Les églises des trois premiers siècles

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gerardh
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par gerardh »

___

Salut Cinci,

Pourquoi pas d'autres applications possibles d'Apoc 2 et 3. Je rappelle quand même que le texte s'adresse à des églises et non à des époques de l'AT.

Je vais prendre le temps de regarder de plus près votre message, mais d'ores et déjà je pense qu'il devrait davantage être argumenté.

En tout cas cela n'enlève rien à une application relative à l'histoire de l'Eglise responsable sur terre.


______
Cinci
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Cinci »

(J'avais oublié de définir Pergame qui s'insère alors entre Smyrne et Thyatire)

Pergame :

«Au messager de la communauté de Pergame, écris :
[+] Texte masqué
Il dit ceci, celui qui détient
le glaive acéré à double tranchant.

Je sais où tu habites, là où se trouve le trône de l'adversaire;
et tu garde mon nom, et tu n'as pas renié ma foi, même aux jours
d'Antipas, mon témoin, mon fidèle, lui qui a été tué chez vous,
là où l'adversaire habite
. Mais j'ai quelque chose contre toi :
tu tolères chez toi des adeptes de l'enseignement de Balaam, qui
a enseigné à Balaq à tendre un piège devant les fils d'Israël pour
qu'ils mangent des viandes offertes aux idôles et qu'ils se prosti-
tuent; ainsi tolères-tu toi aussi des adeptes de l'enseignement des
nicolaïtes. Fais donc retour; sinon je viens vite contre toi et je
leur ferai la guerre avec le glaive de ma bouche.

Qui a des oreilles, qu'il écoute ce que le souffle dit aux communau-
tés; au vainqueur je donnerai de la manne, la cachée, et je lui don-
nerai un caillou blanc et sur le caillou je graverai un nom nouveau
que ne connaît personne sauf celui qui le reçoit.»
La période des "quarante années d'Israël au désert" se laisse reconnaître par la mention du trône de
l'adversaire
. Le désert ou les lieux arides représentent traditionnellement l'espace qui est habité par
les forces du mal (cf Jésus et "la tentation dans le désert"). La promesse qui mentionne la manne cachée
renvoi à l'Exode; le caillou sur lequel gravé un nom nouveau également.
  • «...prends garde que ton coeur ne s'élève
    et que tu n'oublie Yavhé, ton Dieu, qui t'a
    fait sortir d'Égypte, de la maison des escla-
    ves, lui qui t'a fait marcher dans le
    désert grand et terrible, parmi les serpents
    brûlants et les scorpions, pays de la soif
    où il n'y a pas d'eau, lui qui a fait sortir
    pour toi de l'eau d'un rocher de silex, lui
    qui dans le désert t'a nourri de la manne que
    n'ont pas connu tes pères, afin de t'humilier
    et afin de te mettre à l'épreuve, pour te faire
    du bien à la fin.»
    - Deutéronome 8,14
  • «... tu prendras les deux pierres d'onyx et
    tu graveras les noms des fils d'Israël : six
    de leurs noms sur la première pierre et les
    six noms restants sur la seconde pierre, selon
    leur ordre de naissance. C'est à la façon du
    lapidaire en gravures de sceau, que tu graveras
    les deux pierres aux noms des fils d'Israël :
    tu les enchâsseras dans des chatons d'or. Tu
    mettras les deux pierres sur les épaulettes
    de l'ephod : pierres de mémorial pour les fils
    d'Israël.»
    - Exode 28,9
La période au désert fut un temps d'épreuve, de discernement, de purification (pas d'eau sinon l'eau
sortie du rocher en silex; rien à manger (nostalgie des oignons d'Égypte), rien sinon la manne que Dieu
donne
, temps de passage pour faire d'Israël une nation sainte (cf. On vous appelera "prêtres de Yavhé"
... ephod, pierre sur laquelle graver le nom) Dans le désert, il y a bien sûr ceux qui succombent aussi
à la morsure des serpents.


Pour la conquête de Canaan (terre promise)
  • «... Balaq, fils de Sippor, était le roi de Moab
    en ce temps-là. Il envoya des messagers à Balaam,
    fils de Beor, à Peteor sur le fleuve, au pays des
    fils d'Ammon, pour l'appeler en disant : «Voici
    qu'un peuple est sorti d'Égypte, voici qu'il a
    couvert la face du pays, et il habite vis-à-vis
    de moi! Maintenant donc, viens je te prie, maudis-
    moi ce peuple, car il est plus fort que moi; peut-
    être alors pourrai-je le battre et le chasser du
    pays; car je sais que celui que tu bénis est béni,
    et que celui que tu maudis est maudit.»
    - Nombre 22,4
Balaq et Balaam font renvoi à l'affrontement contre les Cananéens, les tribus de Moab. Israël doit
lutter contre la sorcellerie, les mauvais sorts, toutes ces pratiques qui seront interdites dans la loi
de Moïse. Le désert où l'Adversaire habite est assimilé par Jean au lieu de l'affrontement, de la
contradiction et le péril de mort.

