Niveau du bac
Niveau du bac
lu dans le Point
Comment l'Education nationale solde les diplômes
Le livre d'Emmanuel Davidenkoff « Réveille-toi, Jules Ferry, ils sont devenus fous » révèle comment sont réévalués en cours de correction les barèmes au brevet des collèges afin de maintenir un bon taux de réussite.
Marie-Sandrine Sgherri
A tous ceux qui constatent, effarés, que les lycéens ne savent plus écrire correctement, se saisissent de leur calculette pour effectuer la moindre division et croient savoir que le XVIIe siècle est le siècle des Lumières, le ministère oppose toujours le même argument : le nombre de bacheliers, puis d'étudiants, ne cesse d'augmenter, preuve des progrès du système et du bien-fondé de son action.
Dans un livre qui paraît cette semaine, « Réveille-toi, Jules Ferry, ils sont devenus fous » (1), le journaliste Emmanuel Davidenkoff dénonce ce faux-semblant et révèle comment sont réévalués en cours de correction les barèmes au brevet des collèges afin de maintenir le même taux de réussite : « En ce mardi de juin 2006, les enseignants arrivent à 8 h 30 du matin, récupèrent un lot de copies et se voient remettre des consignes écrites de correction... Trois quarts d'heure plus tard, on leur distribue un additif à la correction également par écrit. Ils n'ont qu'à reprendre de zéro : une vingtaine de fautes ou d'imprécisions qui devaient être sanctionnées par le retrait de points, selon les premières instructions, sont désormais tolérées ou acceptées.... [Pour les correcteurs], il ne fait aucun doute que les premières corrections donnent des résultats tellement mauvais que le taux de réussite risque de plonger [...] C'est gravissime. Car les résultats au brevet sont exploités !
par l'Education nationale pour évaluer si le niveau monte ou baisse au fil des ans. Or une étude parue en 2006 et réalisée par la Direction de l'évaluation et de la prospective du ministère de l'Education nationale s'appuie sur une augmentation du nombre d'élèves reçus au brevet pour expliquer que le collège se porte mieux aujourd'hui qu'il y a dix ans. On organise ainsi un mensonge d'Etat aussi énorme que discret. » Contacté, le ministère de l'Education nationale se déclare incompétent : le brevet des collèges n'est plus un examen national et « ces pratiques, si elles ont lieu, sont de la responsabilité de chaque jury ».
Certes, mais en ce qui concerne le lycée, l'objectif d'amener 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac a conduit aux mêmes aberrations. Officiellement, aucun texte ne vient inciter le correcteur à l'indulgence, mais mille et une pratiques ont permis de porter le taux de réussite de 65 à plus de 80% en une vingtaine d'années. Selon Guy Morel, professeur de lettres et auteur en 1999 d'un livre-choc, « L'horreur pédagogique », ces pratiques sont devenues si banales que même les professeurs ne réagissent plus. Ainsi, personne ou presque n'a relevé que le texte qui servait de support aux épreuves du bac littéraire en juin était d'Alphonse Daudet, un auteur mineur qui auparavant appartenait au programme du collège, voire du primaire. Plus personne ne s'offusque qu'une copie illisible car truffée de fautes ne puisse se voir retirer plus de trois points.
Banals aussi ces barèmes, de plus en plus précis, qui distribuent des demis, voire des quarts de point à des questions du type « Quelle est la couleur du cheval blanc d'Henri IV ? ». Sans parler de ces instructions officieuses, comme celle de cet inspecteur en philosophie qui invite les correcteurs rassemblés en commission à savoir « discerner, sous le mal-dit, le pas si mal pensé », avant de carrément les mettre en garde : « Si vos notes sont trop basses, un jour, les pouvoirs publics pourraient décider de supprimer la philosophie au lycée. »
Il y a aussi ces épreuves d'un type nouveau : en français, le sujet d'invention, « inévaluable », selon les professeurs, et, au bac 2006, un QCM de mathématiques où seules les bonnes réponses étaient comptabilisées, les mauvaises ne coûtant rien. « Pour autant, le QCM n'a pas été donné à tous », expliquait alors le doyen de l'inspection générale de mathématiques. Mais à cet exercice la moyenne s'élevait à... 4 points sur 5 ! Ce qui a permis à près de neuf candidats sur dix de décrocher leur bac S, réputé le plus exigeant !
