Christianisme et écologie

Biodiversité - Ressources naturelles - Changement climatique - Condition animale
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Christophe
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Christianisme et écologie

Message non lu par Christophe »

Bonsoir

Qui étudie la question de la conception chrétienne de l'écologie se rend très vite compte qu'elle est toute entière contenue dans le livre de la Genèse, et en particulier dans le verset Gn 1.28. Toute réflexion chrétienne de l'écologie consiste pratiquement à faire une exégèse de ce texte.

Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » (Gn 1.28)

Pax
Christophe
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Christophe
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Environnement et Responsabilité chrétienne dans le Magistère

Message non lu par Christophe »

Vous avez raison, Guillaume, l'ambigüité de ce terme a motivé bien des incompréhensions et des accusations à l'égard de la tradition écologique judéo-chrétienne.

L'interprétation authentique de l'Ecriture Sainte appartient - comme vous le savez - à l'Église qui, par son Magistère, lève complètement l'équivocité du terme utilisé. Je vous renvoi en particulier au dixième chapitre (intitulé "Sauvegarder l'environnement") du CDSE : §451 à 487.

Dieu a confié à l'humanité une seigneurie sur la nature, mais comme tout pouvoir, il est soumis à la loi morale. Cette seigneurie exercée sur la nature n'a pas pour modalité une surexploitation destructrice de la nature, mais se propose de "cultiver" la Terre comme un jardin et un habitat : cette domination doit se faire "en responsabilité".

Bien à vous
Christophe
Commission Pontificale Justice & Paix a écrit :451 L'expérience vive de la présence divine dans l'histoire est le fondement de la foi du peuple de Dieu: « Nous étions esclaves de Pharaon en Égypte et le Seigneur nous a fait sortir d'Égypte par sa main puissante » (Dt 6, 21). La réflexion sur l'histoire permet de résumer le passé et de découvrir l'œuvre de Dieu jusque dans ses propres racines: « Mon père était un Araméen errant » (Dt 26, 5); un Dieu qui peut dire à son peuple: « Je pris votre père Abraham d'au-delà du Fleuve » (Jos 24, 3). C'est une réflexion qui permet de se tourner avec confiance vers l'avenir, grâce à la promesse et à l'alliance que Dieu renouvelle continuellement.

La foi d'Israël vit dans le temps et dans l'espace de ce monde, perçu non pas comme un milieu hostile ou comme un mal dont il faut se libérer, mais plutôt comme le don même de Dieu, le lieu et le projet qu'il confie à la conduite responsable et au travail de l'homme. La nature, œuvre de l'action créatrice divine, n'est pas une concurrente dangereuse. Dieu, qui a fait toutes choses, pour chacune d'elle « vit que cela était bon » (Gn 1, 4.10.12.18. 21.25). Au sommet de sa création, comme quelque chose de « très bon » (Gn 1, 31), le Créateur place l'homme. Seuls l'homme et la femme, parmi toutes les créatures, ont été voulus par Dieu « à son image » (Gn 1, 27): c'est à eux que le Seigneur confie la responsabilité de toute la création, la tâche de prendre soin de son harmonie et de son développement (cf. Gn 1, 26-30). Le lien spécial du couple humain avec Dieu explique sa position privilégiée dans l'ordre de la création.

452 La relation de l'homme avec le monde est un élément constitutif de l'identité humaine. Il s'agit d'une relation qui naît comme fruit du rapport, encore plus profond, de l'homme avec Dieu. Le Seigneur a voulu que la personne humaine soit son interlocutrice: ce n'est que dans le dialogue avec Dieu que la créature humaine trouve sa propre vérité, dont il tire inspiration et normes pour projeter le futur du monde, un jardin que Dieu lui a donné à cultiver et à garder (cf. Gn 2, 15). Même le péché n'élimine pas cette tâche, bien que grevant de douleur et de souffrance la noblesse du travail (cf. Gn 3, 17-19).

La création est toujours objet de la louange dans la prière d'Israël: « Que tes œuvres sont grandes, Seigneur! Tu les fis toutes avec sagesse » (Ps 104, 24). Le salut est compris comme une nouvelle création, qui rétablit l'harmonie et la potentialité de croissance que le péché a compromis: « Je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle » (Is 65, 17) — dit le Seigneur — pour « que le désert devienne un verger (...) et la justice habitera le verger. (...) Mon peuple habitera dans un séjour de paix » (Is 32, 15-18).

[...]

456 La vision biblique inspire les comportements des chrétiens en ce qui concerne l'utilisation de la terre, ainsi que le développement de la science et de la technique. Le Concile Vatican II affirme: « Participant à la lumière de l'intelligence divine, l'homme a raison de penser que, par sa propre intelligence, il dépasse l'univers des choses ». Les Pères conciliaires reconnaissent les progrès accomplis grâce à l'application inlassable, au long des siècles, du génie humain dans les sciences empiriques, dans les arts techniques et dans les disciplines libérales. « Aujourd'hui, aidé par la science et la technique, l'homme a étendu sa maîtrise sur presque toute la nature, et il ne cesse de l'étendre ».

Puisque l'homme, « créé à l'image de Dieu, a en effet reçu la mission de soumettre la terre et tout ce qu'elle contient, de gouverner le cosmos en sainteté et justice et, en reconnaissant Dieu comme Créateur de toutes choses, de Lui référer son être ainsi que l'univers: en sorte que, tout étant soumis à l'homme, le nom même de Dieu soit glorifié par toute la terre », le Concile enseigne que « l'activité humaine, individuelle et collective, ce gigantesque effort par lequel les hommes, tout au long des siècles, s'acharnent à améliorer leurs conditions de vie, correspond au dessein de Dieu ».

[..]

461 Le message biblique et le Magistère ecclésial constituent les points de référence essentiels pour évaluer les problèmes qui se posent dans les rapports entre l'homme et l'environnement.969 Aux origines de ces problèmes, on peut percevoir la prétention de l'homme à exercer une domination inconditionnée sur les choses; un homme peu soucieux des considérations d'ordre moral qui doivent pourtant caractériser toute activité humaine.

La tendance à l'exploitation « inconsidérée » des ressources de la création est le résultat d'un long processus historique et culturel: « L'époque moderne a enregistré une capacité croissante de l'homme à intervenir pour transformer. L'aspect de conquête et d'exploitation des ressources est devenu prédominant et envahissant, et il est même parvenu aujourd'hui à menacer la capacité hospitalière de l'environnement: l'environnement comme “ressource” risque de menacer l'environnement comme “maison”. À cause des puissants moyens de transformation offerts par la civilisation technologique, il semble parfois que l'équilibre homme- environnement ait atteint un seuil critique ».
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Wistiti
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par Wistiti »

L'occident montre une haine envers lui-même, qui paraît étrange et peut être considérée uniquement comme un phénomène pathologique. L'occident ne s'aime plus, dans son histoire il voit uniquement ce qui est blâmable et destructif, il n'est plus capable de reconnaître ce qui est grand et pur.
(Benoit XVI)
christianc
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par christianc »

Bonjour

Ce sujet m'intéresse et j'ai trouvé un site (en français ce qui ne gâte rien :clap: )
Consacré entièrement à ce sujet.. C'est une trame mais je crois que si vous avez des sources chrétiennes inédites à ce sujet,l'auteur serait heureux de les prendre.

http://ecologiechretienne.free.fr/

Un avant goût ?