Un lien pourrait être fait possiblement entre ce désert et le désert
qui réapparaîtra dans le chapitre 12 de l'Apocalypse
cf. la femme couronnée d'étoile.
  • «... la femme fuit au désert où elle a un lieu préparé par Dieu pour que là même on la nourrisse mille deux cent
    soixante jours.[...]Survint une guerre au ciel. Michel et ses messagers firent la guerre au dragon;
    et le dragon et ses messagers firent la guerre, mais ils ne furent pas de force, et on ne trouva plus
    leur place au ciel. Il fut jeté l'antique serpent qu'on appelle le Diviseur et l'Adversaire qui égare
    l'univers entier [...]

    Quand le dragon se vit jeté sur la terre, il pourchassa la femme qui avait enfan-
    té le mâle. A la femme furent données les deux ailes du grand aigle pour s'envoler au désert,
    en son lieu, là même où elle est nourrie un instant [...] et de sa bouche le serpent jeta une eau tel
    un fleuve derrière la femme pour qu'elle soit emportée par le fleuve. Mais la terre porta secours à la
    femme : la terre ouvrit la bouche et engloutit le fleuve que le dragon avait jeté hors de sa bouche.


    Le dragon se mit en colère contre la femme et partit faire la guerre au reste de sa descendance,
    ceux-là qui garde le commandement de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus.»
... et partit faire la guerre au reste de sa descendance, ceux-là qui garde le commandement de Dieu et qui ont le témoignage de Jésus. = Antipas, martyr chrétien du Ier siècle.
Cinci
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Message non lu par Cinci »

(note personnelle pour aider à voir ...)

Relativement au choix du nom de 'Smyrne" pour évoquer l'Égypte chez Jean, il y a possiblement le texte de la Genèse :
  • «... lors donc que Joseph arriva auprès de ses frères, ils le dépouillèrent de sa tunique, la tunique
    à longue manche qu'il avait sur lui; ils le prirent et le jetèrent dans la citerne. La citerne était
    vide, il n'y avait pas d'eau. Puis ils s'assirent pour prendre leur repas. Levant les yeux ils virent
    une caravane d'Ismaélites arrivant de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés de gomme adragante,
    de baume et de laudanum
    , qu'ils allaient faire descendre en Égypte

    - Genèse 37,23
Et

Lire les deux premiers chapitres de l'Exode avec le récit du pharaon qui ordonne que les enfants mâles soit
jeté dans le fleuve pour mourir, avec ensuite Moïse placé dans une corbeille «enduite de bitume et de poix»
(= qui correspond à une pratique funéraire _ enduire de bitume et de poix entrait dans la technique funéraire
des Égyptiens. viz. sarcophage et momie
)

https://books.google.ca/books?id=9u4awj ... %22en+grec
%22&source=bl&ots=Q-4HWPHM2y&sig=neRk8RV-YmV-
6Hoj82QbEPOes6k&hl=fr&sa=X&ei=6FbfVKD0AoT0yASIw4DoAg&ved=0CDQQ6AEwBA#v=onepage&q=myrrhe%20%22en%20grec%22&f=false

[...]

La myrrhe apportée par les mages et que mentionne Luc dans le récit de l'enfance de Jésus (la myrrhe =
la souffrance du Christ dans sa passion dixit Émile Osty) Moi je rajoute le «... d'Égypte, j'ai appelé mon fils» de Matthieu, et prononcé à l'occasion du massacre des innocents. Matthieu assimilera Hérode au pharaon d'Égypte de son côté. «A Rama on entend des pleurs, Rachel pleure ses enfants et ...» Une période de grand Deuil.

Comment sortir de l'esclavage de la mort?
Cinci
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Cinci »

La perspective :

On pourrait voir le texte de l'Apocalypse comme une annonce de Jean qui s'adresse à des juifs pouvant
devenir des chrétiens. Je songe à Paul qui irait faire une «revue de la Bible» dans une synagogue de
Colosse ou ailleurs. L'idée consiste à «recadrer le Christ» par rapport à toute l'aventure complète du
salut, pour montrer ce qui en serait de la rédemption complète d'Adam.

On ouvre donc le grand livre, et puis l'on y explique la notion de fidélité passant au travers ce que les pères auront
dû traverser déjà, leurs épreuvres et tout. Jean fait une association entre ces compatriotes juifs auxquels
il s'adresse (qui vivent dans la diaspora notamment) et leurs propres pères. Il y aura eu de l'infidélité déjà
avec toute la somme d'afflictions qu'il aura dû en coûter pour le peuple. On le sait. Mais il sera demeuré un reste
cependant. Jean fait un aller-retour entre la situation du passé et la situation du présent, et ceux du présent
y étant exhortés à ne pas se compromettre eux-mêmes avec l'Adversaire (avec César) pour persécuter
ces authentiques témoins de Dieu que sont ces disciples de Jésus. Le salut et la fidélité passe désormais
par le truchement de ces juifs qui auront décidé de suivre les apôtres, acceptant de recevoir leur témoignage.

