Baptême et salut

« Dieu leur donnera peut-être de se convertir et de connaître la vérité. » (2Tm 2.25)
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Forum de débats dialectiques entre personnes de bonne volonté autour de la religion chrétienne (catholicisme) et des objections formulées à son encontre

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Peccator
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Peccator »

Bonjour à tous,
Gaudeamus a écrit : Je crois que vous confondez les prépositions eis et en.
eis + accusatif signifie : dans, vers, contre, en vue de, pour
http://bcs.fltr.ucl.ac.be/gragre/14.Invar.htm#760
On peut utiliser eis pour signifier "dans", à condition qu'il y ait une notion dynamique, de déplacement (qui est bien rendue par l'accusatif) : "je vais dans (=vers) la maison".
Mais pour dire "je suis dans la maison", pour exprimer une situation statique, on utilisera la préposition en + datif

Merci de cette précision, Gaudeamus,

Est-ce que ein peut avoir un sens autre que "géographique" ?

Je vois bien une traduciton "pour" dans une expression telle que "Je pars demain pour l'Angleterre". De meme qu'on dira "en" si je dis "je vais en avignon". Eis traduit la destination du mouvement.

Baptizein signifiant "plonger, immerger", en français je dis normalement "plonger dans l'eau", et non pas "plonger pour l'eau", "plonger en l'eau", et si je peux dire que "je plonge vers l'eau", c'est que j'espère bien atteindre l'eau sinon attention au menton ;).

Toutes les autres traductions que j'ai consultées s'accordent à traduire "dans". Seul Darby utilise "pour", et cette façon de faire change nettement la phrase.

Quand je lis "baptisé pour la mort", je ne comprend pas que je suis plongé dans l'eau de la mort, mais que la signification du geste est la mort. "Pour" est synonyme de "à la place de", et pas de "dans". Comme dans "j'ai mis du jaune pour le soleil".

Et du coup, Darby limite considérablement l'interprétation de la phrase, en "forçant" la métaphore plus que nécessaire.

"Baptisé pour la mort", c'est clair : le bapteme est une mort, et meme la mort est le but du bapteme (je saute dans le fleuve pour m'y noyer)
"Baptisé dans la mort", surtout si j'ai en tete le type de la traversée des eaux, je peux comprendre que le bapteme est passage à travers la mort, pour la vie nouvelle. Le but du bapteme est la vie, pas la mort.
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36
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Gaudeamus
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Gaudeamus »

Peccator a écrit : Est-ce que ein peut avoir un sens autre que "géographique" ?
A ma connaissance, cette préposition peut aussi signifier "en vue de", désignant ainsi une finalité.
Je suis assez sûr de ce que j'avance, mais je ne suis qu'un "amateur". Sur ce forum, Fée Violine et MB sont de vrais pros et pourront mieux vous éclairer si vous arrivez à les attirer dans les parages.
J'avoue que cela me trouble quelque peu (mais pas plus que ça :-D ), dans la mesure où j'adhère à votre lecture sur le plan théologique.
Peccator
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Peccator »

Merci en tout cas de cet éclairage, même d'amateur : moi je ne parle pas le grec, je me débrouille simplement avec l'interlinéaire et un dictionnaire, en me référant au besoin aux diverses traductions pour voir quelle sens semble être généralement retenu.




J'aime assez la nouvelle traduction liturgique, moins littérale, mais qui éclaire bien le sens retenu :
Rm 6, 3-4, Traduction de la Liturgie a écrit :03 Ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême.
04 Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts.
On voit que le baptême unit à la mort pour que nous menions une vie nouvelle.

Il est possible de comprendre ainsi la traduction de Darby (le baptême pour la mort : le baptême qui nous unit à la mort), mais je continue de penser que la formulation qu'il a retenu prête à confusion.
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36
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Re: Baptême et salut

Message non lu par gerardh »

________

Bonjour Mac, vous écrivez :

Rites que Jésus a établi par ailleurs faut-il le rappeler.
Où voyez-vous que jésus ait institué des rites ?



__________
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Mac »

gerardh a écrit :_______Bonjour Mac, vous écrivez : Rites que Jésus a établi par ailleurs faut-il le rappeler.

Où voyez-vous que jésus ait institué des rites ?__________
La bonne blague :s

Fraternellement. :coeur:
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Re: Baptême et salut

Message non lu par gerardh »

______

Bonjour Peccator,

J’examine maintenant, en essayant de rattraper peu à peu mon retard, vos commentaires sur mon compendium.

Vous indiquez que le texte présente de nombreuses redites. C’est vrai, mais elles ont quelque utilité compte tenu du du fait que j’ai opéré très vite. Par ailleurs n’hésitez pas à consulter la dernière partie de mon texte, où vous pourriez quand même trouver quelques pépites (à fracasser si vous n’êtes pas d’accord).

Il me semble comme vous que nos différences portent essentiellement sur l’ « efficacité » ou non des sacrements, à savoir si les sacrements apportent ou non quelque chose de plus que le simple témoignage ou le simple signe et sa signification aux personnes qui les reçoivent, de manière à ce que ces dernières s’en trouvent ou non différentes (en mieux) ou changées (en mieux) à l’issue de leur réception. Même le « signifiant » n’est pas un changement.

