Encore "l'affaire Galilée"

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Ignotus
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Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par Ignotus »

Bonjour
Quand j'étais plus jeune (il y a donc longtemps :( ) j'ai entendu un prêtre dire: Galilée a été condamné par l'Eglise, moins pour avoir affirmé que la Terre tournait autour du Soleil que pour avoir mis en cause la Bible.

Ma question est : Oui ou non, Galilée a-t-il été menacé d'exécution par l'Eglise ?
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pierresuzanne
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Re: Encore l'"affaire" Galilée

Message non lu par pierresuzanne »

Ignotus a écrit :
Ma question est: Oui ou non, Galilée a-t-il été menacé d'éxécution par l'Eglise ?
Cher Ignotus,

Je me permets de vous donner une petite synthèse qui explique la vraie histoire de Galilée.
Galilée (1564-1642) est devenu au fil des siècles le symbole de l'archaïsme de l’Église, de sa cruauté, voire de sa sottise et de sa dangereuse intolérance. Les anticléricaux ont fait de Galilée le chantre de leur étrange combat, motivé par le besoin de dénigrer leurs propres racines. La vérité est un peu plus nuancée : Galilée est un physicien génial, mais il n'est pas mathématicien... de là provient tous ses problèmes et je vais vous expliquer comment.

Galilée est italien, il enseigne à Padoue de 1592 à 1610 dans une université qui dépend de Venise. Il travaille sur le pendule et la chute des corps et il définit les premières lois mécaniques. Il invente le précurseur de la règle à calcul et fabrique des outils de précision (compas et sextants). En 1597, dans une lettre à Kepler, il affirme soutenir le système de Copernic mais dit refuser de l'enseigner par crainte des moqueries. Il ne craint pas l’Église mais bien l'archaïsme des savants de l'université et leurs sarcasmes. D'ailleurs, en 1606, il écrit une lettre publique où il réfute vigoureusement l’héliocentrisme de Copernic.

En 1609, les hollandais ont l'idée de juxtaposer deux lentilles dans un tube, la lunette est inventée. En bon mécanicien, Galilée l'améliore et en fabrique une qui grossit 30 fois. Il l'offre au doge de Venise en lui faisant miroiter son utilité lors des engagements militaires. En récompense, son salaire est doublé. Mais très rapidement, en 1610, il a l'idée de pointer sa lunette vers les étoiles. Il découvre alors une multitude d'étoiles fixes inconnues et surtout quatre nouveaux corps mobiles, les quatre satellites de Jupiter. Son raisonnement est simple : si Jupiter a des satellites comme la terre en a un - la lune - cela signifie que la terre a le même statut que Jupiter et qu'elle tourne elle-aussi autour du soleil. Le raisonnement est un peu boiteux - il est incapable de démonter ce qu'il affirme par le calcul - mais il publie néanmoins ses conclusions dans Le messager des étoiles.

Galilée connaît le triomphe. Invité à Rome en 1611, il est reçu par le pape Paul V. Les jésuites astronomes lui font les honneurs du Collège de Rome. Les Jésuites confirment ses observations de Jupiter auprès de leur supérieur, le Cardinal Bellarmin. Lors d'un banquet réunissant religieux et scientifiques, la lunette de Galilée est baptisée télescope.

