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Suliko
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Message non lu par Suliko »

Suite à la lecture du fil de Menthe, je me suis souvenue d'un passage de "Casti connubii" du pape Pie XI et je me demandais ce que vous en pensiez, car j'ai la forte impression que l'enseignement présenté est totalement tombé en désuétude. Du moins, je n'ai jamais entendu aucun prêtre en parler. Pourtant, je trouve cet extrait fort sage et le considère même encore plus important aujourd'hui qu'en 1930, lors de la publication de cette lettre encyclique.
Je vous cite le texte:
Dangers des unions mixtes

Ils se mettent bien en défaut à cet égard, et parfois non sans risquer leur salut éternel, ceux qui s'engagent témérairement dans les unions mixtes, dont l'amour maternel et la maternelle prévoyance de l'Église, pour des raisons très graves, détourne les siens — comme on le voit par de nombreux documents, y compris le canon du Code qui décrète ceci : « L'Église prohibe très sévèrement le mariage entre deux personnes baptisées, dont une est catholique et dont l'autre est adhérente à une secte hérétique ou schismatique ; que s'il y a péril de perversion pour l'époux catholique et pour les enfants, le mariage est interdit par la loi divine elle. Même. » 64. Si l'Église, quelquefois, pour des raisons de temps, de choses, de personnes, ne refuse point de dispenser de ces sévères prescriptions (le droit divin étant sauf, et le péril de perversion ayant été écarté dans toute la mesure possible), il arrivera toutefois difficilement que l'époux catholique ne subisse en ce genre de mariage aucun détriment.

Il n'est pas rare qu'il en résulte pour les enfants de déplorables défections religieuses, ou, du moins, un glissement rapide en ce qu'on appelle l'indifférence religieuse, si proche de l'infidélité et de l'impiété. Ajoutons que les mariages mixtes rendent beaucoup plus difficile cette vivante unanimité qui reproduit le mystère que nous avons dit, savoir l'union ineffable de l'Église avec le Christ.

Cette étroite union des cœurs, en effet, sera difficilement réalisée, qui, étant le signe et la note de l'Église du Christ, doit être pareillement le signe, la gloire et l'ornement du mariage chrétien. Car le lien des cœurs se rompt d'ordinaire, il se relâche tout au moins, quand interviennent, dans les choses suprêmes que l'homme vénère, c'est-à-dire dans les vérités et les sentiments religieux, la dissemblance des esprits et la diversité des volontés. D'où le péril que la charité ne languisse entre les époux, et, conséquemment, que ne soient ébranlés la paix et le bonheur de la société domestique, qui naît surtout de l'union des cœurs. Car, comme l'avait défini l'antique Droit Romain : « Les noces sont la conjonction de l'homme et de la femme, la mise en commun de toute leur vie, la communauté parfaite du droit divin et du droit humain. »
En interprétant selon l'esprit plutôt que selon la lettre, j'aurais même tendance à ranger dans la catégorie "unions mixtes" le mariage de deux baptisés dont seulement un est de fait croyant, voire même dont les deux ne sont pas vraiment croyants.
En effet, combien de baptisés non croyants se sont mariés religieusement pour avoir une belle fête et non dans l'optique de suivre les commandements de l'Eglise (en l'occurrence liberté, indissolubilité, fidélité et fécondité)? Les prêtres ont-ils raisons d'être si libéraux en la matière (comme en bien d'autres)? Car sincèrement, quelle souffrance pour l'époux ou l'épouse catholique d'être condamné/e à la continence en cas (non rare) de divorce...
De plus, la transmission de la foi est bien plus difficile dans ce genre de foyers, comme le fait remarquer le pape. D'ailleurs, les musulmans pratiquants ont un taux de mariages endogames (j'entends par là l'endogamie religieuse) beaucoup plus élevé que les catholiques et cela se ressent sur la piété des jeunes générations. On pourrait faire la même remarque pour les juifs ou les évangéliques pratiquants.