L'addition de ces procédés permet donc à Guy Morel, qui travaille aujourd'hui à un « Livre noir de l'Education », d'affirmer que « si le bac était corrigé normalement, pas plus de 30% des candidats l'obtiendraient».
Pour défendre l'examen de plus en plus dévalué, l'institution rappelle qu'il n'est pas un concours : il sanctionne en effet les acquis en fin de scolarité secondaire sans prétendre opérer de sélection. Fort bien, mais faut-il en conclure que 86 % des lycéens de filière générale ont acquis un niveau satisfaisant ? On peut en douter. Un exemple ? La moyenne obtenue en anglais par les candidats au bac a toujours été honorable alors que des tests internationaux montrent que les jeunes Français sont les plus mauvais dans cette langue en Europe.
Enfin, le baccalauréat reste le premier grade universitaire et ouvre à tous ceux qui le décrochent les portes de la faculté : or, en moyenne, 50 % des étudiants échouent la première année, 30 % n'obtiendront jamais leur DEUG. La preuve indéniable qu'ils n'avaient pas le niveau requis pour poursuivre leurs études
Comment l'Education nationale solde les diplômes
Le livre d'Emmanuel Davidenkoff « Réveille-toi, Jules Ferry, ils sont devenus fous » révèle comment sont réévalués en cours de correction les barèmes au brevet des collèges afin de maintenir un bon taux de réussite.
Marie-Sandrine Sgherri
A tous ceux qui constatent, effarés, que les lycéens ne savent plus écrire correctement, se saisissent de leur calculette pour effectuer la moindre division et croient savoir que le XVIIe siècle est le siècle des Lumières, le ministère oppose toujours le même argument : le nombre de bacheliers, puis d'étudiants, ne cesse d'augmenter, preuve des progrès du système et du bien-fondé de son action.
Dans un livre qui paraît cette semaine, « Réveille-toi, Jules Ferry, ils sont devenus fous » (1), le journaliste Emmanuel Davidenkoff dénonce ce faux-semblant et révèle comment sont réévalués en cours de correction les barèmes au brevet des collèges afin de maintenir le même taux de réussite : « En ce mardi de juin 2006, les enseignants arrivent à 8 h 30 du matin, récupèrent un lot de copies et se voient remettre des consignes écrites de correction... Trois quarts d'heure plus tard, on leur distribue un additif à la correction également par écrit. Ils n'ont qu'à reprendre de zéro : une vingtaine de fautes ou d'imprécisions qui devaient être sanctionnées par le retrait de points, selon les premières instructions, sont désormais tolérées ou acceptées.... [Pour les correcteurs], il ne fait aucun doute que les premières corrections donnent des résultats tellement mauvais que le taux de réussite risque de plonger [...] C'est gravissime. Car les résultats au brevet sont exploités !
par l'Education nationale pour évaluer si le niveau monte ou baisse au fil des ans. Or une étude parue en 2006 et réalisée par la Direction de l'évaluation et de la prospective du ministère de l'Education nationale s'appuie sur une augmentation du nombre d'élèves reçus au brevet pour expliquer que le collège se porte mieux aujourd'hui qu'il y a dix ans. On organise ainsi un mensonge d'Etat aussi énorme que discret. » Contacté, le ministère de l'Education nationale se déclare incompétent : le brevet des collèges n'est plus un examen national et « ces pratiques, si elles ont lieu, sont de la responsabilité de chaque jury ».
Certes, mais en ce qui concerne le lycée, l'objectif d'amener 80 % d'une classe d'âge au niveau du bac a conduit aux mêmes aberrations. Officiellement, aucun texte ne vient inciter le correcteur à l'indulgence, mais mille et une pratiques ont permis de porter le taux de réussite de 65 à plus de 80% en une vingtaine d'années. Selon Guy Morel, professeur de lettres et auteur en 1999 d'un livre-choc, « L'horreur pédagogique », ces pratiques sont devenues si banales que même les professeurs ne réagissent plus. Ainsi, personne ou presque n'a relevé que le texte qui servait de support aux épreuves du bac littéraire en juin était d'Alphonse Daudet, un auteur mineur qui auparavant appartenait au programme du collège, voire du primaire. Plus personne ne s'offusque qu'une copie illisible car truffée de fautes ne puisse se voir retirer plus de trois points.