Mais Galilée va confondre théologie et sciences...
Aucune loi n'existe alors pour protéger la propriété intellectuelle et aucune publication scientifique ne garde la trace objective de l'antériorité des découvertes. Pour ne pas se faire voler la primauté de ses observations, Galilée prend l'habitude de les raconter sous forme d'anagrammes incompréhensibles. Il enverra ainsi deux fois des synthèses incompréhensibles de ses découvertes astronomiques au naïf Kepler qui passera des semaines à essayer de les décrypter. Et c'est bien par une querelle de primauté que débute son conflit avec l’Église. En 1614, les jésuites décrivent des taches sur le soleil. Galilée prétend qu'il les a vu le premier, mais qu'il a décrit ses observations en langage codé. Il se lance alors dans une querelle sans fin avec le puissant ordre des Jésuites. Elle aurait pu s'interrompre rapidement mais Galilée va se lancer dans une bataille épistolaire.
En 1615, la lettre de Galilée à la grande-duchesse Christine sert de nos jours d'argument à ses défenseurs pour affirmer que Galilée a défini très tôt la nécessité de séparer la science de religion. En fait, cela faisait déjà cinq siècles que l’Église en avait reconnu l'utilité en octroyant des libertas academica aux universités... Dans cette lettre, Galilée s'abrite dans le précédent de Copernic dont il rappelle qu'il était prêtre et que l’Église ne l'a jamais condamné. Il écrit : « L’intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on doit aller au ciel, et non comment va le ciel. ».
Dès 1615, la réponse du cardinal Dini est claire : discourir sur les fonctions du Saint Esprit n'est pas de la compétence de Galilée. Qu'il s'occupe donc de sciences et non de théologie ! « On peut écrire librement tant que l'on reste en dehors de la sacristie » lui signifie-t-il. En conséquence de quoi, en 1616, le pauvre Copernic est mis à l'index, 73 ans après sa mort.
Les Jésuites ont cependant perçu la faiblesse des arguments de Galilée qui n'a pas prouvé que la terre tourne autour du soleil. Faire remarquer que Jupiter a des lunes, ne suffit pas pour mettre la terre en mouvement. En 1616, l’Église, par l'intermédiaire du Cardinal Bellarmin, supérieur des jésuites mais également Grand Inquisiteur, intime l'ordre à Galilée de ne pas enseigner l'héliocentrisme comme un fait établi. La position de l’Église est que l'observation habituelle du ciel montre que le soleil se lève à l'Est et se couche à l'Ouest. Avant de proclamer une autre vérité, l’Église souhaite que celle-ci soit démontrée rigoureusement. L'héliocentrisme n'est encore qu'une hypothèse et doit être enseigné comme telle.

En 1623, Urbain VIII devient pape. C'est un scientifique acquis au système de Copernic. Il a soutenu Galilée lors de sa querelle avec les Jésuites. Galilée est alors toujours incapable de démontrer son hypothèse mathématiquement, d'autant qu'il ignore et refuse les lois de Kepler. Par un étrange entêtement, il voudrait que l’Église confirme l’héliocentrisme, alors qu'il n'est pas encore prouvé. En cela, il ne se conduit pas en scientifique, mais en homme de croyance dogmatique. Galilée est pourtant autorisé par le pape à présenter les différentes hypothèses. En 1632, Galilée s'abrite derrière l'autorisation papale pour publier le Dialogo, … mais il va y présenter l’héliocentrisme comme la vérité et non comme une hypothèse...et faire preuve d'insolence.

Galilée n'a toujours pas de preuve de l'héliocentrisme et les démonstrations qu'il propose sont erronées. Par exemple, il voit dans les marées la preuve de la mobilité de la terre, alors que la lune en est la cause et non la mobilité de la terre. De plus, dans le Dialogo, l'héliocentrisme est défendu par des savants respectables, mais le point de vue de l’Église est soutenu par un personnage surnommé « Simplicio », le Simplet. Le Simplet est sot, naturellement, et ses convictions sont présentées de façon grotesque et péremptoire.
L’Église réagit alors et convoque Galilée. Le 22 juin 1633 se passe alors la célèbre scène, où, menacé de torture - formule rituelle juridique que personne n'a l'intention d'appliquer - Galilée doit se rétracter et réfuter Copernic. C'est le pape Urbain VIII, le fervent adepte du système de Copernic, qui lui indique ainsi les limites de la libre pensée et du respect dû à l’Église. Néanmoins sur les dix juges inquisitoriaux, trois s'abstiennent de le condamner, dont le propre frère du pape. Le Dialogo est interdit. Galilée est maintenu en résidence forcée dans sa propre maison où il continue ses recherches. Quant à l’exécution de sa pénitence – la récitation des psaumes - il charge sa fille, carmélite sous le nom de sœur Marie-Céleste, de les réciter à sa place... et avec l'accord de l’Église.
Il n'en demeure pas moins que Galilée a voulu faire entériner une hypothèse scientifique, non par le calcul ou la démonstration, mais par une affirmation solennelle de l’Église. L'Église s'est dérobée à cette exigence déraisonnable avec le moyen qui était alors le sien : l'Inquisition.

