Livre du Deutéronome 26,16-19. Moïse disait au peuple d'Israël : " Aujourd'hui, le Seigneur ton Dieu te commande de mettre en pratique ces commandements et ces décrets. Tu les garderas et observeras de tout ton cœur et de toute ton âme.
Aujourd'hui, tu as obtenu du Seigneur cette déclaration : qu'il sera ton Dieu, et que tu suivras ses chemins, que tu garderas ses commandements, ses ordres et ses décrets, et que tu écouteras sa voix. Aujourd'hui, le Seigneur a obtenu de toi cette déclaration : que tu seras son peuple particulier, comme il te l'a promis, et que tu devras garder tous ses commandements.
Il te donnera prestige, renommée et gloire, plus qu'à toutes les nations qu'il a faites, et tu seras un peuple consacré au Seigneur ton Dieu, comme il te l'a promis.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 5,43-48. Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : " Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ?
Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ?
Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
Cy Aelf, Paris
Tout au commencement, les juifs, en tant que peuple, n'étaient pas en mesure de comprendre l'étendue du projet de Dieu et encore moins son universalité. Mais lorsque l'on parcourt l'ancien testament, on se rend très vite compte que Dieu ne fait pas de différence entre les hommes. Mais à partir d'un seul peuple, ce sont tous les peuples qu'Il veut amener à la révélation de son Amour. D'où, certainement, la longue errance des juifs parmi les autres nations, ses victoires mais aussi ses revers, l'exil à Babylone et le retour, la découverte progressive du Dieu "Seigneur de l'Univers", qui est aussi "Sagesse éternelle".
Et tout cela culmine, lors de la venue du Messie, à la révélation de l'Amour du prochain, qui est sans restriction aucune.
Quiconque veut vraiment connaître Dieu doit aimer son prochain comme soi-même, quand bien même ce prochain apparaît comme un ennemi. C'est bien dans cet amour de l'ennemi que la révélation atteint son sommet.
Récemment, dans le journal d'Etty Hillesum (*), jeune juive convertie qui mourut à Auschwitz, j'ai trouvé cet épisode au cours duquel ayant entendu un congénère promouvoir la vengeance contre les nazis, Etty lui avait répondu vivement : "Ainsi, tu montres bien que la "saloperie" qui est en lui, elle est aussi en toi. Et donc, peu importe que l'un soit le bourreau et l'autre la victime, si les deux ont la haine en commun !
Mais l'amour de quiconque nous persécute, comment est-il possible ? Je réponds : uniquement en passant par l'amour de Dieu. Ainsi, dans l'amour de l'ennemi, à cause de l'amour de Dieu, c'est Satan, l'Adversaire, l'accusateur de Dieu, qui est renversé et vaincu. Au cours de ce carême, comme je vois l'état du monde se dégrader rapidement, je prie pour ceux et celles qui me font du mal. Les uns en m'empêchant de travailler normalement, d'autres parce qu'ils me privent de mes droits de manière frauduleuse, sans compter ceux qui tournent ma foi en ridicule - si c'est possible !
Le quotidien de cette année 2014, c'est que le monde se charge de négation et de négativité. Mais si nous sommes du Christ, demeurons dans le Christ.
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(*) Quelques extraits :
15 mars 1941
La haine farouche que nous avons des allemands verse un poison dans nos cœurs…N'y aurait-il plus qu'un seul allemand respectable, qu'il serait digne d'être défendu contre toute la horde sauvage des barbares et que son existence vous enlèverait le droit de déverser votre haine sur un peuple entier. Cela ne signifie pas qu'on éprouve des sentiments mitigés devant certaines idéologies, non, on prend position, on est constamment indigné devant certains faits, on cherche à comprendre, mais rien n'est pire que cette haine globale, indifférenciée. C'est une maladie de l'âme. La haine n'est pas dans ma nature.
10 juillet 1942
La barbarie nazie éveille en nous une barbarie identique, qui emploierait les mêmes méthodes, si nous avions le pouvoir de faire ce que nous voulons à l’heure qu’il est.
23 septembre 1942
"C'est la seule solution, vraiment la seule, Klaas (d) je ne vois pas d'autre issue : que chacun de nous fasse un retour lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu'il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu'il n'est déjà".
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Livre de la Genèse 12,1-4a. Abraham vivait alors en Chaldée. Le Seigneur lui dit : « Pars de ton pays, laisse ta famille et la maison de ton père, va dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, et tu deviendras une bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, je maudirai celui qui te méprisera. En toi seront bénies toutes les familles de la terre. » Abram partit, comme le Seigneur le lui avait dit, et Loth partit avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu'il sortit de Harrane.
Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 1,8b-10. Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l'annonce de l'Évangile. Car Dieu nous a sauvés, et il nous a donné une vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Cette grâce nous avait été donnée dans le Christ Jésus avant tous les siècles, et maintenant elle est devenue visible à nos yeux, car notre Sauveur, le Christ Jésus, s'est manifesté en détruisant la mort, et en faisant resplendir la vie et l'immortalité par l'annonce de l'Évangile,
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 17,1-9. Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l'écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.
Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s'entretenaient avec lui.
Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Il parlait encore, lorsqu'une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ; et, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! »
Entendant cela, les disciples tombèrent la face contre terre et furent saisis d'une grande frayeur.
Jésus s'approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et n'ayez pas peur ! »
Levant les yeux, ils ne virent plus que lui, Jésus seul.
En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts. »
Cy Aelf, Paris
C'est bien la foi d'Abraham, lorsque Dieu lui de quitter son pays, sa famille et la maison de son père - alors même qu'il n'est plus de première jeunesse - qui lui valut de devenir un juste aux yeux du Seigneur. Mais qu'est-ce qu'être juste aux yeux de Dieu ? Est-ce d'obéir aveuglement, sans le moindre débat intérieur ? Non, car ce débat a forcément lieu. En effet, si, devant Dieu, l'homme ne se posait aucune question, ce ne serait plus un homme, mais un robot ! Or, Dieu a créé l'homme en lui donnant la liberté. S'il n'y avait pas eu la liberté, jamais Adam et Eve n'eurent désobéi... c'est toujours l'évidence.
Pour bien comprendre la démarche d'Abraham envers Dieu, de même que celle de Thimotée - que saint Paul encourage dans l'épreuve, il nous faut nous situer non sur le plan d'une relation de stricte obéissance, mais sur le plan de l'amour.