Banals aussi ces barèmes, de plus en plus précis, qui distribuent des demis, voire des quarts de point à des questions du type « Quelle est la couleur du cheval blanc d'Henri IV ? ». Sans parler de ces instructions officieuses, comme celle de cet inspecteur en philosophie qui invite les correcteurs rassemblés en commission à savoir « discerner, sous le mal-dit, le pas si mal pensé », avant de carrément les mettre en garde : « Si vos notes sont trop basses, un jour, les pouvoirs publics pourraient décider de supprimer la philosophie au lycée. »
Il y a aussi ces épreuves d'un type nouveau : en français, le sujet d'invention, « inévaluable », selon les professeurs, et, au bac 2006, un QCM de mathématiques où seules les bonnes réponses étaient comptabilisées, les mauvaises ne coûtant rien. « Pour autant, le QCM n'a pas été donné à tous », expliquait alors le doyen de l'inspection générale de mathématiques. Mais à cet exercice la moyenne s'élevait à... 4 points sur 5 ! Ce qui a permis à près de neuf candidats sur dix de décrocher leur bac S, réputé le plus exigeant !
L'addition de ces procédés permet donc à Guy Morel, qui travaille aujourd'hui à un « Livre noir de l'Education », d'affirmer que « si le bac était corrigé normalement, pas plus de 30% des candidats l'obtiendraient».
Pour défendre l'examen de plus en plus dévalué, l'institution rappelle qu'il n'est pas un concours : il sanctionne en effet les acquis en fin de scolarité secondaire sans prétendre opérer de sélection. Fort bien, mais faut-il en conclure que 86 % des lycéens de filière générale ont acquis un niveau satisfaisant ? On peut en douter. Un exemple ? La moyenne obtenue en anglais par les candidats au bac a toujours été honorable alors que des tests internationaux montrent que les jeunes Français sont les plus mauvais dans cette langue en Europe.
Enfin, le baccalauréat reste le premier grade universitaire et ouvre à tous ceux qui le décrochent les portes de la faculté : or, en moyenne, 50 % des étudiants échouent la première année, 30 % n'obtiendront jamais leur DEUG. La preuve indéniable qu'ils n'avaient pas le niveau requis pour poursuivre leurs études
J'ai passé mon bac S en 2006, je suis d'accord sur le fait qu'au niveau du français sur l'orthographe notamment il y a à mon avis un problème. En revanche sur les maths et le QCM dont vous parlez (et que j'ai moi même fait) je ne suis pas d'accord. D'abord on appelle ça QCM (question à choix multiple) alors que c'est un VRAI ou FAUX, les questions sont du type "si 2+3=5 et que 5-3=2 alors 5-2=3 VRAI ou FAUX" (c'est d'une simplicité extrème mais c'est un exemple de mon invention). Ensuite sur le fait que seules les bonnes réponses sont comptabilisées j'ai envie de dire "heureusement" comment voulez vous que ça soit autrement? J'ai l'impression que vous êtes mal renseigné et que vous vous basez sur les dires de personnes encore plus mal renseignées que vous. :P
Par ailleurs le Bac français est toujours très bien reconnu en Europe. Je vous avou que cette session 2006 s'est trouvée particulièrement facile dans quelques matières. Enfin au niveau des études post bac et sur le fait que 50% n'ont pas leur première année je ne pense pas que cela soit du au niveau scolaire mais plutot à la découverte du monde de la fac avec notamment les soirées étudiantes et autres divertissement qui font de l'ambiance d'une fac une ambiance qui n'est pas propice au travail mais avez vous les chiffres d'il y a 20 ans pour savoir s'il y a 20 ans alors que "le bac était respectable" les gens entrant en fac réussissaient leur 1ère année. Par ailleur certaines facs comme celles de médecine (où je suis) imposent un concours de passage en deuxième année où le taux de recalés est d'environ 85% non pas parce que le niveau n'est pas là mais parce qu'il y a peu de place alors qu'il y a beaucoup de candidats donc cela fausse aussi vos chiffres. Autant dire que ce que vous dites est bien contestable et mérite meilleure argumentation.