L'Apocalypse se lirait alors "muscialement parlant" comme une pièce polyphonique à plusieurs voix. Sur
le canevas de fond qui serait l'histoire du salut, découpable en strates chronologiques, placées dans
l'ordre, il vient s'en superposer par-dessus (telle une voix chantée de soprano cristalline) la condition actuelle et
vitale de l'auditeur; l'auditeur étant ici celui qui écoute ce qui est dit («Écoutes Ô Israël ...»)
au travers cette voix de basse (le récapitulatif biblique) portée par le souffle.


Ou

L'ange du Seigneur fait voir en vision à Jean, qui peut représenter ici les baptisés juifs-convertis du
Ier siècle, ce qui en est de la situation très globale pour toute l'humanité, opérant lui-même un
récapitulatif, et ce, d'entrée de jeu, pour nous qui lirons dans les premiers chapitres du livre, avant de pousser
plus avant la Révélation qui devra être mise par écrit.

Le Jean auquel l'ange du Seigneur s'adresse est aussi "comme" l'auditeur juif, celui qui vivrait à Éphèse
ou Thessalonique, comme celui pouvant entendre l'apôtre lui livrer alors la révélation susdite de vive
voix. Le juif à convertir de la synagogue que Paul visite est appelé à se reprendre, à faire retour, un peu
comme dans le premier discours de Pierre :
  • «Israélites, écoutez ces paroles : Jésus le Nazoréens, cet
    homme que Dieu a accrédité auprès de vous par des miracles [...] que vous avez tué en le fixant à
    la croix par la main des sans-loi, Dieu l'a ressuscité [...] Que toute la maison d'Israël le sache donc
    avec sûreté : Dieu l'a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous, vous avez crucifié. [...] En entendant
    cela, ils furent piqués au coeur
    [...]»

    -Actes 2,22
Cinci
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Cinci »

Et le psaume 133 conviendrait bien pour le choix du nom de Philadelphie. Je disais plus haut que Jean évoque le retour des exilés à Jérusalem.
  • «Ah! qu'il est bon, qu'il est délicieux
    pour des frères d'habiter ensemble!
    C'est comme l'huile précieuse versée
    sur la tête,
    qui descend sur la barbe d'Aaron,
    qui descend sur le bord de ses habits;
    c'est comme la rosée de l'hermon
    qui descend sur les montagnes de Sion.
    Car c'est là que Yavhé a établi la bénédic-
    tion,
    la vie à jamais.»

    - Psaume 133
gerardh
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par gerardh »

_______

Bonjour Cinci,

L’application que vous avez faite d’Apocalypse 2 et 3 à un historique de l’histoire sainte pendant la période de l’AT m’a intéressé. Pour être pleinement convaincante, elle mériterait d’être beaucoup plus étayée, et ce beaucoup plus finement. Aussi il faudrait comprendre pourquoi et pour qui cette histoire serait développée de façon aussi symbolique et mystérieuse. Au contraire les discours que l’on trouve au début des Actes, comme les discours de Pierre ou d’Etienne, adressés aux juifs, sont autrement plus explicites.

Je ne récuse donc pas votre application, mais elle me laisse largement sur ma faim. J’en resterais plutôt à une application à l’histoire résumée de l’Eglise (l’ensemble des chrétiens), dans sa responsabilité terrestre. Voici un commentaire parmi d’autres qui exposent cette thèse :

Source (chrétienne non catholique) : Messages aux sept Églises d’Apocalypse par Hamilton Smith :
[+] Texte masqué
Nous voyons au chapitre 1 que la Révélation fut donnée à Christ «pour montrer à ses esclaves». Ainsi, les croyants ne sont pas vus dans leur relation avec le Père comme fils, mais en relation avec Christ comme esclaves. Le grand dessein de Christ dans l’Apocalypse est de «montrer à ses esclaves les choses qui doivent arriver bientôt». Le contenu du livre montre clairement que ces choses sont les jugements qui vont fondre bientôt sur la chrétienté et sur le monde en général.

L’apôtre est invité à mettre par écrit les choses qu’il a vues, les choses qui sont et les choses qui doivent arriver après celles-ci. Nous avons donc ici la division de l’Apocalypse que le Seigneur donne lui-même. Premièrement, «les choses que tu as vues», se rapportant à la vision du Fils de l’homme comme Juge (1:9-18). Deuxièmement, «les choses qui sont», c’est-à-dire les messages aux sept assemblées, représentant les choses qui existaient alors, et la condition qui continuera d’exister durant la période de l’Église (Ch. 2 et 3). Troisièmement, «les choses qui doivent arriver après celles-ci», comprenant les grands événements prophétiques qui suivront, lorsque la période de l’Église sera terminée (Ch. 4 à 22).