Il n'y a pas d'amour sans liberté. Aimer est le seul mouvement de l'être qui puisse dépasser le 'moi', l'ego. Mais s'il aime, l'homme découvre qu'il est capable de se dépasser ou de s'oublier soi-même afin de manifester que son coeur est vivant.
La transfiguration de Jésus devant Pierre, Jacques et Jean est une manifestation de la souveraine liberté de l'amour de Dieu en Jésus-Christ. C'est en aimant que l'on devient tout différent. C'est par l'amour que se manifestent la gloire et la lumière céleste. Et c'est parce qu'il a ressenti profondément tout cela que Pierre semble dire une "sottise" lorsqu'il dit: « Seigneur, il est heureux que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. »
Je m'efforcerai donc, au cours de ce carême, de manifester librement autour de moi l'Amour que je reçois de Dieu par son dessein, cet Amour qui rayonne dans tout l'espace...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Livre d'Isaïe 1,10.16-20. Écoutez la parole du Seigneur, vous qui ressemblez aux chefs de Sodome ! Prêtez l'oreille à l'enseignement de notre Dieu, vous qui ressemblez au peuple de Gomorrhe !
Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de ma vue vos actions mauvaises, cessez de faire le mal.
Apprenez à faire le bien : recherchez la justice, mettez au pas l'oppresseur, faites droit à l'orphelin, prenez la défense de la veuve. Venez donc et discutons, dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront comme la neige. S'ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront blancs comme la laine.
Si vous consentez à m'obéir, vous mangerez les bonnes choses du pays.
Mais si vous refusez, si vous vous obstinez, c'est l'épée qui vous mangera. Le Seigneur a parlé.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 23,1-12. Jésus déclarait à la foule et à ses disciples :
« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse.
Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ; ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues,
les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères.
Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux.
Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ.
Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé.
Les textes d'aujourd'hui ont tous en commun qu'ils dénoncent une religion dont la valeur ne serait estimée que par le respect des formes: rites, prières, chants, silences, positions du corps. Mais le respect scrupuleux du cérémonial de la liturgie ne fait pas la religion. Car l'enseignement lui-même, s'il ne devait rester qu'un texte lu à haute et intelligible voix, mais qui n'atteindrait que l'oreille et l'intelligence sans atteindre le coeur, ne servirait à rien.
Toute la pratique extérieure de la religion doit ne servir au contraire que ce seul but: éveiller, éduquer et élever l'âme des fidèles. Les cérémonies doivent soutenir le fidèle dans son effort, l'encourager, le réjouir, lui conférer pleine confiance,
l'entraîner à l'oraison du coeur, à la charité effective. Tout ceci se vérifie dans l'envoi final, qui paraît un peu brusque "Ite, Missa est !" (Allez, car la messe est dite), puisque très concrètement, la messe est un ressourcement en vue de la sainteté dans la vie quotidienne, au sein du monde.
Dans la même esprit, Jésus insiste sur l'humilité, car il connaît si bien le coeur de l'homme ! La personne qui a vraiment fait preuve de miséricorde, pourquoi a-t-elle tendance à se féliciter elle-même et à se dire "J'ai bien agi !"... En raisonnant ainsi, elle s'octroie la récompense qui ne doit venir que du Seigneur. Mais au contraire, lorsque l'on a bien agi selon Dieu, rendons grâce d'en avoir reçu la force, car tout nous est donné. Puisse donc le Seigneur faire de nous une de ces pincées de levain qui sont enfouies dans la pâte et y semblent perdues !
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Solennité de saint Joseph, époux de la Vierge Marie, patron de l'Eglise universelle
Deuxième livre de Samuel 7,4-5a.12-14a.16. La parole du Seigneur fut adressée au prophète Nathan :
« Va dire à mon serviteur David : Ainsi parle le Seigneur : Est-ce toi qui me bâtiras une maison pour que j'y habite ?
Quand ta vie sera achevée et que tu reposeras auprès de tes pères, je te donnerai un successeur dans ta descendance, qui sera né de toi, et je rendrai stable sa royauté.
C'est lui qui me construira une maison, et je rendrai stable pour toujours son trône royal.
Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils. S'il fait le mal, je le corrigerai à la manière humaine, avec le bâton, je le frapperai comme font les hommes.
Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi, ton trône sera stable pour toujours. »
Lettre de saint Paul Apôtre aux Romains 4,13.16-18.22. Frères, Dieu a promis à Abraham et à sa descendance qu’ils recevraient le monde en héritage, non pas en accomplissant la Loi mais en devenant des justes par la foi.
C'est donc par la foi qu'on devient héritier ; ainsi, c'est un don gratuit, et la promesse demeure valable pour tous ceux qui sont descendants d'Abraham, non seulement parce qu'ils font partie du peuple de la Loi, mais parce qu'ils partagent la foi d'Abraham, notre père à tous.
C'est bien ce qui est écrit : J'ai fait de toi le père d'un grand nombre de peuples. Il est notre père devant Dieu en qui il a cru, Dieu qui donne la vie aux morts et qui appelle à l'existence ce qui n'existait pas.
Espérant contre toute espérance, il a cru, et ainsi il est devenu le père d'un grand nombre de peuples, selon la parole du Seigneur : Vois quelle descendance tu auras !
Et, comme le dit l'Écriture : En raison de sa foi, Dieu a estimé qu'il était juste.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 1,16.18-21.24a. Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l'on appelle Christ (ou Messie). Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, la mère de Jésus, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l'action de l'Esprit Saint.
Joseph, son époux, qui était un homme juste, ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret.
Il avait formé ce projet, lorsque l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l'enfant qui est engendré en elle vient de l'Esprit Saint ;
elle mettra au monde un fils, auquel tu donneras le nom de Jésus (c'est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit.
CY Aelf, Paris
Pourquoi la liturgie de la Fête de saint Joseph met-elle sur le même pieds Abraham et Joseph ? La raison évidente réside dans l'exigence du détachement à l'égard de l'enfant. Lorsque Dieu commande à Abraham de lui sacrifier son fils unique Isaac, c'est bien sûr une épreuve pour la foi, mais c'est aussi une indication précieuse donnée à tous les parents: les enfants issus de leur amour ne sont en aucun cas leur propriété. Et de même dans l’Évangile. Car de même que la foi d'Abraham a été vérifiée à l'extrême, de même la foi de Joseph. Et plus encore, me semble-t-il : celle de Marie.