ÉCOLOGIE


Les écrits et déclarations officiels de l'Eglise

> BIBLE :

* Psaume 18
* Psaume 103
* Psaume 148
* Le cantique des trois enfants dans la fournaise

> PAPES :

* ------- Benoît XVI : Première Journée de la sauvegarde de la création en Italie (27 août 2006)

------- Jean-Paul II :
* Message à l'occasion du V symposium sur l'environnement (27 mai 2003)
* Déclaration de Venise - 10 juin 2002 - Jean-Paul II & Bartholomaios I
* Homélie à Zamosc (12 juin 1999)
* Discours aux membres de l'Académie Pontificale des Sciences (12 mars 1999)
* Lettre encyclique CENTESIMUS ANNUS (extraits 37 & 38)
* Message pour la 23ème journée mondiale de la paix (1er janvier 1990)
* encyclique Sollicitudo rei socialis - extraits (30 décembre 1987)

------- Paul VI :
* Lettre apostolique du 14 Mai 1971 sur les questions sociales (extraits 21 & 25)
* Lettre encyclique POPULORUM PROGRESSIO - extrait 22 (26 mars 1967)
* Constitution pastorale GAUDIUM ET SPES - extrait 69 (7 décembre 1965)

> CATECHISME :

* Catéchisme de l'Église Catholique : Le respect de l’intégrité de la création
* Catéchisme abrégé de l'Église Catholique (compendium)

> DIVERS :

* Le cantique des créatures (saint François d'Assise)
* Le sermon aux oiseaux (saint François d'Assise)


LA CRÉATION :

* la paix avec Dieu créateur - la paix avec toute la création (1er janvier 1990)

L' HOMME

L' ANIMAL




AU SERVICE DE LA CITÉ

* la charité politique - encyclique Deus Caritas est
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Christophe
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Christianisme, Ecologie et Démographie

Message non lu par Christophe »

Ce qui me plaît dans la perspective chrétienne de l'écologie, et qui ressort bien de la citation fondatrice du livre de la Génèse que j'ai reproduite supra, c'est qu'il s'agit avant tout d'une écologie humaine, qui place l'homme et l'humanité au coeur de la vision écologique.

C'est souvent oublié par les chrétiens eux-mêmes, mais l'écologie chrétienne n'est pas un "environnementalisme" : la démographie de la population humaine fait clairement partie de la problématique écologique chrétienne : "Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre..."

En ce sens, la "culture de vie" prônée par l'Église est une culture "écologique" et la "culture de mort" dénoncée par l'Église une culture "anti-écologique"...

PaX
Christophe
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Hélène
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par Hélène »

Deux petites vidéos du père Verlinde concernant l'écologie chrétienne :

:arrow: http://www.parresia.fr/La-conscience-ecologique.html

:arrow: http://www.final-age.net/Lynn-White-et-la-mise-en.html

Union de prière,
Hélène
"Le Père n'a dit qu'une seule Parole, c'est son Fils et, dans un éternel silence, il la prononce toujours". (Saint Jean de la Croix)
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LumendeLumine
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par LumendeLumine »

Mais l'écologie est fondamentalement une préoccupation humaine. Le but ultime de tout ce qu'on peut et doit entreprendre pour sauvegarder l'équilibre environnemental, c'est la survie de la civilisation humaine. Ce n'est pas une fin en soi de sauver quelque espèce animale ou végétale que ce soit; quand même bien on créerait le pire cataclysme dont nous soyons capables à l'aide de bombes atomiques, et que cela entraînerait la disparition rapide de la majorité des espèces, du point de vue de l'évolution, de la vie en générale, ce ne serait qu'un accident de parcours parmi d'autres. De nouvelles espèces naîtraient et bientôt un nouvel équilibre prendrait place; un équilibre dans lequel l'homme serait cependant absent, ou réduit à quoi? Voilà ce qui nous inquiète.

Voilà aussi ce qui doit déterminer nos priorités en matière d'environnement. Cela m'inquiète moins de voir que telles espèces sont en voie de disparition, que de constater qu'il y a un réchauffement climatique qui menace la survie même de toute civilisation. Bien sûr, tout cela se tient; mais si on ne sait pas pourquoi on agit, on perdra notre temps. Il ne sert pas à grand-chose d'essayer de conserver à tout prix quelques derniers spécimen de tel tigre ou tel poisson, tandis qu'il est primordial de remplacer les hydrocarbures par des sources d'énergies propres, et la voiture qui gaspille l'essence par une voiture qui en consomme peu ou pas, ce qui est tout à fait possible actuellement. La Smart est une magnifique initiative, ainsi que les hybrides de Toyota. Au Québec on a découvert la Quasiturbine, qui remplacerait avantageusement les moteurs à essence actuels. L'éolien n'est pas forcément souhaitable ou même possible n'importe où, mais les réacteurs nucléaires de IVe génération sont extrêmement prometteurs.

Je ne suis pas sûr de voir en quoi la démographie rejoint l'écologie, comme vous le suggérez, Christophe. En tout cas il est trop tôt pour parler de problème de surpopulation sur la terre; ce qui est en cause c'est la mauvaise gestion des ressource, pas le nombre des êtres humains. Mais à très long terme, il faudra peut-être un jour poser la question.
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Christophe
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par Christophe »

Salut LumendeLumine
LumendeLumine a écrit :Mais l'écologie est fondamentalement une préoccupation humaine. Le but ultime de tout ce qu'on peut et doit entreprendre pour sauvegarder l'équilibre environnemental, c'est la survie de la civilisation humaine. Ce n'est pas une fin en soi de sauver quelque espèce animale ou végétale que ce soit; quand même bien on créerait le pire cataclysme dont nous soyons capables à l'aide de bombes atomiques, et que cela entraînerait la disparition rapide de la majorité des espèces, du point de vue de l'évolution, de la vie en générale, ce ne serait qu'un accident de parcours parmi d'autres. De nouvelles espèces naîtraient et bientôt un nouvel équilibre prendrait place; un équilibre dans lequel l'homme serait cependant absent, ou réduit à quoi? Voilà ce qui nous inquiète.
Que l'écologie soit fondamentalement une préoccupation humaine, certes. Dieu a crée la Création et l'a confiée à l'homme. Mais Dieu estime que Sa Création est bonne. Et si le but de l'écologie politique est de maintenir un environnement favorable à l'existence humaine, cela passe nécessairement par le maintien de l'équilibre écologique voulu par Dieu pour l'homme. Sinon, cela revient à jouer les apprentis sorciers, comme modifier le génome sous prétexte d'améliorer la condition humaine alors que les conséquences à terme en sont parfaitement inconnues. A un athée ou à un agnostique, je parlerai de principe de précaution ; à un chrétien je parle de respect de la Création de Dieu, le jardin que Dieu a crée à notre intention.
Voilà aussi ce qui doit déterminer nos priorités en matière d'environnement. Cela m'inquiète moins de voir que telles espèces sont en voie de disparition, que de constater qu'il y a un réchauffement climatique qui menace la survie même de toute civilisation. Bien sûr, tout cela se tient; mais si on ne sait pas pourquoi on agit, on perdra notre temps.
La disparition d'espèces est susceptible de bouleverser un écosystème. Effectivement, l'équilibre étant rompu, un nouvel équilibre va se mettre en place. Mais qui peut dire quelle sera la place de l'homme dans ce nouvel équilibre ? Car il ne s'agit pas seulement de simple survie, il s'agit de conditions de vie.
Il ne sert pas à grand-chose d'essayer de conserver à tout prix quelques derniers spécimen de tel tigre ou tel poisson, tandis qu'il est primordial de remplacer les hydrocarbures par des sources d'énergies propres, et la voiture qui gaspille l'essence par une voiture qui en consomme peu ou pas, ce qui est tout à fait possible actuellement.
La préservation de la diversité biologique et des écosystèmes ne consiste pas à "collectionner" quelques spécimens dans des parcs zoologiques ni à séquencer leur ADN dans des "génothèques". Cela, c'est le stade ultime lorsque le "point de non-retour" a été largement dépassé.
Concernant l'utilisation d'énergies fossiles, il y a deux problèmes à prendre en compte : leur épuisement progressif, et leur impact sur la qualité de l'environnement (en particulier leur rôle présumé dans le réchauffement climatique). Il est certain que le réchauffement du climat est un problème d'une importance capitale si les experts voient juste.
La Smart est une magnifique initiative, ainsi que les hybrides de Toyota. Au Québec on a découvert la Quasiturbine, qui remplacerait avantageusement les moteurs à essence actuels.
Vous l'avez écrit il est "tout à fait possible actuellement de remplacer la voiture qui voiture qui gaspille l'essence par une voiture qui en consomme peu ou pas". C'est tout à fait possible techniquement, mais ce n'est pas - à une échelle micro-économique - économiquement rationnel. Or, comme chacun sait, l'argent gouverne le monde. Pour sortir de l'utopie et passer dans le réel, ces solutions vertes doivent devenir économiquement concurrentielles et pour cela, pas de secret : il faut que le coût environnemental soit intégré au coût économique. Plusieurs solutions permettent de mettre cela en oeuvre, mais une "éco-taxe" consistant à taxer les source d'énergie à hauteur de leur coût environnemental (évalué par le coût économique de la dépollution) me semble la solution la plus logique.
L'éolien n'est pas forcément souhaitable ou même possible n'importe où, mais les réacteurs nucléaires de IVe génération sont extrêmement prometteurs.
D'accord avec vous sur l'orientation nucléaire. Mais je suis également favorable à la diversification énergétique. L'éolien, le solaire, et toutes les sources d'énergie (y compris les hydro-carbures) présentent des avantages particuliers. Un chalet en haute montagne ou une station orbitale ne peuvent pas, par exemple, être approvisionnés en énergie nucléaire.
Je ne suis pas sûr de voir en quoi la démographie rejoint l'écologie, comme vous le suggérez, Christophe. En tout cas il est trop tôt pour parler de problème de surpopulation sur la terre; ce qui est en cause c'est la mauvaise gestion des ressource, pas le nombre des êtres humains. Mais à très long terme, il faudra peut-être un jour poser la question.
Vous faites de l'écologie "une préoccupation humaine" et lui assignez comme but la "survie de la civilisation humaine". Et bien permettez moi de vous dire qu'assurer la survie de la civilisation humaine, ce n'est pas construire des abris anti-atomiques pour sauver la peau d'une poignée de "rescapés" qui auront eu le privilège de figurer sur la liste blanche du Pentagone. Cela est l'équivalent humain des zoos animaliers.
Faire de l'écologie "une préoccupation humaine" (ce qu'elle est), c'est assurer, en terme d'environnement, les conditions de vie favorables au développement qualitatif et quantitatif de l'humanité comme espèce. Développement quantitatif : croître et multiplier nous dit la Bible. Vous voyez, la conception chrétienne de l'écologie se situe précisément à l'opposé des intentions néo-malthusiennes que vous lui prêtez.