Amicalement
Par ailleurs le Bac français est toujours très bien reconnu en Europe. Je vous avou que cette session 2006 s'est trouvée particulièrement facile dans quelques matières. Enfin au niveau des études post bac et sur le fait que 50% n'ont pas leur première année je ne pense pas que cela soit du au niveau scolaire mais plutot à la découverte du monde de la fac avec notamment les soirées étudiantes et autres divertissement qui font de l'ambiance d'une fac une ambiance qui n'est pas propice au travail mais avez vous les chiffres d'il y a 20 ans pour savoir s'il y a 20 ans alors que "le bac était respectable" les gens entrant en fac réussissaient leur 1ère année. Par ailleur certaines facs comme celles de médecine (où je suis) imposent un concours de passage en deuxième année où le taux de recalés est d'environ 85% non pas parce que le niveau n'est pas là mais parce qu'il y a peu de place alors qu'il y a beaucoup de candidats donc cela fausse aussi vos chiffres. Autant dire que ce que vous dites est bien contestable et mérite meilleure argumentation.
Amicalement
"Dieu : N'importe quel chrétien venant de recevoir l'Eucharistie vous le confirmera, Dieu fond dans la bouche, pas dans la main." Pierre Desproges
- Boris
- Tribunus plebis

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- Inscription : lun. 21 août 2006, 17:46
- Localisation : France - Centre (28)
La baisse de la connaissance du français est flagrante dans votre message : vous utilisez l'expression "au niveau" à tout bout de champ, ce qui est une faute de français.
Votre première phrase est mal construite. Permettez-moi de la remanier :
J'ai passé mon bac S en 2006 et je suis d'accord sur le fait qu'il y a un problème en Français, surtout en ce qui concerne l'orthographe.
De même que vous, j'ai un style relativement passable : usage des "que" plus souvent que nécessaire. Cela relève encore de l'enseignement du Français.
Conernant la découverte du milieu de la Fac et des soirées étudiantes, rien n'a vraiment changé sinon le nombre d'élèves. Pourquoi dans les grandes écoles, praticant une sélection à l'entrée, la réussite est meilleure ?
Pourtant, par expérience, je peux vous certifier qu'on y fait autant la fête sinon plus !
Au sujet de la fac de médecine, tout le monde sait que ce n'est pas le niveau scolaire qui compte mais le quota gouvernemental. Ce qui en fait effectivement une exception.
Il y a 50 ans, le Bac permettait d'obtenir un boulot. Quelle entreprise va vous embaucher avec votre Bac S 2006 ? Aucune !
Vous avez juste gagné le droit de présenter quelques concours et autres entretiens d'admission en étude supérieur. Rien de plus.
Votre première phrase est mal construite. Permettez-moi de la remanier :
J'ai passé mon bac S en 2006 et je suis d'accord sur le fait qu'il y a un problème en Français, surtout en ce qui concerne l'orthographe.
De même que vous, j'ai un style relativement passable : usage des "que" plus souvent que nécessaire. Cela relève encore de l'enseignement du Français.
Conernant la découverte du milieu de la Fac et des soirées étudiantes, rien n'a vraiment changé sinon le nombre d'élèves. Pourquoi dans les grandes écoles, praticant une sélection à l'entrée, la réussite est meilleure ?
Pourtant, par expérience, je peux vous certifier qu'on y fait autant la fête sinon plus !
Au sujet de la fac de médecine, tout le monde sait que ce n'est pas le niveau scolaire qui compte mais le quota gouvernemental. Ce qui en fait effectivement une exception.
Il y a 50 ans, le Bac permettait d'obtenir un boulot. Quelle entreprise va vous embaucher avec votre Bac S 2006 ? Aucune !
Vous avez juste gagné le droit de présenter quelques concours et autres entretiens d'admission en étude supérieur. Rien de plus.
UdP,
Boris
Boris
Niveau, niveau de langue, etc.
Boris, vous me donnez l'occasion de faire quelques considérations au sujet du niveau de langue des étudiants, et je vous assure que le niveau de votre interlocuteur est plutôt au-dessus de la moyenne. Je donne des TD dans une grande fac parisienne depuis trois ans, et je peux déjà en tirer des conclusions intéressantes. Je précise avant tout que c'est une très bonne fac, si on la compare au niveau moyen de ce qui se fait en France en premier cycle universitaire.
- on retrouve toujours le même type de fautes. Incapacité de donner une terminaison correcte aux verbes et à certaines de leurs formes (ex. "j'ai donner" - "je me suis fait donné" etc. que je retrouve assez régulièrement pour être sûr qu'il ne s'agit pas d'oublis de relecture). Incapacité d'accorder correctement certains types d'adjectifs ("ordre publique", "sagesse grec"). Une minorité d'étudiants commet ces fautes systématiquement ; une autre minorité ne les commet pas ; entre les deux, une masse qui y retombe de temps en temps.