En effet, autant l'enfant Jésus doit devenir le Christ, le fils unique de Dieu, autant Marie doit devenir la mère spirituelle de tous les croyants. C'est ainsi que l'amour de Joseph et de Marie envers l'enfant Jésus devient également le modèle de la parenté chrétienne. De même que l'on ne peut aimer son conjoint que pour soi-même, de même on ne fait pas de ses enfants sa propriété. On ne les oriente pas selon ses propres désirs, ni d'après l'expérience que l'on a vécue soi-même.
Pour ne citer qu' un exemple, je connais une maman qui a éduqué sa première fille dans une liberté quasi absolue. Cet enfant, aujourd'hui âgée de 40 ans, est mère de quatre enfants, issus de trois unions différentes, et n'a JAMAIS travaillé. Mais la seconde fille, issue du même mariage, a été éduquée plus sévèrement. Elle est aujourd'hui infirmière urgentiste dans un des hôpitaux les plus réputés de la capitale. Ce qui tend à démontrer, pour conclure, que si l'on n'élève pas ses enfants pour soi-même, on ne doit pas non plus les exempter de l'obéissance et des règles de la vie en société.
Quel exercice difficile, en définitive ! Mais sans doute la plus valorisante quand elle est vécue sous la guidance de l'Esprit Saint, dans la prière, l'oubli de soi et la confiance.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Livre de Jérémie 17,5-10. Parole du Seigneur. Maudit soit l'homme qui met sa confiance dans un mortel, qui s'appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur.
Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée et inhabitable.
Béni soit l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur, dont le Seigneur est l'espoir.
Il sera comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant : il ne craint pas la chaleur quand elle vient, et son feuillage reste vert ; il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l'empêche pas de porter du fruit.
Le cœur de l'homme est compliqué et malade ! Qui peut le connaître ?
Moi, le Seigneur, qui pénètre les cœurs et qui scrute les reins, afin de rendre à chacun selon ses actes, selon les fruits qu'il porte.
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 16,19-31. Jésus disait cette parabole : « Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux.
Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c'étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies. Or le pauvre mourut, et les anges l'emportèrent auprès d'Abraham. Le riche mourut aussi, et on l'enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui.
Alors il cria : 'Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l'eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. -
Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c'est ton tour de souffrir.
De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous. '
Le riche répliqua : 'Eh bien ! père, je te prie d'envoyer Lazare dans la maison de mon père.
J'ai cinq frères : qu'il les avertisse pour qu'ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture ! ’
Abraham lui dit : 'Ils ont Moïse et les Prophètes : qu'ils les écoutent !
Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu'un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront. '
Abraham répondit : 'S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus. ' »
Cy Aelf, Paris
Pour la première fois depuis que je connais cet Évangile, du mauvais riche et du pauvre Lazare, j'ai réalisé que c'est de lui-même que parle Jésus lorsqu'il conclut: 'S'ils n'écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu'un pourra bien ressusciter d'entre les morts : ils ne seront pas convaincus. ' Ce qui confère une toute autre perspective à la parabole.
Ainsi, ce pauvre à la porte du riche, c'est Jésus aussi - Lui qui, dès sa naissance, fut à l'écart des autres, couché sur de la paille dans une étable. L'l'indifférence du riche peut être mise sur le même plan que le regard de jugement posé par les gens "bien pourvus" sur les pauvres qui sont parmi nous. Nous croisons souvent le chemin d'un Lazare et sa seule présence nous embarrasse. La parabole met tout aussi bien en scène la société des hommes, bien établie avec ses lois, ses idées et ses idéologies, ses jugements, son sens de l'ordre, sa police et ses juges, etc. Et tout ce beau monde se demande que faire des mendiants, des chômeurs, des vieillards, des malades, des isolés, des simples d'esprit, des étrangers, etc.
Pourquoi donc un riche d'aujourd'hui se laisserait-ils convaincre par un des leurs, revenu tout "échaudé" du purgatoire ou de l'enfer ? Bien sûr que non, ils ne se laisseraient pas convaincre ! Parce que, dès leurs vivants, les mauvais riches (je concède que tous ne sont pas mauvais) ont leurs proverbes de mauvais riches. Ils disent: "Après nous le déluge !" - ou, pire encore: "Après nous les mouches !". Profitons, profitons, la vie est courte ! Et depuis quelques années déjà, il n'y a que la bonne vie sur la terre qui compte. L'important, c'est justement de jouir et non de souffrir. Dès lors, le jour venu, quand surviendra la maladie grave, la dégradation sans répit du corps ou de l'esprit, peu importe: on vient de voter le droit de mourir "dans la dignité". Faisons-nous euthanasier, plutôt que de supporter une inutile agonie dans la solitude. En effet, pourquoi souffrir, puisqu'il n'y a rien après la mort !
Tels sont les raisonnements qui conduisent tout droit en enfer, mais qui font également que l'on conduit les croyants à une mort indigne. Il faut relire ici le chapitre 2 du Livre de la Sagesse, car tout y est dit, depuis le commencement:
- Ils se sont dit, raisonnant de travers: «Il est court et triste le temps de notre vie, et, quand vient la fin d'un homme, il n'y a point de remède; on ne connaît personne qui délivre du séjour des morts. Le hasard nous a amenés à l'existence, et, après cette vie, nous serons comme si nous n'avions jamais été; le souffle, dans nos narines, est une fumée, et la pensée, une étincelle qui jaillit au battement de notre cœur. Qu'elle s'éteigne, notre corps tombera en cendres, et l'esprit se dissipera comme l'air léger. Notre nom tombera dans l'oubli avec le temps, et personne ne se souviendra de nos œuvres. Notre vie passera comme une trace de nuée; elle se dissipera comme un brouillard, que chassent les rayons du soleil, et que la chaleur condense en pluie. Notre vie est le passage d'une ombre; sa fin est sans retour, le sceau est apposé et nul ne revient.
«Venez donc, jouissons des biens présents; usons des créatures avec l'ardeur de la jeunesse, enivrons-nous de vin précieux et de parfums, et ne laissons point passer la fleur du printemps. Couronnons-nous de boutons de roses avant qu'ils ne se flétrissent. Qu'aucun de nous ne manque à nos orgies, laissons partout des traces de nos réjouissances; car c'est là notre part, c'est là notre destinée."
