Le Pape François parle-t-il trop ?

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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

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Mais enfin, c'est Jésus lui-même qui nous demande d'avoir une âme de pauvre !

Ne voyez vous pas l'urgence de le rappeler sans cesse, dans un monde où même tant de catholiques ont fini par se convaincre qu'il serait bon d'avoir une âme de riche ?

Que voudriez-vous que prêche le pape ? Encore et toujours des rappels au dogmes ? Quand tous les rappels ne font que faire au croire au gens que l'Eglise a oublié ce que signifie aimer ?
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

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Les prêches de Benoit XVI et de Jean-Paul II sont toujours disponibles gratuitement sur le site du Vatican. Je pense qu'elles ont de quoi nourrir un homme pendant une bonne partie de son existence, non ?

Donc si vous n'appréciez pas le "style" François, il vous suffit de jeter un oeil à ce que nous a laissé Benoit, non ?

Ce que je sais, c'est qu'il y a aussi beaucoup de personnes qui ne comprenaient pas (ou mal) Benoit, et elles sont contentes d'avoir un François.

Voilà, moi je comprends mieux Benoit, je l'ai déjà dit, mais je ne suis pas seul au monde.
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

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Peccator a écrit :Mais enfin, c'est Jésus lui-même qui nous demande d'avoir une âme de pauvre !

Ne voyez vous pas l'urgence de le rappeler sans cesse, dans un monde où même tant de catholiques ont fini par se convaincre qu'il serait bon d'avoir une âme de riche ?

Que voudriez-vous que prêche le pape ? Encore et toujours des rappels au dogmes ? Quand tous les rappels ne font que faire au croire au gens que l'Eglise a oublié ce que signifie aimer ?
Pauvreté n'a rien à voir avec indigence. Il faut savoir de quoi on parle. Vous tombez dans une logique moralisatrice qui n'est pas celle de l'Evangile.

Le Pape est pasteur de tous, et pas seulement d'un sous-ensemble de catholiques.
Je trouve qu'on oublie bien vite le pontificat de Benoit XVI, lui qui a décrété l'année de la Foi et qui rappelait par là-même la haute importance de connaitre le catéchisme.
A quoi bon d'aller aux périphéries si l'on ne connait pas le contenu de la Foi (les dogmes, un gros mot !) que l'on doit annoncer ?
A chaque minute, c'est une indécente injustice qui lui est faite, en filigrane. Mais tant pis, c'est lui le vrai humble, le vrai pauvre, le vrai saint, qui ne sera certainement pas canonisé.

Pas question de faire de la nostalgie, mais remettre les choses à leur place....
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par Peccator »

J'ai fait bien attention, j'ai écrit "une âme de pauvre", pas une vie indigente. Ce ne sont jamais que les Béatitudes, après tout...

Et une "âme de riche", ça ne signifie pas avoir le portefeuille bien rempli et vivre dans le luxe et l'opulence.


Les dogmes ne peuvent être compris que si l'on place en leur centre l'Amour divin. Vous n'amènerez pas quelqu'un à savoir que Dieu l'aime comme il est si vous commencez par lui expliquer qu'il doit tout changer dans sa vie.

Quand Jésus s'invite chez Zachée, il ne commence pas par lui dire : donne aux pauvres la moitié de tes biens, et alors je viendrai manger chez toi. Au contraire, il commence par aller chez Zachée, et ce dernier comprend ensuite qu'il a des choses à changer dans sa vie.
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par Peccator »

Ceci dit, réjouissons-nous : Benoit XVI sort de son silence et adresse une lettre ouverte à un athée :
http://www.news.va/fr/news/benoit-xvi-r ... -odifreddi
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par AdoramusTe »

jeanbaptiste a écrit :Les prêches de Benoit XVI et de Jean-Paul II sont toujours disponibles gratuitement sur le site du Vatican. Je pense qu'elles ont de quoi nourrir un homme pendant une bonne partie de son existence, non ?

Donc si vous n'appréciez pas le "style" François, il vous suffit de jeter un oeil à ce que nous a laissé Benoit, non ?
Il y a des solutions plus radicales.
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

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Que voulez-vous dire ?
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jean_droit »

Oui, le Saint Père parle beaucoup trop.

