Triduum pascal à Sylvanès

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Ludovic
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Triduum pascal à Sylvanès

Message non lu par Ludovic »

Bonsoir,

Je ne sais pas si je poste au bon endroit, ce sujet aurait également eu sa place en "liturgie", peut-être ailleurs; je laisse aux personnes compétentes le soin de le déplacer si nécessaire.

Ceci pour vous dire que j'ai retrouvé sur les podcasts de Radio Notre Dame les Offices de la Cène, de la Passion et du jour de Pâques à l'abbaye de Sylvanès. L'occasion pour certains de découvrir la liturgie du père André Gouzes, dominicain, et compositeur de la "liturgie chorale du peuple de Dieu". Occasion pour d'autres d'apprécier son constant renouvellement. Ces rediffusions n'ont bien sûr rien à voir avec les offices vécus réellement, mais je trouve qu'elles sont tout de même très prenantes (malgré parfois la piètre qualité sonore).

Si je vous suggère de les écouter, c'est parce que je trouve que les symboles sont très fortement vécus, les choses ont vraiment un sens et cela se sent (les processions au reposoir après les offices de jeudi et vendredi, la vénération de la Croix le vendredi, le feu pascal allumé dans un pré le samedi, la bénédiction du cierge pascal.). Les chants sont comme un prolongement de la voix (ce qui est rarement le cas dans les autres chants en français), on n'est pas prisonniers des contraintes de temps (les offices durent 2 à 3 heures), ce qui laisse le temps de vivre vraiment quelque chose. J'ajoute que les homélies (du père Baud et d'André Gouzes) méritent d'être entendues (surtout celles de Vendredi et Dimanche), très fortement imprégnées de la pensée de Zundel.

http://radionotredame.net/emission/messe_cene
http://radionotredame.net/emission/officedelapassion
http://radionotredame.net/emission/messedepaques

Voilà c'est un peu long, certes, mais ça en vaut la peine. Que pensez-vous de ces offices?
Bonne écoute!

Ludovic
"Toujours nous froisserons et déchirerons la fleur pour sentir mieux son parfum, et ensuite nous nous révolterons quand, au lieu du parfum, il ne restera plus qu'une fumée."
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Lux Æterna
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Re: Triduum pascal à Sylvanès

Message non lu par Lux Æterna »

j'aurais bien aimé écouter, mais vos liens ne semblent pas fonctionner...
Ce qui est bleu est plus grand que le reste...
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Ludovic
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Re: Triduum pascal à Sylvanès

Message non lu par Ludovic »

Aïe. En fait, je pense qu'ils fonctionnent, mais le site de Radio Notre Dame a l'air d'être en maintenance en ce moment. Je pense que ce sera vite résolu!
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Re: Triduum pascal à Sylvanès

Message non lu par Ludovic »

Le Site remarche, mais l'Office de la Passion est désormais le seul disponible :(
Mais ça laisse toujours deux heures d'écoute en perspective! :)
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Ludovic
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Re: Triduum pascal à Sylvanès

Message non lu par Ludovic »

Je fais revivre ce sujet parce que je suis tombé par hasard sur les liens fonctionnels de ces offices, qui valent tout de même le détour. Je vous joins également les textes des homélies du jeudi et du vendredi, qui ne remplaceront pas l'écoute cependant, tant le prêche du père Baud est incarné. Bonnes écoutes!

http://notredameradio.s3.amazonaws.com/ ... 110421.mp3
http://notredameradio.s3.amazonaws.com/ ... 110422.mp3
http://notredameradio.s3.amazonaws.com/ ... 110424.mp3

(pour les prêches, vous pouvez les écouter respectivement à 29:00, 19:36, 26:13!)
[+] Texte masqué
Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il revienne.

