Le Pape François parle-t-il trop ?

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Joachim
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par Joachim »

Heureusement que la période estivale arrive et que la communication venant du Vatican est un peu plus rare.

Car en plus des paroles quotidiennes du Pape, ses amis, les gens qu'il rencontre et les journalistes passent leur temps à raconter tout ce que le Pape leur a dit.

Et cela m'agace même si c'est conforme à la communication à tout va de notre monde
Je comprends mal qu'un chrétien (engagé) puisse critiquer la communication du Vatican en la trouvant trop copieuse.

C'est bien le rôle du Saint Siège d'informer régulièrement les catholiques de la pensée de notre pape, non ?
jean_droit
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jean_droit »

Du site KIPA APIC ( Suisse ) :

Remarque personnelles :

Cette manie de vouloir publier le contenu des entretiens privés du Saint Père peut engendrer des désagréments.
Même si le Saint Père me semble parrticulièrement clair dans ses propos des fausses interprétations peuvent circuler.
Il est bon que monsieur Milia en ait pris acte.
Argentine: L'écrivain Jorge Milia regrette d'avoir publié les confidences du pape François

Buenos Aires, 18 juillet 2013 (Apic) L’écrivain argentin Jorge Milia, ancien élève de Jorge Mario Bergoglio, a regretté que ses confidences au sujet d’un appel téléphonique avec le pape aient pu "causer des problèmes" au pontife.
etienne lorant
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par etienne lorant »

Voici une info tout à fait récente... 12 juillet 2013. Elle semble contredire ce que dit Jean_ droit, comment est-ce possible !!!

… C’est un privilège qui est tombé sur moi, et c’est peut-être pour cela que je dois le partager avec ceux qui sauront l’apprécier parce que, quand on met le bien en commun, il se multiplie.

« Douze pages. Une lettre de douze pages ! », s’est-il lamenté à propos d’une lettre que je lui avais écrite.

« Mais tu ne peux pas nier que je t’ai fait rire… », lui ai-je répondu.

Il a ri. Pour des raisons que personne ne peut expliquer, pas même moi, il tolère encore ma prose, comme il y a longtemps, quand nous étions professeur et étudiant. Je lui ai dit que j’avais commencé à lire l’encyclique Lumen Fidei et il a décliné tout mérite personnel. Il a commenté en disant que Benoît XVI avait fait la plus grande partie du travail, qu’il était un penseur sublime, inconnu ou incompris du plus grand nombre.

« Aujourd’hui, j’étais avec el viejo, le vieux… » Il l’a appelé comme ça, à l’argentine, avec ce caractère affectueux qui, chez nous, connote cette expression « nous avons beaucoup bavardé ; pour moi, c’est un plaisir d’échanger des idées avec lui ».

Et vraiment, lorsqu’il parle de Ratzinger, il le fait avec reconnaissance et tendresse. Il me fait un peu l’effet de quelqu’un qui a retrouvé un vieil ami, un ancien camarade de classe, de ceux qui réapparaissent de temps en temps, qui nous précédaient d’un ou deux ans à l’école et que, d’une certaine façon, nous admirions, avec peut-être les différences que le temps avait gommées, adoucies.

« Tu n’imagines pas l’humilité et la sagesse de cet homme », m’a-t-il dit.
« Alors, garde-le près de toi… », lui ai-je répondu.
« Je ne peux même pas m’imaginer renoncer au conseil d’une personne comme cela, ce serait stupide de ma part ! »

Je lui ai dit que la différence entre eux, c’était que lui, les gens le voyaient plus humain, ils pouvaient le toucher, ils pouvaient lui parler…

« Et pourquoi pas ? Bien sûr, il faut qu’ils puissent le faire ! C’est mon devoir de les écouter, de les réconforter, de prier pour eux, de leur serrer la main pour qu’ils sentent qu’ils ne sont pas seuls… », a-t-il insisté. Mais il m’a assuré que cela n’avait pas été facile de réussir à faire accepter cela par tous ceux qui l’entourent.

Il s’est mis à rire à nouveau quand je lui ai dit que si mes grands-parents Carrara étaient vivants et s’ils apprenaient que je le tutoyais, ils arrêteraient de prier pour moi et me considèreraient comme définitivement perdu. Eux, ils avaient l’idée d’un pape inaccessible, distant, la même image que leurs parents et grands-parents.

Et puis, il m’a répété : « Cela n’a pas été facile, Jorge, ici, il y a de nombreux "patrons" du pape et ils ont beaucoup d’ancienneté dans le service ».

