Le processus du pardon

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SergeA
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par SergeA »

Cinci a écrit : Remarquez ici, je réfléchis, je ne suis pas en train de vouloir vous contredire. Non, je me questionne moi-même.
Il s'agit comme nous l'avons dit plus haut, d'une réflexion toute cordiale.
Cinci a écrit :Serge,
...
Quand on croira «bien voir» comment l'offenseur ajoute un petit plaisir personnel, la volonté libre d'y mettre du sien ... le petit plaisir opportuniste, comme petite satisfaction compensatoire à mal faire et comme dérobée en passant ... le facteur personnel en extra ... plus dur ...
Dans ce cas-là encore plus, on ne peut nier l'aspect pathologique ... ou dans le sens large, l'expression du mal qui habite l'offenseur.
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Belin »

En fait quand on dit dans le notre Père : "pardonne-nous comme nous pardonnons", c'est un appel à la conversion pour mener une vie de Foi. Lorsqu'on se sent vraiment offensé par les souffrances que nous inflige une personne, cela signifie que nous sommes sous l'emprise, je dirais du "vieil homme", de "l'homme de chair"; et, pour pardonner vraiment, il faut voir les événements sous la perspective de la foi. Lorsqu'on se place sous cette perspective, on se rend compte qu'il n' y a pas matière à pardonner, qu'on commettait même une faute lourde lorsqu'on avait des idées de vengeance.

Dès l'instant où on se tourne vers Dieu avec une confiance totale, rien, je dis bien rien de mal ne peut nous arriver. Dieu nous protège plus qu'un homme le ferait avec la prunelle de son œil. Tous nos cheveux sont comptés, rien de mal ne peut arriver à un seul de ces cheveux!
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par SergeA »

kisito a écrit :[...]
Dès l'instant où on se tourne vers Dieu avec une confiance totale, rien, je dis bien rien de mal ne peut nous arriver. Dieu nous protège plus qu'un homme le ferait avec la prunelle de son œil. Tous nos cheveux sont comptés, rien de mal ne peut arriver à un seul de ces cheveux!
Pourtant des saints ont bien été martyrisés.
Alors peut-être fallait-il qu'ils le soient pour la gloire de Dieu ... (?)

Je suis néanmoins d'accord avec vous, Kisito : la protection du Christ n'est pas une illusion. On L'aime de tout son cœur et Il nous le rend au centuple (je voulais dire milluple ou millionuple ... :D ).
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Cinci »

Dans le témoignage de Tim Guénard, une parenthèse, presque à la toute fin de son livre :

  • «... je suis donc retourné chez mon père. Comme dans la parabole de l'Évangile. Il habitait un pavillon dans la banlieue nord de Paris. J'ai sonné à la porte. Il a ouvert. Je l'ai reconnu, malgré le temps. Sa haute silhouette ne se voûtait pas encore. Il m'a regardé en silence, sans surprise. Il n'a pas dit de phrases du genre :«Tiens, te voilà enfin après tant d'années», ou bien encore «Mon enfant chéri, pardonne-moi» ou «Fous le camp, je n'ai jamais pu te supporter!» Non, il n'a rien dit.

    Ses yeux ont parlé pour lui.

    Je suis allé droit au but, sans doute pour dominer mon trac :

    - Je suis devenu chrétien, je te pardonne. On recommence la vie à zéro!

    J'ai commis la connerie de ma vie. J'ai aussitôt senti qu'il se raidissait. Ses yeux se sont embrumés, son regard s'est assombri. Il s'est plié, comme s'il recevait un coup au ventre.

    Je venais de renvoyer cet homme dans son enfer de passé qu'il essayait desespérément de fuir. Je n'étais qu'un salaud, un égoïste qui ne songeait, dans le fond, qu'à une chose : se soulager. Vivre le pardon pour moi et moi seul. M'offrir une bonne conscience toute neuve.

    Mon père n'a pas eu la chance d'avoir une femme comme la mienne et des amis comme ceux que j'ai reçus. Souvent je me suis posé la question : pourquoi? Pourquoi ai-je eu cette chance et pas lui? Il essayait sans doute d'échapper aux griffes du remords et aux souvenirs horribles de son indignité. Il a tenté de réparer ce qui était possible, en étant un père juste et bon pour ses autres enfants. Il ne pouvait encore se pardonner lui-même. [...] Moi, je suis arrivé devant lui après des années d'absence et je lui ai balancé mon pardon dans la gueule comme un jugement et une condamnation. Le coeur peut donner un pardon que la bouche doit parfois retenir.

