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Lettre ouverte à M. Depardieu ...
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Cinci
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- Inscription : lun. 06 juil. 2009, 21:35
- Conviction : catholique perplexe
Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
On se souvient de l'exil fiscal du prolifique acteur français.
C'est assez amusant de reviser tout ça à la «lumière rasante» des petits passages d'un certain ouvrage (comment les ultra-riches nuisent ...) et que je me trouve à éplucher ces temps-ci :
Ainsi :
«... entrepreneur de logiciel basé à New-York, Martin Rosenberg explique pourquoi il appuie la campagne pour le maintien de l'impôt américain sur les successions :
Ma richesse n'est pas seulement le fruit de mon travail acharné. Elle résulte aussi d'une économie dynamique et de nombreux investissements publics, tant pour autrui que pour moi-même.
J'ai reçu une bonne éducation et j'ai fréquenté des bibliothèque[s gratuites et des musées financés par autrui. J'ai pu étudier à l'université grâce au G.I.Bill, et une bourse du gouvernement, payée par autrui, m'a permise d'entreprendre des études supérieures en informatique et en programmation. Pendant les 25 ans où j'ai enseigné à l'université de Syracuse, j'ai poursuivi des recherches subventionnées par de nombreux programmes publics, eux aussi financés par autrui. [...] En 1991, mes recherches universitaires m'ont permises de fonder, avec des étudiants au doctorat et mon fils Larry, la firme Syracuse Language Systems [...] Cette société profite de la croissance induite par les nouvelles technologies, rendues possible par des investissements publics [...] Quand je mourrai, j'espère que l'impôt sur ma succession contribuera au financement de programmes du genre de ceux dont j'ai profité et qui ont aidé d'autres personnes d'origine modeste comme moi. J'aimerais que les Américains aient les mêmes chances que celles que j'ai eues.» (cité dans Chuck Collins et al., I Didn't Do It Alone : Society's Contribution to Individual Wealth and Success, Boston, United for a Fair Economy, 2004)
Ou
«J.K. Rowling, d'origine modeste, explique pourquoi elle n'a pas quitté le Royaume-Uni, où les impôts sont élevés :
Je ne peux donc pas m'empêcher de penser qu'il aurait été méprisable de ma part de m'enfuir aux Antilles en recevant mon premier chèque de droit d'auteur à sept chiffres. Voilà ma vision du patriotisme.» (J.K. Rowling, «The Single Mother's Manifesto», The Times, 14 avril 2010)
De Warren Buffet :
«Imaginez de vrais jumeaux, également intelligents et énergiques, dans le ventre de leur mère. Un génie se présente à eux et leur dit :
Croyez-moi : les gens qui prétendent avoir réussi tout seuls et se prennent pour Horatio Alger paieraient cher pour naître aux États-Unis plutôt qu'au Bangladesh.»
Buffet ajoutait que, s'il était né à une autre époque, il aurait sans doute fini ses jours sous la forme d'un repas avalé par un carnivore (tout comme Bill Gates d'ailleurs) : les deux hommes ont une mauvaise vue et ne savent pas bien grimper aux arbres.
Le milliardaire constate aussi que le talent qui lui est propre (soit celui de choisir la meilleure façon possible d'allouer ses fonds) n'aurait été d'aucune utilité en d'autres temps et en d'autres lieux. Selon lui, les gens assez chanceux pour posséder le talent qui convient à leur époque où ils vivent comptent parmi les gagnants de la lotterie ovarienne.» (cité dans Alice Schroeder, L'effet boule de neige. Biographie officielle de Warren Buffet, 2010)
Source : notes du chapitre 12
C'est assez amusant de reviser tout ça à la «lumière rasante» des petits passages d'un certain ouvrage (comment les ultra-riches nuisent ...) et que je me trouve à éplucher ces temps-ci :
Ainsi :
«... entrepreneur de logiciel basé à New-York, Martin Rosenberg explique pourquoi il appuie la campagne pour le maintien de l'impôt américain sur les successions :
Ma richesse n'est pas seulement le fruit de mon travail acharné. Elle résulte aussi d'une économie dynamique et de nombreux investissements publics, tant pour autrui que pour moi-même.