Bien à vous
Christophe
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Serge BS
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par Serge BS »

Face aux critiques faites au Christianisme, et plus particulièrement au Catholicisme, en matière d’environnement, qu'en est-il vraiment ? Et si le message divin des Écritures et de la Révélation avait été trahi ? Et s'il avait été détourné de son sens pour justifier, parfois même au nom de Dieu -suprême ironie-, les atteintes à l'environnement et à l'homme ? Il est donc utile de rappeler ce qu’est véritablement ce message, de préciser sa portée environnementale et de relire les grands principes régissant les politiques de l'environnement à la lumière de la nomos (de la Loi) et de la Révélation chrétienne. N’oublions pas que dans le cadre de la Révélation, Dieu a quelque chose à dire aux hommes. Pour ce faire, il s'est révélé à eux en s'incarnant en Jésus-Christ. Dieu se montrant aux hommes -et s'adressant directement à eux-, la Révélation est donc, dans sa manifestation humaine, vérité vivante et absolue, car divine non pas en essence, mais en principe même ! N’oublions pas que la Révélation est pour le chrétien une vérité absolue, mais vivante. Dieu avait, a quelque chose à dire aux hommes, et il s'est révélé à eux en s'incarnant en son Fils Jésus-Christ ! Or trop, y compris parmi les chrétiens, l’oublient !

Il est nécessaire au chrétien de penser l'environnement à l'aune de l'Alliance -tant ancienne(s) que Nouvelle- et des quatre grands fondements du Christianisme que sont l'Amour, la Foi, l'Espérance et la Charité.

Souvenons-nous aussi, avant d’aller plus loin, que l’environnement est ambivalent, à la fois problème et sensation, et, s'il ne peut être conçu que comme la couleur que la société cherche un jour à donner aux activités humaines (D. Dron, Environnement et choix politiques, Flammarion,Paris, coll. Dominos, 1995, page 6), ou que comme un fait de nature, il est indéniable que ces deux caractères sont autant d'éléments fondamentaux de sa définition. Dans un cas, l’environnement est perçu comme un constat subit, dans l’autre comme une finalité… Il n’est cepdnant ni qu’une sensation, ni qu’une mystique, ni que de la matière ! L'environnement est fondamental, mais il est aussi ambiguë; il est donc nécessaire de le définir. Comme le rappelle le Doyen Prieur, l'environnement est composé de l'ensemble des conditions de vie de l'homme tels qu'ils sont ou tels qu'ils sont ressentis" (M. Prieur, Droit de l'environnement, Dalloz, Paris, 2ème éd., 1991, page 3). L'environnement est donc centré sur l'homme, d’où la démonstration du lien à la démographie sur lequel certains s’interrogeaient, mais il est aussi variable selon sociétés, les cultures, les morales et les époques. La notion d'environnement est donc une fonction ambivalente puisque à la fois objective -un milieu, un cadre de vie, ...- et subjective - des sentiments, des perceptions des conditions de vie...-. La fonction environnement peut donc être quantifiée par la formule E = f(dV, B, M), soit la combinaison de la perception des données de la vie du groupe biologique humain (dV), de l'espace bâti (B) et du milieu ambiant (M); elle est donc différente de la fonction nature qui peut être résumée par la fonction N = f(dV, dG, M), la vie des autres groupes biologiques (dG) se substituant à l'espace bâti (B).

L'environnement est donc une fonction principalement humaine car intégrant des éléments de subjectivitéliés à la conscience du groupe biologique dominant et de son organisation interne, et ce à la différence de l'écologie qui exclue a priori l’homme en tant qu'élément fondamental de l'espace puisque correspondant à l'étude des êtres vivants quels qu'ils soient en fonction du milieu naturel où ils vivent et des rapports qui s'établissent entre ces organismes et le milieu. Les notions d’environnement et d'écologie sont ainsi des notions proches mais néanmoins basées sur des postulats différents, en particulier en ce qui concerne la place de l'homme dans le cadre de l'interrelation des êtres vivants et de leurs rapports aux milieux : l'écologie est une science, l'environnement la combinaison de faits et de sensations.

Pour en revenir au Christianisme, la logique de développement soutenable, ce lien entre environnement et développement est par nature même principe chrétien comme l'avait d'ailleurs rappelé le Pape Jean-Paul II, en particulier dans sa lettre encyclique Centesimus Annus. Il est en effet faux d'affirmer comme trop de personnes à la suite de la critique de Lynn White jr que la sauvegarde de l'environnement passe par un rejet de la version occidentale du Christianisme et que le christianisme, en contraste absolu vis-à-vis des anciens paradigmes et des religions asiatiques, non seulement a instauré un dualisme entre la nature et l'homme, tout en insistant sur le fait que ce serait la volonté de Dieu que l’homme exploite la nature à ses propres fins… (L. White, "The historical roots of our ecological crisis, in : Science, n° 3767, 10 mars 1967, pp. 1203-1207, publication de la communication faite le 26 décembre 1966 à l'American Association for the Advancement of Science) ; non seulement de telles assertions, trop souvent reprises, sont mensongères, mais elles traduisent de plus une réelle incompréhension et une méconnaissance certaine du message du Christ.

Le Christianisme n'a en effet jamais élevé en dogme la supériorité absolue de l'homme sur la nature, ce qui est contraire aux idées même d'Alliance et d'Amour du prochain, et ce même si l'homme a été créé à l'image de Dieu et même s'il a reçu pour mission de soumettre la Terre. D'ailleurs, Lynn White lui-même était obligé de faire référence à Saint François d'Assise, et d'admettre -même si ses commentaires sont faux- que l'idée développée par ce Saint fondamental du catholicisme est porteuse d'avenir par la vision proposée de la relation entre l'homme et la nature. C'est ce que rappelait le Père Bernard Przewozny, directeur du Centre franciscain d'étude de l'environnement de Rome, lorsqu'il écrivait en 1990 :

"Comme de nombreux auteurs l'ont démontré, la recherche d'un modèle alternatif du rapport de l'homme à son environnement est inspirée par une démarche peu honnête. Dans le cas de White, Toynbee, et d'autres, ce modèle est basé sur l'animisme primitif. Cette démarche est peu honnête car elle attribue la responsabilité du désastre écologique non seulement à la judéo-chrétienne, mais au monothéisme " (B. J. Przewozny, La dimensione culturale ed etica della crisi ambientale, in : Volto della Terra, volto di Dio, Quaderni di Città di Vita, Firenze, 1990, page 29).