Bref, qu'en pensez-vous? Le clergé a-t-il tort de ne pas aborder la question? Doit-il être plus souple que le pape Pie XI en son temps (nettement moins déchristianisé tout de même que le nôtre)?

Je vous remercie de votre attention!

Suliko
C'est pourquoi elle seule, prédestinée avant les générations et annoncée par les prophètes, la Mère du Créateur de tout l'univers, non seulement n'a participé en rien à la tache originelle, mais elle est toujours demeurée pure comme le ciel et toute belle. (extrait du règlement pour le monastère de Biélokrinitsa (1841)
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Message non lu par Peccator »

Je pense que cet "avertissement" du pape Pie XI est toujours aussi pertinent de nos jours (c'est un bel exemple de l'infaillibilité pontificale ;) ).

Je pense aussi que nous pouvons à juste titre, en interprétant ce texte de Pie XI, considérer comme "mariage mixte" le mariage entre un catholique et quelqu'un qui, bien que baptisé dans la foi catholique, s'est éloigné de l'Eglise.


Mais le contexte social n'est plus le même, et il faut donc bien réactualiser non pas le fond de cet avertissement, mais la manière de le formuler.

Si les catholiques devaient se limiter à des mariages endogames, alors il me semble que le risque serait grand de voir l'Eglise se replier sur elle-même. Dans le judaïsme, c'est une démarche volontaire, parfaitement cohérente avec la foi juive. Mais prendre l'exemple de l'islam, ce serait opérer un repli communautariste.

Je pense qu'aujourd'hui comme aux temps apostoliques, le mariage peut être un "outil" d'évangélisation. Nous suivons ainsi l'enseignement de St Paul, dans la 1e épitre aux Corinthiens, chapitre 7 :
12 Aux autres je dis, moi, pas le Seigneur : si un frère a une femme qui n’est pas croyante mais qui se trouve bien avec lui, qu’il ne la laisse pas. 13 Et de même pour la femme dont le mari n’est pas croyant : s’il se trouve bien avec elle, qu’elle ne laisse pas son mari. 14 Car le mari qui n’est pas croyant est sanctifié à travers sa femme, et celui qui est frère sanctifie sa femme qui n’est pas croyante. Autrement vos enfants aussi ne seraient pas purs, alors que de fait ils sont déjà sanctifiés.

Ce soucis de ne pas se replier sur soi, mais d'accepter avec joie les mariages mixtes, ne doit pas pour autant nous faire oublier ses dangers, ceux-là dont parle Pie XI.

Je pense donc que les prêtres et les laïcs qui oeuvrent en aumônerie des adolescents et jeunes adultes, ainsi qu' à la préparation au mariage doivent nous en avertir.

Que ceux qui choisissent le mariage mixte le fasse en connaissance de cause. Le fasse en sachant que ce sera une rude épreuve pour leur foi. Le fasse en sachant qu'ils devront défendre leur liberté de pratiquer leur religion, et leur devoir d'élever leurs enfants dans la foi catholique. Qu'ils soient conscient qu'un tel mariage fait d'eux des missionnaires au quotidien, et que ce ne sera pas une vie facile. Que tout comme autrefois (avant les voyages en avion) les missionnaires partaient à l'autre bout du monde pour y finir leurs jours, c'est toute leur vie qu'ils engagent dans cette mission.

Pour ceux qui s'engageront dans un mariage mixte, recevoir un tel enseignement qui, loin de condamner, avertit avec amour, permettra aussi plus facilement de voir dans leur vie quotidienne combien leur mariage est à l'image de l'amour de Dieu pour les hommes. Dieu nous aime tous, que nous acceptions son alliance ou non. Ce pourra aussi être un enseignement qui les aidera à voir Dieu agir dans le coeur de leur époux, quand bien même celui-ci dirait ne plus avoir la foi.


Personnellement, j'ai fait ce choix, et je bénis souvent le Seigneur de m'avoir permis d'être ainsi missionnaire sans même sortir de chez moi.
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36
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Message non lu par Altior »

Je ne pense pas que le fragment présenté soit tombé dans la désuétude. Car même dans le Code Canon en vigueur il faut toujours une dispense de l'évêque pour que le mariage puisse être officié.

