Ma série d'articles commencée en juin pour commenter le Notre Père est arrivé à "Ne nous soumets pas à la tentation". J'y reviens sur les questions de traduction, mais surtout sur le sens de cette demande.
Site : http://www.pneumatis.net/
Auteur : Notre Père, cet inconnu, éd. Grégoriennes, 2013
Lu hier, dans son "Petit Journal", la future sainte Faustine abandonnée à ses propres forces durant son noviciat. Elle s'efforçait tout de même de garder strictement toutes ses pratiques religieuses (prières, méditations, sacrifices, etc.) mais ressentait que tout çà était faux et se rendait malade. Et puis, à un moment donné, lorsqu'elle est sur le point de se laisser mourir, Jésus lui apparaît et la réconforte. Elle était soumise à l'épreuve à cause des grâces extraordinaires qu'elle allait recevoir.
Pour ma part, en récitant mon Pater, je dis : "Ne nous laisse pas succomber à la tentation".
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Sur le "Notre-Père", un article évangélique un peu iconoclaste, mais tout de même intéressant :
La Rebellution a écrit :Lorsqu’on étudie les écritures, on peut se rendre compte que le “Notre Père” (Matthieu 6.9) n’est pas une prière à réciter ou à répéter machinalement, mais une prière qui peut nous enseigner et nous inspirer. La raison est toute simple. Jésus n’aurait pas pu instituer « un rituel de récitation de prière » après avoir lui-même même interdit de multiplier les paroles vaines (Matthieu 6.7). Par ailleurs, dans tout le Nouveau Testament, on ne voit nulle part les disciples, les apôtres reproduire cette prière du « Notre Père » de manière systématique, et avec les mêmes paroles. Ainsi donc, au travers de cette prière, Jésus ne donne pas essentiellement des mots à répéter, mais Il nous montre comment et pour quoi prier. Il nous donne des thèmes, des sujets que nous pouvons aborder lorsque nous nous adressons à Dieu. En s’inspirant du Notre Père, on peut comprendre que :
- Nous pouvons prier pour louer et élever son nom et sa personne “Que ton nom soit sanctifié”.
- Nous pouvons prier pour que ses plans s’établissent dans nos vies. “Que ton règne vienne.” En d’autres termes, prier pour qu’Il transforme nos pensées, inspire nos paroles, nous oriente dans nos choix…
- Nous pouvons prier pour sa provision. En d’autres termes, prier pour lui confier nos besoins (matériels comme spirituels). “Donne aujourd’hui notre pain de ce jour.”
- Nous pouvons prier pour son pardon. En d’autres termes, prier pour nous repentir, et Lui demander de nous aider à ne plus pécher. « Pardonne nous offenses comme nous pardonnons aussi…”
- Nous pouvons prier pour sa protection face à la tentation : « Ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal ». Ce qui implique prier pour notre pureté et notre sanctification.
- Nous pouvons prier pour voir sa puissance et sa gloire dans nos vies. “Car c’est à toi appartiennent le règne, la puissance et la gloire.”
Mais avant toute chose, nous devons prier en réalisant qui est Dieu. “Notre Père qui est aux cieux.” Prier en réalisant que Dieu n’est pas un dieu insensible et méchant, mais un Père bon et aimant, qui veut notre bien. Changeons dès aujourd’hui notre manière de prier le Notre Père. Dieu ne s’attache pas à une formulation particulière, ce qu’Il veut avant tout, c’est voir notre coeur s’exprimer devant Lui. Ne prions plus machinalement en répétant systématiquement ces paroles, mais inspirons-nous de la prière pour Lui parler avec nos propres mots et notre coeur.
Unam peti a Domino, hanc requiram,
Ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitae meae.
Ut videam voluptatem Domini, et visitem templum eius.
Iconoclaste en ce qu''il suppose que les gens prient le Notre Père en répétant machinalement des mots vides, alors même que Jésus nous dit de ne pas "rabâcher comme les païens.
Typiquement le genre de "pique" des évangélistes qui m'agace, parce que ces piques laissent entendre que seuls les évangéliques auraient une vie de foi.
Mais à part ça, oui, c'est un texte intéressant. Le Notre Père est autant une prière qu'un manuel de prière, et c'est bien pourquoi l'Eglise y est autant attachée (et pourquoi on discute autant autour des difficultés de sa traduction).
Question aux experts en Ecritures : certes, on ne voit nulle part les apôtres "réciter" le Notre Père. Mais y a-t-il un passage où on les voit prier (et où sont rapportés les mots de leur prière) ?
Je note que l'auteur inclue la doxologie finale ("à toi le règne...") dans le Notre Père, alors qu'elle n'est pas rapportée dans les évangiles : c'est un ajout liturgique ultérieur.