Faire mémoire du Seigneur nous conduit au cœur de la tradition dont la mission n’est pas de conserver mais bien littéralement de transmettre. C’est ainsi que Paul définit la responsabilité qui l’habite. « Transmettre ce que moi même j’ai reçu »1. Et quelques lignes plus haut, dans cette même lettre aux chrétiens de Corinthe, il venait d’écrire: « la coupe que nous bénissons, le pain que nous rompons n’est il pas communion au corps du Christ, puisqu’il n’y a qu’un seul pain; à nous tous nous ne formons qu’un seul corps ? »2 Et quand saint Paul dit qu’à nous tous nous ne formons qu’un seul corps, que nous sommes membres les uns des autres, ils ne recourt pas a une simple métaphore comme la très populaire fable grecque du membre et de l’estomac, qu’il utilise à cette occasion; pour lui, c’est le corps du Christ par le baptême et la communion eucharistique qui unit entre eux les chrétiens chacun exerçant dans la communauté une tache particulière pour le bien de l’ensemble. Dans les épitres aux Colossiens et aux Ephésiens il reprend ce propos avec encore plus d’audace, demandant aux maris d’aimer leurs femmes comme leur propre corps. Car dit-il: c’est ainsi que le Christ a aimé l’Eglise et s’est livré pour elle. Et que ce mystère est grand dans la foi!

Ainsi l’Eglise est le corps du Christ. J’aimerais frères et soeurs que ce soir nous l’entendions bien réellement. Vous êtes, nous sommes le Corps du Christ. Et s’il en est un s’il en est une parmi vous qui est entré ici par hasard à cette heure, s’étonnant peut-être de nous voir ainsi tous assis autour de cette table de fête, je voudrais qu’il sache que c’est ainsi que la communauté devrait toujours se donner à voir. Et quand nous allons repartir tout à l’heure, c’est pour aller partager le pain de cet amour et la coupe de cette joie fraternelle avec tous ceux que nous allons rencontrer. Ite Missa est, Allez, la Messe commence! Mais reconnaissons c’est vrai que dans la plupart de nos célébrations, à qui oserions-nous dire, venez et voyez? Ce n’est pas que nous exigions des chants sublimes quand nous ne sommes que quelques uns et sans voix. Ce n’est pas non plus que nous ne goutions pas les voûtes du XIIe siècle, ou les vitraux d’un maitre contemporain quand une chambre suffit. Dans quelle salle se déroulait la première Cène, et qui était a la cuisine ? Notre cuisine s’il elle est accueillante pourrait fort bien abriter la naissance d’une nouvelle Eglise, et chacun de nous par son baptême n’a t il pas reçu la grâce d’être témoin du royaume, prêtre, et prophète? Mais quelle image de l’Eglise donnons nous souvent à qui se risquerait un dimanche à pousser la porte de l’une de nos assemblées, encore faut il qu’il la trouve ouverte. Et généralement plus la paroisse et cotée, plus le nouveau venu s’en ira sans que personne ne lui ait adressé la parole.

Saint-Paul avait en lui un tout autre modèle, celui de la synagogê. Dans on se parle, on discute, on échange, et il suffit d’être dix pour que la prière commune commence, et chacun , dès l’âge de 12 ans, est invité à y participer activement. Et c’est tellement vrai, c’est tellement vrai que lorsque Jésus se retrouve à Nazareth, on lui apporte le lectionnaire en lui demandant de faire la lecture, et d’y ajouter son commentaire. Lorsqu’un étranger se présentait dans une synagogue, on lui donnait toujours la parole. Et quand Paul arrive à Antioche de Pisidie, on lui demande «frère as-tu quelque chose à nous dire?» Imaginez la paroisse où l’on demanderait à l’inconnu qui se présente, aujourd’hui un étranger de faire la lecture et l’homélie. Pourtant nos églises sont nées dans ce climat de débat, de dialogue, de parole, d’échanges, comme un signe de fraternité. Les cités grecques et romaines avaient aussi leur agora ou leur forum, où la Cité prenait corps. Vous me direz que seuls les citoyens participaient au débat. Or sur ce point, comme Paul le fait observer aux chrétiens d’Ephèse, il en va tout autrement dans l’Eglise. « Vous n’êtes plus des étrangers, et des hôtes. Vous êtes concitoyens des Saints, vous êtes la maison de Dieu. Dans le Christ vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit. »3 C’est aux Ephésiens et aux Galates qu’il parle encore plus clairement : « Ayant reçu la foi, vous ne vivez plus sous d’un maître d’école. Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Parmi vous il n’y a plus ni juif ni grec, il ni a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus. »4