Jean-Paul II lui-même n'avait-il pas écrit :

"L'homme saisi par désir d'avoir et de jouir plus que par celui d'être et de croîtreconsomme d'une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et de sa vie même. À l'origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique… L'homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s'accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre... Au lieu de son rôle de collaborateur de Dieu dans l'œuvre de la création, l'homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui.... En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain... Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté " (Centesimus Annus, Cerf, Paris, 1991, pp. 76-78) ?

Ce n'est donc pas la soumission des hommes à Dieu qui est la cause de la dégradation de l'environnement, mais justement l'oubli par ces mêmes hommes de Dieu, donc l'oubli par les hommes modernes du sens de transcendance de Dieu par rapport à l'homme, mais aussi de l'homme par rapport au reste de la Création divine (cf. Luyckx (M.), Les religions face à la science et la technologie. Églises et éthiques après Prométhée, Commission des Communautés européennes, Bruxelles, novembre 1991). C'est l'idée que voulait faire passer Jean-Paul II dans son Message pour la Paix du 1er janvier 1990 lorsqu'il parlait de la nécessité d'un univers en harmonie, d'un vrai cosmos pourvu d'une intégrité propre et d'un équilibre interne dynamique (La Documentation Catholique, n° 1997, 7 janvier 1990, page 10). Ces mots de Jean-Paul II sont en fait la clé de lecture de tout ce document, ils en sont le thème central, car imposant une réflexion vraie sur la liberté, sur l'éthique et surtout sur le rôle de l'homme dans la Création.

La doctrine théologique de la transcendance se trouve en fait au centre de toute la conception chrétienne de l'environnement, puisqu'au cœur de la question de la Création; en effet, Dieu n'est pas dans le monde comme un principe vital animant tous les êtres vivants, mais comme créateur et maître de l'univers. De plus, la transcendance, relation personnelle avec Dieu, traduit le mouvement par lequel la conscience vise l'objet qui, tout en étant en corrélation avec ses actes, lui est radicalement extérieur, ce qu'est Dieu, d'où les principes de grâce et de révélation.

D'autres que Lynn White jr ont attaqué le christianisme et l'ont accusé de tous les maux. Ainsi, le cardinal Ratzinger, bref Benoît XVI, avait-il déploré que le Club de Rome ait développé une critique du christianisme qui serait la racine de cette civilisation du pillage (J. Ratzinger, Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, Fayard, Paris, 1986, page 43), alors que Drewermann a repris ces accusations en affirmant : " Pour le dire en termes très tranchants : la religion désertique de l'Ancien Testament, élevée par christianisme au rang de message d'une Église universelle, pourrait en effet désertifier le monde entier " (Le progrès meurtrier, Stock, Paris, 1993, page 136)... Mais là encore, ils relèvent plus une ignorance totale ou malveillante du message chrétien que d'une lecture critique, raisonnée et sensée du même message.

Maintenant, pour ce qui est plus strictement de la sauvegarde de la nature, de ce que je préfère appeler, tant cela impose de responsabilités, de la sauvegarde de la Création, souvenons-nous que, dès l'origine des temps, Dieu a donné la terre à l'homme, pour qu'il la soumette , mais non pour qu'il la détruise....

"Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la ; .... " (Gn 1, 28)

Ce qui précède doit se lire dans l'esprit même de la Création puisque Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa (Gn 1, 27 ; 5, 2. Par ces mots, Dieu a posé le statut de l'homme; par ces mots, Dieu a posé l'équilibre entre ce statut de l'homme et celui de la Création : l'homme est à l'image de Dieu et le rapport de l'homme à Dieu est unique, propre à l'homme, couronnement de la Création. Par delà même sa Création (Gn 1, 27), Dieu a donc placé l'homme au sommet de cette même Création (Gn 1, 28). L'homme a ainsi pour mission de poursuivre la Création, mais pas n'importe comment : avec conscience et responsabilité.... Tout acte de l'homme, toute action humaine doit donc se lire à l'aune de ces mots, à l'aune de ce statut splendide et difficile. Soumission, servitude ne doivent cependant pas s'interpréter dans le sens péjoratif d'esclavage, de domination, mais plutôt dans celui de continuation de l’œuvre de Dieu, donc de préservation des espèces – d’où la biodiversité qui n’est pas un "zoo des espèces disparues" mais une fin de l’homme -, de progrès dans les conditions de vie, mais aussi de sauvegarde de labeauté du monde, bref de la Création; continuateur et gardien de la Création, l'homme ne doit donc pas détruire, la destruction étant antinomique à la Création Dieu a soumis les êtres animés à l'homme, pour qu'il les domine, non pas pour qu'il les détruise, l'Alliance noachite liant plus tard Dieu et aux hommes et aux êtres animés qui peuplent la Terre :

"Voici que j'ai établi mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes bêtes sauvages avec vous, bref tout ce qui est sorti de l'arche, tous les animaux de la terre (Gn 9, 9-10) .... Voici le signe de l'alliance que j'institue entre moi et vous et tous êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir (Gn 9, 12)..."

La préservation de la faune et des espèces est donc plus qu'un acte moral, c'est aussi un devoir spirituel du croyant car rompre les équilibres de la Création est rupture de l'Alliance avec Dieu. L'homme n'est donc que le dépositaire de l’œuvre de Dieu qu'il doit respecter en tout, tout comme Dieu nous respecte et nous guide. Même après le péché originel, cette Alliance est maintenue, et elle nous engage toujours au présent.

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Serge BS
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Il est donc utile de préciser la notion si mal comprise de domination, puisque Dieu a donné la terre aux hommes pour qu'ils la dominent. Rappelons que le verbe dominer vient du latin dominari [il s'agit ici de l'infinitif de dominor , qui signifie "être maître", "dominer", "commander", "régner", aussi bien au propre qu'au figuré (source : F. Gaffiot, Dictionnaire illustré latin-français, Hachette, Paris, 1934, rééd. 1967, page 555), qui découle lui-même du mot dominus, le maître... Le sens donné ici au verbe dominer n'est pas seulement chrétien, puisque, à titre d'exemple, il faut se souvenir que Cicéron a utilisé le verbe dominari dans son Tusculanae discutationes : Deus dominans in nobis, "Dieu qui règne en nous" ; le sens donné est celui de la manière dont Dieu règne sur l'homme. Comme Dieu nous domine, est notre maître, l'homme est le maître de la terre qu'il domine, mais pas dans le sens d'un écrasement, d'une supériorité matérielle, mais dans un sens d'Amour, dans celui d'une supériorité ontologique. Dominer doit s'interpréter ici dans le sens de l'exercice d'une influence prépondérante et non pas dans celui d'un esclavage ou d'un asservissement; il y a cependant une légère différence entre le lien de l'homme à Dieu et celui de la nature à l'homme puisque l'homme chrétien, conscient et libre, choisit volontairement sa soumission à Dieu dont il est le serviteur dans l'Amour, alors que la nature n'a pas conscience de son lien à l'homme. C'est pour cela que l'homme doit respecter la nature car il est doté de conscience au contraire de la nature qui, certes "fille de Dieu" par la Création, n'en a pas conscience. L'homme n'est donc que le dépositaire de l'oeuvre de Dieu qu'il doit respecter en tout, tout comme Dieu nous respecte et nous guide, car, comme l'avait rappelé le Pape Jean-Paul II :

"L'homme -homme et femme- est le seul être parmi les créatures du monde visible que Dieu Créateur "ait voulu pour lui-même" : c'est donc une personne. Être une personne signifie tendre à la réalisation de soi...; cela ne peut s'accomplir qu'"à travers un don désintéressé de soi". Le modèle d'une interprétation de la personne est Dieu même comme Trinité, comme communion de Personnes. Dire que l'homme est créé à l'image et à la ressemblance de ce Dieu, c'est dire aussi que l'homme est appelé à exister "pour" autrui, à devenir don. Cela concerne tout être humain, femmes et hommes qui le mettent en oeuvre selon les particularités propres à chacune et à chacun... " (Jean Paul II, Lettre apostolique "Mulieris dignitatem" , 15 août 1988, point 7)