Vous écrivez : « le mystère pascal est la traversée de la mort : décès et résurrection ». Quelles sont vos sources, et pourquoi employez-vous le mot mystère : dans votre logique, faites-vous allusion aux sacrements ?
J'ai là un problème avec la traduction. Darby écrit effectivement "le baptême pour la mort", alors que la Bible de Jérusalem, la TOB et même Segond écrivent "baptême dans la mort". Le texte grec dit : "baptisma eis thanatos", et je ne vois pas comment on peut traduire "eis" par "pour".
Je ne suis pas compétent. D’autres sur ce forum ont commenté ce point. Ce que je peux vous dire est que Darby est considéré, même dans les milieux catholiques, comme très fidèle aux textes originels. Par ailleurs la différence que vous signalez ne me semble pas très grave.
Peccator : le baptême signifie mort et vie nouvelle, et non mort seule.
C’est sans doute une nuance de vision. Pour moi et je crois pour Paul, la vie nouvelle et la résurrection sont des conséquences logiques du baptême mais n’en font pas partie stricto sensu.
Peccator : St Paul lui-même n'avait aucune assurance de réussir à ne plus pécher, et craignait pour son propre salut.
Non. C’est une lecture incorrecte du passage concerné.
Bibliquest : le baptême introduit dans la profession chrétienne, la maison de Dieu visible sur la terre, laquelle est devenue promptement la «grande maison».
Peccator : oui. Nous sommes attachés à la maison de Dieu en tant que serviteurs, mais aussi en tant que fils adoptifs de Dieu.
Le terme « la grande maison » est un terme sévère envers la chrétienté défaillante. A l’intérieur de celle-ci il y a effectivement des « fils » mais aussi de l’ivraie (c'est-à-dire des personnes n’ayant pas le vie de Dieu).
Peccator : la traversée du désert est un passage nécessaire pour pouvoir aller en Canaan (je parle au plan spirituel, et pas seulement géographique)
Tout à fait d’accord.
Peccator : et s'il m'arrive d'écrire que je suis sauvé par l'eau du baptême, ce n'est que par figure de style (métonymie), et non parce que je prêterait à l'eau une vertu qu'elle aurait en elle-même, sans que l'Esprit n'intervienne...
Je comprends bien la distinction que vous faites. Mais le cœur du sujet c’est si nous sommes sauvés ou non par le signifiant de l’eau du baptême.
Bibliquest : en soi le baptême n’opère ni ne confère rien — ni salut ni bonne conscience, pas plus aux Juifs qu’aux Gentils — mais il exprime en figure une réalité spirituelle
Peccator : c'est précisément le sens de la notion de sacrement : exprimer de manière sensible une réalité spirituelle.
Je suis heureux que vous adhériez à cette phrase de Bibliquest.
Bibliquest : l’expression « être sauvé » ne veut pas dire simplement « aller au ciel » ou « ne pas être perdu », comme on l’a souvent compris à tort, mais c’est prendre une nouvelle position sur la terre — une position, il est vrai, qui entraîne des bénédictions éternelles et célestes.
Précision Gérard : ces bénédictions ne sont ni le salut ni la vie éternelle mais des récompenses décrites comme des couronnes dans la Bible. Elles ne découlent pas de nos mérites mais de ce que l’Esprit a suscité en nous. C’est pourquoi nous ne garderons pas ces couronnes mais nous les jetterons aux pieds du Seigneur.

A bientôt.


_________
Mac
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Mac »

gerardh a écrit :C’est là la signification du baptême : la mort, non la vie, de Christ,
Peccator a écrit :Nous ne sommes plus du tout d'accord : le baptême signifie mort et vie nouvelle, et non mort seule.
Ben oui, c'est logique puisque celui qui croit et qui est baptisé est sauvé A DONC LA VIE . Mc 16 16 ne dit absolument pas que celui qui croit et qui est baptisé a la mort. On comprend bien que cette dernière doctrine soutenue par gerardh est fausse.

Fraternellement. :coeur:
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Re: Baptême et salut

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__________

Hello Peccator, je continue à vous répondre ;
Peccator : [ma conversion] est intervenue longtemps après (mon baptême).
Dois-je en déduire que le baptême ne vous a pas sauvé ?
Peccator : je suis donc témoin que le baptême des enfants est une bonne chose
Je ne suis pas en défaveur du baptême des enfants.
Peccator : il y a quand même un cas qui me vient en tête ou la célébration de l'eucharistie fait immédiatement suite au baptême : le geôlier de Paul à Rome.
Rappelez m’en la référence SVP.
Peccator : vous considérez comme inutile tout ce qui n'est pas indispensable
Je considère comme inutile tout ce qui n’est pas un ordre du Seigneur communiqué par le Saint Esprit.
Peccator : au lieu de conclure après quelques minutes que "ça ne sert pas à grand-chose", ne pensez-vous pas qu'il pourrait être intéressant de réfléchir à ce que cela pourrait apporter, et qui justifierait que nous maintenions ce rite ?
Eclairez-moi SVP.
PECCATOR : l’onction du saint-chrême fait partie intégrante de la liturgie complète du baptême, sans que son omission ne soit pour autant invalidante
Gérard : à mon avis il y a là une contradiction.
Disons au minimum qu’elle n’a pas une grande utilité, et notamment qu’elle ne communique pas l’Esprit.
Gérard : l’Eglise est-elle pure et sainte (Ephésiens 5, et ce dès à présent ?
Peccator : oui.
Gérard : je pense au contraire que c’est pour le futur.
Peccator : Pourquoi cela ?
[+] Texte masqué
S’il est vrai que Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique, et que le Père nous aime comme ses bien-aimés enfants, le Christ a aimé l’Assemblée. La mesure de cet amour de relation c’est qu’Il s’est livré Lui-même pour elle. Ce n’est pas seulement le don de Sa vie à la croix, mais aussi un entier dévouement et un don complet de Lui-même pour Son Assemblée.

Deux conséquences se rattachent à ce don du Seigneur : Il sanctifie l’Assemblée et Il se la présentera à Lui-même.

Alors que l’Assemblée appartient à Christ, Il la sanctifie — c’est-à-dire Il la met à part pour Lui — en la purifiant par le lavage d’eau par la Parole, l’eau de purification est la Parole de Dieu. Il prépare ainsi maintenant l’Assemblée pour un bonheur ayant sa source et sa mesure en Lui, car Il veut la voir telle que Son cœur la désire. C’est par ce travail actuel du Seigneur, qui s’exerce par la Parole et l’Esprit, dans les croyants et dans les familles et dans les assemblées, par le moyen des dons et ministères, que se forme le vêtement de fin lin, éclatant et pur (les justes actes et faits des saints) de l’Épouse ornée pour Son mari (Apocalypse 19:8 et 21:2). Christ désire que Son Assemblée réponde à ce qu’Il est (« comme Lui est pur » 1 Jean 3), qu’elle soit propre à la demeure dans laquelle Il veut l’introduire, la gloire représentant ainsi l’état parfait de cette purification par la Parole.
Dans la prière du Seigneur de Jean 17, le travail de sanctification est celui du Père : « Sanctifie-les par la vérité ; ta parole est la vérité » (v. 17) et du Seigneur : « Et moi, je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu’eux aussi soient sanctifiés par la vérité » (v. 19).