Si l'on ajoute le fait qu'on lui fait dire n'importe quoi, que les bruits de couloir se multiplient, que ses paroles plus ou moins bien reproduites donnent lieu à des interprétations tendancieuses ....

Il n'est plus un archevêque en Argentine, ni un père jésuite, il est le Pape qui doit contrôler et faire en permanence contrôler sa communication. Car il s'adresse à tous et, surtout, il doit être le Pape de toutes les sensibilités de l'Eglise.

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog ... nçois.html
La vraie fausse interview du pape François

C'est Jean-Marie Guénois qui le dit :

"Formules chocs, dialogue très vivace, entre le pape François et Eugenio Scalfari, 89 ans, laïque et anticlérical affiché, fondateur du quotidien de gauche La Repubblica, l'«interview» publiée sur trois pages, mardi 1er octobre, a fait sensation.

Petit florilège de citations attribuées au Pape: «Dieu n'est pas catholique» ; «les chefs de l'Église ont souvent été narcissiques» ; «quand je me trouve confronté à un clérical, je deviens soudainement anticlérical » ; «la vision vaticano-centriste (de la curie, NDLR) néglige le monde qui nous entoure. Je ne partage pas cette vision et je ferai tout pour la changer» ; «les pères conciliaires savaient qu'ouvrir à la culture moderne signifiait œcuménisme religieux et dialogue avec les non-croyants. Depuis ce temps il a été fait assez peu dans cette direction. J'ai l'humilité et l'ambition de vouloir le faire».

Devant la verdeur du texte, un doute s'est installé, mercredi, à Rome sur les conditions de recueil de cette interview. Embarrassé, le Vatican a reconnu qu'il ne s'était pas agi d'une interview mais d'une conversation à bâtons rompus dans un cadre privé, non destiné à publication. Que le texte n'avait «pas été revu par le Pape». Que «sans être une encyclique» «la substance de l'entretien» y était mais que le document n'avait «pas d'autorité» particulière.

Le Figaro a interrogé Eugenio Scalfari sur les conditions de recueil de cet entretien. Celui-ci a confirmé jeudi que «l'interview n'a pas été enregistrée et qu'aucune note n'a été prise» mais que le texte, affirme-t-il, a été «approuvé» par le Pape «avant publication». Un texte, donc, intéressant mais à ne pas forcément prendre au pied de la lettre."

Et Le Monde précise :

"sur la forme, l’exercice a frisé l’amateurisme : le pape n’a pas demandé à relire la retranscription de la conversation qu’il a eue avec le directeur de la Repubblica, a reconnu mercredi le porte-parole du Vatican. L’un des plus sérieux vaticanistes italiens y a relevé des incohérences, notamment la description d’une scène, lors du conclave, sur un balcon… qui n’existe pas. Un détail fâcheux qui pose plus largement le contrôle de la parole papale."
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jean_droit »

Voilà un autre article paru dans La Vie cité par Belgicatho sur ce même sujet.

Qui pourrait lui conseiller de changer sa communication ? J'ai bien peur qu'il soit imperméable aux conseils.
Pape François : malaise dans la communication

Jean Mercier, le chroniqueur attentif de l’hebdomadaire « la Vie » » publie aujourd'hui cette « paposcopie » sur le site du journal :

« François multiplie les interviews choc, suscitant la perplexité sur sa stratégie de communication. Se pose le problème des différents statuts de sa parole, et notamment lorsque la parole intime se trouve élevée à l'état de parole officielle.

Le Père Federico Lombardi en a vu d'autres.

Mais, ce mardi 2 octobre, à la salle de presse du Vatican, il avait du mal à cacher son embarras devant les questions des journalistes, au lendemain de l'interview du pape par le journaliste Eugenio Scalfari dans la Repubblica. Un embarras, voir un malaise, qui est partagé par nombre de témoins que j'ai pu rencontrer au fil de deux journées et demie, au Vatican et ailleurs dans Rome, alors que se déroulait la première rencontre du G8, le « Conseil des Cardinaux » destiné à réformer la gouvernance de l'Eglise.