L'un des fondements de la notion actuelle de développement durable, qui tient en le fait que notre descendance nous confie la terre, doit s'interpréter ici comme une notion chrétienne, surtout lorsque ce qui précède est lu au regard de l'éternité de Dieu, de l'espérance de la Résurrection et de la mission de humaine" croissance et multiplication" confiée par Dieu aux hommes. Il faut ici réfléchir sur la transcendance, lien de l'homme à Dieu, en la transposant à la relation de la nature à l'homme, tout en complétant l'analyse par celle de l'idée de descendance -lien du Père au Fils et celle du concept de procession. Disposer de la nature tout en la respectant est difficile, car imposant la responsabilité, mais Dieu, ayant façonné l'homme à son image, n'a pas voulu que la vie de l'homme soit forcément facile (Gn 3, 16-17, et l'homme se trouve -de par sa conscience et de par la parcelle de Dieu qui réside en lui- face à la nature dans la même situation que l'homme riche face au Royaume de Dieu, même s'il faut bien lire et comprendre les sens - et aussi les applications quotidiennes - de [Mt 19, 23-24], Dieu n'interdisant pas la richesse, ne faisant pas de discrimination entre riches et pauvres (Jc 2, 1-13), mais rappelant qu'elle peut, mal comprise, écarter, par les tentations et les facilités qu'elle induit, l'homme de sa voie qui est celle de la recherche du Salut (Jc 4, 13-17)... Tout ceci est en fait résumé par ces mots admirables du Pape Jean XXIII :

"Il (Dieu) a créé l'univers en y déployant la munificence de sa sagesse et de sa bonté. Comme dit le Psalmiste : " Seigneur, Seigneur, que ton nom est magnifique sur la terre (Ps 8, 1), que tes oeuvres sont nombreuses ! Tu les as accomplies avec sagesse (Ps 103, 24) ". Et il a créé l'homme intelligent et libre à son image et ressemblance (voir Gn 1, 26), l'établissant maître de l'univers : " Tu l'as fait de peu inférieur aux anges; de gloire et d'honneur tu l'as couronné; tu lui a donné pouvoir sur les œuvres de tes mains, tu as mis toutes choses sous ses pieds " (Ps 8, 5-6). " (Jean XXIII, Pacem in Terris, Centurion, Paris, 1963, n. 3, pp. 35-36)

Le chrétien, gérant de la Création que Dieu créateur lui a confiée, a donc pour devoir suprême de sauvegarder la faune, et tout ce qui lui sert de support, c'est-à-dire la flore et la terre elle-même, car il existe une solidarité totale entre toutes les œuvres de la Création, entre toutes les créatures, ayant toutes le même Créateur, toutes étant ordonnées dans la gloire de Dieu (CEC, n. 344). Toutes les créatures sont ainsi, en dépit de leurs diversités et inégalités, interdépendantes dans le dessein de Dieu, n'existant qu'en dépendance les unes des autres pour se compléter mutuellement au service les unes des autres (CEC, n. 340). Cette idée de solidarité, qui est une vertu éminemment chrétienne (CEC, n. 1948), est en fait celle du développement soutenable, se retrouvant tout au long du Cantique des créatures attribué à Saint François d'Assises (texte extrait de : Th. Desbonnets & D. Vorreux, Saint François d'Assise. Documents écrits et premières biographies, Éd. Franciscaines, Paris, 2ème éd. 1981, pp. 168-170], texte écrit vers 1225-1226, voici plus de sept siècles [ce texte a été écrit vers 1225-1226; il est à lire en relation avec [Ps 148, 1-5]) :

"Très haut, tout puissant et bon Seigneur, à toi louange, gloire, honneur, et toute bénédiction;
à toi seul ils conviennent, ô Très-Haut, et nul homme n'est digne de te nommer.
Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures, spécialement messire frère Soleil, par qui tu nous donnes le jour, la lumière :
il est beau, rayonnant d'une grande splendeur, et de toi, le Très-Haut, il nous offre le symbole.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur Lune et les étoiles :
dans le ciel tu les as formées, claires, précieuses et belles.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Vent, et pour l'air et pour les nuages, pour l'azur calme et tous les temps :
grâce à eux tu maintiens en vie toutes les créatures.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour frère Feu, par qui tu éclaires la nuit :
il est beau et joyeux, indomptable et fort.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit, qui produit la diversité des fruits, avec les fleurs diaprées et les herbes.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi; qui supportent épreuves et maladies :
heureux, s'ils conservent la paix, car par toi, le Très-Haut, ils seront couronnés.
Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la Mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper.
Malheur à ceux qui meurent en péché mortel;
heureux ceux qu'elle surprendra faisant ta volonté, car la seconde mort ne pourra leur nuire.
Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité !
"

Le lien entre la nécessaire préservation de la terre et les excès de l'humaine : excès" action humaine n'est donc pas né des seules revendications "vertes" du début des années soixante-dix -même si leur influence a été fondamentale dans notre temps car ayant poussé les hommes à se réveiller, à rouvrir les yeux-, les Saints les ayant devancé, l'Église elle-même les ayant devancé avec la Constitution pastorale Gaudium et Spes du 7 décembre 1965 sur l'Église dans le monde de ce temps, Dieu lui-même les ayant devancé "au soir" du déluge, et le passage précédemment cité de la Genèse [Gn 9, 9-10] est en lui-même la définition la plus simple mais aussi la plus complète du principe de développement soutenable qui est par essence même l'un des premiers principes chrétiens, car lié à l'Alliance avec Dieu ; comme l'Amour est le devoir du chrétien, l'Alliance est la nature du croyant, nature qu'il ne peut contrarier au risque de briser le fragile équilibre du monde, mais aussi de déplaire à Dieu, car l'opération de la nature présuppose toujours des principes créés, et c'est ainsi que les produits de la nature sont appelés des créatures (Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique, I, Q. 45, art. 8, sol. 4) ; le chrétien doit au contraire se réjouir de la Création, la respecter, car Dieu aime toutes ses créatures (Ps 145, 9) et prend soin de chacune. Ceci est d'ailleurs rappelé en permanence au chrétien, hier, aujourd'hui et demain :

"Bénis le Seigneur, mon âme. Seigneur, mon Dieu, tu es si grand... À jamais soit la gloire de Dieu, que Dieu se réjouisse en ses œuvres... " (Ps 104, 1.31)
"Que la terre bénisse le Seigneur : qu'elle le chante et l'exalte éternellement ! " (Dn 3, 74)
"...Loué sois-tu, mon Seigneur, avec toutes tes créatures... Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la Terre, qui nous porte et nous nourrit.... " (Saint François d'Assise, Cantique des créatures, 3.9)
"Mon Dieu, combien je dois aimer toutes les créatures, animées et inanimées, puisque toutes sont sorties de vos mains... L’œuvre de votre volonté... de quel amour, de quel respect il faut l'entourer ! de quels yeux émus il faut la regarder ! de quelles mains respectueuses, tremblantes, il faut la toucher !... " (Frère Charles de Jésus, Oeuvres spirituelles, Le Seuil, Paris, nvlle. éd. 1992, p. 55)

Dieu a donc confié la terre aux hommes non pas pour qu'ils la détruisent mais pour qu'ils l'embellissent [v. Jn 15, 8]... Le devoir du chrétien est donc certes d'utiliser la terre et ses richesses, mais aussi de la préserver, de l'embellir, de la faire fructifier, afin de parachever l'œuvre divine de la Création, l'homme n'ayant en rien le droit de détruire l’œuvre de Dieu, tous ceux qui s'y sont essayé, les derniers fils des antéchrists (sur la définition des antéchrists, lire : 1 Jn 2, 18-23) Hitler et Staline, ayant lamentablement échoué. Vatican II a d'ailleurs bien précisé que c'est le propre de la personne humaine de n'accéder vraiment et pleinement à l'humanité que par la culture, c'est-à-dire en cultivant les biens et les valeurs de la nature. Toutes les fois qu'il est question de vie humaine, nature et culture sont aussi étroitement liées que possible (Concile Vatican II, Gaudium et Spes, n. 53, § 1, Centurion, Paris, 1967, page 284). Culture, nature, vie humaine sont donc intimement liés. Et pourtant....

"Le cosmos a été créé et confié par Dieu à l'être humain, qui occupe une place centrale dans le monde, afin qu'il le gouverne avec sagesse et responsabilité, en respectant l'ordre que Dieu a établi dans sa création. " (A. Sodano Cardinal, Écologie et développement dans la vision chrétienne, Intervention à la Conférence de Rio-de-Janeiro, in : La documentation Catholique, 2 & 16 août 1992, n° 2055, pp. 728-729).