C’est le service du lavage des pieds que le Sauveur céleste accomplit pour les siens (Jean 13), allant jusqu’à la discipline que le Seigneur exerce envers les Siens : « Moi, je reprends et je châtie tous ceux que j’aime » (Apocalypse 3:19).
Ce travail étant achevé, Christ se présentera l’Assemblée à lui-même, glorieuse, rendue parfaite de la perfection du ciel, sans tache (aucune trace de souillure), sans ride (aucune trace de fatigue), sainte et irréprochable.

Il n’a pas seulement aimé l’assemblée, mais Il s’est livré Lui-même pour elle. De plus Il a entrepris sa sanctification pratique, et sa purification, et Il se la présentera finalement à Lui-même en gloire dans une perfection qui Lui correspond parfaitement.
La présentation de l’assemblée rendue parfaite aura lieu dans la gloire future. Ce sera le don de Christ à Lui-même ! Ce sera entièrement Son œuvre car Il a aimé, Il s’est livré Lui-même, Il a sanctifié, Il a purifié et, comme le verset 29 ajoute, Il a nourri, Il a chéri et, à la fin, Il se la présentera à Lui-même. Une œuvre des plus merveilleuses, et un triomphe des plus merveilleux, assurément ! Gardons cet aspect des choses bien en vue, spécialement quand nous sommes découragés par les difficultés présentes dans l’assemblée, et que nous sommes tristement conscients de son état douloureux.

Comme nous avons ici l’exposé complet de ce que Christ fait, il y a la purification aussi bien que la sanctification de l’Église. Il faut ôter toute souillure, et dans les deux cas, Dieu se sert du lavage d’eau par la Parole. Mais il y a un troisième fruit encore futur de Son amour : « afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable ». Il est clair que nous avons ici la bénédiction complète de l’Église, quand il ne sera plus question de la purifier ; quand l’amour de Christ aura son résultat parfait, et que l’Église sera glorieuse à Sa ressemblance : « afin que lui se présentât l’assemblée à lui-même, glorieuse, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable ; mais afin quelle fût sainte et irréprochable ». Tel est l’exposé complet et divin de l’amour de Christ.
Peccator : je maintiens la valeur de ce que l'on peut vivre à travers notre expérience sensible.
Je suis d’accord avec vous. Simplement au début de votre texte, il m’avait semblé que vous mettiez trop l’accent sur les émotions consécutives aux rites et aux pompes.
Peccator : sur quels fondements doctrinaux vous appuyez-vous pour supposer que les rites de l'AT seraient révolus ?
Gérard : c’est notamment un des grands enseignements de l’épître aux Hébreux.
Peccator : je pense qu'il est préférable de vous laisser d'abord exposer votre raisonnement, plutôt que de préjuger ce qu'il peut être.
[+] Texte masqué
Cette épître s’adresse à des chrétiens sortis du judaïsme, qui restaient encore attachés à son culte et à ses cérémonies et qui, ne voyant pas la réalisation de leurs espérances en Christ comme Messie terrestre, exposés au contraire à la persécution, étaient en danger de se décourager et de retourner en arrière vers l’ancien ordre de choses. L’Esprit Saint leur fait voir que cet ordre de choses terrestre n’était que transitoire, et établit la supériorité du christianisme, du nouvel ordre de choses où tout est céleste et permanent. Pour cela, tout en montrant en quoi les deux systèmes, tous deux établis de Dieu, sont semblables, il fait ressortir leurs contrastes, et démontre ainsi que le premier, consistant en ombres et figures, a dû faire place au second qui ne renferme que les réalités.

Dans son discours, l’auteur de l’épître procède progressivement. Il enlève du judaïsme pièce après pièce, pour le remplacer par quelque chose de plus excellent, jusqu’au dernier chapitre où il conclut par la nécessité d’abandonner décidément un ordre de choses qui a fini son temps, pour se trouver avec Christ hors du camp en portant son opprobre. Il montre finalement que ceux qui restent attachés aux ordonnances judaïques, ne peuvent participer à l’autel des chrétiens.

Nous verrons aussi qu’il sera par-dessus tout insisté sur l’immense supériorité du christianisme sur le judaïsme, bien que ce dernier fasse appel à la vue, et le christianisme à la foi seulement. Par ailleurs cette épître les appelait aussi à rompre les derniers liens qui les rattachaient au système juif périmé, auquel ils avaient tendance à se raccrocher comme les Actes des Apôtres le montrent : Cette épître a dû être écrite quelques années seulement avant la cessation de l’imposant rituel du Judaïsme lors de la destruction de Jérusalem.

Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette épître pour le temps actuel. Des multitudes de croyants de nos jours, bien que faisant partie des nations et donc nullement liées au judaïsme, sont encore asservies à des formes perverties du christianisme, qui consistent très largement en des formes, des cérémonies et des rituels, lesquels sont eux-mêmes des imitations du rituel juif ordonné autrefois par Dieu pour tout le temps précédant la venue de Christ. Il se peut que la plupart de nos lecteurs soient maintenant libérés de ces systèmes, par la grâce de Dieu, et pourtant la plupart d’entre nous ont eu plus ou moins à faire avec eux, et en ont été influencés presque sans s’en rendre compte.
Peccator : en acceptant de se tenir à des rites, on accepte de mettre de coté son initiative personnelle, de se laisser conduire, et par là, de se mettre dans une attitude d'écoute et de réception, au lieu de se mettre dans une attitude d'acteur (d’être agissant).

Peut-être mais vous pourriez jouir de situations plus édifiantes encore, au cours desquelles les « acteurs » n’agissent pas d’eux-mêmes mais sous la direction du Saint Esprit.
Peccator : le temps de l’Eglise commence à la Pentecôte d’Actes 2 et se terminera lors de la venue du Seigneur sur les nuées pour enlever cette Eglise. Nous pensons que ce laps de temps est une parenthèse dans le déroulement des temps prophétiques.
Peccator : Pourquoi donc ? Et d'ailleurs, pour être sur de bien nous comprendre, qu'appelez-vous "temps prophétiques" ?
Les temps prophétiques sont tout simplement le cours des temps, notamment vus sous l’angle de l’histoire sainte. La prophétie en considère une bonne partie, et notamment les parties à venir.
[+] Texte masqué
La pensée de parenthèse de l’Église exprime le fait suivant : les prophéties de l’Ancien Testament présentent une continuité depuis le temps où la prophétie était prononcée jusqu’au temps où la prophétie devait s’accomplir. Aucune discontinuité n’était annoncée entre le temps du prophète et l’établissement du royaume de Dieu.