C'est vrai, il y a d'autres passages dans la même lettre circulaire, non pas cités, qui sont tombés, malheureusement, dans la désuétude, comme par exemple le rôle de l'époux de tête de famille et le devoir des épouses d'obéir. Mais, dans une église et un monde ou personne n'obéit plus à personne, pourquoi seront nous étonnés de la disparition de la vertu de l'obéissance conjugale dans les catéchèses ?
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Message non lu par Peccator »

En droit canon, il faut toujours une dispense pour un mariage mixte "évident", par exemple entre une catholique et un protestant. Mais nulle dispense n'est nécessaire que c'est entre deux catholiques officiels, mais où l'un des deux a laissé tombé la foi, car considérablement plus fréquent. Hors les risques sont au moins aussi grands, Suliko a entièrement raison de le souligner.
Altior a écrit :il y a d'autres passages dans la même lettre circulaire, non pas cités, qui sont tombés, malheureusement, dans la désuétude, comme par exemple le rôle de l'époux de tête de famille et le devoir des épouses d'obéir.
Formulé ainsi, je ne suis pas fâché que cela soit tombé en désuétude ;)
Mais, dans une église et un monde ou personne n'obéit plus à personne, pourquoi seront nous étonnés de la disparition de la vertu de l'obéissance conjugale dans les catéchèses ?
Et là, il me semble qu'il pourrait être bon non que l'on rappelle le devoir d'obéissance de l'épouse, mais le devoir d'obéissance réciproque. Car ce n'est pas qu'à la femme d'obéir et au mari de commander, ça marche dans les deux sens : dans le mariage, le don de soi est réciproque.
Notez que cela va tout autant à l'encontre de cet esprit du siècle où plus personne n'obéit à personne.
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Message non lu par Amarula »

Bonjour!

à mes yeux un mariage doit être béni par Dieu mais il faut bien expliquer aux futurs époux en quoi va consister cette union devant Dieu, d'où la préparation au mariage!
et le fait d'aller à l'Eglise même si on est un peu dubitatif(catholique non pratiquant par exemple) dépose un ferment d'amour divin invisible dans le couple ... Dieu est là, Il a les yeux sur ces 2 enfants inconscients certes mais ses 2 enfants quand même et il va leur donner la main. Après ça peut tourner au vinaigre c'est sur mais le mal est partout alors quand la grâce du mariage peut agir laissons là faire!
un peu limité comme raisonnement certes mais je me suis presque battue pour que mon mari protestant m'épouse à l'Eglise Catholique et la vie est loin d'être un long fleuve tranquille mais c'est lui que j'aime et mon souhait le plus cher serait qu'il puisse être catholique un jour, ce qui est absolument impossible aujourd'hui et même si un jour le mal détruit notre mariage je ne me dirai pas j'aurais du épouser un catholique ça aurait été différent, non les difficultés sont partout qu'on soit catholique pratiquant ou pas et Dieu est là pour tous!
:fleur:

c'était ma parenthèse bisounours ...
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louis74
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Message non lu par louis74 »

Bonjour à tous,

Cela fait une éternité que je n'ai pas écrit sur ce forum; je voudrais cependant apporter mon témoignage.
Je suis marié avec une non chrétienne, et nous avons eu un mariage catholique. Baptisé bébé, mais élevé dans une éducation anticléricale, et agnostique, je n'ai commencé à changer d'avis que lorsque j'ai rencontrer des membres de ma famille ( à l'étranger) qui sont croyant, mais je suis resté hostile aux prêtres et à "l'institution cléricale". Puis dans ce même pays j'ai rencontré mon épouse et nous nous sommes ensuite marié dans sa religion dans ce pays. Ma famille et mes amis, m'ont fait comprendre qu'ils était déçus de n'avoir pas été la. Donc nous avons décidé de faire un mariage à l'Eglise; j'étais persuadé que l'on aurait refusé ou demandé à mon épouse de se baptiser; mais non.
Nous avons voulu mieux connaitre la liturgie catholique pour préparer notre mariage et l'homélie du prêtre ( fête de la toussaints) m'a interpellé. Et de fil en aiguille je suis devenu croyant et demandé de recevoir la confirmation ( à 35 ans).