J'ai reçu une bonne éducation et j'ai fréquenté des bibliothèque[s gratuites et des musées financés par autrui. J'ai pu étudier à l'université grâce au G.I.Bill, et une bourse du gouvernement, payée par autrui, m'a permise d'entreprendre des études supérieures en informatique et en programmation. Pendant les 25 ans où j'ai enseigné à l'université de Syracuse, j'ai poursuivi des recherches subventionnées par de nombreux programmes publics, eux aussi financés par autrui. [...] En 1991, mes recherches universitaires m'ont permises de fonder, avec des étudiants au doctorat et mon fils Larry, la firme Syracuse Language Systems [...] Cette société profite de la croissance induite par les nouvelles technologies, rendues possible par des investissements publics [...] Quand je mourrai, j'espère que l'impôt sur ma succession contribuera au financement de programmes du genre de ceux dont j'ai profité et qui ont aidé d'autres personnes d'origine modeste comme moi. J'aimerais que les Américains aient les mêmes chances que celles que j'ai eues.» (cité dans Chuck Collins et al., I Didn't Do It Alone : Society's Contribution to Individual Wealth and Success, Boston, United for a Fair Economy, 2004)
Ou
«J.K. Rowling, d'origine modeste, explique pourquoi elle n'a pas quitté le Royaume-Uni, où les impôts sont élevés :
- J'ai choisi de rester pour plusieurs raisons. La principale étant que je voulais que mes enfants grandissent là où j'ai grandi, qu'ils aient de vraies racines dans la riche culture britannique, qu'ils soient citoyens d'un vrai pays, avec tout ce que ça implique, et non des expatriés sans attaches flottant dans les limbes d'un paradis fiscal et ayant pour seuls camarades les enfants d'autres exilés fiscaux tout aussi avides.
Cependant, j'étais aussi motivée par une autre raison : j'estime avoir une dette envers l'État social britannique, celui-là même que le premier ministre David Cameron aimerait remplacer par des oeuvres caritatives. Quand j'ai touché le fond, le filet de sécurité social, même s'il n'en restait plus grand-chose sous le gouvernement de John Major, était là pour freiner ma chute.
Je ne peux donc pas m'empêcher de penser qu'il aurait été méprisable de ma part de m'enfuir aux Antilles en recevant mon premier chèque de droit d'auteur à sept chiffres. Voilà ma vision du patriotisme.» (J.K. Rowling, «The Single Mother's Manifesto», The Times, 14 avril 2010)
De Warren Buffet :
«Imaginez de vrais jumeaux, également intelligents et énergiques, dans le ventre de leur mère. Un génie se présente à eux et leur dit :
- L'un de vous va naître aux États-Unis, l'autre au Bangladesh. Celui qui va se retrouver au Bangladesh ne paiera pas d'impôt. Quel pourcentage de votre futur revenu seriez-vous prêt à verser pour être celui qui va naître aux États-Unis ?
Croyez-moi : les gens qui prétendent avoir réussi tout seuls et se prennent pour Horatio Alger paieraient cher pour naître aux États-Unis plutôt qu'au Bangladesh.»
Buffet ajoutait que, s'il était né à une autre époque, il aurait sans doute fini ses jours sous la forme d'un repas avalé par un carnivore (tout comme Bill Gates d'ailleurs) : les deux hommes ont une mauvaise vue et ne savent pas bien grimper aux arbres.
Le milliardaire constate aussi que le talent qui lui est propre (soit celui de choisir la meilleure façon possible d'allouer ses fonds) n'aurait été d'aucune utilité en d'autres temps et en d'autres lieux. Selon lui, les gens assez chanceux pour posséder le talent qui convient à leur époque où ils vivent comptent parmi les gagnants de la lotterie ovarienne.» (cité dans Alice Schroeder, L'effet boule de neige. Biographie officielle de Warren Buffet, 2010)
Source : notes du chapitre 12
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Cinci
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Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
Je n'avais pas survolé l'ensemble de ce cabinet des horreurs à l'époque. Je veux parler de bon nombre de déclarations spontannées présentes dans ce fil.
Comme ici :
françois67 :
«Cet argent, M. Depardieu ne l'a de très loin pas volé. C'est seulement et uniquement grâce à son travail et talent qu'il l'a gagné. Alors pourquoi devrait-il se laisser spolier par le gouvernement?» (16 décembre 2012)
«M. Depardieu [...] n'est qu'un symbole, un porte-étendard de cette indignation.»
«Car les "riches" dans leur très grande majorité ne sont ni des mafieux, ni des gangsters ou des arnaqueurs: ce sont des personnes qui sont parvenues à faire fructifier leurs capacités et talents, à travailler ardemment. Ils ont tant fait pour la France en créant des emplois, en créant la croissance. Et ils ont eu du succés, ce succés qui maintient encore l'espoir en France pour les millions de personnes qui veulent s'élever de leur condition -voulez-vous donc taxer le succès?-; ces personnes que vous haïssez par une infâme et à peine cachée envie et jalousie, ce sont eux qui ont construit, qui construisent et qui construiront le pays: ils font la France.»
quel président américain a-t'il donc sauvé le pays de la décadence [?]