Être chrétien, c'est donc avoir conscience que Dieu, dans son infini Amour, a effacé ce péché originel, tout en nous laissant libres par nos actes et par nos actions de retomber dans le péché si nous ne suivons pas ses préceptes... N'est-il pas affirmé par ce que l’on appelle la sagesse populaire que le Diable est son maître - le diable étant ici une image philosophique du mal, ne devant donc pas être ici confondu avec l'Ange déchu -, cette affirmation devant s'interpréter non pas ex abrupto mais à la lumière de la citation suivante de Saint Thomas d'Aquin :

" Aucun être n’est dit mauvais par participation ; il est dit mauvais au contraire par manque de participation. Il n’y a donc pas lieu de ramener le mal à quelque chose qui serait le mal par essence " (Thomas d’Aquin, Somme théologique, I, Q. 49, art. 3, sol. 4) ,

citation qui met bien en lumière le péché par omission du Confiteor ? Par delà, la seule citation qui précède doit conduire à s'interroger au regard de la dégradation de l'environnement et de la problématique du développement, ces deux fléaux modernes étant en effet souvent plus le fait d'une démission, d'une non participation -quelle qu'en soit la nature- que d'un engagement au service de l'humanité ; cela permet de comprendre la grande variété - pour ne s'en tenir qu'à cet exemple - des attitudes des grandes entreprises chimiques, certaines négligeant l'environnement et le développement - comme ce fut le cas de l'Union Carbide à Bhopal en 1984 - alors que d'autres ont une véritable politique de l'environnement et du développement humain....

Pour pré-conclure, et sans autres commentaires, on déplorera l'effacement contemporain du mot nature devant les mots écologie et environnement ; je ne parle même pas de la quasi-disparition du mot si beau de Création… Cette action d'effacement entamée depuis plusieurs années n'est peut-être pas innocente. On ne parle plus de la nature, mais de concepts soit trop généraux, soit détournés de leur sens premier, comme s'il était honteux de parler de la nature, oeuvre de Dieu. Il s'agit là d'une question de fond s'inscrivant dans la nouvelle crise de conscience en soi encore plus que de modernité que connaissent les sociétés occidentales, l'homme s'interrogeant aujourd'hui sur ses limites, sur son identité, sur sa dépendance à l'autre et au monde. L'abandon de la vision de la nature à conduit l'homme au développement d'une idée de surnature, cette dernière n'étant plus le lieu de l'épanouissement de l'homme mais plus simplement son réservoir de ressources, ce qui est détournement de la nature de la nature

" ..Nous devons nous rappeler que nous ne sommes que des administrateurs du patrimoine commun de la planète. La dignité de l'homme, qui est l'unique créature de ce monde en mesure de se préoccuper des diverses espèces, du milieu qui l'entoure, et de ses frères, doit le porter non seulement à protéger l'équilibre global de la terre mais à transcender toute organisation de la société dans le sens de la vérité et du bien (Jean-Paul II, Centesimus annus, 1er mai 1991, n. 38). Dieu veuille que la Conférence de Rio puisse donner à nos contemporains de nouvelles raisons d'espérer, de croire et d'aimer " (Cardinal Sodano, op. cit., point 7)

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La prise de conscience de la fragilité de l'environnement pris dans sa globalité est désormais une évidence partagée par tous. Toute véritable action en matière d'environnement ne peut donc être que globale et se doit de concerner tous les acteurs de la vie économique et sociale, acteurs qui sont tous, chacun à sa manière, des acteurs de l'environnement tel qu'il est défini, c'est-à-dire comme l'ensemble des facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, esthétiques et autres, constituant le cadre dans lequel un organisme exerce ses activités. Une politique de l'environnement réaliste doit donc concerner tous les citoyens, qu'ils agissent en tant que travailleurs, consommateurs, électeurs, etc.... Il n'est pas nécessaire de se lancer dans de nouvelles politiques ambitieuses, les solutions sont souvent simples et peu coûteuses, même si des efforts sont nécessaires, et même s'il est nécessaire de maintenir des sanctions à l'égard de ceux qui se refusent à respecter leur environnement, c'est-à-dire leur prochain au sens chrétien du terme, leurs voisins, et ... eux-mêmes; celui qui pollue l'air plus que nécessaire doit bien comprendre qu'il est aussi un consommateur de cet air et donc sa propre victime.... Faire passer ce message est fondamental. Bien faire en matière d'environnement ne coûte pas toujours cher, mais il faut faire preuve d'imagination.....

L'économie de marché et l'environnement peuvent êtrecompatibles, mais cela nécessite un renforcement du rôle de l'État comme arbitre de la vie sociale; comme un arbitre de football peut donner un carton jaune ou expulser un joueur, l'État doit pouvoir de manière indépendante et souveraine, sous contrôle de la Justice qui est l'une des composantes de son pouvoir, avertir et sanctionner -parfois très durement- ceux qui ne jouent pas le jeu de l'environnement. Il s'agit en fait d'être des et non pas des comme le sont malheureusement certains mouvements qui, nés d'une bonne volonté et d'un réel besoin, ne sont plus que des machines électorales pour lesquelles l'environnement n'est qu'un alibi. L'environnement est donc un élément fondamental tant de la politique que de l'économie, et il ne doit en aucun cas être un otage, une excuse ou un prétexte à des volontés politiques. N'oublions jamais que l'homme a toujours su s'adapter rapidement à son environnement et à ses modifications ; mais n'oublions pas non plus que cette rapidité même de l'homme à l'adaptation et de perception peut le conduire à sa perte, tout comme elle peut se révéler trop lente face aux dégâts causés à la planète, puisque nous ne vivons pour l'instant que les conséquences des pollutions du milieu du ... XIXème siècle (ce qui laisse augurer de l'avenir si rien n'est fait !) ! Une véritable politique de l'environnement ne doit donc pas se faire contre l'homme, mais elle ne peut pas non plus se faire contre la nature ! L'environnement n'est ni Vert, ni de Gauche, ni de Droite, ni du Centre ... Il appartient à tous. Il est neutre politiquement. Il est au dessus des Partis et des mouvances politiques..... Il est neutre économiquement. Il est au dessus des Écoles et du marché....

Il ne faut enfin pas oublier que toute proclamation d'une société sans déchets, sans risques, sans nuisances n'est que mensonge, ne relève que de la démagogie et de la méconnaissance élémentaire de la nature elle-même. Le monde n'est pas bon et idyllique par nature; la nature n'est pas un Éden que l'homme chercherait à détruire : elle est cruelle en tous ses éléments qu'ils soient biologiques, climatiques ou géologiques. L'homme n'est pas là pour la dominer comme il le croit au sens matériellement humain, mais bien au sens divin ! il la subit comme tout être vivant... Il peut chercher à la domestiquer, il doit la respecter, mais il ne la maîtrisera jamais car elle est d'une essence autre dont il n'est qu'un produit et qu'un élément, et ce même s'il est le sommet de la Création. L'activité humaine peut détruire la nature et menacer la propre survie de l'espèce humaine, mais la nature elle-même génère des actions qui la conduisent elle-même à sa transformation. L'homme doit surtout veiller à ne pas modifier de manière trop sensible cette autorégulation de la nature, c'est-à-dire qu'il doit être respectueux de l'environnement. les interactions entre l'homme, ses activités, la nature, l'environnement et la santé sont réelles; c'est là le sens de la volonté d'assurer un développement durable, c'est-à-dire de mettre en place de nouvelles façons de penser les actes de production et de consommation, en aucun cas de remettre en cause le progrès. Progrès et nature ne sont pas a priori antinomiques et exclusifs l'un de l'autre; progrès et nature sont complémentaires... La nature elle-même progresse, a progressé et progressera sans l'intervention de l'homme. Renoncer au progrès et au bien-être au motif d'un pseudo-état de nature intemporel et figé n'est qu'une aberration, qu'une dérive d'idée sans aucune conscience des réalités, non seulement de l'homme et de la société, mais aussi de la nature elle-même. Pervertir le rôle de l'homme dans la nature est donc contre-nature, contre Dieu lui-même qui a confié la Terre à l'homme; réfléchir sur les rapports de l'activité humaine à l'environnement est par contre nature, donc relevant du divin. Le rôle d'une politique globale et raisonnée de l'environnement est donc d'assurer l'harmonie entre le progrès humain et la nature, en aucun cas de les opposer, l'homme étant un élément de la nature dont il dépend, ... ce qu'il ne doit jamais oublier !