Le message adressé à l’ange de l’assemblée qui est à Éphèse, présente clairement la condition de l’assemblée au début de son déclin, à la fin des jours du dernier apôtre et pendant les années qui ont suivi son départ. Le message à l’assemblée qui est à Smyrne semblerait présenter l’état général de l’Église durant la période des persécutions venant du monde païen. Dans le message à l’assemblée qui est à Pergame, nous avons l’état général de l’Église lorsque les persécutions venant des païens firent place à la protection du monde. Le message à l’assemblée qui est à Thyatire montre l’état de l’Église, telle qu’elle est aux yeux de Dieu, quand, au lieu d’être protégée par le monde, elle chercha à le dominer. Cet état a cessé, après un temps, de représenter l’ensemble de la profession chrétienne, mais dure jusqu’à la fin de la période de l’église. Dans le message à l’assemblée qui est à Sardes, nous voyons l’état qui résulte, pour une partie de la profession chrétienne, de la corruption introduite par l’homme dans la Réforme. C’est un état qui se développe à partir de Thyatire et en opposition à Thyatire, bien que coexistant avec elle jusqu’à la fin. Dans le message à l’assemblée à Philadelphie se trouve présenté un résidu fidèle, séparé de la corruption de Thyatire et de l’état de mort de Sardes, et qui continue jusqu’à la fin. Dans le message à l’assemblée qui est à Laodicée (le dernier des sept) se trouve présentée la phase finale de la profession chrétienne : elle est un objet de dégoût pour Christ, à un tel point qu’il vomira de sa bouche ce grand ensemble sans vie.

Il y a deux assemblées, Smyrne et Philadelphie, auxquelles le Seigneur ne trouve rien à reprocher, mais les cinq autres se sont gravement écartées de ce qui était leurs privilèges normaux, tels qu’ils nous sont présentés dans cette magnifique doxologie. À Éphèse, il y a eu abandon de l’amour de Christ. À Pergame, au lieu d’une condition convenant à ceux qui ont été lavés dans le sang de l’Agneau, la souillure est tolérée. À Thyatire, au lieu d’un royaume où tous sont soumis au Seigneur, l’assemblée s’arroge la place d’autorité. Sardes a devant les hommes le nom de vivre, mais, devant le Seigneur, elle est morte ; elle a perdu le service de la sacrificature devant Dieu. À Laodicée, au lieu d’exalter le Seigneur et de lui attribuer toute gloire et domination, l’église s’exalte elle-même et, dans la pratique, ignore Christ.

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Cinci
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Cinci »

Salut gérardh,
L’application que vous avez faite d’Apocalypse 2 et 3 à un historique de l’histoire sainte pendant la période de l’AT m’a intéressé.
Merci.
Aussi il faudrait comprendre pourquoi et pour qui cette histoire serait développée de façon aussi symbolique et mystérieuse.
Pour des juifs du Ier siècle, tels des juifs à convertir et qui vivent dans la sphère culturelle grecque. Il y a bien des juifs dans les premières communautés. Le texte est écrit dans un genre littéraire connu des juifs de l'époque

Au contraire les discours que l’on trouve au début des Actes, comme les discours de Pierre ou d’Etienne, adressés aux juifs, sont autrement plus explicites.
Oui.

C'est la démarche de Luc qui veut agir alors tel un historiographe, si c'est pour prendre le livre des Actes en comparaison; c'est normal que ce qui est relaté chez Luc soit plus explicite.

Jean avec le livre de l'Apocalypse correspond plutôt au genre dit apocalyptique, un style d'écrit que l'on retrouve aussi dans la Bible chez Ezéchiel, Jérémie, Daniel, Zacharie, Amos, etc. Cette fois, il s'agit d'employer délibérément des symboles, des expressions indirectes pour renvoyer l'auditeur ou le lecteur à d'autres textes bibliques notamment. Luc veut narrer des événements précis du passé, lorsque Jean veut mettre l'auditeur dans une "condition vitale" qui le renverrait aussi bien au passé du peuple élu qu'à sa situation présente, tout en faisant en sorte que le texte nous ouvre également sur une perspective d'avenir. C'est génial. Le texte de l'Apocalypse force "son monde" à étudier et connaître la Bible à fond. Autrement ... le texte sera comme un rébus indéchiffrable ou presque.

Je ne dis pas que je ne peux pas me tromper. C'est sûr. Je peux faire erreur. Il est possible que le texte soit chargé également d'une diversité de sens tout en même temps. Ce que j'aime avec cette vue dont je viens de vous faire part mais c'est qu'elle offre au moins des pistes pour être à même de trouver la sorte de liens pouvant s'établir entre le nom de l'église retenue par Jean et puis le tableau critique qui en est fait brièvement.


Les noms d'église ...

Vous prendrez le nom de Philadelphie : personnellement, j'aurai toujours été complètement "largué" par la mention du nom de cette église. Je ne connais aucune église chrétienne antique de ce nom. On en connaît d'autres qui ne sont pas nommées dans le texte. Alors pourquoi Philadephie? Si c'est pour évoquer une période de l'histoire du judaïsme et comme ce à quoi le Psaume fait allusion («Qu'il est doux pour des frères [...] retour à Sion, etc.»), alors tout semblera s'éclairer enfin. Jean fait part d'une dynamique et où des fidèles du passé auront eu des difficultés à surmonter, quand il leur aura fallu tenir bon, quand des justes devaient faire face à de la persécution également. C'est bien écrit. Le rythme est haletant, permet de «faire mémoire». Le lecteur peut lire sa propre situation au travers cette fenêtre intemporelle.