De nos jours, en s'éloignant doucement de leurs origines chrétiennes, nos sociétés reviennent à une vision manichéenne de l'humanité. Elles cherchent à séparer les bons des mauvais et parviennent mal à concevoir que la limite entre bien et mal se trouve au cœur de chaque homme ou au cœur de chaque institution. C'est du moins la conception chrétienne qui veut que chaque homme - ou que chaque institution humaine - soit pécheur, mais néanmoins appelé en même temps à la sanctification. Dans cette optique chrétienne, on pourrait donc penser que Galilée comme l’Église ont eu raison et tort à la fois. Galilée a eu tort de vouloir que l’Église donne un avis scientifique sur l'organisation de l'univers, il a eu tort de se mêler de théologie là où il n'avait aucune compétence, il a eu tort de vouloir imposer un fait scientifique par un dogme d’Église... et il a persévéré 18 ans dans son entêtement avant que l’Église ne fasse preuve d'impatience. Et l’Église a eu tort de le menacer - même symboliquement - de torture, elle a eu tort de se crisper en mettant le chanoine Copernic à l'index et elle a eu tort d’obliger Galilée à se désavouer.
L'Eglise n'a donc pas menacé Galilée de mort, mais "simplement " (si l'on peut dire) de torture, mais sans penser à réellement appliquer cette cruauté.

Ce n'est qu'en 1741, que le pape Benoît XIV donnera l'imprimatur à Galilée,... après avoir observé la preuve scientifique de la justesse de sa théorie.
En 1992, Jean-Paul II reconnaîtra l'erreur de l’Église et souhaitera qu' « Il n'y ait plus jamais un autre cas Galilée ».


Désolé d'avoir été un peu long, mais on raconte de multiples sottises sur Galilée, tant le désir de dénigrer l'Eglise est puissant de nos jours chez nos intellectuels, journalistes, penseurs et même (malheureusement) historiens.
J'espère vous avoir donné ainsi tous les éléments nécessaires pour comprendre la fameuse affaire Galilée à partir de faits objectifs.

Bien cordialement.
Pierre-Elie.
L'archéologie et la science peuvent-elles nous apprendre la vérité sur nos religions ?Télécharger gratuitement en copiant collant : https://onedrive.live.com/redir?resid=83935C97F75476A6!103&authkey=!AC2tYNawNpXvvR8&ithint=folder%2cpdf
HISTOIRE ILLUSTRÉE DES MONOTHÉISMES
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Re: Encore l'"affaire" Galilée

Message non lu par Fée Violine »

Ignotus a écrit :bonjour
Quand j'étais plus jeune (il y a donc longtemps :( ) j'ai entendu un prêtre dire: Galilée a été condamné par l'Eglise, moins pour avoir affirmé que la Terre tournait autour du Soleil que pour avoir mis en cause la Bible.

Ma question est: Oui ou non, Galilée a-t-il été menacé d'éxécution par l'Eglise ?
Réponse brève : non.
Réponse détaillée : voir plus haut. Voir aussi le fil intéressant qui a été consacré au sujet (sous-forum "sciences et techniques"):
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 960#p99960
Ignotus
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Re: Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par Ignotus »

Merci beaucoup, Pierre, pour cet exposé très complet...que j'aurais pu vous éviter en suivant le lien de Fée Violine.
Bonne journée à tous !
Forest Ent
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Re: Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par Forest Ent »

Je me permets de recommander également ce petit essai sur les calomnies les plus fréquentes contre l'Eglise, comme celle de Galilée :

http://forestent.blogspot.fr
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Margaux
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Re: Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par Margaux »

Dans un ouvrage paru en 1985 et intitulé Galilée hérétique, un érudit italien, Pietro Redondi, révèle des dessous inconnus de « l’affaire Galilée ».