Les cinq principes prioritaires découlant du Sommet de Rio constituent les cinq clés de toute politique humaine et raisonnée de l'environnement, et ce sont eux qui doivent piloter toute politique globale de l'environnement. La prise en compte du caractère d'intérêt général de la protection de l'environnement et de l'usage raisonné et raisonnable des ressources naturelles, l'application réaliste du principe pollueur-payeur, le droit du public à l'information, le droit d'agir en justice, le principe de précaution -et son corollaire qu'est le principe de prévention- sont autant d'impératifs qui s'imposent, non seulement aux hommes politiques mais à la société humaine dans sa globalité et dans sa diversité. Les grands principes de l'environnement sont tous des principes chrétiens; ceci est particulièrement évident lorsque l'on médite le commandement d'Amour du prochain que nous a donné le Christ, mais transparaît aussi au fil desProverbes, et notamment du premier recueil salomonien [Pr 10-21; 22, 1-16], ou encore dans le Deutéronome.

Ces principes s'imposent donc à tous les chrétiens qui ont donc pour devoir sacré de participer par leurs paroles, par leurs actions et dans leur vie à la préservation de la nature et de l'environnement, fruits de la création. En veut-on quelques exemples ?
- précaution: cf. Ep 5, 15 …
- précaution et avantages/charges : Lc 14, 28 …
- responsabilité : Dt 20,19 …
- responsabilité et pollueur-payeur : Jr 2, 23…
- correction par priorité à la source : Mt 7, 3 & 5…
- développement soutenable : Mt 16, 26 ; Jc 2, 14-16…, mais aussi : Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, Éd. Mediaspaul, Paris, 1988, n. 34, pp. 67-68 ; Christifideles Laici, Éd. Mediaspaul, Paris, 1988, n. 43, page 131…
Ces paroles -et bien d'autres encore, notamment celles tirées des Encycliques publiées depuis Jean XXIII- sont à méditer et imposent au chrétien, dans le sens du message de 1971 de Paul VI et des écrits de Jean-Paul II, à repenser leur vie à l'aune de la nature, donc de Dieu, la nature étant la Création elle-même, la Création étant la première manifestation du dessein de Dieu sur le monde et sur l'homme (Catéchisme de l'Église Catholique, Centurion/Cerf/Fleurus-Mame, Paris, 1998, éd. définitive, page 762).

Nous devons vivre l’environnement comme un service de Gloire rendu à Dieu, comme une résonance du Cantique des créatures et comme une synthèse vivante de la perception de la faiblesse de l'homme face au monde, qui lui a été donné en héritage par Dieu et qu'il donnera lui-même en héritage à ses enfants, et face à Dieu lui-même. Il suffit parfois de rappeler quelques idées simples, de rappeler ce qu'est le rôle de l'homme dans la nature…

Lorsque l'on évoque les grands principes de l'environnement, il faut enfin toujours éviter les fantasmes, toujours garder à l'esprit et surtout comprendre que nul investissement -à la condition qu'il soit réfléchi et fondé sur des principes clairs- n'est fait à fonds perdus, et surtout que l'approche globale et non plus sectorielle s'impose, d'où le rôle fondamental de l'éducation, non seulement celle des enfants, mais aussi celle des peuples et de leurs dirigeants; cette globalité -qui induit la connaissance et le respect mutuel des diverses sociétés humaines- doit tenir compte des diversités culturelles et économiques existantes -d'où la permanence de l'idée de libre choix et la seule réelle vitalité de la préservation de l'environnement dans les seules sociétés démocratiques-, mais sans jamais oublier que la création, l'irrationnel, l'inattendu et la démesure -comme le rappelle souvent Federico Mayor- sont les caractères qui font l'homme, l'homme dont il ne faut jamais oublier la réalité de la fonction et le pourquoi, l'homme n'étant jamais aussi rationnel qu'une loi ou qu'un territoire. Relisons donc la Déclaration de Venise du 7 mars 1986 -publiée sous l'égide de l’UNESCO, et cessons d'opposer tradition et science, développons une véritable recherche transdisciplinaire et recherchons des modes nouveaux d'éducation, non plus rompant avec le passé, mais assurant la passerelle entre ce même passé et les créations du progrès. Dans tous les cas, l'économie, le droit, l'histoire, la philosophie, la culture ne sont que des éléments d'une réponse globale à la problématique des atteintes à l'environnement...

Dans tous les cas, toute approche de l'environnement ne peut se faire que dans une vision sacrée de la Terre, notre soeur et notre mère comme le rappelait et le rappelle aujourd'hui encore Saint François d'Assise..., Saint François d'Assise dont la simplicité de coeur et l'idée du bonheur devraient nous inspirer, tout comme l'idéal d'amour d'une Thérèse de Lisieux -cet amour qui est tout, qui embrase tous les temps et tous les lieux parce qu'il est éternel, cet amour du prochain qui est le seul commandement que nous ait laissé ésus-Christ-, mais aussi son message d'humilité, doit éclairer nos coeurs au moment de prendre des décisions graves, non pas pour le seul présent, mais aussi pour le futur, pour l'avenir de l'oeuvre de Dieu... Tout cela constitue un message d'optimisme, mais pas d'optimisme béat, mais bien plus espérance toujours renouvelée en Dieu.

Bref, cessons de nous lamenter sur le passé, et, comme nous le demande Jean-Paul II, cessons d'avoir peur ! La vie n'est faite que de leçons du passé ! La vie est comme un tapis roulant où défilent des bougies que nous devons allumer... Cherchons surtout à allumer les bougies qui passent devant nous et cessons de ne regarder que les bougies oubliées ou les bougies à venir; à ne regarder que les bougies de l'avenir, on en oublie celle du présent. Cessons donc de nous lamenter et préoccupons nous du temps présent, laissant les bougies oubliées à la Providence de Dieu..., ce qui ne doit cependant pas nous elmpêcher d'agir, bien au contraire ! Pensons donc correction des erreurs du passé... Pensons donc précaution et prévention au présent pour l'avenir, mais ne soyons pas les esclaves du temps passé, sur lequel on ne peut plus revenir... N'ayons plus peur ! Osons ! Osons, car comme le dit Yahvé à Salomon :

"Pour toi, si tu marches devant moi..., dans l'innocence du coeur et la droiture, si tu agis selon tout ce que je te commande et si tu observes mes lois et mes ordonnances, je maintiendrai pour toujours ton trône royal (...); mais si vous m'abandonnez, vous et vos fils, si vous n'observez pas les commandements et les lois que je vous ai proposés, (...), ce Temple que j'ai consacré à mon Nom, je le rejetterai de ma présence... " [1 R 9, 4-7].

Osons, mais en dignes enfants du Seigneur, libres mais surtout responsables !


" 37. A côté du problème de la consommation, la question de l'écologie, qui lui est étroitement connexe, inspire autant d'inquiétude. L'homme, saisi par le désir d'avoir et de jouir plus que par celui d'être et de croître, consomme d'une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et sa vie même. A l'origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique, malheureusement répandue à notre époque. L'homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s'accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre, en la soumettant sans mesure à sa volonté, comme si elle n'avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données, que l'homme peut développer mais qu'il ne doit pas trahir. Au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l'oeuvre de la création, l'homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui .

En cela, on remarque avant tout la pauvreté ou la mesquinerie du regard de l'homme, plus animé par le désir de posséder les choses que de les considérer par rapport à la vérité, et qui ne prend pas l'attitude désintéressée, faite de gratuité et de sens esthétique, suscitée par l'émerveillement pour l'être et pour la splendeur qui permet de percevoir dans les choses visibles le message de Dieu invisible qui les a créées. Dans ce domaine, l'humanité d'aujourd'hui doit avoir conscience de ses devoirs et de ses responsabilités envers les générations à venir.

38. En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain, à laquelle on est cependant loin d'accorder l'attention voulue. Alors que l'on se préoccupe à juste titre, même si on est bien loin de ce qui serait nécessaire, de sauvegarder les habitats naturels des différentes espèces animales menacées d'extinction, parce qu'on se rend compte que chacune d'elles apporte sa contribution particulière à l'équilibre général de la terre, on s'engage trop peu dans
la sauvegarde des conditions morales d'une " écologie humaine " authentique. Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté. Dans ce contexte, il faut mentionner les problèmes graves posés par l'urbanisation moderne, la nécessité d'un urbanisme soucieux de la vie des personnes, de même que l'attention qu'il convient de porter à une " écologie sociale " du travail.