    Dans l'Évangile, le Christ ne dit pas à la femme adultère que les Pharisiens veulent lapider :«Je te pardonne tes nuits de péché.» Il se tait. Il dessine sur le sol.»

    (p.264)


Il serait intéressant de comparer ce que dit sobrement Tim Guénard, ici, d'avec la reconstruction de Marie Valtorta pour la même scène d'Évangile, dans un autre fil.
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par SergeA »

Cinci, cela fait un moment que je ressens exactement cela, ce que vient de décrire Tim Guénard, mais en n'osant pas l'exprimer.
Dire à quelqu'un "je te pardonne " est une erreur, la seule chose qu'on peut dire à son "tortionnaire" c'est "je te demande pardon".
Cela peut paraitre fou ... mais en y réfléchissant ...
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Belin »

SergeA a écrit :
kisito a écrit :...
Dès l'instant où on se tourne vers Dieu avec une confiance totale, rien, je dis bien rien de mal ne peut nous arriver. Dieu nous protège plus qu'un homme le ferait avec la prunelle de son œil. Tous nos cheveux sont comptés, rien de mal ne peut arriver à un seul de ces cheveux!
Pourtant des saints ont bien été martyrisés.
Le martyr est une bénédiction énorme (quand on vit pleinement dans la Foi)! Entrer au ciel aussi rapidement? C'est pour cela que la plupart des martyrs y allaient en chantant! Tout ce que Dieu permet, quand on lui fait totalement confiance, est une bénédiction, un bienfait énorme, mais il faut vivre pleinement dans la Foi pour l'accepter.
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Cinci »

Dans la revue Chercheurs de Dieu, je suis tombé là-dessus :
  • Pardonne-nous comme nous pardonnons

    «Vous savez ce que nous dirons à Dieu dans la prière, avant d'en arriver à la communion : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. Préparez-vous intérieurement à pardonner, car ces paroles, vous allez les rencontrer dans la prière. Comment allez-vous les dire? Peut-être ne les direz-vous pas? Finalement, telle est bien ma question : direz-vous ces paroles oui ou non? Tu détestes ton frère, et tu prononces : «Pardonne-nous comme nous pardonnons»? J'évite ces mots, diras-tu. Mais alors, est-ce que tu pries? Faites bien attention, mes frères. Dans un instant, vous allez prier : pardonnez de tout votre coeur!

    Mais alors, comme tu ne veux pas pardonner, ton âme s'attriste quand tu lui dis : cesse de haïr. Eh bien, réponds-lui :«Pourquoi es-tu si triste, mon âme? et pourquoi me troubles-tu? Espère en Dieu» (Ps 41,6). Tu es mal à l'aise, tu soupires, ton mal te blesse, tu n'arrive pas à te débarrasser de ta haine. Espère en Dieu, c'est le médecin. Il a été pendu pour toi sur la croix, sans en venir encore à la vengeance. Et toi, c'est ta vengeance que tu cherches, car tel est bien le sens de ta rancoeur. Regarde ton Dieu sur la croix : c'est pour toi qu'il souffre, pour que son sang devienne ton remède. Tu veux te venger? Regarde le Christ pendu, écoute-le prier :«Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font» (Lc 23,34).

    Saint Césaire d'Arles (470-543). Évêque d'Arles jusqu'à sa mort, il déploie une activité considérable. Il affirme son autorité lors du concile d'Orange de 529, qui définit la doctrine de la grâce et du péché originel. Pas de réconciliation sans une parole qui délivre. Osons nous réconcilier avec notre frère.

    Source : «Aux néophytes, sur le Saint-Sacrement, sermon 272», saint Césaire d'Arles VIe siècle dans Chercheurs de Dieu, numéro 141, mars 2002
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Cinci »

Salut Serge,

Je suis content que l'élément de témoignage tiré du livre de Tim Guénard ait pu vous évoquer quelque chose qui soit signifiant. Demander pardon à ... plutôt que ... ? Il se peut que vous ayez raison. Ce serait comme évoquer l'idée de se faire humble, dans le fond. N'être pas tel un grand seigneur qui, du haut de sa grande magnanimité, condescendrait à bien vouloir distribuer une quittance de dette à un misérable. On pourrait sourire. Il peut arriver assez souvent (et inconsciemment, je présume) que bien des pardons chrétiens peuvent être lâchés dans la nature de cette manière. Alors, vous me faites penser à la notion de fraternité en retour. Cette fraternité réelle ... Dans les prières de l'Église, il est plus souvent qu'autrement question d'un "nous" au lieu d'un "je". «Pardonne-nous comme ...»; «Priez pour nous ...» Ce serait consentir à se mettre sur le même rang que l'offenseur? du même côté que l'offenseur au lieu de s'y placer en opposition?