Il m’a ensuite raconté que tous les changements qu’il a introduits lui avaient coûté beaucoup d’efforts (et, je suppose, des ennemis…). De tous ces efforts, le plus difficile avait été de ne pas accepter qu’on lui gère son agenda. C’est pour cela qu’il n’a pas voulu vivre dans le palais, parce que beaucoup de papes ont fini par devenir "prisonniers" de leurs secrétaires.

« C’est moi qui décide qui je vois, pas mes secrétaires… Quelquefois, je ne peux pas voir les personnes que j’aimerais, parce que je dois rencontrer ceux qui veulent me voir ».

Cette phrase m’a beaucoup frappé. Moi, qui ne suis pas pape et qui n’ai pas son pouvoir, je sens mon cœur battre plus fort quand j’attends un ami cher et que je ne sais pas bien si je vais donner la préséance à quelqu’un d’autre à sa place. Lui, au contraire, il se prive de la rencontre qu’il aimerait avoir pour être avec ceux qui le demandent. Il m’a dit que les papes avaient été isolés pendant des siècles et que cela n’allait pas, que la place du pasteur était avec ses brebis… Ensuite, nous avons parlé de deux ou trois questions personnelles.

Préoccupé, comme toujours, par la situation de son pays, il ne pouvait pas croire qu’on manque de blé pour faire le pain. Paradoxalement, je me suis souvenu de ces vers : « On ne peut mourir de faim/dans la patrie bénie du pain ». Il a acquiescé avec une certaine amertume, mais il n’a fait de commentaires sur personne.

À la fin, il m’a demandé, comme toujours, de prier pour lui. À vrai dire, nous étions encore en train de parler, et je ne voulais pas que ce soit moi qui conclue la conversation, quand, tout à coup il m’a dit : « Bon, à bientôt, ou plutôt à te lire. Au revoir. Porte-toi bien… et prie pour moi ».

Je suis resté le téléphone à la main. Et j’ai pensé : François m’a parlé, le pape m’a parlé. J’étais un peu confus. Heureusement, je me souviens encore de sa phrase : « Ne te prends pas trop au sérieux, Jorge, c’est simplement un ami qui t’a parlé ».

Jorge Milia, journaliste, écrivain, est un ancien étudiant du card. Jorge Mario Bergoglio

© Terre d’America

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

(12 juillet 2013) © Innovative Media Inc.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jean_droit »

Mais non ! Mais non !
Il n'y a pas contradiction.
Le 12 juillet Jorge Milia fait un compte rendu d'une conversation privée avec le Saint Père.
Quoique j'ai apprécié le contenu de cette conversation il se peut que des propos ou des interprétations n'ont pas plu. Je ne vois pas lesquels.
Peut être, aussi, que la publication de ce compte rendu dans Zenit, site quelque peu officiel, n'a pas été apprécié ?
C'est pour cela qu'après ces réactions monsieur Milia a regretté son intervention.
Le message de Apic date du 18 juillet.
Belin
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par Belin »

@etienne lorant
Franchement j'aime le style de ce pape. Quel excellent témoignage par l'exemple! Il fait un des enseignements les plus efficaces selon moi: l'enseignement par l'exemple, que je me sens tellement confus lorsque je vois son humilité! lui de son piédestal de pape réussis de tel acte d'humilité que je n'arrive pas à faire moi qui suis un moins que rien! cela me touche plus que si je lisais une encyclique de 100 pages sur l'humilité!
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par etienne lorant »

kisito a écrit :@etienne lorant
Franchement j'aime le style de ce pape. Quel excellent témoignage par l'exemple! Il fait un des enseignements les plus efficaces selon moi: l'enseignement par l'exemple, que je me sens tellement confus lorsque je vois son humilité! lui de son piédestal de pape réussis de tel acte d'humilité que je n'arrive pas à faire moi qui suis un moins que rien! cela me touche plus que si je lisais une encyclique de 100 pages sur l'humilité!
:clap: :clap: :clap: :clap: :clap: :clap:

Je suis bien d'accord avec vous. J'ai suivi Jean-Paul II, j'ai aimé Benoit XVI, mais entre les trois (avec François), je ne sais pas trancher. Mais je suis d'accord avec vous, c'est l'humilité du Pape François qui me touche directement.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jean_droit »

Pour ma part j'ai beaucoup aimé le Pape Jean Paul II. Autant pour son volontarisme au nom de sa mission apostolique que par la spiritualité lumineuse de ses écrits.
Le Pape Benoît XVI a été le continuateur de Jean Paul II. Ce qui m'a impressionné c'est son humilité en toute occasion, sa volonté constante de sortir l'Eglise d'Europe de son déclin.
Pour le Pape François Ier c'est sa simplicité et son langage direct.