L'homme reçoit de Dieu sa dignité essentielle et, avec elle, la capacité de transcender toute organisation de la société dans le sens de la vérité et du bien. Toutefois, il est aussi conditionné par la structure sociale dans laquelle il vit, par l'éducation reçue et par son milieu. Ces éléments peuvent faciliter ou entraver sa vie selon la vérité. Les décisions grâce auxquelles se constitue un milieu humain peuvent créer des structures de péché spécifiques qui entravent le plein épanouissement de ceux qu'elles oppriment de différentes manières. Démanteler de telles structures et les remplacer par des formes plus authentiques de convivialité constitue une tâche qui requiert courage et patience .

39. La première structure fondamentale pour une " écologie humaine " est
la famille, au sein de laquelle l'homme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce que signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne. On pense ici à la famille fondée sur le mariage, où le don de soi réciproque de l'homme et de la femme crée un milieu de vie dans lequel l'enfant peut naître et épanouir ses capacités, devenir conscient de sa dignité et se préparer à affronter son destin unique et irremplaçable. Il arrive souvent, au contraire, que l'homme se décourage de réaliser les conditions authentiques de la reproduction humaine, et il est amené à se considérer lui-même et à considérer sa propre vie comme un ensemble de sensations à expérimenter et non comme une oeuvre à accomplir. Il en résulte un manque de liberté qui fait renoncer au devoir de se lier dans la stabilité avec une autre personne et d'engendrer des enfants, ou bien qui amène à considérer ceux-ci comme une de ces nombreuses " choses " que l'on peut avoir ou ne pas avoir, au gré de ses goûts, et qui entrent en concurrence avec d'autres possibilités.

Il faut en revenir à considérer la famille comme
le sanctuaire de la vie. En effet, elle est sacrée, elle est le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d'une croissance humaine authentique. Contre ce qu'on appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie.

Dans ce domaine, le génie de l'homme semble s'employer plus à limiter, à supprimer ou à annuler les sources de la vie, en recourant même à l'avortement, malheureusement très diffusé dans le monde, qu'à défendre et à élargir les possibilités de la vie elle-même. Dans l'encyclique
Sollicitudo rei socialis, ont été a dénoncés les campagnes systématiques contre la natalité qui, fondées sur une conception faussée du problème démographique dans un climat de " manque absolu de respect pour la liberté de décision des personnes intéressées ", les soumettent fréquemment " à d'intolérables pressions 3 pour les plier à cette forme nouvelle d'oppression " . Il s'agit de politiques qui étendent leur champ d'action avec des techniques nouvelles jusqu'à parvenir, comme dans une " guerre chimique ", à empoisonner la vie de millions d'êtres humains sans défense.

Ces critiques s'adressent moins à un système économique qu'à un système éthique et culturel. En effet, l'économie n'est qu'un aspect et une dimension dans la complexité de l'activité humaine. Si elle devient un absolu, si la production et la consommation des marchandises finissent par occuper le centre de la vie sociale et deviennent la seule valeur de la société, soumise à aucune autre, il faut en chercher la cause non seulement et non tant dans le système économique lui-même, mais dans le fait que le système socio-culturel, ignorant la dimension éthique et religieuse, s'est affaibli et se réduit alors à la production des biens et des services .

On peut résumer tout cela en réaffirmant, une fois encore, que la liberté économique n'est qu'un élément de la liberté humaine. Quand elle se rend autonome, quand l'homme est considéré plus comme un producteur ou un consommateur de biens que comme un sujet qui produit et consomme pour vivre, alors elle perd sa juste relation avec la personne humaine et finit par l'aliéner et par l'opprimer .

40. L'Etat a le devoir d'assurer la défense et la protection des biens collectifs que sont le milieu naturel et le milieu humain dont la sauvegarde ne peut être obtenue par les seuls mécanismes du marché. Comme, aux temps de l'ancien capitalisme, l'Etat avait le devoir de défendre les droits fondamentaux du travail, de même, avec le nouveau capitalisme, il doit, ainsi que la société,
défendre les biens collectifs qui, entre autres, constituent le cadre à l'intérieur duquel il est possible à chacun d'atteindre légitimement ses fins personnelles.

On retrouve ici une nouvelle limite du marché : il y a des besoins collectifs et qualitatifs qui ne peuvent être satisfaits par ses mécanismes ; il y a des nécessités humaines importantes qui échappent à sa logique ; il y a des biens qui, en raison de leur nature, ne peuvent ni ne doivent être vendus ou achetés. Certes, les mécanismes du marché présentent des avantages solides : entre autres, ils aident à mieux utiliser les ressources ; ils favorisent les échanges de produits ; et, surtout, ils placent au centre la volonté et les préférences de la personne, qui, dans un contrat, rencontrent celles d'une autre personne. Toutefois, ils comportent le risque d'une " idolâtrie " du marché qui ignore l'existence des biens qui, par leur nature, ne sont et ne peuvent être de simples marchandises.
" (Jean-Paul II, Centesimus Annus).
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par Hélène »

Suite des réflexions sur l'écologie avec le père Verlinde :

L'écologie environnementaliste et utilitariste

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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par Hélène »

Suite de l'excellente série vidéo sur l'écologie du père Verlinde : Écologie profonde

Éclairant. J'ai hâte de voir le prochain épisode !

Dans le Christ-Jésus,
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par Hélène »

Une "petite parenthèse" du père Verlinde avant la suite :

:arrow: Gaïa

Bon cinéma ! :)
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Re: Christianisme & Ecologie

Message non lu par Charles »

Il y a deux points a bien saisir dans cette problématique :

1. Tous les désastres écologiques de dimension planétaire sont liés à des pratiques qui n'ont rien à voir de près ou de loin avec le catholicisme. Que ce soit les désastres dans les pays anciennement communistes, en Asie ou dans les pays occidentaux. Marées noires, assèchement de la mer Caspienne, pollution urbaine, pollution de l'eau, déforestation, etc.

2. L'obsession de l'environnement renvoie à la mythologie. Les phénomènes naturels sont convoqués pour occulter les errements moraux et politiques des hommes. On le voit dans l'histoire romaine de Tite-Live avec l'explication donnée pour cacher le meurtre de Romulus par les sénateurs : qu'il aurait reçu la foudre lors d'un orage. On le voit dans la Bible avec la métaphore de l'inondation du Déluge pour dire sans le dire l'effondrement d'une société dans sa propre violence. On le voit dans la mythologie japonaise avec l'image de la boue dégoutant d'une pointe de lance pour dire sans le dire le sang humain versé dans la violence. Orage, éclair, inondation, boue... auxquels s'ajoutent incendies, épidémies, tremblements de terre, etc. etc.
Mais avec l'environnementalisme contemporain, ce même procédé est poussé à l'extrême : ce n'est plus seulement le péché de l'homme qui est occulté, c'est l'homme lui-même qui est nié. Il est décentré, relativisé et finalement expulsé.

L'homme qui consume et consomme les ressources naturelles et les objets, expulse le monde lui-même et la réaction symétrique environnementaliste est l'expulsion de l'homme. Ce sont deux expulsions symétriques qui se répondent l'une à l'autre. La première projette le salut de l'homme par la négation du monde, la seconde projette le salut du monde par la négation de l'homme.

Le catholicisme est étranger à la négation du monde comme à celle de l'homme. Et je ne pense pas aujourd'hui qu'il puisse y faire quelque chose du point de vue pratique. Ces négations sont les conséquences du péché originel, du mal entré avec lui dans la Création. Ce que propose le catholicisme, c'est de choisir la sainteté et d'être admis dans une Terre nouvelle que Dieu a préparé pour nous selon "Car voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle" (Isaïe 65, 17), "Ce sont de nouveaux cieux et une terre nouvelle que nous attendons selon sa promesse" (2 Pierre 3, 16) et "Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n'y en a plus." (Apocalypse 21, 1). Nous ne nions ni l'homme ni le monde, mais nous savons que ce monde passera et nous croyons dans le projet que Dieu a sur l'homme.
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