A l’écoute de la parole de Dieu, je pense que le corps du Christ qu’ensemble nous formons doit réfléchir à la représentation sociale qu’il donne aujourd’hui de lui même. Si le sacrement est bien toujours comme je l’ai appris il y a longtemps au catéchisme un signe institué par Jésus, s’il faut prendre au sérieux que nous sommes ensemble le Corps du Christ, ne faut-il pas entendre par là dans la foi, la foi qui unit les baptisés, que cette foi appelle entre nous des liens d’une toute autre nature que ceux que l’on peut entretenir dans la société civile ? Dieu n’est pas venu à nous en Jésus Christ pour organiser une institution avec des chefs et un personnel, cela nous savions déjà le faire avant lui, et trop souvent nous avons poursuivi. Revêtant le corps du Christ tour à tour de la tunique grecque ou de la toge romaine, du manteau féodal à l’armure des croisés, de la couronne de l’absolutisme ou de l’assurance d’une multinationale. La manière dont l’Eglise fait signe par sa visibilité et ses structures est devenu pour nous en ce temps une question majeure. Une Eglise qui ne fait plus signe, une Eglise qui ne sait plus se montrer « sacrement » doit s’interroger. Et la réponse ne viendra pas des statistiques, des encycliques sur internet ou des béatifications glorieuses. La réponse c’est nous qui la portons, chacun en nous même, dans notre corps et dans notre esprit. A chaque fois que ce corps et cet esprit s’inclinent devant le pauvre pour le servir, lui lave les pieds, non pas dans le contexte symbolique d’une liturgie, mais dans la réalité d’un quotidien caché, alors un signe pertinent est donné et le sacrement est célébré, alors le Christ est rendu réellement présent. Dans cet échange, chacun donne et chacun reçoit. Et celui qui reçoit le plus est celui qui donne. Et celui qui donne le plus est celui qui reçoit. Et de cet échange mystérieux, alors, naît la communion qui exprime la réalité de ce corps qu’ensemble nous formons. Si je n’ai qu’à recevoir sans donner, je ne suis pas reconnu. Et si je donne sans jamais recevoir je suis un tyran. La vie ecclésiale exige aujourd’hui sans plus attendre de trouver des formes qui permettent les échanges qui restaurent ou instituent la communion.

A partir de là ce n’est pas l’uniformité qui prime, mais l’unité comprise comme communion. Il ne s’agit pas d’une révolution de jasmin ou d’aubépine dans l’Eglise, mais d’une exigence née de l’Evangile. Faut-il rappeler que la communion est la définition même de Dieu que nous appelons Trinité, tri-unité, parce qu’en lui le moi ne peut jamais indiquer la pesanteur, l’envahissement, ou l’exclusion de l’autre, mais la suprême pauvreté, le dépouillement de soi, la plénitude de la rencontre. En nous le moi sépare, en Dieu le moi unit. En mangeant ce pain, en buvant à cette coupe, nous devenons ensemble le signe, sacrement de la présence de Dieu au monde et de la communion qu’il est. En devenant ainsi le corps visible du Christ, nous pouvons, à notre tour, le révéler au monde. Notre commune mission de baptisé, c’est en effet de porter Dieu au cœur du monde, qui pourra enfin croire en lui, quand à travers nous il pourra découvrir un Dieu de la liberté, un Dieu du service et de l’amour, agenouillé avec respect devant l’infinie dignité et fragilité de l’homme.