Il y a le nom de Thyatire qui reste encore pour moi comme un petit mystère. Sauf, avec ce que j'ai dit antérieurement j'aurais l'indice au moins d'une sorte de rapport entre ce nom et la monarchie, la royauté. En regardant dans le livre des Actes au chapitre 16, verset 14, je découvre qu'il y avait une fabrique de pourpre à Thyatire.
  • «... et une femme du nom de Lydie, négociante en pourpre de la ville de Thyatire et qui adorait Dieu écoutait» (Actes 16,14)
La pourpre royale ... Tout l'épisode narré dans Luc présente une magnifique analogie avec l'histoire du roi Achab et la reine Jézabel contre le prophète Élie. Le pouvoir qui persécute les prophètes ... La ville qui profite du culte impérial pour faire de l'argent et qui serait menacé par la prédication de l'apôtre ...
Cinci
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Cinci »

... en reprenant cet exemple de Thyatire, alors c'est comme si Jean, avec sa révélation, disait à des compatriotes juifs, de ne pas se ranger, eux, du côté du pouvoir impérial romain (dans un contexte d'époque très dangereux pour les chrétiens) et pour persécuter l'apôtre Paul (Silas et les autres); comme si l'ange leur remettrait en mémoire le souvenir des infidélités du temps des rois d'Israël (Ex : Achab) et comment à cause de ces infidélités le peuple aura été châtié par Dieu, châtié par l'exil à Babylone en l'occurence.

Moralité :

Il vaudrait mieux pour les juifs éviter de retomber toujours dans la même faute. Les missionnaires qui annoncent la bonne nouvelle de Jésus sont des justes et des gens fidèles à Dieu. Il vaut mieux se trouver du côté des justes (Élie hier; maintenant les apôtres). Hier il fallait tenir bon comme les 7000, il faut encore le faire lorsque l'accomplissement ultime de la promesse passe par l'agneau qui se tient debout à côté du trône, en présence de l'ancien des jours, etc. La lettre aux sept Églises s'adressent vraiment à tous, comme aux hébreux d'hier, aux juifs contemporains de Jean, aux chrétiens pouvant être tenté de faire défection (peur, découragement?) au profit de l'oppresseur.
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Eric de Carcassonne
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Eric de Carcassonne »

Sauf erreur de ma part, Tertullien de Carthage est un des Père de l'Église de Rome, même si comme Origène il n'a pas été canonisé.
Pourtant c'est bien lui qui écrit qu'à partir du IIe siècle c'est le christianisme marcionite qui recouvre la Terre. À Antioche ce sont des exilés de Jérusalem après la mort d'Étienne renforcés par Paul de Tarse que Tertullien appellera l'apôtre des hérétiques qui se voient affublés du sobriquet de Chrétiens. Pendant ce temps, les judéo-chrétiens restés à Jérusalem car ils n'ont pas blasphémé contre Yahvé, eux, continuent leur développement de secte juive. Ils ne quitteront le judaïsme que contraints et forcés en 135, après l'échec de la dernière révolte juive qui poussera ces derniers à les évincer du judaïsme.
Pour Edesse, je vous rappelle que les judéo-chrétiens catholiques y sont appelés Palutiens, du nom de leur évêque alors que le terme chrétiens y est réservé aux marcionites.
Lisez Bauer et quelques auteurs sérieux de cette époque à ce sujet et pour ne plus faire la confusion entre les marcionites et les manichéens, je vous conseille les auteurs arabes qui ont côtoyé les deux, notamment Abd Al-Jabbar. Et accessoirement présentez-nous vos sources.
Comment un être créé à l'image de Dieu, donc ignorant du Mal, pourrait-il préférer le Mal qu'il ne connaît pas au Bien qui est son fond naturel ? Si Dieu est innocent du Mal, ses créatures le sont tout autant et il faut admettre une autre origine au Mal. (Jean de Lugio - Liber de duobus principiis - XIIIe siècle)
Cinci
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Cinci »

gérardh écrivait :
Je vais prendre le temps de regarder de plus près votre message, mais d'ores et déjà je pense qu'il devrait davantage être argumenté.
Je me livrais à une petite recherche pour étoffer la question du chapitre 12 de l'Apocalypse. Or quelle ne fut pas ma surprise, cher gérardh, de tomber plutôt sur un article de revue spécialisée, soit un article abordant directement l'hypothèse que je soulevais l'hiver dernier. C'est trop fameux. Il s'agit d'une revue qui est éditée depuis 1968, au Canada, par des Dominicains. Et l'article date de 1985. On y présente alors un travail réalisé par un jeune spécialistes des Pères de l'Église, Eugenio Corsini. Le titre : L'Apocalypse maintenant.

Sommaire :

L'Apocalypse maintenant d'Eugenio Corsini est un ouvrage qui, pour la première fois peut-être, fournit une exégèse vraiment cohérente de l'Apocalypse de Jean. C'est dans les liens internes du texte et dans le recours constant à l'Ancien Testament que sont les clefs de lecture du livre de Jean . La venue de Jésus-Christ dont parle l'Apocalypse, c'est celle qui s'est réalisée progressivement au long de l'histoire depuis la création et qui a culminé dans l'événement (kairos) de la présence historique de Jésus, de sa mort et de sa résurrection. L'Apocalypse ne porte pas sur l'avenir ; elle dit la profondeur de l'histoire que nous vivons maintenant en raison de ce qui s'est accompli en Jésus-Christ.

