Je continue sur ma lancée de ce matin.
Non, où voyez-vous que nous sommes éloignés du Christ ?la "Fable des abeilles" de Mandeville, un des précurseurs du libéralisme anglais, ne cherche t-elle pas justement à montrer comment une fois les abeilles moralement irréprochable, la ruche dépérit ? But de la démonstration : affirmer qu'une "vertu" n'est pas forcément dans un comportement que la morale condamne.
Et prenons A Smith, ne suit il pas la même logique, alors que pour lui l'égoïsme est à la source de la prospérité de tous ?
etc. etc. etc.
Conclusion : on est bien loin du Christ.
Mandeville écrit une fable, il force le trait, mais il a entièrement raison de s’insurger contre cette arrogante rectitude morale, le pharisaïsme des protestants de son temps, et contre le dolorisme qui a malheureusement perverti une grande partie des catholiques.
Quoi, on ne pourrait être bon catholique qu’en étant malheureux ? Quelle erreur ! Cette fausse vertu que Mandeville dénonce se manifesterait dans “every Performance, by which Man, contrary to the impulse of Nature, should endeavour the Benefit of others, or the Conquest of his own Passions out of a Rational Ambition of Being good."
Kant aussi reprend cette détestable morale qu’on ne peut faire le bien que par devoir, contre sa nature, et que si on trouve du plaisir ou de l’intérêt à cet exercice, alors, ce n’est plus le bien.
Cet altruisme est détestable. Il est l’instrumentalisation d’autrui pour servir ma « Rational Ambition of Being good »
« Tu sais ma tante, je n’ai aucun plaisir à passer ce dimanche avec toi. Je le fais par devoir. Je le fais parce que je suis une bonne chrétienne. » Que peut répondre la tante ? Fous-moi le camp, en bon français. Vous et moi, et tout le monde, nous voulons entre nous des rapports capitalistes, où les plaisirs sont partagés, où chacun gagne à l’échange. Si tu viens me voir, je veux que ce soit dans ton intérêt, parce que je t’apporte quelque chose. Sinon je ne suis qu’une nouvelle pièce à ajouter dans ton dossier le jour du Jugement dernier. « Toutes ces heures à m’embêter avec les vieux, ça devrait peser dans la balance, non ? ».
A mon avis, oui. Mais du mauvais côté.
Adam Smith a raison. Suivons notre intérêt, qui n’est pas seulement marchand. Soyons passionnés. Rendons les autres heureux, mais parce que nous le sommes nous-mêmes. Laissons travailler l’Esprit sans prétendre connaître mieux que Lui les voies « impénétrables » sur lesquelles Il nous emmène. La fameuse « main invisible » de Smith n’est qu’une manifestation de ce que nous, catholiques, appelons la Providence. Tant que nous respectons le Droit, et donc, ne commettons pas délibérément le mal, nous sommes naturellement conduits à faire le bien.
Tibi
Christian
St Augustin