Mais si on avait refuser de nous marier, je pense que je ne serais pas devenu catholique donc attention à ne pas fermer les portes de l'Eglise.
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Suliko
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Message non lu par Suliko »

Bonjour Peccator,
Si les catholiques devaient se limiter à des mariages endogames, alors il me semble que le risque serait grand de voir l'Eglise se replier sur elle-même. Dans le judaïsme, c'est une démarche volontaire, parfaitement cohérente avec la foi juive. Mais prendre l'exemple de l'islam, ce serait opérer un repli communautariste.
Vous n'êtes pas objectif. Il n'y a aucune raison de considérer que l'endogamie dans le judaïsme est une démarche parfaitement cohérente, mais que dans le cas des musulmans, il s'agit d'un repli communautariste. Dans les deux cas, et sans doute même plus dans le cas de l'islam, il s'agit de préserver et transmettre ses valeurs religieuses à ses enfants, ce qui se fait plus facilement avec un conjoint croyant et pratiquant.
Que ceux qui choisissent le mariage mixte le fasse en connaissance de cause. Le fasse en sachant que ce sera une rude épreuve pour leur foi. Le fasse en sachant qu'ils devront défendre leur liberté de pratiquer leur religion, et leur devoir d'élever leurs enfants dans la foi catholique. Qu'ils soient conscient qu'un tel mariage fait d'eux des missionnaires au quotidien, et que ce ne sera pas une vie facile. Que tout comme autrefois (avant les voyages en avion) les missionnaires partaient à l'autre bout du monde pour y finir leurs jours, c'est toute leur vie qu'ils engagent dans cette mission.
Le problème, c'est que les catholiques pratiquants sont aujourd'hui eux-mêmes peu affermis dans leur foi et assez peu au courant de leur religion et de ses exigences. Pour tout dire, je n'ai même pas l'impression que les catholiques s'engageant dans un mariage mixte (au sens large, càd avec un non croyant, même baptisé) voient cela comme une épreuve. Et surtout, les prêtres ne font jamais ce genre de mise en garde, sauf peut-être les traditionalistes. Plus généralement, la volonté de transmettre sérieusement la religion à leurs enfants ne me semble pas être un souci majeur de la plupart des catholiques. En fait, je ne comprends comment on peut déclarer que la religion est très importante dans notre vie et ne pas du tout la prendre en compte dans le choix de notre conjoint.
Personnellement, j'ai fait ce choix, et je bénis souvent le Seigneur de m'avoir permis d'être ainsi missionnaire sans même sortir de chez moi.
Vous n'entrez pas dans le cadre de ma réflexion, car si j'ai bien compris, vous vous êtes converti alors que vous étiez déjà en couple.

P.S.: Ce qui ressort de saint Paul, c'est bien que c'est à la femme d'obéir. Sans vous en rendre compte, vous interprétez le texte sacré selon les normes de notre société en parlant d'obéissance réciproque, ce qui n'est pas tout à fait ce que dit le passage du Nouveau Testament dont il est question. Mais c'est un tout autre sujet et le fil n'est peut-être pas approprié pour en discuter, bien qu'il serait fort intéressant que les membres du forum partagent leurs réflexions au sujet de cette lettre encyclique.
C'est pourquoi elle seule, prédestinée avant les générations et annoncée par les prophètes, la Mère du Créateur de tout l'univers, non seulement n'a participé en rien à la tache originelle, mais elle est toujours demeurée pure comme le ciel et toute belle. (extrait du règlement pour le monastère de Biélokrinitsa (1841)
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Toto
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Message non lu par Toto »

Quant à moi, je déplore qu'effectivement ce genre de passages tombe dans l'oubli! (et encore, s'il n'y avait que cela ; mais voir par exemple Grégoire XV qualifier la liberté de conscience de "funeste délire" dans l'encyclique Mirari Vos pour voir Jean-Paul II la défendre...bref).

