Hélène a écrit :On ne peut pas évacuer la sensibilité de l'expression de notre foi
Dommage de partir de travers dès le départ : relisez St Paul qui parle La Foi unique. Nous n'avons qu'un seul Credo (certes sous 3 formulations).
Lorsque je parle de "l'expression de la Foi" pour reprendre la citation qui ouvre ce fil, je fais un clin d'oeuil pour dire ce que St Benoît appelle "Oeuvre de Dieu" et le commun des mortels "Liturgie".
Cette formulation est reprise d'un document des Evêques en France, lettre qu'ils sont signés contre le dernier motu proprio avant sa parution.
De même que l'esprit de la citation : ces mêmes Evêques ont eux-même dit que la sensibilité n'a pas sa place dans la Liturgie. Même s'ils pratiquent l'opposé.
Hélène a écrit :il faut reconnaître à l'autre le droit d'exprimer sa foi avec tout son être sensible.
C'est une évidence, c'est enfoncé une porte ouverte, mais attention à ne pas trébucher. La Liturgie prévoit par elle-même l'usage des 5 sens. Il suffit donc de respecter la Liturgie pour que la sensibilité soit présente et nous touche.
Là où on peut trébucher, c'est lorsque l'on fait l'inverse, par manque de confiance en Dieu et en l'Eglise, on invente des signes. La responsable Liturgique va inventer un truc niais qui la touche elle, mais pas tout le monde.
Est-ce cela la Liturgie ?
Evidemment non !
Par contre, pour exprimer la Foi, il n'y a pas que la Liturgie. Alors en dehors de la Liturgie, effectivement on peut exprimer sa propre sensibilité : cela s'appelle la prière personnelle ou prière privée d'un groupe.
Hélène a écrit :Il faut bien sûr que cette sensibilité soit orientée et maîtrisée.
Vous citez St Jean de la Croix, on peut aussi citer Benoît XVI dans "Deus Caritas Est" qui montre comment le sensible doit être soumis à la raison.
Hélène a écrit :Nous sommes des êtres de désirs, notre âme est composée des ces principales facultés : intelligence, volonté, mémoire, imagination et affectivité.
C'est bien le drame de l'époque actuelle : l'affectivité est le propre de la Femme. Or depuis les années 70, la société s'est féminisée au point d'abolir le pseudo-modèle patriarcale au profit du modèle matriarcale.
Les hommes cherchent de plus en plus à être coquets et à suivre les dernières modes : ainsi ils deviennent autant consommateurs que les femmes.
Ce coté consommation était le propre de la femme (je ne juge pas, j'expose un fait) et la société ne vivant que pour et par l'argent a voulu que l'homme en fasse autant. Et elle y parvient.
C'est également le mythe de l'identité homme/femme : tout ce que l'un peut faire, l'autre doit pouvoir le faire. Qu'importe la nature.
Enfin, le pire, tout ce vaut.
Ainsi, à partir de ces idéologies Illuministes développées depuis les années 50-70, la liturgie devient l'égale de la prière privée, ce qui est important dans la Liturgie passe au second plan car cela va nettement à l'encontre de l'idée générale de consommation.
Il faut suivre des modes ... temporelles.
Or la Liturgie est intemporelle.
Si on reprend l'ordo Missae, la structure est inchangée depuis des siècles et des siècles. Les chants sont les mêmes depuis le VIIIe ou IXe siècle. Certaines prières existent depuis plus longtemps encore.
Malgré l'ancienneté de tout cela, c'est toujours là, à la même place. Et pourtant les modes sont passées sans jamais durer.
Car au fond de tout cela, la sensibilité n'a jamais été recherchée. Si les gens ont perçu quelque chose de sensible, ce n'est qu'une conséquence.
C'est diamétralement opposé à ce que l'on subit dans les églises paroissiales (tout au moins en France).
Dans ces paroisses, on va mettre une batterie pour "toucher" des jeunes (tant pis pour les moins jeunes et les franchement vieux).
On va inventer un décor qui va masquer l'Autel. Effectivement l'Autel, comme chacun sait, n'est qu'une vulgaire table qui ne représente rien (et encore moins le Christ Pierre angulaire rejetée par les bâtisseurs), et que le décor complètement dérivé de la dernière mode lancée par les éditions Bayard est bien plus important pour "toucher" telle ou telle population, excluant par là toutes les autres populations.
Hélène a écrit :Aussi, cette diversité de sensibilités s'exprime bien dans la façon dont la femme peut exprimer sa foi et son amour et celle que l'homme peut exprimer à sa façon et qui est différente. C'est ce qui fait la complémentarité : l'oreille ne peut pas dire à la main "je n'ai pas besoin de toi"...
Et voilà donc ma conclusion : la Liturgie n'est pas l'expression des sensibilités mais le lieu de l'expression de la Foi unique en Dieu.
Ainsi, suivre une sensibilité plutôt qu'une autre, c'est privilégié une communauté et exclure les autres.
Est-ce vraiment cela "faire Eglise" ? NON !
Par contre, mourir pour vivre, autrement dit s'oublier soi-même pour permettre à l'Eglise d'être mystiquement présente dans la prière Liturgique, voilà la réalité des choses.
Doctrina et Exemplo, S.S. le Pape Paul VI a écrit :Comme acte public de l'Église, le culte liturgique est nécessairement hiérarchique et, par conséquent, soumis aux prescriptions de l'Autorité compétente. Il s'en suit que la désobéissance aux prescriptions de la loi, résultant de préférences personnelles, altère la nature de l'acte qui n'est plus liturgique ; ce n'est plus le culte de l'Église, mais la prière privée d'un individu ou d'une faction.
Livres d'Heures d'Encalcat, S.E. Jules Géraud Cardinal Saliège a écrit :L'Office, prière officielle, prière communautaire qui nous rassemble tous. Ce n'est plus nous ui prions, c'est l'Eglise qui prie en nous et par nous. Sancta Mater Ecclesia. Notre Sainte Mère l'Eglise. Même isolé, l'Office est une prière communautaire, une prière unitive. Il faut aller jusque là pour en voir le sens profond et la valeur sanctifiante.
Comment puis-je laisser l'Eglise prier en moi et par moi si je préfère ma sensibilité plutôt que l'humble obéissance aux normes et le dépouillement de sensibilité ?
Enfin grâce à la sensibilité, la Liturgie a perdu tout le sens du sacré et de la dignité depuis 40 ans !