Non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux. Mc 14, 36
Peccator a écrit :Je note que l'auteur inclue la doxologie finale ("à toi le règne...") dans le Notre Père, alors qu'elle n'est pas rapportée dans les évangiles : c'est un ajout liturgique ultérieur.
En fait, cette doxologie se trouve dans certains manuscrits des évangiles, je ne saurais pas dire lesquels ni leur date, mais c'est donc très ancien.
Je suis nouvel adhérent sur votre excellent site et j'ai à coeur de vous faire partager une réflexion concernant notre coeur à coeur avec Dieu le Père.
Notre Seigneur Jésus-Christ nous a appris à prier le Père et nous a offert le "PATER NOSTER"
Si on y met toute notre attention, quelle que soit la circonstance pour laquelle nous récitons cette prière, elle s'adapte à toutes les circonstances de notre vie, de nos pensées, de nos tristesse ou de nos joies.
Il suffit pour s'en rendre compte de le dire lentement, de bien comprendre ce que l'on vient d'énoncer, il n'y a pas de texte plus parfait que celui-ci.
Aussi, faisons trés attention, lorsque nous le récitons, à la phrase qui frise le blasphème :" ne nous soumets pas à la tentation".
Il n'y a qu'un être qui soumette à la tentation, c'est Satan!
La traduction de cette phrase dans la prière enseignée par Jésus-Christ en Français est : "ne permets pas que nous nous laissions induire en tentation" ou "ne nous laisse pas succomber à la tentation ( de Satan).
Réciter le "NOTRE PERE" comme les traducteurs nous l'ont pratiquement imposé aprés le concile de Vatican II, revient à rejoindre les protestants qui comme l'intitulé de leur religion l'indique, protestent contre la révélation de Notre Seigneur et il le matérialisent entre autres par leur "notre père" blasphèmatoire.
Ne disons pas n'importe quoi au Père, nous le blessons (sans le savoir sans doute!) et si Jésus a été si précis, ce n'est surement pas pour être une nouvelle fois trahi.
Merci à tous ceux qui auront accepté de prendre connaissance de ma reflexion.
Joyeux NOËL à tous
Hubert
Le problème des versions protestantes et la version catholique du Notre Père ne se traduit pas bien en français. Dans d'autres langues qu'ils utilisent un pronom qui se réfère au Père comme un objet plutôt qu'à une personne.
La traduction française de la sixième demande du Notre Père avait été adoptée par toutes les confessions chrétiennes depuis 1966, en tant que « version œcuménique ». Les protestants et orthodoxes s’intéressent donc de près à cette nouvelle version du Notre Père qui, aux yeux du pasteur Jean Tartier, ancien membre du Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF), est « de toute façon meilleure que l’ancienne ».
De même, Antoine Arjakovsky, orthodoxe, historien et enseignant au Collège des Bernardins à Paris, se réjouit spontanément de cette nouvelle traduction car « l’ancienne formule de 1966 laissait sous-entendre que Dieu était à l’origine du mal ». Et de citer l’important travail de l’orthodoxe Jean-Marie Gourvil qui, en 2004 déjà, avait publié « Ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve. Une nouvelle traduction du “Notre Père” » (1). Il faut donc maintenant que cette nouvelle version du Notre Père « prenne sa dimension œcuménique, selon Jean Tartier : car il ne faudrait pas que les protestants et orthodoxes, eux, gardent l’ancienne formule ! ».
.πατερ ημων ο εν τοις ουρανοις ................................. Père de nous qui es dans les cieux....
αγιασθητω το ονομα σου ......................................…soit sanctifié le nom de toi
ελθετω η βασιλεια σου .............................. . vienne (ou arrive) le règne de toi ... .....
γενηθητω το θελημα σου ............................... .... soit faite la volonté de toi... . ως εν ουρανω και επι της γης ............................... comme dans le ciel de même sur terre ....... τον αρτον ημων τον επιουσιον δος ημιν σημερον . le pain de nous (le) de-ce-jour donne nous aujourd’hui
και αφες ημιν τα οφειληματα ημων ............ remets à nous les dettes de nous
ς και ημεις αφηκαμεν αφιεμεν ...................... comme aussi (nous) avons remis
τοις οφειλεταις ημων ............................. aux débiteurs de nous
και μη εισενεγκης (1) ημας εις πειρασμον ...... et ne pas laissés (1) nous dans l’épreuve
αλλα ρυσαι ημας απο του πονηρου (2) ......... mais délivre nous du Mauvais (2)
(1) εισενεγκης = laissés, abandonnés [/b]
(2) πονηρος (nominatif de πονηρου) = mauvais, méchant, pervers (ce mot pouvait déjà être un substantif personnifié chez auteurs antiques)
Et pour une prononciation phonétique cela donne)
pater émὀn ὀ èn toïs ouranoïs
agiastéto to ὀnoma sou
eltéto è basileïa sou
guenèstéto to télèma sou
os èn ourano kaï épi tès guès
ton artὀn émὀn ὀ tὀn épiousiὀn dos émin sémérὀn
kaï afès émἰnta opheïlémata émὀn
ôs kai émeïs aphékamèn aphiémén
toïs opheïletaïs émὀn
kaï mé eïcénéngkès émas eïs peïrasmὀn
alla rusaï émas apo tou ponérou
Problème concernant la traduction de " Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour..