Opprimons le juste qui est pauvre; n'épargnons pas la veuve, et n'ayons nul égard pour les cheveux blancs du vieillard chargé d'années. Que notre force soit la loi de la justice; ce qui est faible est jugé bon à rien. Traquons donc le juste, puisqu'il nous incommode qu'il est contraire à notre manière d'agir, qu'il nous reproche de violer la loi, et nous accuse de démentir notre éducation. Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme fils du Seigneur. Il est pour nous la condamnation de nos pensées, sa vue seule nous est insupportable; car sa vie ne ressemble pas à celle des autres, et ses voies sont étranges. Dans sa pensée, nous sommes d'impures scories, il évite notre manière de vivre comme une souillure; il proclame heureux le sort des justes, et se vante d'avoir Dieu pour père. Voyons donc si ce qu'il dit est vrai, et examinons ce qu'il lui arrivera au sortir de cette vie. Car si le juste est fils de Dieu, Dieu prendra sa défense, et le délivrera de la main de ses adversaires. Soumettons-le aux outrages et aux tourments, afin de connaître sa résignation, et de juger sa patience. Condamnons-le à une mort honteuse, car, selon qu'il le dit, Dieu aura souci de lui.
C'est par l'envie du diable que la mort est venue dans le monde, ils en feront l'expérience, ceux qui lui appartiennent.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Livre de la Genèse 37,3-4.12-13a.17b-28. Jacob aimait Joseph plus que tous ses autres enfants, parce qu'il était le fils de sa vieillesse, et il lui fit faire une tunique de grand prix. En voyant qu'il leur préférait Joseph, ses autres fils se mirent à détester celui-ci, et ils ne pouvaient plus lui dire que des paroles hostiles.
Ils étaient allés à Sichem faire paître le troupeau de leur père.
Celui-ci dit à Joseph : « Tes frères gardent le troupeau à Sichem : je vais t'envoyer là-bas. »
Joseph partit rejoindre ses frères qui se trouvaient alors à Dotane.
Ils l'aperçurent de loin et, avant qu'il arrive près d'eux, ils complotèrent de le faire mourir.
Ils se dirent l'un à l'autre : « Voilà l'homme aux songes qui arrive !
C'est le moment, allons-y, tuons-le, et jetons-le dans une de ces citernes. Nous raconterons qu'une bête féroce l'a dévoré, et on verra ce que voulaient dire ses songes ! »
Mais Roubène les entendit, et voulut le sauver de leurs mains. Il leur dit : « Ne touchons pas à sa vie. »
Et il ajouta : « Ne répandez pas son sang : jetez-le dans cette citerne du désert, mais sans le frapper. » Il voulait le sauver de leurs mains et le ramener à son père.
Dès que Joseph eut rejoint ses frères, ils le dépouillèrent de la tunique précieuse qu'il portait,
ils se saisirent de lui et le jetèrent dans la citerne, qui était vide et sans eau.
Ils s'assirent ensuite pour manger. En levant les yeux, ils virent une caravane d'Ismaélites qui venait de Galaad. Leurs chameaux étaient chargés d'aromates, de baume et de myrrhe qu'ils allaient livrer en Égypte.
Alors Juda dit à ses frères : « Quel profit aurions-nous à tuer notre frère et à dissimuler sa mort ?
Vendons-le plutôt aux Ismaélites et ne portons pas la main sur lui, car il est du même sang que nous, c'est notre frère. » Les autres l'écoutèrent.
Quand la caravane arriva, ils retirèrent Joseph de la citerne, ils le vendirent pour vingt pièces d'argent aux Ismaélites, et ceux-ci l'emmenèrent en Égypte.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21,33-43.45-46. Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine ; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage
Quand arriva le moment de la vendange, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de la vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l'un, tuèrent l'autre, lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya d'autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais ils furent traités de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : 'Ils respecteront mon fils. '
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : 'Voici l'héritier : allons-y ! tuons-le, nous aurons l'héritage ! '
Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit : « N'avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C'est là l'œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux !
Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit.
Les chefs des prêtres et les pharisiens, en entendant ces paraboles, avaient bien compris que Jésus parlait d'eux.
Tout en cherchant à l'arrêter, ils eurent peur de la foule, parce qu'elle le tenait pour un prophète.
Cy Aelf, Paris
Joseph, fils de Jacob, est bien une préfiguration de Jésus, et la citerne où il a été jeté par ses frères, ressemble bien à un tombeau : cette citerne lui fait bien un cachot sous la terre j'ai laissé mon esprit comparer la citerne de Joseph au tombeau de Lazare, dont Jésus l'a tiré pour manifester à la foule qu'Il est bien "la résurrection et la vie". Dans tous les cas, la vie triomphe de la mort.
Par contre, la violence est toujours à l'oeuvre, en toutes les époques. Les cœurs des hommes se laissent toujours reprendre si facilement par l'envie, bien que tous, dans le même temps, en appellent à la justice... et cette fois encore, lorsque le Seigneur achève son enseignement, les chefs des prêtres et les pharisiens cherchent à s'emparer de lui.
Je prie en ce jour pour devenir plus docile encore aux invitations à croire et à vivre dans selon l'Amour dont j'ai moi-même été aimé. Que je ne me laisse pas atteindre par les provocations dont je suis parfois l'objet, que je puisse accueillir ces petites souffrances de l'âge qui commencent à se faire sentir (comme cette pénible sciatique), que certaines tricheries de la part de quelques fonctionnaires zélés ne perturbent plus ma sérénité intérieure. Tout ce que l'on pourra supporter sans se plaindre fait également partie d'un bon carême.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
b]Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15,1-3.11-32.[/b] Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient. ' Et le père fit le partage de ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre.
Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère.
Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Alors il réfléchit : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi.
Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers. '
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils... '
Mais le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds.
Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons.
Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. ' Et ils commencèrent la fête.
Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait.
Celui-ci répondit : 'C'est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu'il a vu revenir son fils en bonne santé. ' Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait.
Mais il répliqua : 'Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras ! '
Le père répondit : 'Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Cy Aelf, Paris
Ne dirait-on pas que Jésus a "forcé le trait" avec le fils prodigue ? Non seulement il en fait un fils indigne, qui exige sa part d'héritage bien avant l'heure, mais il nous le montre parti à l'étranger, non pour y développer sa propre affaire, mais simplement pour satisfaire ses instincts, pour mener la vie des jouisseurs et des débauchés. Et lorsqu'il se trouve réduit à nourrir des porcs, ces animaux impurs pour les juifs, il a véritablement atteint le comble de l'abjection.
Or, le raisonnement qu'il fait à ce moment, est-il guidé par un regret sincère, par pénible prise de conscience ?