Ayant pu consulter des documents jusque-là inaccessibles, il reprend minutieusement toutes les pièces du procès et au terme d’une démonstration magistrale, aboutit à une conclusion stupéfiante. La véritable raison de l’acharnement des jésuites contre Galilée ne serait pas son « héliocentrisme » d’inspiration copernicienne mais sa conception atomiste de la matière, en contradiction directe avec le dogme de l’Eucharistie.

Voilà :)
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Héraclius
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Re: Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par Héraclius »

Il me semble que peu d'historiens donnent crédit à cette théorie.

D'ailleurs, une conception atomiste de la matière n'interdit pas l'idée de la présence réelle, puisque l'Eglise aujourd'hui n'a aucun problème à affrmer les deux (enfin, l'atomisme classique n'est pas l'atomisme moderne, mais bon).
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)
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prodigal
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Re: Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par prodigal »

J'ai lu moi aussi le livre de Pietro Redondi, et j'ai été convaincu.
La physique galiléenne menace très exactement le dogme de la transsubstantiation. En effet, le dogme catholique affirme que durant la consécration, la substance du pain est changée en Corps du Christ, mais que les espèces demeurent, ce qui veut dire que la composition chimique du pain n'est pas affectée par la consécration.
En physique aristotélicienne, c'est clair autant qu'un tel mystère peut l'être. Comme je viens de le dire, le pain est devenu Corps du Christ sans modification de ses caractéristiques physiques.
Mais en physique galiléenne, la phrase que je viens d'écrire est tout simplement insensée, car si un corps change en substance, c'est que ses caractéristiques physiques, sa réalité matérielle, ont changé. Il n'y a pas d'autre substance du pain que la matière du pain aux yeux de la science galiléenne. La diffusion de celle-ci risquait donc de menacer la foi du simple fidèle, en rendant le dogme de la transsubstantiation incompréhensible.
N'est-ce pas d'ailleurs ce qui s'est passé?
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Héraclius
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Re: Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par Héraclius »

J'ai lu moi aussi le livre de Pietro Redondi, et j'ai été convaincu.
La physique galiléenne menace très exactement le dogme de la transsubstantiation. En effet, le dogme catholique affirme que durant la consécration, la substance du pain est changée en Corps du Christ, mais que les espèces demeurent, ce qui veut dire que la composition chimique du pain n'est pas affectée par la consécration.
J'avoue ne pas l'avoir lu, mais les ouvrages de référence dans la sphère intellecuelle anglophone que j'ai pu consulter étaient généralement assez sceptiques. Enfait, le consensus autrait tendance a dire que cela a peut être joué un rôle, mais parmis un graaaand nombre d'autres cause (du "lobbisme" des philosophes artistotéliciens aux personnalités de Galilée et Urbain VIII en passant par la crise politique européenne et le factionnalisme écclésial entre ordres religieux - et bien sûr, la question de l'héliocentrisme à proprement parler, qui est l'objet de la condamnation).
En physique aristotélicienne, c'est clair autant qu'un tel mystère peut l'être. Comme je viens de le dire, le pain est devenu Corps du Christ sans modification de ses caractéristiques physiques.
Mais en physique galiléenne, la phrase que je viens d'écrire est tout simplement insensée, car si un corps change en substance, c'est que ses caractéristiques physiques, sa réalité matérielle, ont changé. Il n'y a pas d'autre substance du pain que la matière du pain aux yeux de la science galiléenne. La diffusion de celle-ci risquait donc de menacer la foi du simple fidèle, en rendant le dogme de la transsubstantiation incompréhensible.
N'est-ce pas d'ailleurs ce qui s'est passé?
Non. Il y a bien eu une baisse de la croyance dans la présence réelle, mais elle n'est pas liée, je pense, à cela.