Exemples :
• les 70 semaines de Daniel 9 distinguent bien 69 semaines et une 70° semaine, mais sans suggérer aucun espace entre deux
• Matthieu 10 :5-7, 23 montre une continuité entre la prédication des disciples à Israël au temps du Seigneur, et la génération présente lors de la venue ou apparition future du Seigneur.

Or l’introduction de l’Église a introduit un ordre de choses totalement nouveau, la rupture avec le judaïsme étant ouvertement annoncée (Actes 15 ; épîtres aux Galates et aux Hébreux). Pourtant les prophéties de l’Ancien Testament, relatives à la terre et à Israël ne sont pas annulées.

La cohérence se trouve justement en considérant que le christianisme est juste une parenthèse dans le déroulement du temps relatif aux choses terrestres. Les promesses quant à l’Église sont avant tout célestes, celles concernant Israël sont purement terrestres. Tout ce qui concerne la terre forme une continuité jusqu’au royaume futur de Christ sur la terre.
Peccator : vous dites que le Notre Père prendrait son sens une fois le Royaume "arrivé" : mais alors, pourquoi demander "que Ton règne vienne" Ou "que Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel" ?
Je rappellerais d’abord que pour nous cette prière a été enseignée aux disciples au début du ministère du Seigneur. Depuis il y a eu le changement radical que le Seigneur a été rejeté, est mort et est ressuscité, et est monté au ciel. La demande de l'établissement d'un règne terrestre du Messie était appropriée pour les disciples Juifs au début du ministère du Seigneur ; elle ne l'est plus maintenant à cause du rejet du Seigneur. Mais l'esprit de cette prière et les sujets abordés sont à retenir et à suivre, même si la lettre de cette prière est pour un autre temps.

Voici des pensées plus détaillées sur le NP puisées dans Bibliquest : http://www.bibliquest.org/Bremicker/Bre ... e.htm#TM10

Pour répondre plus directement à votre question, j’indiquerais que selon nous, après le retour du Seigneur sur les nuées pour enlever son Eglise, le Seigneur reviendra ensuite en gloire pour établir de manière effective son royaume millénaire. Mais ces deux évènements seront séparés par une période d’au moins 7 années, qui seront terriblement éprouvantes pour les croyants de cette époque, et qui sont bien décrites dans l’Apocalypse, notamment sous le vocable « grande tribulation ». Ces croyants persécutés pourront bien prier pour que ces épreuves soient abrégées, et que le règne millénaire arrive, car alors la volonté de Dieu sera faite sur la terre, alors que Dieu aura été rejeté par beaucoup de méchants lors de la grande tribulation.

Peccator : il va effectivement vous être difficile de voir ce que la théologie apporte, puisque pour cela il faut commencer par l'étudier...
Le témoignage de mes frères devanciers qui s’y sont essayés me suffit.
Peccator : vous me demandiez le sens de ma conversion : elle signifie entre autre le fait que je me sois tout entier donné à Dieu, sans rien garder pour moi. J'ai compris que je n'existe que par Sa grâce et pour Sa gloire.
Gloire à Dieu pour votre conversion.


Affectueusement.


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Re: Baptême et salut

Message non lu par gerardh »

________

Mac, vous écrivez :
Rites que Jésus a établi par ailleurs faut-il le rappeler.
Gérard : où voyez-vous que jésus ait institué des rites ?
Mac : La bonne blague
Il faudrait peut-être de temps en temps sortir de l'étroitesse de nos ornières et ôter vos œillères.

Il y a des sujets sur lesquels je ne plaisante pas, et si j'interviens c'est qu'il y a à mon sens un vrai problème. A vous de vous expliquer dans la sérénité.

Par ailleurs vous indiquez que le baptême donne la vie. Rappelez-moi où vous voyez cela dans les Ecritures.



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Re: Baptême et salut

Message non lu par Mac »

gerardh a écrit :Il y a des sujets sur lesquels je ne plaisante pas, et si j'interviens c'est qu'il y a à mon sens un vrai problème. A vous de vous expliquer dans la sérénité.
Vous ne plaisantez pas c'est ça le pire.
Il faudrait peut-être de temps en temps sortir de l'étroitesse de nos ornières et ôter vos œillères.
Vous dites monsieur dans votre message du Lun 20 Jan, 2014 20:42 "Il n’en reste pas moins que le baptême est un rite...". Et maintenant vous me dites où Jésus a institué des rites???

Non mais vous vous foutez de votre monde pardi!!!

Et j'aurais des œillères, et bien non heureusement que non.
Par ailleurs vous indiquez que le baptême donne la vie. Rappelez-moi où vous voyez cela dans les Ecritures.
Oui, sauvé pour vous c'est la mort. Pour moi c'est la vie. Vous prenez des médicaments signe de mort qui vous sauvent la vie <: <: <: Logique n'est-ce point???
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Cinci »

Bonjour Peccator,

Je veux vous féliciter pour façon de rebondir, qui demeure élégante en dépit de la critique. Je sais que c'est toujours «risqué» d'émettre un commentaire à distance, par l'écrit seulement, surtout sur un forum Internet.

Deo Gratias !
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Cinci »

... autrement, je me suis fait réveiller tôt ce matin par ma radio. «Pif !» en plein sur un programme d'exégèse portant sur le Jésus historique. Et deviner le thème ? Le baptême ...

Bon, puis alors la dame qui est invitée pour causer nous fait un renvoi à Charles Perrot un moment donné. Bigre ! Je n'y avais pas pensé. Il s'avère que j'ai le bouquin à la maison en plus. Le temps de vérifier, un peu plus tard : mais alors, oui, en effet, Perrot parle bien de la question baptismale dans son Jésus et l'histoire.