Chacun apporte, donc, sa contribution à la construction de l'Eglise.
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jean_droit »

Le Pape parle beaucoup et avec talent.

Certains en profitent pour lui attribuer des coups de téléphone qu'il n'a jamais donnés ou des opinions qui ne sont pas les siennes comme ce qui se passe au sujet de la théologie de la libération.

Rançon du succès ? Volonté de brouillage ?

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/ ... sexuel.php
Le Père Lombardi, porte parole du Saint-Siège, « dément absolument » au Figaro le fait que le Pape François aurait téléphoné directement à un jeune homosexuel français à la suite d'un courrier que celui-ci lui aurait adressé pour lui exposer sa situation personnelle.

« Jamais le Pape n'a téléphoné à cette personne explique le Père Lombardi qui a joint le Figaro à cet effet depuis Rome. La seule fois où François a téléphoné en France c'était pour parler au cardinal Barbarin. Je démens absolument cette « information ». C'est une certitude : le Pape n'a jamais téléphoné à ce jeune. Il y a toujours le risque que des gens se fassent passer pour le Pape par téléphone».
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par etienne lorant »

Il faut dire que les moyens de communication (internet) se sont développés rapidement. Il y a dix ans encore, il existait des personnes qui disaient : Internet, jamais, ce n'est pas pour moi. Puis il y a eu le téléphone portable, etc. Quand bien même le Pape serait plus "réservé" (je songe à Benoît XVI), ou plus "volontariste" (mon image de Jean-Paul II), désormais des milliers d'antennes sont pointées à l'affût du moindre mouvement, de l'anecdote, et du plus petit mot. Souvenez-vous de l'éclair la nuit du conclave - elle a fait le tour du monde comme un "signe du ciel" en moins de quelques heures. Personne n'a rappelé - du moins de suite - l'existence des paratonnerres...
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jean_droit »

Vous avez absolument raison.
Il faudrait que le message du Saint Père ne soit pas accaparé par certains, déformé par d'autres.
Il faut faire, aussi, attention aux commentaires à chaud même s'ils sont utiles pour pouvoir tenter de faire un minimum d'analyse.
poche
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par poche »

Peut-être que le problème est que vous ne l'écoutez pas assez.
jean_droit
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par jean_droit »

Un long article de La Vie sur la communication de notre Saint Père :

http://www.lavie.fr/sso/blogs/post.php? ... _post=2898
La "com" de François : super cohérente, mais très risquée
publié le 12/09/2013 à 22:16

La façon du pape de s'adresser directement aux gens du peuple est révolutionnaire, mais l'expose à des risques de manipulation.

En six mois de pontificat - fêtés ce vendredi 13 septembre -, François s’est imposé comme un as de la communication. Dès le soir du Conclave, il créait immédiatement un capital de sympathie, qu’il s’est employé à faire grandir et consolider, de sorte que l’Eglise catholique n’a jamais eu autant la cote depuis une douzaine d’années (rappelons que la fin de règne de Jean Paul II avait suscité moult critiques, notamment sur la question de l’image de l’Eglise produite par un pape très diminué).

Le pape avance sur plusieurs fronts.

Primo, des gestes - ne pas prendre la berline papale, mais les automobiles du peuple (jusqu’à la 4L, véhicule emblématique du curé de campagne), porter sa sacoche de travail, mettre à la première place les blessés de l'existence (il lave les pieds des détenus en prison, embrasse les handicapés, consacre beaucoup de soin à toucher ce qu’il appelle la “chair” du Christ dans les pauvres de toutes sortes).

Secundo, des paroles fortes : ses coups de poing en faveur d’une Eglise pauvre et purifiée, sa façon d’envoyer les catholiques vers les “périphéries existentielles”, hors de leurs cocons sécurisants.

Tertio, des décisions qui font rupture - création de commissions pour faire des audits divers et variés au sein du Vatican.

Quarto, une communication qui s’affranchit des contraintes liées à la papauté : aussi bien ses coups de fil aux gens de la base que sa lettre adressée à Eugenio Scalfari, fondateur du quotidien La Repubblica, comme une main tendue aux non-croyants, voire sa manière de traiter en direct avec les journalistes dans l'avion de retour de Rio.