Article (extrait) :
Sur l'Apocalypse de Jean, un ouvrage important

Jean-Paul Michaud, s,m,m,

Le livre d'Eugenio Corsini, traduit en français sous le titre L'Apocalypse maintenant, est littéralement fascinant. Pour l'avoir travaillé avec un groupe d'étudiants aux études supérieures en théologie [...] j'avoue avoir été séduit par ce qui apparaît comme une véritable démonstration. En tout cas, pour une première fois peut-être, nous avons ici un ouvrage qui ne se contente pas d'amasser des informations sur l'Apocalypse de Jean, comme beaucoup de commentaires en donnent l'impression, mais qui réussit vraiment, je crois, à faire comprendre cette oeuvre si singulière.

Il faut souligner l'Importante préface du P. Xavier Léon-Dufour qui, en huit pages d'une grande densité, montre les avantages de la lecture inédite et radicale de Corsini : sa consonance en particulier avec les autres livres du Nouveau Testament, notamment l'Évangile de Jean [...] et surtout peut-être la continuité qui unit le Nouveau Testament à l'Ancien, dans cet hymne à la totalité du dessein de Dieu (p.12) que devient l'Apocalypse, [...]


Nouveauté de ce livre


Quelle est donc la nouveauté de ce livre? D'entrée de jeu, Corsini livre au lecteur sa méthode et la découverte qu'il croit avoir faite. La méthode est simple et claire. «Ce que j'ai tenté est une lecture continue qui s'efforce, en tenant constamment compte des liens internes du texte et de son recours délibéré à l'Ancien Testament, de retrouver dans le livre une ligne de développement cohérente et unifiée.» (p.23) [...] «Mais celle que je crois avoir pu repérer, dit Corsini, ne coïncide guère, du moins pour le sens et l'orientation générale, avec celle des commentaires connus. L'Apocalypse décrit, certes, la venue de Jésus-Christ, mais il ne s'agit pas de la venue qui aura lieu à la fin des temps. Il s'agit de celle qui s'est réalisée progressivement au long de l'histoire du monde et qui a culminé dans l'événement de la présence historique de Jésus, de sa mort et de sa résurrection.

C'est la position révolutionnaire de l'auteur. [...] «L'Apocalypse ne prédit pas des catastrophes à venir, elle ne fait pas rêver d'un monde meilleur, elle dit la profondeur de l'histoire que nous vivons maintenant : la victoire acquise, préfigurée dans la résurrection du Christ et anticipée dans la cité céleste. La «révélation de Jésus-Christ» que transmet saint Jean ne concerne pas la fin des temps, mais la fin du temps de la première économie du salut. Elle ne parle pas du retour du Christ ni de la cité future, mais du Christ qui est là, de la Jérusalem céleste qui est là, maintenant». Cette interprétation estompe l'attente de la fin au profit du présent du mystère du Christ . Plus exactement encore, Corsini se sépare non seulement de ceux qui lisent dans l'Apocalypse une attente fiévreuse de la seconde venue du Christ, mais aussi de ceux qui, valorisant l'eschatologie réalisée, perçoivent dans les visions le déroulement de la vie ecclésiale actuelle, Selon Corsini, les visions de l'Apocalypse, les catastrophes cosmiques sont toutes à comprendre en liaison avec l'événement, le kairos du Christ. Les mille ans, par exemple, ne visent pas une situation future, ni même (comme chez Prigent) le temps de l'Église; ils désignent le temps de l'économie ancienne terminée avec la venue du Christ.

En conséquence, l'Apocalypse n'est plus à lire selon le genre apocalyptique tout orienté vers le futur. C'est plutôt une lecture des signes opérés jadis par YHWH (p.32), une prophétie (ainsi que Jean l'affirme lui-même à plusieurs reprises) qui relit toute l'histoire du monde à partir du mystère de l'Agneau immolé et debout, ou encore de cet «Agneau égorgé depuis la création du monde» (13,8), dont Corsini rappelle si souvent la figure. C'est cette dimension christologique qui fait la cohérence et l'unité de l'Apocalypse. Celle-ci est révélation de Jésus-Christ, non pas seulement au sens oû elle nous vient par Jésus-Christ (et surtout pas au sens oû, par Jésus-Christ, nous seraient dévoilées des choses secrètes futures) mais au sens d'une révélation de Jésus-Christ sur Jésus-Christ, au sujet de Jésus-Christ. Ce livre concerne la manifestation de Jésus-Christ tout au long de l'histoire de l'humanité, perçue comme une histoire du salut. Ce qui nous est donné à lire, c'est donc une méditation sur l'histoire humaine, en relation unique avec le mystère du Christ qui est l'accomplissement du mystère de Dieu et sous l'éclairage de la parole divine révélée dans les Écritures.