Non ! Mais c'est encore son ventre qui parle : soit, il a dépensé sa part d'héritage, mais que risque-t-il à rentrer pour se faire embaucher comme simple ouvrier ? Il décide de faire demi-tour et de rentrer au pays. Il a préparé une petite phrase qui devrait satisfaire son père, tout en le plaçant dans l'embarras: "Tu m'as retrouvé, mais que vas-tu faire de moi ? Tu peux me chasser, bien sûr mais je peux encore travailler !"
Ce fils indigne manque vraiment de conscience, car il ne se soucie d'aucune façon du chagrin et de la douleur qu'il a pu causer à son père - en plus de l'avoir obligé à procéder aux partages de ses biens. Comme il est loin d'imaginer l'accueil qu'il va recevoir ! La petite phrase qu'il avait concoctée, il n'a même pas le temps de la prononcer entièrement qu'il se retrouve rétabli pleinement dans sa qualité de fils. Il ne sera jamais l'ouvrier qu'il avait escompter devenir. Le père n'a rien d'un moraliste, il ne sanctionne pas ses actes, mais il n'est qu'un père qui a retrouvé son fils vivant, qui l'a espéré et attendu, tout en redoutant qu'il fut mort entre-temps.
Cet amour du Père, la qualité de cet amour, c'est l'amour que Dieu porte d'abord à ses créatures perdues, quelle que soit la bassesse dans laquelle ils ont pu descendre. Dira-t-on dès lors que le fils aîné, celui qui n'a jamais désobéi, est moins aimé que son petit frère indigne ? Certes non, car ce fils aîné, qui a condamné et rayé de son esprit et de son coeur son petit frère, est lui aussi coupable d'une faute majeure. S'il en veut à son frère cadet, il en veut aussi à son père, qu'il considère comme "bonasse": son père, a-t-il la "carrure" nécessaire pour diriger une entreprise comme la sienne ? La vérité est que le fils aîné, eût préféré que son frère meure, afin de devenir le seul patron tôt ou tard !
Le dernier verset dit tout de l'Amour dont nous sommes tous et toutes aimés, en dépit de nos erreurs, de nos errances, de nos bassesses, de nos calculs, de nos prétentions ou de nos mesquineries, car tout ce qui compte, c'est :
"Il fallait bien festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !"
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
On l'aura peut-être deviné, mais j'aime particulièrement cette parabole.
Je ne la lis pas cependant tout à fait comme vous. Oh il n'y a pas de contradiction, juste une petite différence de perception.
Vous semblez particulièrement sensible à la miséricorde du Père, qui est évidemment le thème dominant du récit, et vous dites qu'elle est d'autant plus remarquable que celui à qui elle s'adresse est indigne.
Or, je trouve que le fils prodigue n'est pas si indigne que cela, ce qui veut dire que je ne vois pas d'injustice dans la préférence qui lui est donnée par rapport au premier fils.
Que fait-il en effet? Il décide de vivre sa propre vie, et pour cela commence par prendre la part d'héritage qui lui revient. Si elle lui revient, c'est qu'il est juste qu'il la reçoive, et si elle vient du Père, c'est qu'elle est déjà l'amour qui révèlera par la suite son visage miséricordieux. Le fils prodigue a accepté l'amour du Père, ne devons-nous pas en faire autant?
S'il est parti, c'est comme je viens de le dire pour vivre sa propre vie, donc par amour de la liberté, ce qui est bon, et non par haine de son père. Mais cette liberté, et là est sa faute, il la voit sous la forme du laisser-aller, il écoute son coeur et ses désirs, il festoie, comme par anticipation de la fin du récit -et n'oublions pas que ce récit a pour cause immédiate les récriminations des Pharisiens contre ce fêtard de Jésus, qui mange avec les pécheurs, comme le fils prodigue, dans quelque temps, mangera avec les cochons.
Certes, l'enfant prodigue est coupable. Ce qu'il croit être la liberté n'est que dilapidation de l'héritage, et trouve rapidement son terme dans la misère. Ici encore, un point commun rapproche l'enfant prodigue du Christ.
Alors le fils prodigue retourne à la maison paternelle. Le retour est l'image de la conversion. L'attitude du Père révèle que Dieu n'est heureux que lorsqu'il pardonne, comme le disait je crois Jean-Paul II. L'histoire ne dit pas si le fils aîné l'a compris.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu
prodigal a écrit : L'attitude du Père révèle que Dieu n'est heureux que lorsqu'il pardonne, comme le disait je crois Jean-Paul II. L'histoire ne dit pas si le fils aîné l'a compris.
Il est tout à fait exact que le fils aîné a lui aussi quelque chose à se reprocher. D'où sait-il que son frère cadet a dépensé son héritage en sortant "avec des filles", s'il ne l'a pas fait surveiller ? Par ailleurs, l'ensemble de son attitude est "moraliste". Ce fils aîné ne comprend pas l'amour qui anime son père. S'il avait eu envie d'un chevreau pour faire la fête avec ses amis, pourquoi ne pas l'avoir simplement demandé ? C'est peut-être qu'il avait peu d'amis. Et s'il avait peu d'amis, c'est peut-être qu'au départ de son frère, il a commencé de se comporter comme l'héritier unique - un homme à respecter, sinon à redouter.
Dans tous les cas, il est clair que les deux enfants n'ont pas compris la largesse, l'amplitude, de l'amour dont ils sont aimés.
Cela me rappelle la parabole des ouvriers de la dernière heure. Ceux qui n'ont travaillé qu'une heure reçoivent la même somme que ceux qui n'ont travaillé qu'une heure. Ils récriminent. Mais la réponse du patron est incroyable, qui peut l'imaginer ? Il répond en effet:
Mais le maître répondit à l'un d'entre eux : 'Mon ami, je ne te fais aucun tort. N'as-tu pas été d'accord avec moi pour une pièce d'argent ? Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi : n'ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?'
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
etienne lorant a écrit :Il est tout à fait exact que le fils aîné a lui aussi quelque chose à se reprocher. D'où sait-il que son frère cadet a dépensé son héritage en sortant "avec des filles", s'il ne l'a pas fait surveiller ?
Tiens je n'y avais jamais pensé. Mais j'aurais une autre hypothèse que la surveillance, difficile à organiser (car l'épisode de la vie festive a duré forcément un certain temps, l'héritage étant manifestement important) et peu utile, car après tout le fils aîné pouvait se croire définitivement débarrassé de son cadet.