- j'ai vu deux ou trois étudiants clairement dyslexiques (et pas forcément bêtes), mais pas un de plus ; il s'agit, chez nous du moins, de phénomènes très rares. Cela dit, ils ont eu leur bac ; je remarque cependant qu'il est possible de s'en sortir, ainsi que me l'a démontré une étudiante que j'ai suivie pendant 2 ans. Des collègues plus anciens me disent qu'il y en a eu beaucoup il y a 5-10 ans, et qu'actuellement ça va mieux.
- incapacité de suivre de haut les contingences formelles de telle ou telle expression. Par exemple, incapacité de poser une question de manière indirecte ("on peut se demander en quoi Suétone se trompe-t-il"...), ça, ça arrive dans 80 % des cas ; incapacité de replacer une expression donnée dans une phrase ("Salluste est auteur de Guerre de Jugurtha", sans inclure l'article "la": car on a donné à étudier un texte issu de cette oeuvre, avec le titre cité sans article ; il est repris tel quel).
- difficulté, dans, disons, les 3/4 des cas, de former des phrases complexes avec inclusion de subordonnées. Ou plutôt, cela arrive, mais en en restant au seul pronom relatif "qui" ; presque jamais de "dont" ; quant aux "que", "auxquel" et autre, même pas la peine d'en rêver. On ne risque pas de retrouver des subtilités proustiennes... Ca, c'est inquiétant : un esprit incapable de construire un discours hiérarchisé ne sera jamais apte à suivre des raisonnements complexes. D'un autre côté, ça rend la correction plus facile : quand je vois un ensemble de phrases complexes bien formées, je pressens que la copie sera meilleure, et elle l'est presque toujours...
- réitération fréquente de certaines expressions journalistiques. Nous avons tous des tics de langage, mais ici je vois surtout des bouts de phrases empruntés au JT ou aux journaux gratuits. Des exemples de phrases : "le règne de Caligula démarre sur des chapeaux de roue" ; il eût été plus simple de dire, mettons, que ce règne "commence dans l'allégresse générale". Parfois, d'ailleurs, l'étudiant est conscient de cet aspect, et pour donner une preuve de sa bonne volonté, se contente de mettre des guillemets ; c'est ennuyeux, évidemment, quand on en retrouve toutes les deux lignes... Ou alors, des expressions people ("les hautes sphères de l'Empire"), des items utilisés pour n'importe quoi, comme celui que vous avez dénoncé ("au niveau de", etc.). Mieux encore : une phrase coupée en de nombreuses phrases nominales ("Caligula arrive au pouvoir. Caligula qui a 25 ans. Les Romains en sont satisfaits. Les Romains qui ont vécu 23 ans de tyrannie"), ce qui sonne comme un style oral de présentateur de LCI.
On pourrait gloser indéfiniment sur ces phénomènes, mais je me contenterai de tirer quelques conclusions.
1° le recours à la prose journalistique n'est pas gênant en soi, puisqu'il peut y avoir de grands journalistes... mais ici, il s'agit toujours de journalisme bas de gamme (il est vrai, 90 % de la production de ce secteur).
2° cette prose permet de masquer des manques, mais aussi de trouver des mots à insérer pour dire tout et s'éviter quelques secondes d'effort intellectuel. En général, il est très facile de substituer une formulation correcte à une expression de type M6 ; mais cela demande un tout petit effort auquel, visiblement, les étudiants concernés n'ont pas été habitués.
- incapacité d'une bonne minorité à retenir des conseils simples. Je parle de patriciens et de plébéiens ; de nombreux étudiants m'écrivent "plébeins" ou "plébins". En cours, je reprends tout le monde, plusieurs fois, en écrivant correctement le terme au tableau. Rien à faire, les mêmes - qui ont assisté au cours - me ressortent la faute, alors que je sens que, par ailleurs, ils ont un peu révisé ! En général, et au-delà de la question du niveau de langue, il y a un vrai problème de capacité de mémorisation ; de toute évidence, au collège, au lycée, on ne les a guère entraînés.