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Eugenio Corsini, L'Apocalypse maintenant. Traduit de l'italien par Renza Arrighi. Préface par Xavier Léon-Dufour. Col «Parole de Dieu», Paris, Seuil, 1984. Lauréat de littérature chrétienne ancienne, l'auteur a perfectionné ses études à Paris (Sorbonne, École pratique des Hautes Études) et à Rome (Institut biblique)

Source : Science et Esprit, «Sur l'Apocalypse, un ouvrage important», XXXVII (1985), 231-246
Cinci
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Re: Les églises des trois premiers siècles

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Au sujet des lettres au sept églises d'Asie mineure :

«... Corsini prend le texte tel que tous les manuscrits nous le fournissent. Il ne nie pas, assurément, que les exhortations de ces lettres peuvent rejoindre la situation réelle de telle ou telle église (cf. p.99 pour l'église de Smyrne; p.101-102, pour celle de Laodicée; et encore p.294). Mais, pour lui, ce n'est pas à ce niveau historique que se situe principalement le texte. Il faut passer à un autre niveau. Les indices d'aiguillage sont, encore une fois, les citations de l'Ancien Testament qui nous placent avec évidence en contexte d'histoire du salut.

On ne peut nier en effet que 2,7 renvoie à la Genèse , alors que 2,5 parlait de «chute». Et que faire des dix jours d'épreuves de 2.10? Le Balaam, conseiller de Balak (2,14) et surtout la manne de 2,17 ne pointent-ils pas vers le désert? Plus loin dans le texte (mais aussi dans l'histoire d'Israël) apparaît Jezabel (2,20-23) Et que représente ce «reste» de 3,2 ? Corsini croit pouvoir lire dans ce réseau d'allusion un «sommaire d'histoire du salut» en sept étapes. Son langage fortement interrogatif en ces pages montre bien qu'il est conscient du caractère hypothétique de ce qu'il propose. Une première lecture n'entraînera sans doute pas l'adhésion. Mais Corsini y revient en fin de parcours (p.293-295) et permet d'entendre plus exactement sa position. Finalement, à la lumière de l'ensemble du livre, cette lecture paraît moins étrange, presque familière. D'ailleurs, ne faut-il pas noter à son avantage que les commentateurs sont toujours très embarrassés par ces allusions à l'Ancien Testament qui brisent étrangement l'uniformité du texte. On pourrait les lire comme autant de sommets bibliques perçant la surface d'une mer d'événements probablement rattachables à des communautés historiques. Mais ce qu'il faudrait surtout comprendre, c'est la chaîne sous-marine, le parcours d'histoire du salut, reliant ensemble de manière cohérente ces ilôts d'Écriture, ces îlots de sens.»

p.244
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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Cinci »

Il est possible que l'ouvrage de Corsini offrirait déjà plusieurs de ces arguments. Il resterait à trouver le bouquin.
Cinci
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Re: Les églises des trois premiers siècles

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Pour justifier la thése de Corsini, faire ressortir son originalité

Autre extrait :

«... tout le reste du livre sera une méditation sur l'histoire humaine, en tant que dépendante de cet Agneau égorgé depuis le commencement du monde (13,8) . C'est donc essentiellement un livre chrétien. [...] le fait que ce livre soit chrétien, dominé par la figure de l'Agneau debout et égorgé, et qu'en conséquence sa cohérence lui vienne de ce mystère central bouleverse en effet complètement le genre apocalyptique. Les critiques de Corsini sont tentés de lui reprocher que sa lecture ne tient pas suffisamment compte du genre apocalyptique. Il me semble pourtant que cet «apocalypse de Jésus-Christ» renouvelle toutes choses et que, si le mystère est en Lui véritablement accompli, il n'y a plus à projeter dans l'avenir une impatiente espérance (à la manière des apocalypse juives contemporaines de Baruch ou d'Esdras).

Elisabeth Schüssler Fiorenza a fort bien précisé, me semble-t-il, ce qui distingue de l'apocalyptique juive ce qu'on peut appeler l'apocalyptique chrétienne :

  • Whereas Jewish apocalyptic hopes for the imminent intervention of God and understands its litterature as a "proleptic" revelation ot the eschatological events, early christian apocalyptic lives from the belief that the end-events have already been inaugurated in the person of Jesus Christ who was dead and is alive again. Early Christian litterature is thus the revelation of this resurrected Lord and his relationship to the Christian community.


L'Apocalypse de Jean parle certainement d'espérance. Mais d'une espérance fondée sur l'expérience présente de «la demeure de Dieu avec les hommes», déjà réalisée ...

C'est d'ailleurs cet accomplissement historique du dessein de Dieu en Jésus-Christ que met en évidence le recours constant fait par Jean à l'Ancien Testament. Il s'agit en effet de l'accomplissement du mystère de Dieu, mais comme il en a communiqué la bonne nouvelle à ses serviteurs les prophètes. (10,7), en relation donc avec le passé des prophètes. Ainsi que l'écrit P. Prigent :«L'Apocalypse est littéralement saturée d'AT, personne n'en doute». Il ajoute même que l'auteur «reprend les anciennes prophéties, mais ne les cite jamais. En revanche, il les combine, les complète et les modifie avec une souveraine liberté». Corsini souligne particulièrement ce rapport «organique» entre l'Apocalypse et l'Ancien Testament. Pour lui, la présence systématique des variantes par rapport aux textes d'origine montre que nous sommes en présence non d'une création littéraire autonome, mais d'une opération d'explication, d'interprétation, bref d'une oeuvre d'exégèse (p.38). Ces éléments de la tradition biblique ne sont pas fondus ensemble pour dessiner quelque tableau futuriste, au sens «apocalyptique» de la seconde venue du Christ.