Ce passage, ce beau passage, n'est qu'un parmi d'autres traitant de la question ; pour le plaisir du style :
Benoit XIV a écrit : Pour ce qui concerne les mariages, conclus également dans ces provinces fédérées de Belgique sous la forme prescrite par le concile de Trente, entre catholique et hérétiques, qu'un homme catholique épouse une femme hérétique ou qu'une femme catholique épouse un homme hérétique Sa Sainteté éprouve avant toute chose une grande douleur de ce qu'il en existe parmi les catholiques qui, honteusement séduits par un amour insensé, ne sont pas pris d'horreur dans leur coeur devant ces mariages détestables que la sainte mère l'Eglise a toujours condamnés et interdits, et qui ne pensent pas devoir s'en abstenir entièrement ; ... elle exhorte par conséquent avec sérieux et gravité (les pasteurs) d'âme, et les avertit de dissuader autant que possible les catholiques des deux sexes de s'engager dans de tels mariages au péril de leurs âmes, et de s'efforcer de contrecarrer ces mariages de toute manière appropriée, et de les empêcher de façon efficace.
Mais si un mariage de ce genre, sans que soit observée la forme de Trente, a déjà été contracté en ces lieux ou si (ce qu'à Dieu ne plaise) il devait l'être à l'avenir, Sa Sainteté déclare qu'un tel mariage, dès lors qu'aucun empêchement canonique ne s'y oppose, doit être considéré comme valide, et qu'aucun des conjoints, aussi longtemps que l'autre vit encore, ne peut, d'aucune manière, s'engager dans un nouveau mariage, même sous le prétexte que ladite forme n'a pas été observée ; mais le conjoint catholique, aussi bien l'homme que la femme, devra avoir à coeur surtout de faire pénitence pour la très grave faute qu'il a commise, de demander le pardon de Dieu, et de tenter de toutes ses forces de ramener au sein de l'Eglise catholique l'autre conjoint qui erre loin de la vraie foi et de gagner son âme - ce qui sera d'un grand avantage aussi pour le pardon pour le méfait qu'il a commis - , en sachant par ailleurs, comme il a été dit, qu'il sera lié pour toujours par le lien de ce mariage.
Pourtant, je ne pense pas qu'il faille interdire les mariages mixtes ; on risquerait alors de tomber dans une situation pire que la première, avec la partie catholique se séparant de l'Eglise pour se marier dans la religion du conjoint. De plus, cela irait contre Saint Paul. Et puis on peut voir aussi ce mariage comme une chance offerte de ramener au bercail la brebis égarée.
Néanmoins, on ne peut pas rien faire, ou faire comme si de rien n'était, ne serait-ce que pour le sort des enfants ; si un catholique épouse une protestante, qu'un enfant naisse et que le père décède, l'enfant a de grandes chances d'être élevé dans le protestantisme.