Mon autre hypothèse est la suivante : comme on imagine toujours les choses en fonction de soi, le fils aîné parle de dépenser son bien avec des filles parce que c'est ce que lui aurait fait, ce qu'il veut dire qu'il ne conçoit le rapport amoureux que sous la forme de la prostitution, et la vie festive que sous la forme du vice.
etienne lorant a écrit :Dans tous les cas, il est clair que les deux enfants n'ont pas compris la largesse, l'amplitude, de l'amour dont ils sont aimés.
Si, l'enfant prodigue l'a compris, forcément, lorsque cet amour lui a été donné dans la scène du pardon! D'accord, avant cette scène, il ne parvenait pas à l'anticiper. Mais il l'a ensuite vécu dans sa chair, et c'est pour cela que le fils aîné le jalouse.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 4,5-42. Jésus arrivait à une ville de Samarie appelée Sykar, près du terrain que Jacob avait donné à son fils Joseph,
et où se trouve le puits de Jacob. Jésus, fatigué par la route, s'était assis là, au bord du puits. Il était environ midi.
Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l'eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. »
(En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter de quoi manger.)
La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi qui es Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » (En effet, les Juifs ne veulent rien avoir en commun avec les Samaritains.)
Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu, si tu connaissais celui qui te dit : 'Donne-moi à boire', c'est toi qui lui aurais demandé, et il t'aurait donné de l'eau vive. »
Elle lui dit : « Seigneur, tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond ; avec quoi prendrais-tu l'eau vive ?
Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, avec ses fils et ses bêtes ? »
Jésus lui répondit : « Tout homme qui boit de cette eau aura encore soif ;
mais celui qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle. »
La femme lui dit : « Seigneur, donne-la-moi, cette eau : que je n'aie plus soif, et que je n'aie plus à venir ici pour puiser. »
Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari, et reviens. »
La femme répliqua : « Je n'ai pas de mari. » Jésus reprit : « Tu as raison de dire que tu n'as pas de mari,
car tu en as eu cinq, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari : là, tu dis vrai. »
La femme lui dit : « Seigneur, je le vois, tu es un prophète. Alors, explique-moi :
nos pères ont adoré Dieu sur la montagne qui est là, et vous, les Juifs, vous dites que le lieu où il faut l'adorer est à Jérusalem. »
Jésus lui dit : « Femme, crois-moi : l'heure vient où vous n'irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père.
Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons, nous, celui que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
Mais l'heure vient - et c'est maintenant - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité : tels sont les adorateurs que recherche le Père.
Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent l'adorer. »
La femme lui dit : « Je sais qu'il vient, le Messie, celui qu'on appelle Christ. Quand il viendra, c'est lui qui nous fera connaître toutes choses. »
Jésus lui dit : « Moi qui te parle, je le suis. »
Là-dessus, ses disciples arrivèrent ; ils étaient surpris de le voir parler avec une femme. Pourtant, aucun ne lui dit : « Que demandes-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
La femme, laissant là sa cruche, revint à la ville et dit aux gens :
« Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Ne serait-il pas le Messie ? »
Ils sortirent de la ville, et ils se dirigeaient vers Jésus.
Pendant ce temps, les disciples l'appelaient : « Rabbi, viens manger. »
Mais il répondit : « Pour moi, j'ai de quoi manger : c'est une nourriture que vous ne connaissez pas. »
Les disciples se demandaient : « Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? »
Jésus leur dit : « Ma nourriture, c'est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre.
Ne dites-vous pas : 'Encore quatre mois et ce sera la moisson' ? Et moi je vous dis : Levez les yeux et regardez les champs qui se dorent pour la moisson.
Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire : il récolte du fruit pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit avec le moissonneur.
Il est bien vrai, le proverbe : 'L'un sème, l'autre moissonne. '
Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas pris de peine, d'autres ont pris de la peine, et vous, vous profitez de leurs travaux. »
Beaucoup de Samaritains de cette ville crurent en Jésus, à cause des paroles de la femme qui avait rendu ce témoignage : « Il m'a dit tout ce que j'ai fait. »
Lorsqu'ils arrivèrent auprès de lui, ils l'invitèrent à demeurer chez eux. Il y resta deux jours.
Ils furent encore beaucoup plus nombreux à croire à cause de ses propres paroles,
et ils disaient à la femme : « Ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons maintenant ; nous l'avons entendu par nous-mêmes, et nous savons que c'est vraiment lui le Sauveur du monde. »
Cy Aelf, Paris
Voici une très belle et profonde médiation de Monique Hébrard, recopiée "à chaud":
"La Samaritaine ou l'étincelle de deux désirs" (Ed DDB)
Il s'était assis au bord du puits. Pas n'importe quel puits; celui de Jacob.
Le puits ! Source de fraîcheur et de vie en ces terres arides.
Reflet des profondeur de l'âme humaine.
Margelle de repos et de méditation.
Lieu biblique de grandes rencontres amoureuses. Puits d'alliance. Le bon juif qu'était Jésus ne devait pas manquer d'être sensible à un tel lieu !
C'était dans la chaleur brûlante de midi, il avait marché, il était fatigué et il avait soif... D'eau fraîche, mais surtout de rencontre vraie, de relation profonde. D'ailleurs dans la suite de l'histoire, il n'y aura pas mention au moindre verre d'eau échangé !
Mais est-ce possible que le Fils de Dieu, tellement uni à son Père, tellement habité par la Source d'Amour de son Père, ait encore soif de rencontre humaine ? Bien sûr puisque cette soif était précisément greffée au coeur même de sa soif d'amour du Père ! Et puis, il ne s'était pas incarné pour rire, le Fils de Dieu, il avait également soif d'un coeur à coeur humain.
D'ailleurs, il se sentait parfois seul, incompris de ses frères juifs, et même de ces lourdauds d'apôtres; c'étaient encore les femmes qui le comprenaient le mieux... et il était peut-être inconsciemment en attente de pouvoir rencontrer quelqu'un qui ait le coeur assez ouvert et disponible pour l'écouter avec un désir d'une telle intensité que cela permettrait que puisse jaillir et se dire l'essentiel.
Elle est arrivée, comme chaque jour, avec sa cruche. Travail quotidien de bonne ménagère, avec parfois la tête et le coeur complètement ailleurs. Le sien était sans doute blessé. Quand on a eu cinq maris, il y a quelque chose qui ne va pas ! Ou bien on est une "pute" ou bien une assoiffée d'amour, d'amour toujours insatisfait. D'ailleurs, combien parmi celles qu'on qualifie ainsi sont des femmes au coeur immense et toujours insatisfait !