C'est très enrichissant de revisiter à la fois la question et puis le bouquin.

Et ici à l'aide même du coup de pouce ''providentiel'' de la dame à la radio, ne voilà-t-il pas que je réalise un petit détail que je n'avais pas trop bien perçu jusqu'ici. Incroyable ! C'est que le baptême de Jean le baptiste pour commencer aurait été un baptême dont l'efficacité eût été de remettre les péchés ! La dame à la radio l'expliquait, mais Charles Perrot aussi dans son ouvrage à l'époque. Je ne sais pas si vous voyez bien tout l'intérêt de «la chose» en rapport à la discussion avec gérardh ? Le baptême de Jean le baptiste qui est déjà un signe efficace en lui-même ... Il ne s'agit pas de ''profession de foi'' comme dit gérardh. Non, mais une rémission des péchés via le baptême ... en substitution ... à la place de ... ayant pour efficace ce qu'accomplit les sacrificies sanglants offerts au Temple, en rémission des péchés. Jean le baptiste se serait élevé en réaction contre le Temple de Jérusalem, contre ses prêtres et tout.

Ainsi, la dame expliquera-t-elle encore comment les divers rites d'ablution de la religion juive en générale, ainsi que pour les prêtres du Temple, comme les pharisiens ensuite, etc., n'auront toujours eu pour seule fonction de laver l'impureté légale si l'on veut, afin de permettre à la personne d'entrer sur le domaine sacré, pour avoir accès à Dieu. Mais l'usage rituel de l'eau n'aurait jamais eu pour fonction de remettre les péchés des prêtres, ceux des pharisiens ou autres. Cette idée du baptême qui remet les péchés de la personne aurait donc été une particularité de Jean le baptiste.

On y faisait remarquer, un peu plus tard, toujours à cette émission de radio, alors combien le geste de Jésus au Temple de Jérusalem, tel la fois du renversement d'une ou deux tables de changeurs, était un geste prophétique, qui se plaçait par ailleurs dans la foulée de ce que croyait déjà Jean le baptiste lui-même. C'est à dire ? L'inutilité de ces sacrifices sanglants (donc l'inutilité ... des changeurs eux-mêmes), parce que désormais rendu caducs. «Engeance de serpents ... vipères ... comment échapperez-vous à la colère ?» J'avoue que si on lit ces paroles du baptiste à la lumière de l'idée que les sacrifices sanglants du Temple de Jérusalem auraient dû être déjà caducs : le discours du baptiste en prend une tout autre couleur, un couleur plus mâle, plus dangereuse (ou dérangeante) pour les pharisiens et plus dangereuse pour la survie personnelle du baptiste également.

Ce peut être intéressant de voir combien Jésus et Jean sont liés par cette affaire du baptême, c'est à dire du baptême qui est substitué aux sacrifices sanglants et qui romp avec la clique du Temple, d'un baptême qui fait des deux hommes des opposants qui auront payé de leur vie leur refus de composer avec une sorte de dynamique ségrégationniste. Car tant Jean le baptiste le premier que Jésus ensuite se montreront toujours prompts à accueillir absolument n'importe qui (... même des étrangers, soldats, percepteurs d'impôt, Samaritains, etc.) «... de ces pierres, Dieu peut susciter des enfants à Abraham», est aussi une parole de Jean le baptiste. Le baptême se trouve à réunir comme le témoignage des deux hommes et à la lumière d'une sorte d'universalisme dans l'accès au pardon.

Il faudrait que je donne un peu la parole à Perrot.
Cinci
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Cinci »

Un extrait :

«... la nouveauté du geste baptiste est d'ailleurs bien manifestée dans le texte de Mc 11,27-33. Le geste implique une autorité («un droit de Dieu», au sens que le mot avait à cette époque) chez celui qui le pose, et il instaure une relation entre lui et ceux qu'il baptise. D'après ce récit , Jésus situe son autorité au niveau de celle de Jean et pose alors la question : «Le baptême de Jean venait-il du ciel ou des hommes ? Répondez-moi !» Alors les adversaires de Jésus s'interrogent : Si nous disons : «Du ciel !», il dira : Pourquoi n'avez-vous pas cru en lui ? Allons nous dire au contraire : «des hommes !» Ils redoutaient la foule, car tous pensaient que Jean était réellement un prophète». Comme on le voit, le geste baptiste appelle la relation de foi dans la personne même et provoque la désignation prophétique.

Mais qu'est-ce qu'un tel geste était censé apporter ? La réponse est claire. Selon Mc 1,4, Jean proclamait un baptême de conversion pour la rémission des péchés (eis aphesin amartiôn). Le geste baptiste pardonne les péchés. Il dépasse de loin l'ablution de pureté, il est plus que le signe sensible de retournement spirituel, il est le geste du pardon de Dieu. Et selon Mc 1,5, on voit les juifs venir au baptême de Jean «en confessant leurs péchés», exactement comme au jour de Kippour, lors de la proclamation publique des fautes (Mishna Yoma 3,8) Dans un tel contexte, on comprend les objections auxquelles la communauté chrétienne dût bientôt répondre : comment Jésus, sans péché, a-t-il pu se faire baptiser par Jean ? comment le baptême de Jean pouvait-il pardonner le péché, puisque seule la Croix du Christ sauve ? L'apparition même de ce genre de question théologique est un signe tangible de l'originalité historique de Jean, tout en montrant combien la jeune communauté chrétienne dut vite affronter l'apparente contradiction de l'histoire. Qui donc possède la clef du pardon de Dieu sinon Jésus ? L'évangéliste Jean oblitère alors le récit du baptême de Jésus. Luc en parle, mais sans mentionner la présence du Baptiste; Matthieu dévalorise le baptême de Jean en éliminant la mention du pardon des péchés (Mt 3,11), puisque seul le sang du Christ pardonne (Mt 26,28) ... et si Jésus se présente au baptême, c'est «pour accomplir toute justice», c'est à dire dans le langage matthéen, pour se plier quand même à la volonté de Dieu (Mt 3,14-15).