Jean puise à la tradition vétérotestamentaire pour mettre en évidence le «témoignage»; ainsi constitué, qui concerne la venue historique de Jésus et le sens de sa mission. En cela, l'Apocalypse de Jean ne diffère pas, il me semble, de la pratique attestée en d'autres traditions. Pensons, par exemple, au Ressuscité qui fait oeuvre d'herméneute auprès des disciples d'Emmaüs : «Commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait» (Luc 24,27)

p. 241
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Re: Les églises des trois premiers siècles

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Cher Cinci,

Lorsqu'il y a un an, vous m'avez proposé une nouvelle lecture des chapitres 2 et 3 de l'Apocalypse, cette application m'a intéressé, bien qu'elle soit plutôt "far fetched" sur certains aspects.

Mais ces nouveaux commentaires, à ce que j'en ai compris, sont bien loin de confirmer votre thèse, et même ils développent une vision "prétériste" du livre. Selon de telles théories l'Apocalypse ne se rapporterait pas à l'avenir mais à des faits passés et au plus présents. Ainsi le retour du Seigneur ne serait pas futur mais passé dans une optique symbolique ou spirituelle. Je ne reçois pas du tout une telle théorie, pas ailleurs contredite par d'autres passages bibliques.

Par ailleurs, que le livre fasse de nombreuses allusions à des passages ou de faits de l'AT, c'est évident. Certains ne sont pas faciles à décoder mais la plupart sont éclairants et édifiants pour le chrétien, qu'il soit ou non d'origine juive.


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Re: Les églises des trois premiers siècles

Message non lu par Cinci »

Salut gérardh,

Je veux dire que la lecture du descriptif, dans l'article, fait également des sept églises comme autant d'étapes charnières dans le développement de l'histoire du salut, au lieu de devoir 'y chercher des églises chrétiennes historiques, coûte que coûte, des communautés pauliniennes.

Il suppose que le rédacteur de l'Apocalypse fait allusion à l'Ancien Testament d'abord et avant tout. C'est quand même pas si mal de voir que certains exégètes ou biblistes professionnels peuvent envisager ce genre d'avenue interprétative, ou qu'un Père Xavier Léon-Dufour aurait pu trouver l'idée intéressante.

Du préterisme? C'est vrai que ça y ressemble beaucoup. Toutefois, Corsini ne s'oppose pas à l'idée d'un nouvel avènement réel de Jésus, de même qu'il ne s'oppose pas à l'idée que des chrétiens puissent découvrir des correspondances entre ce qu'ils peuvent vivre dans le monde et le genre de réalité qu'évoque le livre. Il n'y a rien d'abstrait sur le fond, même si Jean utilise un langage symbolique ou allégorique. Un chrétien de Russie en 1950 est parfaitement en droit de penser que le pouvoir soviétique c'est la «bête de la mer» et que les popes collabos qui dénoncent les vrais chrétiens résistants au régime représentent la «bête de la terre».

C'est juste qu'il suppose que l'intention première de Jean consiste à nous montrer comment les Écritures (Ancien Testament) nous parlent de Jésus, nous le mettent en scène, sa première venue, le sens de sa venue, son identité, l'enjeu, etc. Avec l'Apocalypse, nous aurions droit à une sorte d'exégèse comme Jésus aurait pu en faire une aux disciples d'Emmaüs sur la route. Aux disciples d'Emmaüs, Jésus ne leur parle pas de l'invention d'Internet, de la guerre en Irak, des accords de Camp David ou bien d'une reconstruction du Temple de Jérusalem en l'an 2234. Jésus parle plutôt de ce qui le concerne, comment il devait être rejeté (etc.) et en utilisant les annonces des anciens textes.

La structure d'intention initiale :

Nous sommes en l'an 95 après Jésus Christ, le frère qui se fait lire le texte de Jean entend parler des Écritures, des anciennes prophéties, de l'espérance multiséculaire des anciens envers le nouvel envoyé qui doit venir, celui dont le Royaume sera éternel, le super-oint, le Sauveur , etc. La fin est proche, le Royaume est déjà inauguré, le frère y participe lui-même (une nuée de témoins l'environne). Le frère est déjà vainqueur du monde puisque Jésus ... Rien ne pourra le séparer du Seigneur Jésus, même si des adversaires devaient l'emprisonner pour le jeter aux lions dans l'arène. Les anciens justes participent déjà de la première résurrection à cause de l'Agneau, les martyrs du temps des anciennes persécutions, eux qui auront préféré mourir sur place plutôt que de renier Dieu. Vivants! Relevés des morts! Tous, dans la foulée de Jésus ayant vaincu le monde.
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