Une interrogation sur le contenu

L'interview est parue onze jours après la publication de l'interview du pape dans la Civilta Cattolica, au propos très fort, dans lequel le pape s'en prenait aux catholiques rigides d'un point de vue dogmatique, repliés sur des formes du passé, attachés à une vision monolithique, à une Eglise du « laboratoire ». Une véritable charge dans laquelle certains ont pu lire un désaveu du pontificat précédent, à travers différentes « touches » (notamment l'évocation du Vetus Ordo en matière liturgique, avec un ton un peu condescendant, donne l'impression que François désavoue Benoît), et donc une réhabilitation d'un catholicisme de nature progressiste, selon une lecture « politique », toujours difficile à écarter.

L'interview de Scalfari, si rapprochée dans le temps, renforce l'ambiance de l'interview « des jésuites », notamment avec la dénonciation virulente du cléricalisme et de l'esprit de cour, du narcissisme de certains puissants de l'Eglise. Elle peut donner l'impression que le pape en fait trop, alors même que l'interview précédent n'a pas été encore totalement assimilée, et que la lettre à Scalfari est récente... puisqu'elle date du 11 septembre.

De plus, François, à la demande de son interlocuteur athée, revient sur la question de la vérité du bien et du mal. Dans sa lettre à Scalfari, François faisait preuve d'une stupéfiante ouverture face à la question de l'obéissance à sa conscience, en expliquant que « Le péché, même pour celui qui n’a pas la foi, c’est d’aller contre sa conscience. Écouter et obéir à celle-ci signifie, en effet, se décider face à ce qui est perçu comme bien ou comme mal. Et c’est sur cette décision que se joue la nature bonne ou mauvaise de nos actions ».

Devant Scalfari en personne, qui voulait s'assurer de ce qu'il pensait, le pape a enfoncé le clou : « Tout être humain possède sa propre vision du bien, mais aussi du mal. Notre tâche est de l'inciter à suivre la voie tracée par ce qu'il estime être le bien. (…) Chacun a sa propre conception du bien et du mal et chacun doit choisir le bien et combattre le mal selon l'idée qu'il s'en fait. Il suffirait de cela pour vivre dans un monde meilleur."

De telles paroles pourraient faire conclure à une vision relativiste, ou du moins opposée à celle promue par les deux papes, Jean Paul II et surtout Benoît XVI, qui a dénoncé le relativisme.
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jeanbaptiste »

Je suis obligé de revenir sur ce que j'ai dit jusqu'ici.

Je pense que j'ai été trop influencé par la lecture des livres publiés, et n'ai pas totalement pris la mesure de Bergoglio devenu pape.

Vraiment, je crois que nous pouvons lui reprocher de graves erreurs de communications sur la fréquence, la forme et parfois le fond de ces récentes interviews.

- Un vrai flot de paroles qui semble incontrôlé, ce qui est étonnant venant d'une personne qui dit ne pas aimer les interviews et reconnaître qu'il se trompe toujours quand il suit sa première décision.

- Une volonté désormais absolument manifeste de mettre son interlocuteur "dans sa poche". Ses propos contre la curie sont, il faut le dire, honteux, venant de quelqu'un qui profite tout les jours de ses services. Mais François voulait manifestement toucher sont interlocuteur anti-clérical en jouant au plus anti-clérical. Cette méthode, je peux la comprendre, mais elle vite dangereuse, surtout venant d'un pape dont les propos sont reproduits sur toute la terre !

- François frôle parfois le mensonge. Quand il parle des courtisans du Vatican, tout le monde comprend qu'il parle de la Curie, et pourtant quand son interlocuteur lui demande d'être plus clair François, dans une contorsion qui ne trompe personne, fait l'éloge de la Curie !

Sincèrement, j'ai trouvé ces pages profondément désagréables et extrêmement décevantes.

Évidemment, tout le monde fait des erreurs, c'est une évidence, et je prie pour qu'il se ressaisisse. Sa stratégie n'est pas la bonne car elle ne dupera pas les "anti-cathos" longtemps, elle laissera tomber sur le moyen terme les cathos de bonne volonté, et je ne pense pas qu'elle ait un énorme impact sur les "indifférents".

Et puis l'annonce de l'Evangile est-il une affaire de stratégie et de ruse ?