Des Papes ont proposé une voie médiane :
Pie VI a écrit :Si après une monition ... visant à détourner la partie catholique de ce mariage mixte, celle-ci persiste néanmoins dans la volonté de la contracter, et si on prévoit que le mariage suivra immanquablement, le curé catholique pourra accorder sa présence physique, mais en étant tenu d'observer les précautions suivantes :
Premièrement, qu'il n'assiste pas à un tel mariage dans un lieu sacré, et qu'il ne soit pas revêtu d'un vêtement donnant à penser qu'il s'agit d'un rite sacré, qu'il ne prononce pas de prières ecclésiastiques sur les contractants, et qu'il ne les bénisse d'aucune manière.
Deuxièmement, qu'il exige de la partie hérétique une déclaration écrite par laquelle, sous serment, et en présence de deux témoins qui devront signer eux aussi, elle s'oblige à permettre au partenaire le libre exercice de la religion catholique et à éduquer dans cette même religion tous les enfants qui naîtront, sans différence de sexe.
Troisièmement, que la partie catholique elle aussi fera une déclaration écrite, signée par elle et par deux témoins, dans laquelle elle promet que non seulement elle n'apostasiera jamais sa religion catholique, mais qu'elle éduquera dans celle-ci tous les enfants à naître, et qu'elle tendra de façon efficace à la conversion de l'autre partie, catholique.
Cela ne régle certes pas le cas du décès de la partie catholique (il faudrait en plus obliger la partie non catholique à se former à la religion catholique [pas d'y adhérer, simplement s'y former] et à promettre d'élever ses enfants dans la foi catholique en cas de décès de la partie catholique), mais c'est une excellente base!
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Zarus
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Re: Vous en pensez quoi?

Message non lu par Zarus »

Suliko a écrit :Bonjour Peccator,
Si les catholiques devaient se limiter à des mariages endogames, alors il me semble que le risque serait grand de voir l'Eglise se replier sur elle-même. Dans le judaïsme, c'est une démarche volontaire, parfaitement cohérente avec la foi juive. Mais prendre l'exemple de l'islam, ce serait opérer un repli communautariste.
Vous n'êtes pas objectif. Il n'y a aucune raison de considérer que l'endogamie dans le judaïsme est une démarche parfaitement cohérente, mais que dans le cas des musulmans, il s'agit d'un repli communautariste. Dans les deux cas, et sans doute même plus dans le cas de l'islam, il s'agit de préserver et transmettre ses valeurs religieuses à ses enfants, ce qui se fait plus facilement avec un conjoint croyant et pratiquant.
L'endogamie est cohérente dans le judaisme puisque c'est un commandement de l'Ancien Testament/Torah, cela l'est aussi dans la religion musulmane vu que c'est aussi ce que le Coran demande; car la conversion à l'islam est aussi une conversion au peuple arabe. (théoriquement)


Pour le sujet, je dois vous avouer que je ne suis pas très convaincu par le mariage de personnes ayant des opinions très différentes...il faut quand même des bases notamment pour l'éducation des enfants.
Au mieux, un militant peut vivre avec quelqu'un de si indifférent que cela ne le dérange pas de laisser son conjoint faire toute l'éducation de leurs enfants et de cacher ses propres idées....je trouve pas ça jojo moi. ;)
(Je me vois mal élever des enfants avec une femme croyante pratiquante tenant à éduquer ses enfants dans sa foi, à moins d'avoir rejoint sa religion de façon indépendante et libre, mais bon, ça régle le probléme avant qu'il ait pu intervenir. :p )
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Re: Vous en pensez quoi?

Message non lu par prodigal »

Quelques remarques impromptues à propos de ces textes.
Tout d'abord, aucun ne parle d'une interdiction absolue, même si tous incitent très fortement à éviter les mariages mixtes. Ceci suffit à écarter l'idée d'infaillibilité. En effet, nous sommes dans une question qui relève de la prudence, et non de la vérité absolue. Il est d'ailleurs manifeste que les cas peuvent être très différents.
C'est pourquoi il n'est pas scandaleux a priori que le magistère évolue sur ces questions. Le tout est de juger les raisons de cette évolution.
J'en vois au moins deux. La première est sociologique. Dès lors que les catholiques sont en minorité, les obliger à se marier entre eux est improductif, et risque de faire fuir davantage encore ceux qui restent, alors que si les catholiques étaient encore majoritaires, ce serait l'inverse : introduire d'autres religions dans les familles menacerait peut-être la foi.
La seconde tient à la raison alléguée par l'encyclique Casti connubii. Je cite l'extrait qui m'intéresse.
casti connubii a écrit :Car le lien des cœurs se rompt d'ordinaire, il se relâche tout au moins, quand interviennent, dans les choses suprêmes que l'homme vénère, c'est-à-dire dans les vérités et les sentiments religieux, la dissemblance des esprits et la diversité des volontés
Ainsi donc, le "lien des coeurs", l'amour, ne tient que s'il y a entente et complicité sur l'essentiel. Il n'est pas simple passion physique, il est union des âmes et des intelligences. Ceci me paraît très vrai.
Or, cette complicité sur l'essentiel, qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, n'est plus affaire de religion. Deux catholiques déclarés pourront n'être d'accord sur à peu près rien, deux personnes de religions différentes pourront se comprendre et parcourir ensemble le même chemin de spiritualité. Il serait absurde, sur le plan pastoral, de ne pas en tenir compte.
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Re: Vous en pensez quoi?