« C’était un dimanche, et c’était après la divine liturgie, écrit Virgil Gheorhiu en évoquant les souvenirs de son enfance roumaine. Je regardais les gens du village, sortant de l’église, tout le village était présent, car le dimanche personne ne manque la divine liturgie, à Petrodava. Il y avait de vieux montagnards, avec leurs barbes blanches, pareils aux figures des patriarches de la Bible illustrée. Les femmes, les hommes et les enfants, tous en habits du dimanches. Des vêtements de lin ou de laine, toujours blancs, comme le lait, comme la neige, mais la pureté du blanc des habits était peu de choses comparée à la pureté des regards et des visages. Tout le monde sortant de la divine liturgie semblait transfiguré, dépouillé de toute préoccupation terrestre, sanctifié, et même plus que sanctifié, déifié. Je savais pourquoi tous ces visages étaient beaux, et pourquoi tous les regards étaient illuminés, car les femmes laides elles-mêmes étaient belles, les durs bucherons portaient sur leurs joues et sur leurs fronts des lumières pareilles aux auréoles des Saints. Les enfants étaient comme des anges. En sortant de la divine liturgie, tous les hommes et toutes les femmes de notre village étaient des théophores, c’est-à-dire des porteurs de Dieu. Tous avaient communié, et dans leurs veines coulait le sang de Dieu. »5
[+] Texte masqué
Voici l’homme,
Habitants de Judée ou de Galilée ou gens de ce XXIe siècle, si vous cherchez Dieu, ne levez pas trop les yeux vers le ciel. Moqué, maltraité par la troupe, drapé de pourpre par dérision, couronné d’épines, frappé, blessé dans sa chair, pour ne rien dire de son esprit, Jésus est conduit devant Pilate et montré à la foule par le juge comme un déchet d’humanité; Ecce homo, voici l’homme. Cette parole est bien plus qu’une expression de circonstance. En Jésus, en cette heure, l’humanité nous est montrée dans son anéantissement, dans sa misère ; comme chacun de nous peut en approcher l’expérience, quand soudain la terre s’ouvre sous ses pieds, à l’heure du deuil de l’être le plus aimé par exemple, à l’heure de la violence – subie, ou à l’heure de la trahison.
Voici l’homme ; quand l’inhumanité du pouvoir humain écrase le frère, le faible, le semblable. Quand le juste devient péché, comme Saint Paul a eu l’audace de le dire, et quand Dieu demeure silencieux, comme en retrait, et qu’il semble ne plus y avoir aucun recours, alors nous nous demandons : « qui finalement tient dans ses mains le gouvernement du monde ? »
Pilate va s’asseoir sur le siège du juge pour expédier les affaires courantes. Et s’adressant à la foule il dit encore une fois : « Voici votre Roi ». Puis il prononce la sentence. Lui qui s’interroge évasivement sur la vérité, il sait bien dans le cas précis que l’homme est innocent et que la royauté qu’il revendique n’est vraiment pas pour lui une concurrence. Mais une veille de fête, la tranquillité dans la ville et son image de préfet de Rome lui importe bien plus que la vie d’un homme. L’assise de son pouvoir lui est plus nécessaire que la justice. Alors en livrant Jésus à la foule, il se libère de l’embarrassante question de la vérité.
L’homme de Nazareth va être maintenant seul, et il doit porter la poutre transversale de sa croix. Enveloppé de silence au milieu de l’agitation générale, il est l’humanité, dans sa souffrance, et dans son infrangible dignité. Et c’est là que se trouve le cœur de notre foi. Cet homme frappé, humilié, bientôt crucifié est pour nous la seule image de Dieu. Non pas en raison des coups qui s’abattent sur lui, évidemment, mais parce qu’au plus intime de lui-même, il ne se détourne pas de cette humanité qu’il a pleinement assumée et qui présentement le renie. Pour elle, il va offrir sa vie à son Père. Sa passion est celle de son universel amour pour l’homme.
Depuis que Jésus s’est laissé condamner à la Croix, toutes les personnes aujourd’hui maltraitées, éprouvées, humiliées, deviennent réellement pour nous le visage du Dieu qui a consenti à donner sa vie comme le plus petit d’entre nos frères. Et pour peu que nous tenions nos yeux ouverts, Dieu chaque jour vient à nous ainsi dans l’homme. S’il est un tombeau où le corps du Christ va être déposé, c’est bien dans notre humanité, avec l’espérance inlassable qu’elle porte en elle. Celle, la pierre étant roulée, d’être aimé, pardonné, justifié, de pouvoir renaitre à la lumière, de pouvoir vivre un jour, et pour toujours, dans la paix du ressuscité.
Maintenant, voici l’homme. Malgré ses souffrances et ses blessures, avec ses souffrances et ses blessures, il est pour nous l’image de Dieu.
Fraternellement!
"Toujours nous froisserons et déchirerons la fleur pour sentir mieux son parfum, et ensuite nous nous révolterons quand, au lieu du parfum, il ne restera plus qu'une fumée."
F. Dostoïevski, Les Annales de Pétersbourg

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