Je suis d'accord avec Gérardh.
C'est écrit dans les évangiles : Jésus parle en paraboles. Et les paraboles, c'est tout sauf un discours simple et explicite. Ce sont des énigmes, et elles sont toujours polysémiques. Même lorsque Jésus en donne une interprétation, il ne faut pas s'y arrêter, car Il n'en dit pas tout (et généralement, il dit dans son interprétation des choses un peu différentes de la parabole, raison pour laquelle l'évangéliste donne et la parabole et l'interprétation : sinon, l'une des deux suffirait).
Alors, oui, l'eau vive, c'est très probablement l'Esprit. Tous les commentateurs s'accordent sur ce point, et l'analyse du texte permet de le comprendre.
Mais il ne faut pas s'arrêter là, il y a tellement d'autres choses à apprendre ! Y compris sur l'eau vive, qui comme le dit très justement Gérard, est
aussi présence de Jésus (ce qui n'est pas contradictoire avec le fait qu'elle soit l'Esprit, au contraire).
Je vous propose de commencer à relire ensemble ce passage, en indiquant des pistes à creuser.
Nous sommes donc en Samarie. Si Jean nous situe géographiquement la scène, c'est que le lieu est significatif. Il faut donc mobiliser tout ce qu'on sait sur la Samarie. J'ai fait un résumé précédemment (qui est loin d'épuiser la question). Et je tiens à préciser que ce résumé ne rapporte que des connaissances bibliques (à part le fait que les Samaritains existent encore aujourd'hui, et ce que la génétique nous apprend les concernant). La Bible parle beaucoup des Samaritains, et Jean suppose bien sûr qu'on connait sa Tanak sur le bout des doigts

A minima, il faudra aller relire le 2nd Livre des Rois et le prophète Osée. L'étude sera plus facile si on s'appuie sur une bonne concordance (un outil indispensable quand on commence à vouloir approfondir un peu son étude de la Bible).
D'ailleurs, question : pourquoi Jésus est-il en Samarie ? Il faut remonter un peu le texte, au moins au début du chapitre 4, et c'est mieux encore de remonter un peu plus haut. Jésus est en train de fuir Jérusalem, où les dirigeants religieux veulent sa peau (ceux que Jean appelle "les juifs", terme qui chez Jean ne désigne pas tout le peuple, loin de là...). Il se retire en Galilée, et pour cela, Jean nous dit qu'il faut qu'il passe par la Samarie. Il faut ? Ah bon ? Regardons sur une carte : effectivement, la Samarie est pile entre la Judée et la Galilée. Et de fait, beaucoup de Galiléens la traversaient quand ils allaient en pélerinage à Jérusalem. Mais (et ça, il faut un bon atlas pour l'apprendre), beaucoup préféraient éviter de traverser ce pays méprisé, et choisissaient de le contourner en longeant le Jourdain, par la rive gauche, la Pérée (et traversaient de nouveau à Jéricho). Traverser la Samarie n'était donc pas la seule possibilité. Ce qui implique soit que Jésus ne pouvait pas passer par la route du Jourdain (et alors il faut se demander pourquoi), soit que Jésus a librement choisi de passer par la Samarie (et par Sychar en particulier), et là aussi c'est significatif.
Tant qu'on est à remonter plus haut, on note dans un coin que Jésus fuit parce qu'il faisait beaucoup de baptême. C'est une info qui pourrait servir
Jésus arrive à Sychar, un ville qui autrefois s'appelait Sichem
(ou qui a été construite pas loin de l'ancienne Sichem, je ne suis pas bien sûr, mais en tout cas quand on nous dit Sychar, il faut aussi penser Sichem, ça va avec)., près du Puits de Jacob, le terrain que Jacob avait autrefois donné à son fils Joseph.
Oulà, on apprend plein de trucs d'un coup.
Alors déjà, Sichem. Il va falloir aller chercher dans la Bible où on nous parle de Sichem (c'est là qu'une concordance aide bien ! à défaut, Google aide pas mal, ainsi que les sites web proposant des moteurs de recherche biblique). On va très vite trouver que c'est au pied du mont Garizim, ce qu'on va noter dans un coin parce qu'on a pris soin de lire le texte une première fois en entier, et qu'on n'a pas oublié qu'on en parlera en cours de route. Et puis notre recherche sur les Samaritains nous a appris que c'est important, le Garizim, quand on parle de Samaritains.
Le Puits de Jacob, ça nous amène à mobiliser plusieurs choses :
- ce qu'on sait de Jacob (aussi appelé Israël).
- ce qu'on sait de l'histoire de ce terrain (l'histoire de Jacob avec les sichémites, mais aussi à la fin du roman de Joseph, le fait qu'il a été légué à Joseph, parce que Jean ne nous le précise pas pour rien), et du coup, mobiliser aussi tout ce qu'on sait de la figure de Joseph.
- ce qu'on sait de manière générale sur les puits dans la Bible. Dans les commentaires déjà publiés ici, on a un peu parlé d'Isaac et Rébecca. A minima, on ira aussi regarder l'histoire de Jacob et Rachel, et puis tiens, celle de Moïse et Tsipora.
Entre autres, on commence sentir venir une histoire de mariages, et même de manière plus générale d'alliance (c'est là qu'on est content d'avoir été rafraîchir sa mémoire à propos d'Osée, par exemple, mais aussi le passage des sichémites).
Jésus, fatigué par la route, s'assied près de la source. Ah tiens, c'est plus un puits, c'est une source.
Je précise que ce n'est pas là une erreur de traduction : c'est dans le grec. Une bonne traduction doit bien distinguer les deux.