- autre remarque encore, assez attristante. Il y a beaucoup d'étudiants d'origine nord-africaine ; pour un enseignant d'histoire ancienne, cela peut être sympathique quand on voit un Kabyle qui s'appelle Juba ! Il s'en trouve, parmi eux, qui en veulent et qui s'accrochent, parfois avec succès ; je pense ainsi à une jeune fille, timide, mais résolue, qui apprend vite, qui ose s'avancer (et qui surmonte avec succès un grave défaut d'élocution). Mais, malheureusement, 95 % des étudiants de cette origine sont mauvais, et même vraiment mauvais (pas 8/ 20, mais 2). Ou bien ils s'accrochent, mais ils manquent d'outils élémentaires que personne n'a pris la peine de leur enseigner ; ou bien ils sont incapables d'effort ; ou bien il s'en trouve qui se comportent en consommateurs sans-gêne.
- grosse, grosse, différence de niveau, en 2me année, entre ceux qui proviennent de la première année et ceux qui sont issus d'une hypokhâgne. Des collègues qui enseignent en licence (actuel L3) m'assurent que cela se voit encore plus dans leurs TD, entre ceux qui viennent de l'ex-DEUG et ceux qui ont fait 2 ans dans des prépas littéraires. Soit dit en passant, bon nombre de mes collègues qui enseignent en fac ont fait leur premier cycle ailleurs, p. ex. prépas, ScPo, etc. C'est dire la capacité de renouvellement du corps enseignant qu'offrent les universités, même les meilleures d'entre elles !
- pour conclure sur ces aspects : on voit qu'un énorme nombre d'étudiants n'est pas habitué à lire. Ou alors, quand ils lisent, ce sont des magazines TV et autres. Ce sont des choses très faciles à repérer sur des copies, et je crains que pour beaucoup, le retard soit quasiment impossible à rattraper. Je ne sais pas très bien comment faire...
On peut en discuter encore longtemps (pourquoi ne pas en faire un fil à part, d'ailleurs ?). Dieu merci, il reste quand même d'excellents étudiants ; ils sont très minoritaires, mais on est toujours sûr d'en trouver. Je préfère aussi éviter, pour le moment, les considérations sur le niveau qui baisse ou qui augmente ; je ne suis pas assez sûr de mes connaissances sur le sujet.
A bientôt
MB
- on retrouve toujours le même type de fautes. Incapacité de donner une terminaison correcte aux verbes et à certaines de leurs formes (ex. "j'ai donner" - "je me suis fait donné" etc. que je retrouve assez régulièrement pour être sûr qu'il ne s'agit pas d'oublis de relecture). Incapacité d'accorder correctement certains types d'adjectifs ("ordre publique", "sagesse grec"). Une minorité d'étudiants commet ces fautes systématiquement ; une autre minorité ne les commet pas ; entre les deux, une masse qui y retombe de temps en temps.
- j'ai vu deux ou trois étudiants clairement dyslexiques (et pas forcément bêtes), mais pas un de plus ; il s'agit, chez nous du moins, de phénomènes très rares. Cela dit, ils ont eu leur bac ; je remarque cependant qu'il est possible de s'en sortir, ainsi que me l'a démontré une étudiante que j'ai suivie pendant 2 ans. Des collègues plus anciens me disent qu'il y en a eu beaucoup il y a 5-10 ans, et qu'actuellement ça va mieux.
- incapacité de suivre de haut les contingences formelles de telle ou telle expression. Par exemple, incapacité de poser une question de manière indirecte ("on peut se demander en quoi Suétone se trompe-t-il"...), ça, ça arrive dans 80 % des cas ; incapacité de replacer une expression donnée dans une phrase ("Salluste est auteur de Guerre de Jugurtha", sans inclure l'article "la": car on a donné à étudier un texte issu de cette oeuvre, avec le titre cité sans article ; il est repris tel quel).
- difficulté, dans, disons, les 3/4 des cas, de former des phrases complexes avec inclusion de subordonnées. Ou plutôt, cela arrive, mais en en restant au seul pronom relatif "qui" ; presque jamais de "dont" ; quant aux "que", "auxquel" et autre, même pas la peine d'en rêver. On ne risque pas de retrouver des subtilités proustiennes... Ca, c'est inquiétant : un esprit incapable de construire un discours hiérarchisé ne sera jamais apte à suivre des raisonnements complexes. D'un autre côté, ça rend la correction plus facile : quand je vois un ensemble de phrases complexes bien formées, je pressens que la copie sera meilleure, et elle l'est presque toujours...