Non, vraiment, il y a un arrière-gout dans tout cela qui me déplait.
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par etienne lorant »

jeanbaptiste a écrit : Quand il parle des courtisans du Vatican, tout le monde comprend qu'il parle de la Curie, et pourtant quand son interlocuteur lui demande d'être plus clair François, dans une contorsion qui ne trompe personne, fait l'éloge de la Curie !
Il y a les paroles, et il y a les actes. Le Pape a ses raisons. Entre-temps, je viens de lire :

"Première rencontre du "groupe des huit" cardinaux (1er-3 octobre)
Rien ne devra filtrer des travaux"

http://www.zenit.org/fr/articles/premie ... -3-octobre

Ne soyez pas trop vite déçu des paroles - elles sont de bonne stratégie.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jeanbaptiste »

Oui, de la stratégie, ça, il y en a. C'est absolument certains, et quand dans sa récente interview François disait être "un peu rusé", il était parfaitement sincère.

Pour tout vous dire, je l'ai sentis dès premières minutes de son pontificat. Je me suis dit : c'est quelqu'un d'autoritaire et qui n'est humble qu'en apparence. C'est vraiment ce que je me suis dit.

Mais j'ai voulu le comprendre, parce qu'une impression n'est qu'une impression, et j'ai vraiment aimé les livres publiés en français.

Il reste qu'il m'est apparu toujours comme un homme de gouvernement et d'autorité.

Sur ce point, il peut jouer des cartes.

Mais enfin, il n'y a pas que cela !

Quel exemple donne-t-il !

Se brosser les pieds sur ses collaborateurs (la Curie) dans le but d'amadouer son interlocuteur anti-clérical, pour finir sur un mensonge (prétendre qu'il ne voulait pas parler de la Curie alors que ses propos ne pouvaient concerner qu'elle), et ceci aux yeux du monde entier, et pire : dans le journal de ceux-là même auxquels il veut annoncer le Christ !!!

François dit : l'Eglise doit sortir d'elle-même. Alors François va aux périphéries, et que présente-t-il comme Evangile ? La ruse, la stratégie, et les demi-vérités !

Je trouve cela grave, et extrêmement décevant.

Mais je reste tout à fait confiant dans la possibilité qu'il se ressaisisse. Je l'espère, et je prie Dieu pour cela.
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par Peccator »

De plus, François, à la demande de son interlocuteur athée, revient sur la question de la vérité du bien et du mal. Dans sa lettre à Scalfari, François faisait preuve d'une stupéfiante ouverture face à la question de l'obéissance à sa conscience, en expliquant que « Le péché, même pour celui qui n’a pas la foi, c’est d’aller contre sa conscience. Écouter et obéir à celle-ci signifie, en effet, se décider face à ce qui est perçu comme bien ou comme mal. Et c’est sur cette décision que se joue la nature bonne ou mauvaise de nos actions ».

Devant Scalfari en personne, qui voulait s'assurer de ce qu'il pensait, le pape a enfoncé le clou : « Tout être humain possède sa propre vision du bien, mais aussi du mal. Notre tâche est de l'inciter à suivre la voie tracée par ce qu'il estime être le bien. (…) Chacun a sa propre conception du bien et du mal et chacun doit choisir le bien et combattre le mal selon l'idée qu'il s'en fait. Il suffirait de cela pour vivre dans un monde meilleur."

De telles paroles pourraient faire conclure à une vision relativiste, ou du moins opposée à celle promue par les deux papes, Jean Paul II et surtout Benoît XVI, qui a dénoncé le relativisme.

Je ne connais pas sur le bout des doigts le catéchisme de l'Eglise catholique, mais alors qu'on célèbre aujourd'hui le bienheureux John Henry Newman, je découvre qu'il est explicitement cité au CEC... dans une section qui m'a fait immédiatement penser à ces propos du Pape. Ces propos ne seraient-il stupéfiant, une fois de plus, que pour ceux qui ne connaissent pas réellement ce qu'enseigne l'Eglise ?

http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P5T.HTM

Si vous ne devez lire qu'un paragraphe, allez directement au dernier, le n° 1782.