Une telle annonce gestuée du pardon des péchés appelait directement, à l'époque, la conviction d'un salut eschatologique déjà en oeuvre. Le règne de Dieu est là proche (Mt 3,2). Le moment du jugement de feu va arriver; la cognée est à la racine de l'arbre; la colère qui vient, au-dessus de nos têtes (Lc 3,7-9). Dieu va directement intervenir, à moins que ce ne soit quelque prophète eschatologique - «Celui qui doit venir» (Mt 11,2) - dans le retournement foudroyant qui signera l'arrêt du monde. Si le jour de Kippour, le jour traditionnel du pardon de Dieu avait déjà à l'époque un accent eschatologique prononcé, combien plus l'annonce fiévreuse du baptiste ! Dans une telle ambiance on comprend l'extraordinnaire engouement des foules dont parle Flavius Josèphe et la juste crainte d'un Hérode Antipas : «Les gens étaient très exaltés en l'entendant parler.»

Source : Charles Perrot,«Jésus et le mouvement baptiste» dans Jésus et l'histoire,Paris, Desclée, 1995, pp.114-115
gerardh
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Re: Baptême et salut

Message non lu par gerardh »

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Bonjour Cinci,

Rapidement (car je m'habille pour le culte) je signale le texte d'hébreux 10, 1-10, notamment le fait que les sacrifices lévitiques n'ôtaient pas le péché. Ce qui a ôté le péché c'est, non pas un baptême, mais le sacrifice de la croix, dont les sacrifices lévitiques étaient des types ou des images.

Je pense que l'on parle trop du baptême, et pas assez de la croix, qui elle, est salvatrice.

A noter par ailleurs qu'il peut y avoir un pardon gouvernemental des péchés, à savoir dans ce cas que Dieu efface les conséquences néfastes sur la terre des péchés commis. Mais pour un pardon éternel des péchés, il n'a pu y avoir que la croix du calvaire.


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Cinci
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Re: Baptême et salut

Message non lu par Cinci »

D'autres passages éclairants de Charles Perrot :


A propos des pharisiens et la pureté rituelle (quand l'usage de l'eau n'efface pas le péché par contraste avec la position du baptiste)
[+] Texte masqué
«... de nombreux scribes donnèrent une grande importance aux ablutions rituelles et aux immersions, comme il est dit, par exemple, en Mc 7,1-4, à propos du lavage des mains et du «baptême» des coupes, des cruches et des plats d'airain. Le radical hébreu tabal, immerger ou plonger est alors de plus en plus utilisé. De prime abord, on pourrait s'étonner devant de telles pratiques, sans percevoir la raison profonde de ces exigences. Pour les scribes, la parole de Dieu s'adresse à tous sans disctinction; dans leur louable effort en vue d'une religion plus dynamique et universaliste, les rabbis d'obédience pharisienne voulurent donc appliquer à tous les juifs ce qui ne concernait à l'origine que les prêtres. Selon l'exégèse pharisienne de Ex 19,6 tous les Israélites ne faisaient-ils pas partie du «peuple sacerdotal ?» Tous devaient donc suivre scrupuleusement les lois sacerdotales de pureté. Non seulement les objets du Temple, mais tout objet du commun, d'origine plus ou moins suspecte, devait donc en conséquence être plongé dans l'eau, en particulier tout ce qui provenait des Nations ou avait été en contact avec quelque source d'impureté.

Les conséquences vont vite apparaître. D'abord, une multiplication des rites d'eau pour être bien sûr de la pureté requise, l'exégèse des scribes et la tradition des anciens précisant toujours davantage le détail des obligations. Une seconde conséquence est plus importante encore au niveau de la société juive. L'envahissement des rites de pureté va opérer la compartimentation progressive de cette société.

Le rite de pureté provoque la séparation et l'éclatement de l'ensemble traditionnel en groupes divers, selon le degré de la pureté atteinte. Les justes, les purs ou les «séparés» se distinguent du peuple du pays et des pécheurs. Les pharisiens tendent alors à se constituer en petits groupes de pureté sous la mouvance des scribes de leur obédience. Ils se préservent des continuelles impuretés dans lesquelles baigne le peuple du pays (le am-ha-aretz), c'est à dire l'ensemble des petites gens incapables de suivre la minutie des règles.Et parmi ceux-ci, il faut mettre encore à part la classe socio-religieuse des «pécheurs», comprenant les médecins, les bouchers, les bergers, les prostitués et les douaniers (les publicains), où l'impureté était inscrite dans la fonction même, à cause du contact avec les païens. En outre, même au sein des confréries de stricte observance que constituaient alors les pharisiens, des clivages s'opéraient continuellement, selon le degré de pureté atteint par chacun dans sa manière de verser la dîme ou de pratiquer l'ablution rituelle. Le rite de pureté sépare et isole toujours davantage. En bref, le mouvement pharisien, lancé sur une idée généreuse, aboutit finalement à la production de sociétés closes, de groupes retournés sur eux-mêmes. L'une des actions de Jésus sera justement de refuser ces groupes de sainteté, pour réintégrer le problème religieux au niveau du peuple dans son ensemble. En admettant le publicain Lévi parmi ses disciples, Jésus passe outre aux divisions socio-religieuses de son temps.

[...]

L'essénisme, dont le mouvement de Qumrân apparait comme l'un des représentants, montre sous ce rapport une exaspération du phénomène précédent. Nous avons affaire ici à un ou plusieurs groupes de sectaires entièrement séparés et repliés sur eux-mêmes : séparés des païens qu'ils haïssent, séparés des autres juifs impurs et souillés, y compris des prêtres du Temple de Jérusalem, et même séparés les uns des autres au sein de leur propre mouvement en raison des rites de pureté qui le compartiment. Comme le rappelle Flavius Josèphe, la communauté essénienne était divisée en quatre classes ou degré de purification, en sorte que si un membre d'une classe supérieure touchait un inférieur, il devait aller se purifier par un bain comme s'il avait rencontré un étranger (Guerre, 2, 129)

Les sectaires de Qumrân, ayant rompu avec les prêtres de Jérusalem considérés comme illégitimes et récusant les sacrifices sanglants du Temple comme souillés, n'accordaient-ils pas alors une importance particulière aux rites d'eau ? On remarquera d'abord que les sectaires de l'alliance ne s'attaquent jamais au Temple et aux sacrifices sanglants, comme tels, en tant qu'institution de salut. Bien au contraire, ils se représentent eux-mêmes comme un Temple, dans l'attente d'un nouveau Temple de Jérusalem avec la magnificience de ses sacrifices. Toutefois, à un certain moment de leur histoire du moins, en s'abstrayant du système cultuel de Jérusalem avec ses institutions de pardon, et en ne pratiquant plus qu'un culte purement spirituel, les sectaires étaient inévitablement amenés à valoriser les seuls rites sensibles qui restaient en leur possession. [...] l'ablution de pureté est non seulement la levée d'un empêchement rituel, elle devient par la force des circonstances, le seul signe visible de leur retournement spirituel.