:idea:

(va falloir prendre des notes)


Le récit de la rencontre du "héros" avec le père Thomas Philippe :
[+] Texte masqué
«Plusieurs Archiens m'ont parlé d'un prêtre, un certain Thomas Philippe, qui a fondé l'Arche avec Jean Vanier. Il vit à Trosly. Son coeur brûle d'amour pour tous les blessés de la vie, paraît-il. [...] Je décide d'aller voir le saint de Trosly. [...] Arrivé à Trosly, je me renseigne.

- Le père? Il est en train de célébrer la messe.

J'entre dans la chapelle des Archiens. C'est la communion. Je me place dans la file en dernière position. J'arrive devant un petit bonhomme, habillé en curé, un visage en parchemin, chauve, avec une couronne de cheveux sombres autour du crâne, comme les moines sur les couvercles des boîtes de camembert. «Le corps de Jésus», me dit-il en tendant l'hostie, croyant que je veux communier. Je lui touche l'épaule, c'est le bonjour de la rue, et je sens une clavicule noueuse, un homme fragile. Déception. Ce Thomas-là n'est qu'un petit homme, presque ratatiné, et je me dis :«C'est pas un saint, ça!» C'est un modèle réduit à côté du colosse Don Bosco. Les saints, c'est des costauds, des balaises, des grosses pointures, des beaux gosses. [...] Le père reste immobile avec l'hostie dans la main, surpris. Je lui tourne le dos et sors de la chapelle. Je marche vers ma moto, résolu à me tirer d'ici, lorsqu'une grande bringue d'handicapé m'aborde et me montre son vélo, tout fiérot.

- Je m'appelle Didier, il est beau mon vélo, tu ne trouves pas?

Il parle en riant, à toute allure, en avalant ses mots et en ravalant sa salive. Je ne comprends pas ce qu'il marmonne et j'en ai rien à cirer de son biclou. Il insiste :

- Regarde mon vélo, regarde mon vélo!

C'est bon, je regarde le vélo de Didier, qu'il ne cesse d'astiquer. Je n'ai pas le choix, sinon il ne va pas me lâcher. Le père Thomas débouche à ce moment-là. Il vient dans ma direction, je fuis son regard et marche vers ma moto garée un peu plus loin. Il me suit. Je suis gêné. Je le trouve bizarrement sapé, avec sa robe blanche. Il m'intimide, ce petit bout d'homme. Enfoncés sous d'épais sourcils, ses yeux sont doux et bons.

Je démarre ma moto d'un coup de kick. Il s'approche de moi et commence à me parler moto. Je m'étonne. Mes copains Archiens m'ont prévenu : C'est une super tête, un champion en philosophie et en théologie [...] avec plein d'autres superlatifs. Voilà que la super tête s'intéresse à ma bécane! Intérieurement, je me dis : «toi, je vais t'avoir».

- Mon père, vous voulez faire un tour à moto?
- Oh, oui, très volontier. J'aime beaucoup ça.

Mince. Je suis pris au piège. Je pensais qu'il allait se défiler. [...] Je me retrouve avec un moine en robe blanche sur ma bécane - pourvu que les potes me voient pas! Entre un curé et des handicapés, j'ai de drôles de fréquentations en ce moment. [...] On fonce jusqu'à Compiègne sans trop respecter les limitations de vitesse. Je lui offre en ville un rodéo que j'ai mis au point pour semer les flics ou draguer les filles : descentes d'escalier, slaloms sur les trottoirs, sens interdit sur la roue arrière, feux grillé [...] Derrière moi, je sens que le petit curé s'accroche. Il ne dit rien. Il doit être vert, mort de trouille. On reprend la route de Trosly à travers la forêt. Il m'indique une maisonnette proche de la chapelle. Je m'arrête. Il descend. Ironiqiue, je lui demande :

- Alors, ça vous a plu, la moto?