Il y a pas mal à dire sur la fatigue de Jésus, et c'est un point qui a déjà été abordé. Personnellement, c'est quelque chose qui me touche beaucoup.
Je l'ai souligné : Jean parle de source. Il va donc falloir étendre nos recherches à la notion de sources, et pas seulement de puits. On trouvera des références intéressantes chez Jean lui-même, mais aussi ailleurs dans la Bible. A commencer par le verset 14
"L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle".
Source jaillissante, ça "sonne" référence biblique, ça. Pourrait-on trouver quelque chose ? Oui, par exemple, dans un livre qu'on ne lit pas forcément très souvent, parce que c'est un peu fastidieux (et si comme moi vous êtes dans ce cas, comme moi vous avez bien tort : c'est un livre très riche) : Proverbes 5, 15
"Bois l’eau de ta propre citerne, l’eau jaillissante de ton propre puits."
Un contraste bien intéressant avec notre passage d'évangile. Ca doit nous interpeller...
Jésus s'assied. Bien sûr, avec la fatigue, c'est compréhensible, et on glisse facilement sur ce verbe sans y prêter attention. Mais dans les évangiles, on ne nous dit jamais par hasard que Jésus s'assied. La position assise, dans la Bible, est significative. Il faut donc se rappeler qui sont ceux qui s'assied : cela nous dira quelque chose de Jésus, ou à tout le moins de ce qu'il va faire.
Il est midi, la 6e heure. Là encore, si Jean prend le soin de nous le préciser, ce n'est pas pour faire "couleur locale". Il faut donc aller chercher ce qui se passe à midi dans la Bible.
Arrive une samaritaine. On a déjà regardé que qu'on savait des samaritains. Peut-être y a-t-il quelque chose à apprendre du fait que c'est une femme (je n'ai personnellement pas encore exploré cette piste, donc je ne sais pas), mais en tout cas on commence à voir se mettre en place le mécanisme désormais bien connu de la rencontre entre un homme et une femme (souvent étrangère, en plus) à côté d'un puits.
Oh, et puis on repense à Osée, qui était marié à une femme impure. Cette samaritaine n'est pas exactement comme elle, mais par certains côtés, elle ressemble à la femme d'Osée. Osée, dont le nom signifie "Sauve". Et là, on a Jésus : Dieu sauve. Et on avait vu que le mont Garizim intervient dans l'histoire, et il y a un lien avec Josué (même nom que Jésus, en hébreu). Et puis on se rappelle les enfants d'Osée...
(Je viens seulement d'y penser, à ce parallèle entre Jésus et Osée ! Me voilà récompensé d'avoir pris le temps d'écrire ce message ! J'ai trouvé encore un truc que je n'avais pas vu dans cette péricope, et que je n'ai encore lu nulle part...)
Et puis, si on se rappelle qu'il est midi, on peut légitimement s'étonner : ce n'est pas l'heure à laquelle on va chercher l'eau. Normalement, on y va le matin. A la rigueur, le soir. En tout cas, à la fraîche. Pas en plein cagnard de midi. C'est là une "anomalie", et dans les évangiles les anomalies sont toujours des indices significatifs. Si on ne l'a pas déjà fait, on se dit qu'effectivement, il faut aller chercher en quoi midi est une heure particulière.
La Samaritaine vient puiser : ça va parler d'eau, forcément. Pour un chrétien, ça doit nous faire penser au baptême. On n'avait pas noté un truc dans un coin, à ce sujet ?
On en est où, là ? 3 versets et demi ?
Et il va falloir continuer comme ça sur 40 versets
On commence à voir s'esquisser des lignes fortes en filigrane : ça va parler d'alliance, ça va parler de baptême, et l'histoire d'Osée me dit que ça devrait parler de salut et de miséricorde. Et puis je dévoile un peu en avance que ça va aussi nous parler du Temple, le lieu où l'on est en présence de Dieu. Donc de comment être en présence de Dieu...
Bref, ça envoie du lourd, et en 40 verset, c'est tout l'évangile, et même probablement toute la Bible, qu'on va pouvoir retrouver ainsi. C'est toute l'histoire du salut qui y est présentée, y compris l'Incarnation et la Passion du Christ. C'est la miséricorde que Jésus offre à chacun, c'est notre parcours individuel de conversion, et c'est notre vie dans la foi. Ca va aussi nous parler de l'Eglise, de ce qui la fait vivre, de la présence de Jésus au milieu de nous, des sacrements (baptême, eucharistie, mariage, réconciliation,
et je viens seulement de réaliser qu'il faudrait que je regarde si on n'apprend pas aussi quelque chose des autres), de sa mission d'évangélisation... Et puisque Gérardh participe à la discussion, je suis sûr qu'il ne lui aura pas échappé que ça nous parle un peu d'oecuménisme

Tout ça en 40 versets... Plus je le lis, moins je comprend comment il est humainement possible d'écrire une page pareille. Ces 40 versets sont en train de devenir pour moi une preuve de plus l'existence de Dieu.
Je vais m'arrêter là, et m'abstenir de faire ici le travail : c'est beaucoup plus intéressant de le faire soi-même. On découvre une saveur dans les évangiles qu'on ne soupçonnait pas, et qu'on n'apprécie pas autant quand on lit le travail déjà tout mâché (quand quelqu'un a mâché avant vous, ça a plus autant de goût...). Et puis je n'ai pas la prétention, ni même la qualification, de dire ce qu'il faut lire dans ce texte. C'est l'Esprit qui guide chacun, et lui révèle ce qu'Il a à lui dire aujourd'hui.
PS : si vous trouvez que c'est dense, et qu'on a déjà passé des heures sur 3 versets et demi, dites-vous que dimanche prochain, l'aveugle-né, c'est du même calibre
