même chose que celui qui ne cherche que des choses agréables, mais dans l'autre sens. Les deux solutions sont à rejeter. Je me rappelle aussi que personne en Occident n'a été obsédé par l'objectif du "bonheur" avant le 18ème siècle ; et que les hommes politiques qui, les premiers, ont parlé de bonheur (Saint-Just, "le bonheur est une idée neuve en Europe)"), sont aussi ceux qui ont contribué à semer le cauchemar sur terre. Alors bon...

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Boris
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Re: Sommes-nous libres ?

Message non lu par Boris »

Christian a écrit :Alors si ce n’est pas le devoir, si ce n’est pas le « don total » qui ne reçoit rien en retour qui doivent guider nos actions, qu’est-ce ?
L'Amour de Dieu !
L'Amour que nous avons pour Dieu, et cette Amour s'exprime des manières suivantes :
- en visitant cette vieille Tante car le Christ a dit que si nous visitons les plus petits, alors c'est lui que nous visitons
- en prenant sur nous pour faire la volonté de Dieu, car en faisant cette volonté, nous faisons le Bien et comme le dit le Christ seul Dieu est Bon, donc le Bien ne peut venir que de Dieu. Nosu avons donc laisser Dieu agir par nous pour faire le Bien alors que nos sentiments nous commandaient de ne pas visiter cette vieille Tante.

Mais selon vos message vous semblez ignorant de l'Amour que nous devons porter à Dieu et même de ce qu'est l'Amour.
Vous en êtes au message que véhicule la société qui confond Amour et sentiment/émotion.
Mais l'Amour n'est pas un sentiment. C'est un ensemble d'actes raisonnés et donc voulus par notre volonté à l'encontre si nécessaire de nos sentiments/émotions.
C'est ce que le Pape appelle le contrôle de l'Eros par l'Agape et qu'il enseigne dans la première partie de "Deus Caritas Est". Vous retrouverez exactement le même enseignement dans le premier chapitre de "Aimer en acte et en Vérité" (qui vient d'être ré-éditer pour ceux qui ne l'ont pas encore ...)
UdP,
Boris
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