Ses petits yeux mouillés se déplissent, et il répond de sa voix fluette :
- C'était bien, très agréable!

Il me sèche. Je suis en train de m'interroger sur ce qui peut bien l'impressionner quand il me prend la main, la place dans la sienne, toute ridée, et me propose avec une grande douceur :

- Tu ne voudrais pas le pardon de Jésus?

Je le regarde fixement, avec un énorme point d'interrogation au fond des yeux :
- Le pardon ...? Qu'est-ce que vous me racontez là?

Il lâche ma main, recule d'un pas, réfléchit une seconde et dit cette phrase magique :
- Ça peut te faire du bien ...

Je ne suis qu'un voyou malheureux, je serais bien bête de ne pas profiter des occasions de me faire du bien. Je suis décidé à piquer à tous les râteliers.

Il reprend ma main. D'un coup je réalise que je ne suis pas chrétien. Je retire ma main de la sienne :
- Arrêtez, je ne suis pas de votre bord, moi. Je suis rien! Même pas baptisé ...

Il me regarde, étonné. Me touche le coeur de sa main gauche :
- Jésus connaît ton coeur. Parle-lui doucement, dans ton coeur. Il te connaît et il t'aime.

Il ne faut pas sortir de Polytechnique pour piger ça. Le curé ferme les yeux. Je l'imite. Je m'embête dans le noir, alors je rallume. J'ouvre, je le regarde. Ses lèvres murmurent des paroles inaudibles, leux yeux clos. Il est beau.

C'est la première fois que je trouve un homme beau. Pourtant, ce n'est pas Delon, Redford ou Schwarzenegger, le père Thomas. Je me dis : «Eh là, Tim, tu vires de bord!»

Il ouvre ses yeux plein de lumière et murmure :
- Je sens que tu vas bien.

C'est vrai, je ne vais pas mal. Je me sens même drôlement paisible. Au moment de le quitter, il me prend par le bras et me dit :
- Tu viens me voir quand tu veux, je met la clef ici. Attention à toi!

Je file, un peu chamboulé par cette rencontre, cette prière.

J'ai rendez-vous à soixante kilomètres de là avec ma bande pour la tournée des bals afin de soigner mon jeu de jambes. C'est samedi soir sur la terre. Je ne suis pas encore chrétien que je deviens déjà hypocrite ... Je cherche un alibi pour expliquer mes deux heures et demie de retard. Je ne vais quand même pas leur avouer, à mes tatoutés, que je suis allé à la messe, que j'ai promené un curé en bécane et qu'il m'a donné le pardon de Jésus! [...] Pendant la bringue, à quatre heures du matin, une idée surgit dans ma cervelle embrumée. Et si j'allais revoir le père Thomas? Il m'a proposé de venir quand je veux? Allons-y! Je vais bien voir s'il parle avec son coeur ou si c'est du pipeau. Je mets ainsi tous mes futurs amis à l'épreuve pour tester, trier et ne pas m'encombrer de faux jetons. Je quitte mes potes. Direction Trosly. Route de nuit, plein pot. Le village est endormi. Je trouve la clef à l'endroit indiqué, mais la porte est ouverte. J'entre sur la pointe des pieds. Il dort, le petit curé, paisible, confiant. Je m'approche de son lit. Il se réveille, sans peur. Met les pieds à terre, sourit. Et avec ses yeux malicieux, pétillants, il me demande, à quatre heures et demi du matin :

- Tu veux encore le pardon de Jésus?

Je pensais le pousser à disjoncter, mais non, il m'accueille comme un père accueille son fils. Ce curé me met sur le cul.

pp. 186-190
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Belin »

En effet je pense qu'on devrait se sentir solidaire des péchés de tout le monde; pourquoi? peut-être celui qui commet un péché le fait parce que, par ma paresse, j'ai empêché Dieu de répandre sur lui des grâces qui l'auraient converti.
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Cinci »

Salut Kisito,
Tout ce que Dieu permet, quand on lui fait totalement confiance, est une bénédiction, un bienfait énorme, mais il faut vivre pleinement dans la Foi pour l'accepter.
C'est une façon de voir.

Il est vrai qu'un drame pourrait tantôt s'avérer bénéfique en même temps, par quelque côté; qu'une perte peut finalement conduire à un état meilleur, etc. Dieu peut toujours tirer un bien d'un mal; qu'il faudra le reconnaître.

Néanmoins ...