Remarquons que ces quatre modes d’action se répondent et se confortent les uns les autres de façon symphonique. Il ne servirait à rien de prêcher aux catholiques un style de vie dépouillé sans montrer l’exemple en logeant à la pension Sainte Marthe plutôt qu’au palais apostolique.

Parler de l’amour des pauvres a plus de poids si l’on va soi même fouler le sol boueux des favelas. Un sermon à Saint Pierre sur la miséricorde du Bon Samaritain reçoit son sceau de vérité par le fait que le pape appelle une femme en souffrance. Le pape a compris qu’une communication réussie, en notre époque ultra médiatique, se construit à partir de symboles forts qui prennent à rebours les idées reçues ("le pape est loin des gens") et attestent les paroles dites du haut d'une chaire. En fait, la communication du pape est d’une incroyable cohérence.

Attardons nous pourtant sur la quatrième clé du pape :

la clé des champs, qui permet de franchir les murs du Vatican. Puisque le pape est peu ou prou prisonnier d’un cadre, le téléphone lui permet d’aller rejoindre directement des interlocuteurs qu’il choisit. Le message immédiat est que le pape est libre, et que, s’il est lié par la tradition de 2000 ans de catholicisme, il existe pour lui une énorme marge de manoeuvre pour se “télé-transporter” dans la vie des gens de toutes sortes. Message puissant adressé à la machinerie romaine : le pape ne sera jamais le prisonnier du système.

Il y a les amis qu’il a appelés, très nombreux, depuis son accession au trône de Pierre, mais aussi les familiers, comme le vendeur du kiosque à journaux de Buenos Aires, preuve de sa réelle attention aux gens “de peu”. Et puis ces personnes qui ont reçu son appel suite à des lettres envoyées comme des bouteilles à la mer - qui peut espérer recevoir une réponse personnalisée à son problème en écrivant au pape ? -
Ici, la chose fonctionne comme un miracle. Pour que le pape ait pris la peine de m’appeler, c’est un signe de Dieu, etc… (voir la percutante analyse de ma collègue Marie Lucile Kubacki sur l’appel du pape à un jeune). D’autant plus si le pape rebondit sur une détresse, son geste est perçu comme une irruption du Christ dans sa vie.

Cette clé des champs ouvre sur un terrain miné. Le quidam qui a reçu un appel du pape, parce qu’il s’est laissé émouvoir par son malheur, ne va pas garder ça pour lui….

Aussitôt, il partage “son” miracle. Et c’est là que le pape prend un risque énorme. Qu’est ce qui nous prouve que les propos rappelés par son interlocuteur sont vrais ? Quelle est la part de l’enjolivement ou de la mise en scène narcissique de la personne, qui peut être tentée de se faire valoir par cette grâce exceptionnelle ? Qu’est ce qui nous garantit que l'histoire n’a pas été inventée ?

En l’occurrence, la clé des champs fait déjà déchanter. Le Vatican a déjà dû démentir deux appels téléphoniques, basés sur des rumeurs. Celui que François aurait passé pour joindre un jeune homosexuel, et un appel à Bachar El Assad, en plein coeur de la crise syrienne.

Tout ceci vient se greffer sur un fantasme qui enfle depuis six mois, compte-tenu de la personnalité non conformiste de Bergoglio, de ses appels à “mettre la pagaille” (comme il l’a recommandé aux jeunes à Rio) : avec CE pape, TOUT devient possible. Avec François, ce qui relevait jadis de l’improbable devient crédible. La planète médiatique est ainsi toute prête à relayer des appels audacieux, au contenu téméraire, sans trop y regarder.

En vertu d’une saine théologie chrétienne, le pape a raison de prendre ce risque. Après tout, le Christ a été le premier à le prendre. Il n’a rien écrit : il a livré la transmission de ses actes et de ses paroles à ses disciples, qui étaient des gens plus ou moins fiables. A travers l’Eglise, depuis 2000 ans, Dieu fait le pari vertigineux d’être “lié” par les actes des chrétiens. Et l’Eglise a conféré le baptême à des gens qui se sont révélés de tristes sires… C’est le vertige assumé de Dieu...

En prenant son téléphone pour parler à un inconnu, François continue de manifester la confiance que Dieu a en l’humanité, même si celle ci est tordue et capable du pire. Il renforce ainsi sa cohérence : la papauté, pointe émergée de l’immense édifice sacral que représente le sacerdoce ordonné, ne se justifie que si le pape fonctionne "en mode Jésus”. Il semble que c’est l’obsession de François, comme on le voit lorsqu’il est en contact avec les foules...