Les hommes, elle connaissait ! Tout de même, qu'il était beau celui qui était assis près de "son" puits. Ce n'était pas un homme du pays.
Son regard ne s'attarda pas sur lui: elle se savait doublement infréquentable aux yeux de cet étranger, comme femme et comme Samaritaine, infidèle à l'Alliance ! Et encore, il ne savait pas ce qu'était sa vie ! Cela n'allait pas l'empêcher de puiser tranquillement son eau et de repartir sans lui adresser la parole.
Mais pourquoi avait-elle le coeur qui battait si fort ?
Et voilà que, contre toute attente, c'est lui qui lui adresse la parole ! Et, comble du comble, il lui demande à boire ! Cet homme, ce juif, a l'audace d'outrepasser les règles sociales et religieuses de la bonne conduite ! Bien sûr, elle ignore que l'homme qui est près d'elle n'a vraiment rien à faire du "religieusement correct". Il y a seulement la soif, ce puits chargé de tant de symboles et cette femme qu'il devine également assoiffée...
Toujours est-il que par cette demande, Jésus se rend vulnérable.
La Samaritaine se protège; elle préfère raisonner, d'ailleurs elle n'a pas la langue dans sa poche; elle s'étonne: "Comment, toi, qui es juif, tu me demandes à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ?" Manifestement, cet homme l'intrigue et elle cherche à savoir qui il est vraiment.
Jésus le sent. Et comme le Fils de Dieu ne se révèle vraiment que dans la relation, il renouvelle son invitation: si elle connaissait le "don de Dieu" et celui qui lui parle, c'est elle qui aurait demandé à boire ! Et il lui aurait donné de "l'eau vive".
Qu'est-ce que tout cela signifie ? Elle ne comprend pas mais son coeur bat encore plus vite, comme si quelque chose avait été touché au plus profond d'elle-même qui réveillait en elle une soif inconnue. Cette soif qui habite tout être, elle a toujours cherché à l'apaiser, sans succès, dans l'amour humain. Comment cet homme devine-t-il qu'elle est toujours assoiffée mais que cette soif est terriblement douloureuse ? L'eau dont elle emplit sa cruche serait-elle à l'image de l'amour humain, qu'elle essaie de retenir et qui finalement l'emprisonne elle-même ? On en boit mais on a toujours soif. Et en plus de la gorge sèche, on a mal à l'âme.
Allons, allons, une femme de caractère comme elle ne va pas se laisser égarer par de telles pensées! Restons réalistes ! La Samaritaine se ressaisit, résiste encore en se raccrochant à un registre très concret et un brin provocateur : "Seigneur, tu n'as rien pour puiser et le puits est profond. D'où l'as-tu donc, l'eau vive ?"
Mais c'est trop tard, la porte de son coeur a été ouverte sur une autre Réalité, et elle est déjà touchée par ce mystérieux flot de vie. Cet homme n'est pas un homme comme les autres. Il la séduit, lui aussi, mais à une profondeur telle qu'elle n'a jamais éprouvée. Comme s'il touchait la vraie personne en elle, le vrai elle-même enseveli sous ses habitudes de séductrice. Cependant, elle avance avec précaution, pour essayer d'y voir plus clair : "Serais-tu plus grand que notre père Jacob qui a donné ce puits et y a bu lui-même" ?
Il se passe alors quelque chose de magique dans la rencontre de ces deux êtres de désir.
Jésus poursuit sur son registre mystérieux, et il fait vibrer le plus profond de l'être de la femme: "Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissant en vie éternelle."
Mais quelle est donc cette eau ? C'est bien séduisant mais incompréhensible. L'eau, pour elle, ne peut venir que de ce puits, il faut la puiser et la cruche est lourde à porter, elle se vide très vite et il faut recommencer. Mais elle est curieuse et son désir continue de s'éveiller: "Donne-moi de cette eau." Si c'était vrai, non seulement elle n'aurait plus à venir au puits mais qui sait si cette eau ne laverait pas aussi le sel de ses larmes ?"
En se rendant vulnérable, en s'exposant à une demande de relation, Jésus a fait s'écrouler les barrières de protection de la Samaritaine. Et voilà qu'au lieu de lui répondre qu'il va lui donner cette eau, Jésus lui demande d'aller chercher son mari ! Dialogue de choc :
- Je n'en ai pas.
- Tu en as eu cinq et l'homme avec qui tu vis n'est pas ton mari !
Il se joue là quelque chose de très important: pour que coule l'eau vive entre ces deux êtres, entre Dieu et chacun de nous, il ne suffit pas d'avoir soif de rencontre profonde, il faut se mettre dans la vérité et cela peut être très coûteux ! Pour que jaillisse la source d'eau vive, il faut exposer sa vie à la Vérité, à la lumière. Jésus le dira : "Celui qui fait la Vérité, vient à la Lumière". Il dira aussi: "Je suis la Vérité." S'exposer à Jésus. Accepter une Alliance avec Jésus.
Il faut tout de même être déjà dans un dialogue de confiance et d'amour très profonds pour dire ainsi à l'autre sa vérité, avec douceur et fermeté, sans l'accuser, avec le désir de le désembourber de son marécage, de l'aider à émerger de son marécage, de l'aider à émerger de ce qui lui fait mal.
Alors, la Samaritaine craque; elle a compris: "Tu es un prophète !"
Cette intuition fait basculer l'échange dans un registre plus profond encore, théologique, spirituel. Où convient-il d'adorer Dieu, demande la femme dont le peuple adore de faux dieux : sur notre montagne, le mont Garizim, ou à Jérusalem ? Echos de querelles théologiques. Jésus les dépasse et répond dans l'ordre de l'Esprit, de la vie éternelle, de la Vérité qui dépasse tous les lieux et tous les cultes. "Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père". Certes, le salut vient des juifs, mais l'heure vient "où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité". Le lieu de la communion avec Dieu, n'est ni tel temple ni tel église, mais Jésus qui est là devant cette femme et qui est le Prêtre, "l'autel du Père." Plus besoin de temples de pierre. Jésus ouvre le temps d'un coeur à coeur en tous lieux.
Mais cette raisonneuse questionne encore, comme pour retarder l'aboutissement et les conséquences de cette rencontre tellement désirée et redoutée. "Je sais qu'un Messie doit venir, celui qu'on appelle Christ. Lorsqu'il viendra, il nous enseignera toutes choses".