- réitération fréquente de certaines expressions journalistiques. Nous avons tous des tics de langage, mais ici je vois surtout des bouts de phrases empruntés au JT ou aux journaux gratuits. Des exemples de phrases : "le règne de Caligula démarre sur des chapeaux de roue" ; il eût été plus simple de dire, mettons, que ce règne "commence dans l'allégresse générale". Parfois, d'ailleurs, l'étudiant est conscient de cet aspect, et pour donner une preuve de sa bonne volonté, se contente de mettre des guillemets ; c'est ennuyeux, évidemment, quand on en retrouve toutes les deux lignes... Ou alors, des expressions people ("les hautes sphères de l'Empire"), des items utilisés pour n'importe quoi, comme celui que vous avez dénoncé ("au niveau de", etc.). Mieux encore : une phrase coupée en de nombreuses phrases nominales ("Caligula arrive au pouvoir. Caligula qui a 25 ans. Les Romains en sont satisfaits. Les Romains qui ont vécu 23 ans de tyrannie"), ce qui sonne comme un style oral de présentateur de LCI.
On pourrait gloser indéfiniment sur ces phénomènes, mais je me contenterai de tirer quelques conclusions.
1° le recours à la prose journalistique n'est pas gênant en soi, puisqu'il peut y avoir de grands journalistes... mais ici, il s'agit toujours de journalisme bas de gamme (il est vrai, 90 % de la production de ce secteur).
2° cette prose permet de masquer des manques, mais aussi de trouver des mots à insérer pour dire tout et s'éviter quelques secondes d'effort intellectuel. En général, il est très facile de substituer une formulation correcte à une expression de type M6 ; mais cela demande un tout petit effort auquel, visiblement, les étudiants concernés n'ont pas été habitués.
- incapacité d'une bonne minorité à retenir des conseils simples. Je parle de patriciens et de plébéiens ; de nombreux étudiants m'écrivent "plébeins" ou "plébins". En cours, je reprends tout le monde, plusieurs fois, en écrivant correctement le terme au tableau. Rien à faire, les mêmes - qui ont assisté au cours - me ressortent la faute, alors que je sens que, par ailleurs, ils ont un peu révisé ! En général, et au-delà de la question du niveau de langue, il y a un vrai problème de capacité de mémorisation ; de toute évidence, au collège, au lycée, on ne les a guère entraînés.
- autre remarque encore, assez attristante. Il y a beaucoup d'étudiants d'origine nord-africaine ; pour un enseignant d'histoire ancienne, cela peut être sympathique quand on voit un Kabyle qui s'appelle Juba ! Il s'en trouve, parmi eux, qui en veulent et qui s'accrochent, parfois avec succès ; je pense ainsi à une jeune fille, timide, mais résolue, qui apprend vite, qui ose s'avancer (et qui surmonte avec succès un grave défaut d'élocution). Mais, malheureusement, 95 % des étudiants de cette origine sont mauvais, et même vraiment mauvais (pas 8/ 20, mais 2). Ou bien ils s'accrochent, mais ils manquent d'outils élémentaires que personne n'a pris la peine de leur enseigner ; ou bien ils sont incapables d'effort ; ou bien il s'en trouve qui se comportent en consommateurs sans-gêne.
- grosse, grosse, différence de niveau, en 2me année, entre ceux qui proviennent de la première année et ceux qui sont issus d'une hypokhâgne. Des collègues qui enseignent en licence (actuel L3) m'assurent que cela se voit encore plus dans leurs TD, entre ceux qui viennent de l'ex-DEUG et ceux qui ont fait 2 ans dans des prépas littéraires. Soit dit en passant, bon nombre de mes collègues qui enseignent en fac ont fait leur premier cycle ailleurs, p. ex. prépas, ScPo, etc. C'est dire la capacité de renouvellement du corps enseignant qu'offrent les universités, même les meilleures d'entre elles !
- pour conclure sur ces aspects : on voit qu'un énorme nombre d'étudiants n'est pas habitué à lire. Ou alors, quand ils lisent, ce sont des magazines TV et autres. Ce sont des choses très faciles à repérer sur des copies, et je crains que pour beaucoup, le retard soit quasiment impossible à rattraper. Je ne sais pas très bien comment faire...