I. Le jugement de conscience

1777 Présente au cœur de la personne, la conscience morale (cf. Rm 2, 14-16), lui enjoint, au moment opportun, d’accomplir le bien et d’éviter le mal. Elle juge aussi les choix concrets, approuvant ceux qui sont bons, dénonçant ceux qui sont mauvais (cf. Rm 1, 32). Elle atteste l’autorité de la vérité en référence au Bien suprême dont la personne humaine reçoit l’attirance et accueille les commandements. Quand il écoute la conscience morale, l’homme prudent peut entendre Dieu qui parle.

1778 La conscience morale est un jugement de la raison par lequel la personne humaine reconnaît la qualité morale d’un acte concret qu’elle va poser, est en train d’exécuter ou a accompli. En tout ce qu’il dit et fait, l’homme est tenu de suivre fidèlement ce qu’il sait être juste et droit. C’est par le jugement de sa conscience que l’homme perçoit et reconnaît les prescriptions de la loi divine :

La conscience est une loi de notre esprit, mais qui dépasse notre esprit, qui nous fait des injonctions, qui signifie responsabilité et devoir, crainte et espérance ... Elle est la messagère de Celui qui, dans le monde de la nature comme dans celui de la grâce, nous parle à travers le voile, nous instruit et nous gouverne. La conscience est le premier de tous les vicaires du Christ (Newman, lettre au Duc de Norfolk 5).

1779 Il importe à chacun d’être assez présent à lui-même pour entendre et suivre la voix de sa conscience. Cette requête d’intériorité est d’autant plus nécessaire que la vie nous expose souvent à nous soustraire à toute réflexion, examen ou retour sur soi :

Fais retour à ta conscience, interroge-la ... Retournez, frères, à l’intérieur et en tout ce que vous faites, regardez le Témoin, Dieu (S. Augustin, ep. Jo. 8, 9).

1780 La dignité de la personne humaine implique et exige la rectitude de la conscience morale. La conscience morale comprend la perception des principes de la moralité (" syndérèse "), leur application dans les circonstances données par un discernement pratique des raisons et des biens et, en conclusion, le jugement porté sur les actes concrets à poser ou déjà posés. La vérité sur le bien moral, déclarée dans la loi de la raison, est reconnue pratiquement et concrètement par le jugement prudent de la conscience. On appelle prudent l’homme qui choisit conformément à ce jugement.

1781 La conscience permet d’assumer la responsabilité des actes posés. Si l’homme commet le mal, le juste jugement de la conscience peut demeurer en lui le témoin de la vérité universelle du bien, en même temps que de la malice de son choix singulier. Le verdict du jugement de conscience demeure un gage d’espérance et de miséricorde. En attestant la faute commise, il rappelle le pardon à demander, le bien à pratiquer encore et la vertu à cultiver sans cesse avec la grâce de Dieu :

Devant Lui, nous apaisons notre cœur, parce que, si notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout (1 Jn 3, 19-20).

1782 L’homme a le droit d’agir en conscience et en liberté afin de prendre personnellement les décisions morales. " L’homme ne doit pas être contraint d’agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d’agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse " (DH 3).
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jeanbaptiste »

Ça n'est pas seulement chez Newmann, c'est déjà présent chez Thomas d'Aquin qui donne un exemple frappant : si tu crois que Jésus est mauvais, alors le suivre est un péché car tu suivrais quelqu'un que tu considères comme mauvais (par malignité où pour faire comme tout le monde).

Je crois que les critiques faites contre le pape sur ce sujet ne portent pas sur le fond (même s'il y en a, venant de personnes qui ne connaissent manifestement rien à la théologie même "thomiste" de l'Église) du discours, mais sur la forme qui semble faire le jeu du relativisme ambiant.

Que fait le pape François ? Il joue à un jeu dangereux : aller sur le terrain de l'adversaire, dire "oui-oui", taire les désaccords et appuyer sur les demi-accords, afin d'amener son interlocuteur dans son camp.

La stratégie n'est sans doute pas totalement mauvaise en soi. Même si je ne suis pas certains que "mentir par omission volontaire" au nom de la mission soit la meilleure méthode. En fait, François me semble faire ce qu'il dénonce : du prosélytisme !

Moi, c'est ce qui m'a choqué. Mais bon, peut-être cela est-il nécessaire.

Mais il y a un gros problème : CELA NE DEVRAIT PAS ÊTRE PUBLIÉ !