A-t-elle eu une intuition ?
En entrant dans cette relation profonde, la Samaritaine et Jésus sont entrés en vulnérabilité, car toute relation rend vulnérable. Et jésus est amené lui aussi à dire la vérité profonde de ce qu'il est:
"Je le suis, moi qui te parle."...
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Ce don de Dieu aux hommes, c'est Jésus lui-même venu révéler à chacun qu'il est aimé de Dieu, que Dieu le recherche, l'attend et le reçoit tel qu'il est, avec ses attentes et ses besoins...
C'est ainsi que se comporte Jésus vis à vis de cette femme venue chercher de l'eau...
Peu à peu, Jésus va la conduire à découvrir qu'elle a de l'importance pour Dieu qui l'attend non pas pour la juger ou la condamner mais pour l'accueillir et lui donner de découvrir le don de Dieu, Jésus, qui donne l'Esprit Saint.
L'amitié nous fait partager de grands moments de bonheur, mais aussi d'immenses peines. L'important est de partager, de s'écouter, de se soutenir.
Abbé Pierre
Bonjour et Merci à vous deux pour vos commentaires.
La question que je me posais effectivement était de savoir à quoi Jésus faisait référence en parlant de l'eau vive.
Hier en lisant le commentaire de mandonnaud sur l'autre fil il faisait référence à l'Esprit Saint. Et je me demandais si l'Esprit Saint n'était pas cette eau vive. Mais comme la passion de Jésus n'avait pas encore eu lieu, l'eau vive ne me semble faire référence à l'Esprit Saint.
Après réflexion il me semble effectivement que astre aurait raison de dire que cette eau vive c'est Jésus Lui-même, Sa vie en sacrifice pour les hommes, Son corps et Son sang. En Jean 6 Jésus dit que celui qui mange son corps et boit Son sang a la vie éternelle en lui. Donc peut-être qu'il y a un lien, puisque ici dans ce passage Jésus dit :"et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissante pour la vie éternelle."
Jésus, fatigué par la route, s’était assis là au bord du puits. Il était environ midi. Arrive une femme de Samarie qui venait puiser de l’eau.
Évangile selon saint Jean, chapitre 4, verset 6
La méditation
Le décor est planté : Jésus, un puits, une femme.
Nous sommes près de la terre que Jacob a donnée à son fils Joseph. Jacob y a dressé un autel et invoqué le Dieu d’Israël. Le lieu est donc chargé de tout un passé de prière et d’adoration.
Il y a là un puits. Dieu, déjà, s’était manifesté près d’un puits, à Agar, la servante humiliée fuyant devant sa maîtresse. Le Seigneur la relève en lui annonçant que l’enfant qu’elle porte sera le père d’un grand peuple. Le puits est là comme promesse d’une surabondance de vie.
Les puits sont des lieux de rencontres et aussi de préludes aux fiançailles comme pour Isaac et Rebecca.(*) La sollicitude de Rebecca puisant de l’eau pour l’étranger la désigne comme l’épouse choisie par Dieu pour Isaac. Le puits, lieu de fécondité est, de même, le signe de l’alliance conjugale, de l’échange dans l’amour où l’un puise l’eau dont l’autre a soif.
Il est midi. C’est l’heure de la rencontre amoureuse dans le Cantique des cantiques. (**) C’est l’heure de la visite de Dieu à Abraham près du chêne de mambré. C’est l’heure de la révélation divine dans tout son éclat comme le soleil brûlant de toute sa splendeur. Et cette révélation est promesse de vie quand Dieu annonce la naissance d’un fils au vieux couple stérile. (***)
Jean, avec cette mise en scène, nous invite à découvrir Jésus comme le véritable époux annoncé par les prophètes, le Seigneur, le Dieu vrai et unique.
La femme qui s’approche se sent sans doute assez loin de tout cela. Elle vient au puits comme tous les jours et si l’image nous paraît poétique, la réalité l’est sans doute moins pour elle.
Jésus, lui, est fatigué par la route. Le Fils de Dieu a voulu partager en tout notre faiblesse. Le Seigneur dont la grandeur et la magnificence dépassent notre entendement prend le visage de l’homme indigent et pauvre. Qui saura qui est le plus grand dans ce dessein de l’amour ?
Jésus fatigué, Jésus sur la route n’est-ce pas l’image de la vie humaine que Dieu a assumée dans sa totalité ? Dieu, en Jésus, se fait proche, Il vient à notre rencontre. Cela vaut peut-être la peine de s’arrêter au bord d’un puits.
C’est en sollicitant le don, dans sa faiblesse que Jésus va inaugurer la rencontre.
Pouvons-nous imaginer que nos réalités les plus quotidiennes, voire nos corvées, sont les lieux où Jésus vient à nous ?
Pouvons-nous imaginer que nos amours déçus, ce profond de notre cœur où justement nous n’avons pas envie d’aller, c’est cela qu’il vient toucher par sa parole qui fait la vérité dans un amour d’une délicatesse infinie ?
Pouvons-nous nous imaginer nous-mêmes comme un puits où une eau vive est en train de naître quand nous nous laissons approcher ?
Il est midi, Jésus est assis près d’un puits, une femme arrive…
Si tu savais le don de Dieu !
Sœur Sylvie et ses sœurs (moniales dominicaines de Langeac)
etienne lorant a écrit :Quand on a eu cinq maris, il y a quelque chose qui ne va pas ! Ou bien on est une "pute" ou bien une assoiffée d'amour, d'amour toujours insatisfait.
Non, en fait d'après la tradition lorsqu'un homme mourrait, son frère devait prendre sa femme et donner une descendance à ce frère défunt. Donc dans le cas de cette femme c'est me semble t-il ce qui s'est passé avec chaque frère. Ils l'ont prise pour femme et sont morts ainsi de suite.
Par contre les informations que donne Fée Violine sont importantes concernant le puits de Jacob, ce qui m'a permis de réfléchir d'avantage. Effectivement, les juifs ne veulent rien a voir à faire avec les samaritains, sauf que cette femme révèle peu à peu qu'elle est une véritable descendante d'Abraham et ça Jésus lui ne l'ignore pas contrairement à ceux qui ne veulent pas fréquenter les samaritains. Elle parle de son père Jacob, ils adorent sur la montagne sainte, elle attend le messie annoncé. Cela n'est pas sans rappeler la guérison de la femme courbée au temple le jour du sabbat, où Jésus demandera s'il ne convenait pas de délivrer cette fille d'Abraham.