Message non lu par Altior »

prodigal a écrit : Or, cette complicité sur l'essentiel, qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, n'est plus affaire de religion.
Mais oui: la religion, pour nous, c'est essentiel et l'essentiel est la religion.
Deux catholiques déclarés ne peuvent pas, donc, être autrement que d'accord sur l'essentiel: en étant dans la même église, il vivent dans la même unité de communion et dans la même unité de la foi.
Par contre, deux personnes de religion différentes ne peuvent pas parcourir le même chemin de spiritualité, car ce qu'on appelle "spiritualité" n'est pas autre chose que la liaison entre l'esprit de l'homme et son principe. Spiritualité et religion sont très liées. Quoique façonnée par la culture, la spiritualité trouve son origine seulement dans la religion. Une même religion peut se manifester en plusieurs manières: c'est pourquoi on ne peut pas parler de "spiritualité catholique", mais de "spiritualité franciscaine", "byzantine" etc. Mais une même spiritualité ne peut pas être partagé longtemps par deux religion differantes, car très vite la religion mettra son empreinte et la spiritualité ne sera plus la même.
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Re: Vous en pensez quoi?

Message non lu par Peccator »

Altior, autant je suis d'accord avec ce que vous dites, autant je serai prudent avant d'en tirer des conclusions au sujet du mariage.

Déjà, il ne suffit pas d'être deux catholiques déclarés. Il y a malheureusement suffisamment d'exemples de couples catholiques qui divorcent pour constater qu'il ne suffit pas de déclarer son appartenance religieuse.

D'autre part, je ne pense pas qu'il soit nécessaire que mari et femme suivent le même chemin spirituel. Je fais le pari qu'un couple peut exister et durer du moment que les deux personnes partagent des valeurs fondamentales qui sont :
- le respect de l'autre et de sa liberté (attention aux fausses conceptions de la liberté : il ne s'agit pas de faire ce qu'on veut sans tenir compte des contraintes et des engagements pris)
- le don de soi et l'accueil de l'autre, qui se manifeste entre autre par le fait d'écouter l'autre mais aussi de lui parler

Ce sont certes des valeurs chrétiennes, mais certaines personnes se considérant comme non-chrétiennes s'y retrouvent aussi, car ce sont les valeurs de l'amour.

Effectivement, en tant que chrétien, quand je vois une personne vivre ainsi, je vois l'Esprit qui agit en elle. De ce point de vue, ma religion est essentielle. Mais la personne concernée verra parfois les choses autrement (souvent par rejet d'un Dieu dont elle n'a qu'une idée faussée).


Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Est-ce que ce ne serait pas là que tout est dit ?
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astre
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Re: Vous en pensez quoi?

Message non lu par astre »

Peccator a écrit :Je fais le pari qu'un couple peut exister et durer du moment que les deux personnes partagent des valeurs fondamentales qui sont :
- le respect de l'autre et de sa liberté (attention aux fausses conceptions de la liberté : il ne s'agit pas de faire ce qu'on veut sans tenir compte des contraintes et des engagements pris)
- le don de soi et l'accueil de l'autre, qui se manifeste entre autre par le fait d'écouter l'autre mais aussi de lui parler
Je ne peux qu'approuver le point de vue de Peccator ...
Les valeurs de la vie sont essentielles pour qu'un couple puisse perdurer ...
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Re: Vous en pensez quoi?