On ne laisse pas publier des propos touchant la foi et exposés à une personne en particulier dans une situation de quasi-évangélisation dans un journal, surtout quand c'est le pape (référence morale et dogmatique) qui joue ce jeu là !

Alors, peut-être François sait-il parfaitement ce qu'il fait, peut-être est-il à ce moment là parfaitement assisté par l'Esprit-Saint, peut-être que beaucoup de bien découlera de tout cela.

Oui, c'est possible, et je l'espère. Au fond de moi, j'ai peur que ce soit l'inverse, mais j'espère.

Il reste deux choses :

1) Ne jamais oublier que des papes ont commis des erreurs. Je veux dire : c'est possible ! Il faut être vigilant et ne pas tout avaler ou accepter parce que le pape l'a dit. La priorité c'est le Christ et son Église dans toute son histoire (Tradition, Magistère etc.)

2) Constater qu'il y a des points de divergences fortes et qui ne peuvent être réconciliées par le contexte entre les deux papes "actuels". Il faut donc que l'un ou l'autre pape, sur certains sujets, soient en désaccords, voire les deux à la fois.

Je veux dire : j'ai été choqué à l'époque de Anglicanorum Coetibus d'entendre le rédac' chef de la Croix critiquer la démarche de Benoit XVI consistant à réintégrer dans l'Église Catholique les paroisses anglicanes qui le souhaitaient. C'était contre l'esprit de l'œcuménisme disait-il !

J'ai trouvé cela vraiment choquant.

Et je viens d'apprendre que Bergoglio à l'époque pensait la même chose ! Que Benoit XVI n'aurait pas du proposer d'ordinariat !

Comment voulez-vous que je ne prenne pas quelques distances ?

Ce qui ne signifie pas que je pense que François est hérétique, non. Mais sur un certains nombre de sujets, je ne suis pas d'accord avec lui et je crois qu'il se trompe.
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par Johnny »

jeanbaptiste a écrit : Je veux dire : j'ai été choqué à l'époque de Anglicanorum Coetibus d'entendre le rédac' chef de la Croix critiquer la démarche de Benoit XVI consistant à réintégrer dans l'Église Catholique les paroisses anglicanes qui le souhaitaient. C'était contre l'esprit de l'œcuménisme disait-il !

J'ai trouvé cela vraiment choquant.

Et je viens d'apprendre que Bergoglio à l'époque pensait la même chose ! Que Benoit XVI n'aurait pas du proposer d'ordinariat !

Comment voulez-vous que je ne prenne pas quelques distances ?

Ce qui ne signifie pas que je pense que François est hérétique, non. Mais sur un certains nombre de sujets, je ne suis pas d'accord avec lui et je crois qu'il se trompe.
L'avenir le dira.

Le grand avantage de l’Église, c'est qu'elle a le temps devant elle. Et donc, comme aux échecs, Elle peut sacrifier un pion pour se mettre dans la position inexorable de gagner.

Quel est le but ultime de l’Église avec les Orthodoxes et les Anglicans : reconstituer avec eux l'Unité de l’Église, puisque, grosso modo, nous avons la même Foi.

Pour faire une analogie avec les entreprises, il y a deux méthodes :
- la conquête des parts de marché des cibles,
- ou la fusion amicale avec les maisons mères.
Il est clair que la première stratégie, consistant à "débaucher" progressivement les ecclésiastiques qui se retrouvent mal à l'aise dans leur Eglise peut sembler "profitable" à court terme, mais crée chez ceux qui restent une animosité féroce, qui empêche définitivement la réussite de la seconde stratégie, qui nécessite plus de temps.

Donc il me paraît normal qu'il n'y ait dans l’Église Catholique aucune structure, aucune action spécifique pour "recruter" le clergé des anglicans. Seuls les transferts à titre individuel doivent être acceptés, avec une mutation géographique (voire continentale) obligatoire par rapport à leur diocèse d'origine !
Se croire soi-même imparfait et trouver les autres parfaits, voilà le bonheur. (Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus)

Ce qui attire le plus de grâces du bon Dieu, c'est la reconnaissance, car si nous le remercions d'un bienfait, il est touché et s'empresse de nous en faire dix autres et si nous le remercions encore avec la même effusion, quelle multiplication incalculable de grâces ! (idem)
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