Pourtant, François n’est pas seulement qu’une "icône" du Christ. Etre pape, c’est gouverner. Et la communication fait partie de l’art de gouverner. Si la "com" du pape est ultra cohérente sur le fond, elle présente des failles réelles dans son exercice. La communication des “politiques” implique un équilibre entre la maîtrise (ce que l’on veut faire savoir de soi) et la confiance - habituellement faite à des professionnels du métier qui vont relayer l’information. Une interview est nomalement lue, relue et corrigée, notamment par un directeur de la communication, qui est le garant de la vérité. Au risque, sans doute, d’une surdose de langue de bois.

En passant ses coups de fil à des gens de la base, François court-circuite ces médiations utiles car elles minimisent le risque de manipulation, dont la plus courante est de faire dire à quelqu’un ce qu’il ne pense pas vraiment, ou de le tirer dans un sens qui nous arrange. Ce risque est au coeur du travail du journaliste, qui doit se tenir à une ascèse. (Il est vrai cependant que, depuis sept ans, les journalistes professionnels ont perdu le monopole de l’information, qui s’est atomisée en des individus ou des groupes d’intérêt, qui, chacun, produit son propre sens, à travers les réseaux sociaux et une multitude de blogs.)

En plaçant sa “com” entre les mains d'inconnus, François fait preuve d’une grande confiance mais met le Vatican devant un danger (alors que l'Institution n'est pas équipée pour y faire face). Il y a la possibilité d’un "fake", un appel inventé de toutes pièces, facile à démentir. Et celui du canular : le pape appelant, bouleversé, une Tatie Danielle qui, en fait, a tout inventé de ses malheurs. Mais surtout, il y a le danger qu'un “témoin” ayant réellement parlé au pape se mette à raconter, urbi et orbi, des demi-vérités sur ce que lui a dit François, et celui-ci ne pourrait pas se défendre efficacement.
Contrôler, ou plutôt valider ce qu’a dit le pape ?

Le Vatican a déjà été confronté à ce problème lorsque des religieux sud américains ont publié sur internet des propos tenus en “off” par le pape dans lesquels il reconnaissait l’existence d’un lobby gay au Vatican … L’affaire a créé la panique.

C’est dans ce contexte qu’il faut saluer la bonne vieille méthode de la correspondance - cf la lettre adressée à Scalfari, patron de La Repubblica -, une méthode fiable qui déjoue toute hypothèse de manipulation... Et qui n’a rien perdu de sa force affective, si l’on en juge par l’émoi que la missive papale suscite de l’autre côté des Alpes.

PS : En miroir inversé de l’abondance de la communication papale, il est difficile de ne pas penser au silence que s’est imposé Benoit XVI depuis sa démission. Silence qui témoigne d’une autre façon d’être en “mode Jésus” : du Jésus silencieux dans la prière, du Fils qui agit autant par son intercession face au Père, que par l’effet visible de ses paroles et ses gestes. Il est bon d’avoir deux papes qui témoignent de ces deux manières d’agir du Christ.
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Barbarus
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

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http://www.huffingto..._n_3320757.html
Bonjour,
Ai-je mal compris, ou le Pape a dit qu'il n'y avait pas besoin de croire en Dieu pour aller au paradis ?

jr
Belin
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par Belin »

touriste a écrit :http://www.huffingto..._n_3320757.html
Bonjour,
Ai-je mal compris, ou le Pape a dit qu'il n'y avait pas besoin de croire en Dieu pour aller au paradis ?

jr
Votre lien ne marche pas chez moi. Toute fois, l'Eglise je crois enseigne que tout homme peut aller au paradis y compris les AT. Dans une prière eucharistique on dit :" Pour nos frères défunts, pour les hommes qui ont quitté ce monde et dont tu connais la droiture, nous te prions: ..."
C'est ça le mot clé de la sainteté: la droiture.

Seul ceux qui ont reçus "la science" du Christ sont en conscience tenu à le suivre pour être sauvé. Comme quoi ceux à qui on a donné beaucoup ( je pense particulièrement aux catholiques) on en demandera beaucoup, ceux à qui on a peu donné on en demandera moins. C'est aussi cela la justice de Dieu
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Re: Le Pape François parle-t-il trop ?

Message non lu par Invité »

http://www.huffingtonpost.com/2013/05/2 ... 20757.html

J'espère que cette fois il pourra être lu.
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