Chez les baptistes, il en sera autrement : ils adoptent une position de principe contre les sacrifices sanglants du Temple, et le rite efface le péché.»

pp.97-98

Le problème avec le souci d'être pur
[+] Texte masqué
«... alors que dans le monde méditerrannéen, déferlaient de religions de salut qui voulaient combler l'intense soif religieuse de l'homme hellénistique, alors même que se multipliaient les groupes de toutes sortes rassemblant dans quelques religions à mystère des hommes et des femmes, et parfois même des hommes libres et des esclaves, les rites de pureté touchant l'eau et la table accentuaient toujours davantage, en Palestine, le clivage des diverses catégories socio-religieuses.

Plus les élites authentiques et généreuses, tels les esséniens et les pharisiens voulaient vivre leur idéal dans une religion d'intériorité directement inspirée des Prophètes, plus la société traditionnelle volait en éclats, s'éparpillant en sectes diverses, et plus aussi la classe des «pécheurs» et celle du «peuple du pays», non affiliées aux ligues de pureté, voyaient s'éloigner d'eux les sources du salut.

D'où cette situation contradictoire : dans une religion de salut où Dieu accordait son pardon par les sacrifices du Temple, la masse du peuple, incapable de se plier aux rites de pureté dans leur minutie, se voyait barrer pour une part le chemin du salut. [...]

Le rite baptiste de salut s'adressait à tous et il était accessible à tous, par-delà toutes les barrières de pureté; en tant que rite de pardon, il ne pouvait pas ne pas concurrencer de quelque manière les rites cultuels de l'expiation des péchés, surtout dans le monde hellénistique du Ier siècle largement traversé par le refus radical des sacrifices sanglants dans les temples.»

p.98-99

Universalisme du baptême
[+] Texte masqué
«... le message du salut baptiste s'adresse à tous les hommes. Les barrières sociales, religieuses et même pour une part ethniques sont renversées ou en passe de l'être, afin que le salut de Dieu puisse atteindre tous les hommes.

Assurément dans les milieux scribes d'affinités pharisienne, profondément pénétrés de la pensée des prophètes d'Israël (cf. le second Isaïe et Jonas), le thème universaliste a déjà largement gagné les esprits : Dieu concerne tout homme en ce monde, sans qu'il faille pour autant mettre en question l'élection d'Israël et l'alliance de la circoncision. [...] Comme on sait, une telle ouverture d'esprit dans la judaïcité du Ier siècle a produit de grands fruits dans tout le monde hellénistique, où des milliers de païens «craignant-Dieu» se sont agglutinés autour des synagogues de la Diaspora. Par ailleurs, en Palestine même, l'une des idées maïtresses du pharisaisme est d'atteindre à une réelle démocratisation religieuse : dans la Torah, c'est à dire la révélation divine, Dieu s'adresse à tous, et non pas seulement aux prêtres, de sorte que tous doivent poursuivre l'idéal de la sainteté lévitique. Toutefois, comme nous l'avons rappelé plus haut, la sainteté risque toujours d'engendrer la séparation, dans des groupes d'élites religieuses vouées à la perfection rituelle et morale. Les «justes» se séparent des «pécheurs» et, pour une part, du «peuple du pays».

Les baptistes vont pousser l'intuition universaliste des pharisiens jusqu'à la radicalité, tout en opérant un déplacement religieux considérable dont les conséquences se feront progressivement sentir.

Le message du salut s'adresse à tous, et d'abord à la foule du «peuple du pays», aux pauvres et aux petits incapables de dîmer correctement la nourriture et de suivre les minuties rituelles des scribes. Plus encore, par-dessus les institutions du pardon du Temple à l'usage de ceux qui suivent la parfaite observance de la Torah, le salut est mis à la portée de chacun par la conversion du coeur et le geste du baptiseur. Tous sont alors atteints, y compris les «pécheurs», au sens à la fois social et religieux du mot. On remarquera d'ailleurs combien les mots tout et tous reviennent souvent dans la prédication de Jean (Mc 1,5; 11,32; Lc 3,3; 7,29; Ac 13,24). C'est la grande nouveauté : une religion ouverte à tous, par-dessus les ablutions du pureté qui compartimentent la société, un religion véritablement au niveau des petites gens. Jean et Jésus ensuite parleront aux pécheurs, aux prostituées et même aux soldats non juifs - aux officiers romains et aux troupes auxiliaires levée à Césarée et à Sébaste-Samarie (Lc 3,10-14) [...] A l'inverse des «justes» rassemblés dans les groupes religieux de son temps, Jésus constitue un groupe de non-séparés, car, dit-il, «Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs» (Mc 2,17)