Message non lu par seba15 »

En interprétant selon l'esprit plutôt que selon la lettre, j'aurais même tendance à ranger dans la catégorie "unions mixtes" le mariage de deux baptisés dont seulement un est de fait croyant, voire même dont les deux ne sont pas vraiment croyants.
je pense que là on tombe dans une pente glissante.
Il y aurait donc une élite, les chretien pratiquant et des non pratiquant condamné a être presque confondu avec les païens ? Que dois dire le prêtre ? je célèbre votre mariage mais vous êtes des chretiens non pratiquant donc moins bien que ceux qui viennent tout les dimanches à la messe.
Ce qui compte aussi c'est les oeuvres de chaque jours, et donc un chretien peut l'être par ses actions vis a vis des autres. Et cela n'est pas inclu dans un simple recensement des gens qui vont à l'église ou non.
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Re: Vous en pensez quoi?

Message non lu par Peccator »

seba15 a écrit :je pense que là on tombe dans une pente glissante.
Il y aurait donc une élite, les chretien pratiquant et des non pratiquant condamné a être presque confondu avec les païens ? Que dois dire le prêtre ? je célèbre votre mariage mais vous êtes des chretiens non pratiquant donc moins bien que ceux qui viennent tout les dimanches à la messe.
Ce qui compte aussi c'est les oeuvres de chaque jours, et donc un chretien peut l'être par ses actions vis a vis des autres. Et cela n'est pas inclu dans un simple recensement des gens qui vont à l'église ou non.
Seba : l'Eucharistie est source et sommet de la vie chrétienne. La fréquentation de la messe est quand même un signe très clair de la compréhension que l'on a des sacrements chrétiens (qui tous prennent leur sens dans l'Eucharistie) et de la place que l'on accorde à Dieu dans sa vie.

Partant de là, lorsque l'on décide d'épouser quelqu'un qui, bien que catholique, ne fréquente pas l'église régulièrement, il y a évidemment un risque pour sa vie de foi. Risque que le conjoint ne se plaigne qu'on perd du temps le dimanche alors qu'on pourrait aller se balader... ou faire des courses. Risque que le conjoint ne finisse même par se plaindre qu'on passe trop de temps à prier, que Dieu occupe un place trop importante dans notre vie. Risque donc que l'on finisse par oublier que Dieu devrait occuper toute la place dans notre vie.


On n'est pas un "bon chrétien" parce qu'on va à la messe, parce qu'on y fait acte de présence "par obligation". Mais j'ai du mal à croire qu'on puisse être un chrétien aimant vraiment, profondément Dieu sans avoir envie d'aller à la messe régulièrement : c'est une telle source de joie ! Si vous n'éprouvez pas cette joie d'aller à la messe, alors il est probable que vous perceviez mal ce qu'est le sacrement de l'Eucharistie, et donc par conséquent que vous ne compreniez que peu ce qu'est le sacrement du mariage.

Un chrétien qui ne va pas régulièrement à la messe, ce n'est pas un "quasi-païen" (je vous rappelle que de toute façon, les païens sont aussi nos frères). Mais il n'y a guère que 2 possibilités : soit il n'a pas été assez bien formé, et ne comprend pas ce qu'est l'Eucharistie et pourquoi c'est important dans notre vie, auquel cas, il y a un besoin de formation, soit il comprend, mais choisit de ne donner à Dieu qu'une place secondaire dans sa vie, auquel cas il y a un réel besoin de conversion. Je ne vois pas de 3e possibilité.


Le moins que puisse "dire le prêtre", c'est donc de demander quel sens donnent ces personnes au sacrement de mariage lorsqu'elles demandent à le recevoir. Il ne s'agit pas de refuser, il s'agit d'aider à progresser dans la foi, et de discuter des écueils prévisibles pour les prévenir autant que possible.



Qu'est-ce donc pour vous que le sacrement du mariage ? Voyez-vous le lien avec l'Eucharistie ?
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36
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