Celui qui contribua à jeter les bases et les fondations de notre société moderne et libérale serait aujourd'hui l'objet de toutes les condamnations judiciaires possibles et imaginables! ...ou les limites de la société politique libérale! En promouvant la relativisation des normes et des références éthiques , la société libérale ne saurait échapper elle-même à la relativisation de ses propre principes. Au final, cette société engendre la dictature de ceux qui crient les plus forts, de la majorité. Et le droit positif est absolutisé. En réalité, les incessantes manifestations qui font partie du paysage français révèlent que la loi de la république ( la loi positive) ne satisfait pas toujours les citoyens: il semble qu'il existe un critère du juste et de l'injuste, un étalon du bien et du mal, qui ne relève pas de la loi civile. En assumant le droit à la manifestation et à la grève, la société libérale manifeste finalement ses propres contradictions!
Voltaire est un peu l'archétype de l'intello compromis avec le pouvoir et ses propres idées. Le comportement qu'il a eu avec la tsarine Catherine II a par exemple été une infamie (j'écris en ta faveur si tu m'envoies des fourrures). On peut dire que, de ce point de vue, il est un peu l'ancêtre d'Aragon ou de Sartre. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'il ait écrit tout cela.
Après, il me paraît peu judicieux de généraliser ces déclarations aux "Lumières" en général. Ce n'est pas honnête intellectuellement : les Lumières, ça veut dire beaucoup de choses, et on ne peut pas les réduire à un seul homme. Les positions politiques, artistiques et personnelles de Voltaire et de Rousseau sont légèrement différentes, me semble-t-il. Et que dire de Vico, Kant, Schleiermacher, Smith... ? On crée un modèle artificiel de "lumières", une espèce de reconstruction a posteriori, et on calque sur ce modèle ce qu'on sait des gens de cette époque ; en procédant ainsi, on tombe dans une modélisation qui me paraît très surfaite. Sans compter que toutes les productions intellectuelles de cette époque ne sont pas le fait que de quelques hommes ; il y en a beaucoup d'autres.
Exemple canonique : Montesquieu peut être revendiqué, à juste titre dans chacun des deux cas, par des traditionalistes comme par des libéraux ; Rousseau, par des démocrates comme par des léninistes. Que faire alors ? Les ranger dans une case commune ?
Pour le relativisme (et là je réponds à Prof), je crois qu'on en a déjà pas mal causé dans bien des fils du salon "philosophie". A lire !
giorgino a écrit :Voltaire ancètre de Sartre ???? Ah bon !! Elle est bonne celle-là !!
Dans un sens, oui. Si l'on décrit l'attitude de Sartre comme celle d'un clerc qui trahit la vérité en le sachant, et qui se met volontairement, en toute conscience, au service du mensonge, eh bien, il faut reconnaître que l'on trouve quelque chose de ce comportement dans maints aspects de la vie de Voltaire.