Il me semble que l'on ne puisse pas gommer le caractère mauvais de la révolte, le pernicieux du mal, les effets pénibles du scandale, etc. Il me semble que la foi ne fait pas disparaître comme par enchantement la douleur, les difficultés et tout. La foi peut amener la paix intérieure. Il ne s'agira pas d'un anesthésiant par contre. Jésus pleure bien la mort de son ami Lazare.



Je veux dire :
  • «... il peut donc y avoir en Dieu une douleur. Il y a en Dieu une douleur autant qu'il y a en Dieu un amour. Non pas une douleur qui défait, qui le prive de quelque chose, mais cette douleur d'identification avec l'être aimé, au point qu'il faut dire que tout ce qui atteint l'âme, l'agonie, la douleur, la maladie, la misère, la solitude, le désespoir, le péché, tout cela Dieu le porte, pour nous, en nous, avant nous, plus que nous, comme une mère frappée par tous les états de son fils, parce qu'elle s'identifie avec lui. C'est pourquoi j'enrage quand on dit : Dieu permet le mal. Mais non! Dieu ne permet jamais le mal, il en souffre, il en meurt, il en est le premier frappé et, s'il y a un mal, c'est parce que Dieu en est d'abord la victime.

    Plus le scandale est énorme, plus il est évident que Dieu est visé, qu'il est frappé en plein visage, en plein coeur, car s'il n'y avait pas dans l'homme une présence divine, le mal n'aurait pas ce caractère épouvantable.

    Quand vous écrasez une punaise, sans cruauté, vous n'allez pas vous confesser d'avoir commis un crime sanglant. Il n'en serait pas de même si vous aviez tué un homme, parce que des punaises il y en a assez pour notre bonheur. Mais un homme, c'est justement ce consentement possible, c'est un pouvoir d'initiative, un homme est irremplaçable parce qu'il introduit dans le monde un regard nouveau, parce qu'en lui tout l'univers rejaillit, parce qu'il est unique, chacun de nous est unique, irremplaçable et constitue un foyer où l'univers, dans une nouvelle perspective, laisse resplendir le visage de l'Éternel Amour.

    Et c'est justement parce que Dieu est victime que le monde est scandaleux, parce que le mal peut atteindre la plus haute valeur, le mal peut crucifier Dieu dans une vie d'homme; n'importe qui peut le tuer car il est sans défense. Il y a en Dieu une enfance, comme en lui une jeunesse éternelle, il y a une fragilité infinie.»

    - Conférence de Maurice Zundel faite à Londres en 1964, reproduite dans France du Guérand, A l'écoute du silence, textes de Maurice Zundel, Paris, Tequi, 1979, pp. 80-81
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Cinci »

Kisito,

Merci pour les commentaires. Ça aide, je pense, à faire avancer la réflexion. Moi, ça m'aide.
En effet je pense qu'on devrait se sentir solidaire des péchés de tout le monde; pourquoi? peut-être celui qui commet un péché le fait parce que, par ma paresse, j'ai empêché Dieu de répandre sur lui des grâces qui l'auraient converti.
Si par notre paresse? peut-être ... c'est possible. Tout comme il est possible aussi que l'un ne soit pour rien dans le fait de devoir subir un mal quand même; ou alors, nous nous retrouverons tous dans la situation mitoyenne, celle d'être à la fois partiellement coupables (plus ou moins complices) et vraiment victimes d'un mal qui nous aura précédé (mauvaise éducation, mauvais exemple de "X", traumatisme ancien (scandale de ...), influence maligne d'esprits mauvais, etc.)

Se solidariser avec les péchés de tout le monde? dans une sorte de «moi aussi»? Je ne sais pas. Pas sûr (?) A moins de se solidariser avec l'autre en face, et en ce sens de reconnaître qu'il aura été lui aussi victime, une victime de quelque chose. Alors, le pardon : une capacité de voir plus loin? un choix volontaire d'aller se réfugier dans l'amour qui est celui de Dieu? la décision personnelle et ferme de "casser" avec le mal, et ainsi sauvegarder le lien qui relie à l'autre; de nombreux autres?