« τον αρτον ημων τον επιουσιον δος ημιν σημερον ..que nous traduisons mot à mot par « le pain de nous de-ce-jour-ci donne nous aujourd’hui ». Ainsi επιουσιον serait donc
« de ce jour » et aurait donc pour nominatif επιουσιος. Mais quelle est sa signification ?
Ce mot est inconnu dans la langue grecque. Il suffit de consulter le Bailly (celui autorisé au Concours Général -version grecque- et à l’Agrégation de Lettres Classiques).
Benoit XVI nous le fait observer dans le tome 1 de "Jésus de Nazareth" page 177. (Du Baptême dans le Jourdain à la Transfiguration).Il écrit : « Nous arrivons maintenant à un mot de cette demande qui, dans nos traductions habituelles, parait anodin : donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour .Ce "de ce jour" est rendu à partir du grec epiousios, dont le théologien Origène (mort vers 254), un des grands maîtres de la langue grecque, dit que dans cette langue ce mot n’existe pas à d’autres endroits et qu’il a été créé par les évangélistes. Entre temps on a certes retrouvé une occurrence de ce terme dans un papyrus du V° siècle après Jésus-Christ. Mais cette occurrence isolée ne peut pas nous renseigner sur la signification de ce mot pour le moins inhabituel et rare. » (fin de citation).
Il y aurait deux interprétations : "(le pain) nécessaire à notre existence". C’est celle utilisée par le professeur Carrez des 2 Instituts (Protestant et Catholique) de Paris. Ou encore (mais c’est plus douteux et dans un sens eschatologique « le pain du futur ».
En fait, si le Bailly n'indique pas ce sens-là, c'est parce qu'on ne sait pas traduire " επιουσιος ", Ce qui n'empêche pas que "ousia" signifie bien : "substance", "essence".
La Vulgate traduit "épiousios" par "supersubstantialis" (mot souvent employé par Thomas d'Aquin). En fait, plutôt qu'une traduction, c'est une transposition. Si en français on dit "supersubstantiel", on n'est pas plus avancé. La difficulté est de comprendre le mot d'origine, ce qui n'est pas facile puisque c'est un hapax (un mot en un seul exemplaire, ou deux, puisque qu'on le trouve aussi au Vème siècle. Le préfixe "épi" ayant plusieurs sens, le terme est donc plutôt ambigu. Le Bailly dit pour ουσια: "essence, substance, être". Pourtant pour "épiousios", il n'indique rien. On peut séparer : ἐπι : super ou sur (lat. et fr.) et ουσια: substance ce qui donnerait επιουσιος.
Ce qui ne facilite pas la tâche c'est qu'on ne connaît que deux occurrences de ce terme : dans l'Évangile et dans un document du Vème siècle de notre ère. Faudrait-il dire "donne nous aujourd'hui notre pain supersubstantiel ?" Benoît XVI tente de l'interpréter dans le sens de "substance supérieure" et y voir une allusion au pain de la Cene mais il l’évoque sans s'y attarder. On le comprend ! Il me semble que ἐπι ουσιος (epi-ousios) est plus lié à οὐσια qu'autre chose... ou en tout cas il a pu être perçu comme cela... C'est la seule explication (à mon sens) pour justifier la vieille traduction latine de supersubstantialem
Dernière modification par elenos le mer. 29 janv. 2014, 22:39, modifié 2 fois.
Dans mon Diocèse aucun changement, on dit toujours "Ne nous soumets pas à la tentation". Qu'en est-il chez vous? est-ce un changement facultatif ou obligatoire? y a-t-il une date butoir en cas de changement obligatoire?
kisito a écrit :Dans mon Diocèse aucun changement, on dit toujours "Ne nous soumet pas à la tentation". Quand est il chez vous? est ce un changement facultatif ou obligatoire? y a t'il une date buttoir en cas de changement obligatoire?
Bonjour,
Il faut attendre au minimum l'Avent 2016, date de publication de la nouvelle traduction du missel de 2002.