On peut en discuter encore longtemps (pourquoi ne pas en faire un fil à part, d'ailleurs ?). Dieu merci, il reste quand même d'excellents étudiants ; ils sont très minoritaires, mais on est toujours sûr d'en trouver. Je préfère aussi éviter, pour le moment, les considérations sur le niveau qui baisse ou qui augmente ; je ne suis pas assez sûr de mes connaissances sur le sujet.
A bientôt
MB
- Boris
- Tribunus plebis

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- Inscription : lun. 21 août 2006, 17:46
- Localisation : France - Centre (28)
J'ai relevé ce passage car il fait résonner en moi un incompréhesion à la vue horripilante des programmes de mathématiques de collège : le plus tôt possible les élèves doivent (véritable obligation) posséder une calculatice graphique. Etant ingénieur, je me suis offerte ma première calculatrice graphique en entrant en école d'ingénieur ! Autrement dit, j'ai réalisé les graphiques demandés au Bac sans les recopier depuis ma calculatrice et j'ai même causé des soucis à mon professeur de mathématique de terminale car mon père m'avait appris certaines techinques pour tracer ces courbes (usage de la dérivée seconde).MB a écrit :incapacité d'une bonne minorité à retenir des conseils simples. Je parle de patriciens et de plébéiens ; de nombreux étudiants m'écrivent "plébeins" ou "plébins". En cours, je reprends tout le monde, plusieurs fois, en écrivant correctement le terme au tableau. Rien à faire, les mêmes - qui ont assisté au cours - me ressortent la faute, alors que je sens que, par ailleurs, ils ont un peu révisé ! En général, et au-delà de la question du niveau de langue, il y a un vrai problème de capacité de mémorisation ; de toute évidence, au collège, au lycée, on ne les a guère entraînés.
Combien savent encore le faire ? A l'époque, j'étais le seul dans ma classe (1996)
Par expérience, ils ne savent même pas se que représente une dérivée !
On parle en ce moment d'un retour au calcul mental : il est grand temps pour ce retour !
Mais pour aller dans le même sens que vous, il y a une nivellation par le bas dans l'enseignement des lycéens et des collégiens.
Dans le cadre de l'aumônerie, j'ai un jeune de 4e qui nous a écrit sa motivation : "Car je connaitre Jésus". Que pourra-t-il faire dans la vie sans savoir s'exprimer ?
UdP,
Boris
Boris
L'utilisation de la dérivée seconde pour tracer les courbes est actuellement enseigné en classe de terminale, comme quoi le système s'adapte puisque cela n'était pas enseigné à votre époque. Quant au fait de conaitre la signification de la dérivée elle est exigée pour le bac. je trouve par ailleurs que l'utilisation de la calculette graphique n'empêche pas le fait de savoir comment tracer une courbe.
Au niveau (lol) de la langue je suis tout à fait d'accord avec vous: il y a un véritable problème et ce que dit MB est juste.
Bon aller pour vous prouver ma bonne volonté je refais ma phrase sans le "au niveau":
En ce qui concerne la langue je suis tout à fait d'accord avec vous: il y a un véritable problème et ce que dit MB est juste.
Au niveau (lol) de la langue je suis tout à fait d'accord avec vous: il y a un véritable problème et ce que dit MB est juste.
Bon aller pour vous prouver ma bonne volonté je refais ma phrase sans le "au niveau":
En ce qui concerne la langue je suis tout à fait d'accord avec vous: il y a un véritable problème et ce que dit MB est juste.
"Dieu : N'importe quel chrétien venant de recevoir l'Eucharistie vous le confirmera, Dieu fond dans la bouche, pas dans la main." Pierre Desproges
ouah ziva toi, tu veux m'apprendre à parler l'ortografe ?klakemuffe a écrit :Je vous livre ici la liste des vingt deux mots utiles à la compréhension des membres des forces publiques :
1. Yaka
2. Yavéka
3. Yoraka
4. Yfalé
5. Yenapas
6. Yzonka
7. Yavékapa
8. Yzavékapa
9. Yfokon
10. Yfoleuferfer
11. Yakapa
12. Yreska
13. Yapuka
14. Yfodra
15. Savapa
16. Sétépassa
17. Sépabo
18. Sépabon
19. Sessafote
20. Sépamafote
21. Sékomsa (pissétou)
22. Sélalouadumarché
Non concavité et convexité ne sont pas au programme mais l'étude des solides, volumes etc... y est toujours. Mais je pense qu'il est inutile de refaire tout le programme pour savoir ce qui a été suprimmé.
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