Je n'avais jamais pensé au fait que le «Pardonne-nous comme nous pardonnons à ceux qui ...» pouvait se relier directement à ce lien vital - lien collectif - nous faisant tous vivre. Un peu comme si la qualité de notre "état de vivant" s'en trouverait directement proportionnel à notre capacité de pardon. Le pardon pour être vivant, plus vivant, entrer de plus en plus dans la vie ... L'opération peut être crucifiante en même temps ... «Si le grain ne meurt ...» Je suis en train de me dire que cette capacité doit être reliée aussi à ma capacité d'accueillir la grâce, au fait d'avoir le coeur intérieurement disposé à ... Si j'ai de la difficulté (c'est mon cas), alors c'est qu'il doit s'y trouver des ronces, des épines, des obstacles (manque de confiance, peur de la vie, peur de s'affirmer positivement, etc.) ou des "richesses" (obstination à vouloir se maintenir dans un rôle de victime? amour-propre?) qui freinent le processus.

:hypocrite:
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Belin »

La Foi ne retire pas la douleur, la Foi ne retire pas la souffrance, mais la Foi retire le malheur. Même si on souffre on n'est pas malheureux, et c'est ça la victoire du bien sur le mal au niveau personnel, la Foi nous rend constant dans l'épreuve.

Beaucoup de personnes en ont témoigné (je pense aux martyrs) donc c'est possible. Alors à mon avis ce qu'il faut faire c'est par la prière, la méditation et les ascèses, se préparer à sortir vainqueur par notre constance lorsque que Dieu va nous faire la grâce des épreuves, plutôt que de chercher à se justifier par avance de l'inconstance qu'on aura.

Le vrai témoignage Chrétien c'est dans les épreuves. La joie, la paix, la sérénité qu'on manifeste dans l’épreuve est le véritable témoignage Chrétien. Si on se comporte exactement comme ceux qui n'ont pas la Foi, alors on doit s'humilier devant Dieu et lui demander la grâce de sortir vainqueur la prochaine fois, et s'y préparer également.
Cinci a écrit :Si par notre paresse? peut-être ... c'est possible. Tout comme il est possible aussi que l'un ne soit pour rien dans le fait de devoir subir un mal quand même
Jésus nous a conseillé qu'en cas de doute sur notre véritable place de choisir toujours la dernière, donc si on n'est pas certain d'avoir une quelconque responsabilité indirecte sur le fait qu'autrui ait certains défauts qui le font pécher, alors par prudence comportons-nous comme si effectivement on avait une part de responsabilité, c'est une façon de choisir la dernière place.
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par etienne lorant »

Tout ce que j'ai lu ici est intéressant. D'autant plus intéressant que chacun a suivi un chemin particulier, qui lui était propre. Je voudrais rapporter cette expérience : quelques années après ma conversion, lorsque le "torrent de joie vive" qui m'avait animé à commencé, mystérieusement, de s'épuiser, j'ai beaucoup redouté de retomber dans les passions qui m'avaient animé "avant".

Je me suis donc mis à prier afin que le Seigneur rende ma foi plus solide. Avec la joie, tout m'était possible, et voici que j'étais renvoyé à mes propres forces... j'ai commencé de prier très régulièrement. Mais le résultat de ma prière, c'est que je me suis retrouvé en dépression ! Je ne travaillais plus que le matin, et l'après-midi, je m'étendais sur mon lit en priant mon chapelet pour guérir de ce mal qui me faisait craindre de "tomber" si je marchais, de n'être plus capable de tenir une conversation sans me mettre à bégayer, et autres troubles... Vint un jour où je me suis dit tout d'un coup : "Foutu pour foutu, je retourne travailler, je préfère tomber (je croyais vraiment à un effondrement complet) mais comme un cow-boy abattu avec ses bottes aux pieds !" Et brusquement, tous les malaises ont disparu. Le lendemain, j'ai confié à un proche : je vais me rendre un matin au couvent des soeurs Clarisses, pour remercier Dieu. J'y suis allé, j'y suis retourné le lendemain, puis indéfiniment, puis en organisant chacune de mes journées "autour" de ce rendez-vous quotidien.

Pour résumé, je m'étais donc mis à prier afin que le Seigneur rende ma foi plus solide. C'est bien ce qu'Il a fait. Et pour cela, il m'a appliqué cette"méthode" qu'indique Jésus : "Tout ce qui s'élève sera abaissé, tout ce qui s'abaisse sera élevé" - extraordinaire expérience !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le processus du pardon

Message non lu par Cinci »

Merci pour le message, Étienne. Aussi, je vais sûrement repasser dans ce fil. Il me semble qu'il y aurait tellement de commentaires à manifester touchant le pardon!

:)
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