Bonsoir,
Mon précédent message est un peu confus, parce que rédigé dans la précipitation, mais Jean-Baptiste, l'a compris : je défendais plus Tresmontant que je ne le discréditais. Je ne crois pas à l'existence d'un évangile original hébreu, tout simplement parce qu'il est maintenant assez largement admis que la langue vernaculaire de l'époque était l'araméen. On reste sur de l'hébraïsme, mais ce n'est pas de l'hébreu. C'est pourquoi il est un peu stupide de vouloir mettre du "dabar" dans l'évangile de Jean, quand à la même époque à la synagogue on lisait tout simplement la Genèse ainsi : "Au commencement le Memra de YHVH avec Sagesse créa et acheva le ciel et la terre". Memra est évidemment un terme araméen et non hébreu. Il n'y a pas de "Dabar" simplement parce qu'il n'y a pas d'évangile de Jean en hébreu. Mais il est vrai que si Jean avait écrit en hébreu, il eut probablement utilisé la racine "DBR" pour parler du Verbe.
Fée Violine a écrit :Et d'autre part, vous dites que le mot logos a évolué entre la LXX et le 1er siècle de notre ère. En quoi exactement a-t-il évolué?
Je répondais sur ce point à Johnny qui nous partageais du Luc Ferry, et qui faisait du Logos de Jean une référence à la philosophie stoïcienne. Bien au contraire, le Logos de Jean fait évidemment référence au Logos de la LXX (donc bien au Dabar/Memra), à une époque où "logos" veut simplement dire "parole" et où il ne s'est pas encore chargé de toute la sémantique du discours rationnel, de la philosophie, du discours rhétorique, etc. Jean Daniélou soulignait que si le fait de traduire en grec était audacieux, mais du connu puisque le pas avait déjà été franchi avec la LXX (il faut déjà reconnaitre la prise de risque, hein), il a fallu encore plus de courage, de confiance et d'abnégation, à l'auteur ou traducteur de l'évangile en grec, pour reprendre ce terme de Logos, sachant combien à son époque il était devenu lourd de sémantique païenne.
Donc plus qu'une référence à la philosophie grecque, c'était au contraire une forme très très audacieuse d'inculturation, mais au sens le plus... je ne sais pas comment dire : abandonné dans la confiance, quoi. C'est un témoignage vraiment poignant d'un enseignement tout ce qu'il a de plus "juif" - et Dieu sait que l'évangile de Jean est un pur produit d'Israël (ici on reprend
Bereshit, comme le signal aussi Luc dans son prologue) - mais en allant, pour paraphraser le Pape François, aux "périphéries" d'Israël et au-delà, en s'ouvrant aux nations à la suite du Christ. Logos était devenu plus qu'un mot du langage courant, c'était devenu un concept de "philosophe", donc un pur instrument de la pensée païenne. Prendre le risque du jargon païen pour parler du
Machiah, c'est... je sais pas, c'est l'exemple même de l'évangélisation, quoi. Et c'est ce qui continuera après avec les Pères de l'Eglise (je pense à saint Justin Martyr, qui expliquait la naissance virginale de Jésus en reprenant le mythe de la naissance de Persée née de de Zeus et de la vierge Danaé, ou qui parlait du Christ Soleil de Justice, vrai solstice, dans le contexte du culte solaire des païens, etc.).
On a des exemples plus tardifs, avec celui caractéristique de saint Thomas d'Aquin, qui a "parlé la parole de Dieu" dans la logique d'Aristote, non pas parce que la logique aristotélicienne était un super terreau pour la foi chrétienne (j'ai même envie de dire "au contraire") mais parce qu'à son époque, le monde se passionnait pour cette philosophie (païenne, hein), qu'elle avait nettement formaté les esprits, et que saint Thomas s'est fait aristotélicien parmi les aristotélicien pour semer l'évangile (ce que n'ont toujours pas compris les chrétiens les plus conservateurs qui veulent pratiquement canoniser la logique aristotélicienne).