Anne a écrit : "(...) je ne crache pas sur la mémoire des hommes (athées, musulmans, juifs, chrétiens) qui ont combattu et perdu la vie dans la lutte contre le Nazisme, Mal incarné! Je leur suis infiniment reconnaissante et je les admire pour avoir fait le don de leur vie, de leur santé, de leur intégrité physique ou psychique. Leurs sacrifices nous permettent de nous exprimer librement, libre de l'hégémonie nazie! Vous devriez visiter un cimetière militaire en Normandie, par exemple, dans vos temps libres.[..]
De plus, je souligne que la majorité catholique d'ici s'était refusée à prendre part à cette guerre. On les a traîté de lâches et il y a eu conscription qui a forcé nos hommes à participer contre leur gré."
Le forum étant français, la plupart des lecteurs ne connaissent pas cet épisode d’une histoire étrangère : Les canadiens-français (leur nom à l’époque!) ne voulaient pas pour la plupart participer à une guerre qu’ils percevaient comme étant celle « des anglais ». Une perception si peu justifiée au vu des enjeux qu’elle étonne aujourd’hui. Toutefois, il faut se rappeler que les canadiens-français était un peuple qui ruminait sa défaite, isolé. Terrain propice à la rumeur et aux idées fausses. Donc, le gouvernement de l’époque ne voyant pas les canadiens-français se porter volontaires a décidé d’une conscription pour tout le Canada, ce qui a provoqué de vives réactions dans le Canada-français. Pour des raisons évidentes de relations familiales et autres, se porter volontaire pour le reste du Canada tombait sous le sens et on y a recruté pratiquement jusqu’à la fin de la guerre. En effet, l’immigration dans le reste du Canada se poursuivait, donc les liens familiaux ou autres outre-atlantiques y étaient encore bien vivants (pour l’époque s’entend, car lorsque l’on quittait un pays à cette époque-là, c’était une véritable rupture). Finalement, il y a eu conscription de toutes façons, mais à la fin de la guerre. (D’ailleurs, pour l’opération Overlord – c’est-à-dire pour le débarquement – il semble qu’il n’y avait encore que des volontaires, ce qui est assez surprenant.)
Au Québec, en revanche, la conscription a été soumise à référendum (avril 1942) et, sans surprise, rejetée à un pourcentage écrasant (71,2 % au Québec et si vous enlevez les anglophones du Québec, 85 %!).
C’est peu de dire que l’on ne voulait pas se battre contre le nazisme et que l’on n’y ressentait aucune pitié pour les populations sous le joug de l’envahisseur. Bon, l’épisode est traité de « page peu glorieuse », voire « honteuse » de l’histoire du Québec! Mais il y a eu des volontaires canadiens-français dans un pourcentage qui reste tout à fait honorable, même si en le comparant aux Amérindiens engagés dans la première guerre mondiale (1 sur 3!) on aurait tendance à se gratter un peu la tête. Plutôt, ce sont les arguments contre – libre de tout parti pris (fallait-il ou non se battre dans ce cas) – qui laissent rêveur, ce décalage absolu entre l’histoire de la province que l'on ressasse et la réalité mondiale du moment.
En tous cas, merci de m’avoir permis de mettre au jour ces faits peu connus à l’intention du forum et de faire l’éloge, indirect, et en petit bien entendu, de tous ceux qui en masse s’étaient portés volontaires.
(Une baby-boomer




