Petit Matthieu a écrit :Quand on observe l'histoire de l'Eglise, on peut être irrité par certaines bulles papales qui intimaient le silence à certains partis qu'on aurait plutôt aimer voir défendre. Mais la continuité de l'histoire prouve que cette autorité est salutaire, elle est saine et salvatrice.
Je ne pense pas qu'on puisse éluder la question de la façon dont l'autorité est exercée.
On a trop souvent tendance à envisager cette autorité en termes institutionnels. Le Pape a-t-il une primauté de juridiction ou seulement d'honneur? Sa juridiction est-elle locale ou universelle? Est-il au-dessus ou en-dessous du Concile général? Comment s'articule son autorité avec celle des évêques? Le modèle de l'autorité de l'Eglise doit-il être l'Empire, ou la monarchie absolue, ou constitutionnelle, ou la démocratie participative? Etc... On s'est beaucoup chamaillé sur ce genre de questions depuis 1000 ans.
Ce qu'il me semble qu'il ne faudrait pas oublier au passage, c'est que Dieu est Père. Que l'Eglise est une unité organique, et que le modèle naturel de l'unité organique est la famille, qui comprend l'autorité d'un Père. Le modèle de l'autorité dans l'Eglise, c'est nécessairement celui du Père, ou du patriarche dans les grandes familles. Et ce n'est certainement pas un hasard si les premiers chrétiens en sont venus à donner aux plus importants de leurs évêques les titres de Pape et de Patriarche.
J'ai un peu l'impression d'enfoncer une porte ouverte en disant cela, pourtant cela éclaire largement les questions ci-dessus, la question de savoir comment les premiers chrétiens concevaient l'autorité du Pape et des évêques. Un patriarche familial ou tribal réunit un conseil de famille pour traiter des questions importantes. Son autorité n'est pas soumise à des statuts, le Pape ne préside pas un Concile comme un président d'association préside l'A.G. en fonction des règles juridiques. Ce n'est pas non plus un souverain absolu... c'est juste celui dont l'autorité va de soi. Il peut être amené à sévir - il doit sévir lorsqu'un membre de la famille s'écarte du droit chemin et crée des problèmes. Mais le membre de la famille reste un membre de la famille. Même excommunié, on n'attend que de le voir revenir dans la voie droite.
Un chrétien est un membre de la famille du Christ, qui a son mot à dire dans le cercle familial. Ce n'est pas un esclave ni un domestique soumis à l'autorité absolue d'un maître, obéissant "perhinc ac cadaver".
Où est-ce-que je veux en venir? On peut légitimement se demander si l'autorité de l'Eglise, telle qu'elle s'exerce depuis au moins 1 millénaire et peut-être plus, est vraiment conforme à ce modèle. Est-ce-qu'un père de famille ou un patriarche dirige sa famille au travers d'une vaste administration qui exerce un pouvoir juridique?
Je pense que beaucoup de la méfiance envers la Papauté vient aussi de cela, même si elle s'est justifiée des façons les plus diverses mais trop souvent en en restant dans les définitions "juridiques" de son rôle (quand il n'est pas purement et simplement nié). On veut que le Pape soit un Père, pas un empereur et pas non plus un P.D.G., mais le fait est qu'entre lui et l'Eglise, il y a une administration.
Les chrétiens sont membres de la famille du Christ, il y a un Père à leur tête, avec toute l'autorité que cela implique, mais aussi la façon dont elle doit s'exercer. C'est un discours banal, mais ça ne doit pas être qu'un discours creux démenti dans les faits.
In Xto,
archi.