pp 108-109

Le geste de Jésus qui chasse les marchands du Temple
[+] Texte masqué
«... une critique aigüe des temples et plus encore des sacrifices traversait alors le monde hellénistique. Des orphiques et des adeptes de l'hermétisme aux néo-pythagoriciens, le sentiment était général. Rapportons seulement ce mot d'Appolonius de Tyane demandant «de ne sacrifier en aucun cas au dieu grand qui est dessus de toute chose : celui-là l'honorerait dignement qui, sans immoler de victimes, sans allumer de feu, lui offrirait que le Logos (le Verbe), sans parole, le plus puissant de tous, et solliciterait l'être le plus noble par ce qu'il y a de plus noble en nous : la pensée». Dans la diaspora, les juifs devaient tenir compte de ce mouvement des esprits les plus religieux du temps; en outre leur éloignement du Temple de Jérusalem pouvait favoriser un culte purement spirituel dans les «proseuques», c'est à dire les maisons de prière. Les témoignages sont nombreux à cet égard : le vrai culte consiste à honorer Dieu «non avec des présents et des sacrifices, mais par la pureté de l'âme et de la foi pieuse» (Lettre d'Aristée, 234). De même, Philon d'Alexandrie insiste beaucoup sur la sanctification intérieure : le sacrifice le plus agréable à Dieu est l'ordre spirituel : «La demeure du Dieu invisible, c'est l'âme invisible». Toutefois, chez ces auteurs juifs, le Temple de Jérusalem et les sacrifices ne sont jamais remis en question pour autant. La lettre d'Aristée fait un vibrant éloge du Temple et de son culte; Philon le vénère et respecte les observances légales. Au demeurant, les gens de la Diaspora vont en grand nombre péleriner à Jérusalem, sans oublier d'offrir des sacrifices. Les juifs hellénistes qui s'installent dans la Ville sainte n'étaient certainement pas les moins vigilants en la circonstance; ils seront les premiers à réagir contre Étienne et contre Paul (Ac 6,9-11; 21,27).

Chez les juifs palestiniens, la situation parait sensiblement identique. Le Temple n'est pas récusé comme tel. Sans doute bien des gens considéraient-ils le bâtiment reconstruit par l'étranger iduméen, Hérode le Grand, et toujours en voie d'achèvement à l'époque de Jésus, comme plus ou moins souillé. Le thème de la purification du Temple était d'ailleurs largement répandu, y compris chez les Pharisiens d'après les Psaumes de Salomon. Après l'an 66 de notre ère, le premier soin des nationalistes zélotes sera même de le purifier, ce qui ne l'empêchera pas moins d'être détruit en l'an 70, exactement six ans après sa finition ! Les sectaires de Qumrân allaient plus loin dans leur critique du Temple et des prêtres de Jérusalem, radicalement souillés à leurs yeux. Mais, même là, l'institution comme telle n'était jamais mise en question. Le systême sacrificiel exigé par la Torah était accepté.

Les scribes pharisiens, qui avaient tant fait pour la promotion de la lecture des Prophètes dans les synagogues, connaissaient bien le texte d'Osée 6,6, répercuté par Mt 9,13 et 12,17 «C'est la miséricorde que je veux, non le sacrifice». Le même sentiment s'exprime dans le Document de Damas 11,18-21 et dans toute la littérature qumrânienne, qui exalte «l'offrande des lèvres» plus que la chair des holocaustes (1 QS 9,3-5) La critique des esséniens contre les sacrifices de Jérusalem était sans appel, mais cela ne les empêchait pas d'offrir des sacrifices «à part», ou du moins, d'attendre la restauration d'un Temple purifié avec des sacrifices sanglants, cette fois, non souillés.

Les milieux baptistes, et Jésus à leur suite, allaient plus loin dans la critique. Le Temple, en tant que lieu des sacrifices sanglants du moins, était mis en question.

Dans un tel contexte, on comprend mieux le silence de Paul sur le Temple. La manducation des viandes sacrées du Temple relève d'un passé révolu, celui d'Israël «selon la chair», comme il est dit dans 1 Co 10,18 : «Voyez Israël selon la chair, ceux qui mangent les victimes sacrifiées, ne sont-ils pas en communion avec l'autel ?» Mais les temps ont changé et la loi du Temple - toujours debout à l'époque de Paul - n'a plus sa validité, car désormais le véritable Temple de Dieu, c'est la communauté nouvelle (1 Co 3,16-17) Jean l'évangéliste est encore plus virulent : la destruction du système sacrificiel est annoncée d'emblée (Jn 2,13-22) [...] Par ailleurs, si Jésus monte plusieurs fois au Temple selon la présentation johannique, il n'est alors jamais question de repas sacrificiels ou de quelque manducation de viande sacrée, toujours en usage à l'époque. Même lors de la Cène, la manducation de l'agneau du sacrifice n'est pas signalée. [...] Plus encore, on voit Jésus s'attaquer directement au lieu des sacrifices, renversant les tables des changeurs et des marchands de colombes (Mc 11,15). Parler seulement de ''purification'' du Temple en la circonstance, c'est minimiser l'action vigoureuse de Jésus. Il n'est pas l'un de ces prêtes zélotes qui, après l'an 66 de notre ère, voulurent effectivement purifier le Temple. Son action va plus loin. Il faut bien comprendre, en effet, que les marchands du Temple en question étaient tout à fait à leur place sur les parvis des païens. Sinon, comment les pélerins auraient-ils pu acheter les bêtes nécéssaires aux sacrifices sanglants ? Mais c'est justement le lieu des sacrifices sanglants qui est remis en question. En exergue de l'évangile, l'épisode prend chez Jean un plus grand relief encore : «S'étant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du Temple, et les brebis et les boeufs» (Jn 2,15) Ainsi donc, si le lieu de la prière reste valable, celui des sacrifices sanglants est au contraire bouleversé. Cela provoque directement la question des grands prêtres, des anciens et des scribes sur l'autorité de Jésus : «En vertu de quelle autorité fais-tu cela ?» (Mc 11,27 et Jn 2,18). Or Jésus répond à la question en faisant appel à l'autorité de Jean qui posa son geste baptiste ! [...] Mais auparavant dans le récit des vendeurs chassés du Temple, se glisse chez Marc un détail assez surprenant : «Et il ne laissait personne transporter un objet de par le Temple» Jésus se comporterait-il donc comme un scribe pointilleux produisant une règle des plus intransigeantes ? [...] En fait, le texte est bien plus simple. Le mot «objet» ou «vase» désigne habituellement le matériel cultuel. Tout un traité de la Mishna (M. Kelim) est même consacré à ces objets; Za 14,21 en parlait déjà en liaison justement avec les marchands du Temple qui seront éliminés. Jésus arrête donc la marche du culte sacrificiel. On comprend alors l'émotion et les conséquences qui vont suivre.

Faut-il enfin rappeler l'annonce de la destruction du Temple qui joua assurément son rôle devant les sanhédrites ? Ce Temple n'est plus qu'un figuier désséché (Mc 11,12) : il n'en restera pas pierre sur pierre (Mc 13,2) Une telle annonce était irrecevable.»

«Jésus, le Temple et la loi», pp. 124-129
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