Du reste, cette idée peut être traduite en physique moderne en disant que le pain se transforme vraiment en chair et en sang, mais que l'homme a l'illusion de voir et d'étudier du pain (c'est une façon de lire la distinction substance/accidents).
''Christus Iesus, cum in forma Dei esset, non rapínam arbitrátus est esse se æquálem Deo, sed semetípsum exinanívit formam servi accípiens, in similitúdinem hóminum factus ; et hábitu invéntus ut homo, humiliávit semetípsum factus oboediens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus illum exaltávit et donávit illi nomen, quod est super omne nomen, ut in nómine Iesu omne genu flectátur cæléstium et terréstrium et infernórum.'' (Epître de Saint Paul aux Philippiens, 2, 7-10)
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Théodore
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Re: Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par Théodore »

J'avais soulevé sur ce même forum, il y a quelques années, la difficulté de croire à la transsubstantitation ET à une physique non-aristotélicienne, comme la physique moderne.

Cette difficulté s'évanouit quand on se rend compte que l'Eglise a considérablement tordu les catégories aristotéliciennes, les soumettant comme de vulgaires outils à leur fin : l'expression du Mystère eucharistique. J'étudie la physique moderne, et je n'ai aucune difficulté à croire à la transsubstantiation.

Quant à Galilée, j'ai pas mal lu sur le sujet, et je concoure avec Héraclius. Les tensions personnelles avec les jésuites, l'insuffisance de la théorie de Galilée et son incapacité à expliquer certaines observations astronomiques, la personnalité du savant elle-même et le fait qu'il ait porté le débat sur un terrain théologique, en pleine Contre-Réforme, tout cela est certainement bien plus important.
Unam peti a Domino, hanc requiram,
Ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitae meae.
Ut videam voluptatem Domini, et visitem templum eius.


Psaume XXVI, verset 7-8.
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prodigal
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Re: Encore "l'affaire Galilée"

Message non lu par prodigal »

J'ai l'impression, Théodore, que vous avez apprécié le livre d'Arthur Koestler, Les somnambules. Est-ce le cas?
En ce qui me concerne, je l'ai trouvé passionnant, mais aussi parce qu'il prend souvent le risque d'imaginer pour combler les vides laissés par l'histoire. Redondi, en revanche, fait oeuvre d'historien, à partir d'un travail d'archives fait directement au Vatican, et que personne n'a pu faire avant lui. Cela ne veut pas dire qu'il aurait toujours raison, mais je ne voudrais pas qu'il y ait de malentendu à son sujet : Redondi n'est pas un théologien.
Sa thèse, en résumé, est que le procès Galilée est une manoeuvre de diversion, pour éviter un procès plus risqué y compris pour le pape Urbain VIII, qui fut avant d'être caricaturé méchamment par lui un défenseur de Galilée et de la science nouvelle. C'est donc le récit d'une intrigue vaticane typique qui se dégage du travail de Redondi.
Il faut aussi que je reprécise ce que j'ai voulu dire. D'une part, je dis cela surtout pour Héraclius, ce n'est pas le dogme de la présence réelle, mais bien celui de la transsubstantiation, qui est menacé par la science galiléenne. Selon le dogme de la transsubstantiation, si le communiant a la sensation physique de manger du pain ou de boire du vin, ce n'est pas parce qu'il est victime d'une illusion. Il n'y a aucune illusion, car les espèces demeurent. Mais vous savez tout cela, je pense.
Autre précision, celle-ci surtout pour Théodore. Je me suis mal exprimé en parlant de la physique aristotélicienne, car c'est un tout petit peu plus complexe. Le dogme de la transsubstantiation n'implique absolument pas que l'on croie en la physique aristotélicienne, il ne fait qu'en reprendre des catégories fondamentales, celles de substance et d'accident. Mais il n'en demeure pas moins que pour quelqu'un qui a été éduqué dans un monde post-galiléen, gouverné par la science moderne, quand vous lui dites que le pain n'est plus du pain mais que ni sa composition chimique ni son aspect n'ont changé il y a un fort risque pour qu'il ne vous comprenne pas. Ce qui ne prouve évidemment pas qu'il ait raison, ni que le dogme soit faux. C'est tout ce que je voulais dire.
Je m'excuse de m'être étendu un peu longuement dans cette rubrique qui n'est pas faite pour cela, mais c'était pour dissiper d'éventuels malentendus.
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