Versus
Aristote : «un régime où le pouvoir appartient à la richesse, qu'elle soit entre les mains d'une minorité ou d'un plus grand nombre, est nécéssairement une oligarchie; celui où les pauvres gouvernent est une démocratie».
Louis Brandeis (juge, début du XXe siècle, Cour suprême des États-Unis) : «Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques. Notre pays peut être le lieu soit d'une démocratie, soit d'une concentration inouïe de la richesse entre quelques mains. Nous ne pouvons avoir les deux en même temps»
Robert Dahl (Politics, Economics and Welfare, 1976) : «Les analyses qui dépeignent le système politique des États-Unis ou de tout autre pays doté d'une économie de marché comme le lieu d'un antagonisme entre groupes d'intérêts opposés se trompent lourdement en ce qu'ils omettent de tenir compte de la position politique privilégiée des gens d'affaires. Aux États-Unis, on alloue plus de fonds, d'énergie et de puissance organisationnelle à la lutte contre l'égalité qu'à l'atteinte de cet idéal.»
Linda McQuaig :
«On pourrait ajouter que l'impôt (y compris le lourd impôt des riches) a compté parmi ses défenseurs un auteur non moins apprécié des conservateurs, Adam Smith, fondateur au XVIIIe siècle de l'école classique en économie. Cette affirmation peut paraître surprenante, les nouveaux conservateurs s'étant largement approprié l'héritage du philosophe écossais. Néanmoins, bien qu'ils y soient parvenus, en en martelant des fragments sortis de leur contexte, à faire de ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations leur manifeste pour un capitalisme débridé, Smith s'inquiétait des implications sociales du capitalisme industriel alors en émergence, et en particulier des dangers de l'inégalité.
Tout au long de La richesse des nations, il n'avait cesse de défendre les droits des travailleurs contre ceux des marchands et des industriels. Il faisait montre de cynisme à l'égard des milieux d'affaires en observant «qu'il est rare que les gens du même métier s'assemblent, même si ce n'est que pour se divertir et s'amuser, sans que la conversation finisse en conspiration contre le public ...». Adam Smith a consacré une bonne partie de son opus magnum à un exposé sur les meilleures méthodes de perception des impôts, et a exprimé à maintes reprises sa préférence pour un transfert du fardeau fiscal des épaules des pauvres à celles des riches.
Il rejetait les propos de ceux qui, en son temps, qualifiaient les impôts de marques d'esclavage : «... chaque impôt est pour celui qui le paie une marque, non d'esclavage, mais de liberté. Il dénote, il est vrai, qu'il est soumis au gouvernement, mais aussi que, comme il a quelque propriété, il ne peut pas lui-même être la propriété s'un maître», écrivait-il dans La richesse des nations.
Franklin D. Roosevelt, discours au Madison Square Garden, NY, 1936 : «... être gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé».
Ici un célèbre entrepreneur privé
L'obligation de maintenir des taux d'intérêt élevés pour garantir la persistance des flux financiers vers la pompe aspirante des déficits américains a, en effet, entraîné la mise en oeuvre par les grands pays industrialisés et le FMI de politiques déflationnistes se traduisant par une double compression de la demande interne (salaires) et externe (pouvoir d'achat des pays en voie de développement) conduisant à une stagnation de la croissance industrielle dans les pays avancés, de même qu'à une impossibilité mathématique pour les pays débiteurs du tiers-monde de faire face à leur endettement.
Dans ce climat général de régression, on notait une brillante exception : L'envolée des marchés boursiers également baptisée «révolution de l'argent» ou triomphe de l'innovation financière [...]»
Source : Bernard Cassen, «Dans la tourmente de l'économie reaganienne», Manière de voir, janvier 2009
Le couronnement ? Le tout aboutira au fameux «lundi noir» du 19 octobre 1987 à Wall Street, le krach de la bourse à New York.
Pendant ce temps, au Canada ...
«Depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 1984, le gouvernement conservateur de M. Mulroney a contribué à la baisse du niveau de vie des particuliers et des familles à faible et à moyen revenu ainsi qu'à la détérioration du système de sécurité sociale canadien. Les principales raisons de cette dégradation sont au nombre de quatre : cession au secteur privé de la responsabilité de la croissance économique et de la création d'emploi; compression et modification des programmes sociaux; augmentation des impôts chez les moins riches; et amenuisement des paiements de transfert que le féféral accorde aux provinces pour les aider à financer les programmes sociaux qu'elles administrent.
On peut se demander quelles ont été les conséquences de l'adhésion du gouvernement à ces politiques économiques néo-libérales [...] Selon le Conseil économique du Canada, les emplois crées entre 1984 et 1989 apportent la preuve que le marché du travail tend de façon inquiétante à générer ce que l'on appelle des emplois non-standards, c'est à dire des emplois à temp partiel (moins de trente heures par semaine) ou temporaires (d'une durée inférieure à six mois). Ce sont en général des emplois mal payés et comportant peu d'avantages sociaux, qui contrastent avec ce que l'on a coutume d'appeler un «bon boulot».
On note également la présence dans l'économie canadienne de ce que l'on a désigné sous le terme de «croissance sans création d'emploi». Ternowetsky fait observer que, de 1981 à 1985, le cinq grandes banques à charte canadiennes ont dégagé des profits évalués à 8 455 milliards de dollars, mais qu'elles ont dans le même temps, supprimé 11 119 emplois. On retrouve une tendance similaire dans l'industrie du pétrole où les quatre plus grandes compagnies ont récolté 5 608 milliards de profit entre 1981 et 1984 tout en réduisant leur main-d'oeuvre de 6 987 emplois. Les banques, tout comme les compagnies pétrolières, ont reçu dans l'intervalle des aides financières substantielles de la part du gouvernement, lesquelles se fondaient sur l'hypothèse voulant qu'une telle assistance contribuerait à la création d'emploi.
[...]
Que nous a apporté M. Mulroney ? Certainement pas des emplois, des emplois, des emplois ! Après plus de huit années de pouvoir, il dirigera désormais un pays dont le taux de chômage est à deux chiffres et où les emplois non standards prolifèrent aussi rapidement que les banques de nourriture, les sans logis et les chômeurs de longue durée.
Source : Dennis Guest, Histoire de la sécurité sociale au Canada, 1993, p.336
_____
«... le maintien du plein-emploi est trop important pour être abandonné au secteur privé» (William H. Beveridge (Lord), Full Employment in a Free Society, Londres, Allen and Unwin, 1944, p.36)
Comme ici :
françois67 :
«Cet argent, M. Depardieu ne l'a de très loin pas volé. C'est seulement et uniquement grâce à son travail et talent qu'il l'a gagné. Alors pourquoi devrait-il se laisser spolier par le gouvernement?» (16 décembre 2012)
«M. Depardieu [...] n'est qu'un symbole, un porte-étendard de cette indignation.»
«Car les "riches" dans leur très grande majorité ne sont ni des mafieux, ni des gangsters ou des arnaqueurs: ce sont des personnes qui sont parvenues à faire fructifier leurs capacités et talents, à travailler ardemment. Ils ont tant fait pour la France en créant des emplois, en créant la croissance. Et ils ont eu du succés, ce succés qui maintient encore l'espoir en France pour les millions de personnes qui veulent s'élever de leur condition -voulez-vous donc taxer le succès?-; ces personnes que vous haïssez par une infâme et à peine cachée envie et jalousie, ce sont eux qui ont construit, qui construisent et qui construiront le pays: ils font la France.»
quel président américain a-t'il donc sauvé le pays de la décadence [?]
Versus
Aristote : «un régime où le pouvoir appartient à la richesse, qu'elle soit entre les mains d'une minorité ou d'un plus grand nombre, est nécéssairement une oligarchie; celui où les pauvres gouvernent est une démocratie».
Louis Brandeis (juge, début du XXe siècle, Cour suprême des États-Unis) : «Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques. Notre pays peut être le lieu soit d'une démocratie, soit d'une concentration inouïe de la richesse entre quelques mains. Nous ne pouvons avoir les deux en même temps»
Robert Dahl (Politics, Economics and Welfare, 1976) : «Les analyses qui dépeignent le système politique des États-Unis ou de tout autre pays doté d'une économie de marché comme le lieu d'un antagonisme entre groupes d'intérêts opposés se trompent lourdement en ce qu'ils omettent de tenir compte de la position politique privilégiée des gens d'affaires. Aux États-Unis, on alloue plus de fonds, d'énergie et de puissance organisationnelle à la lutte contre l'égalité qu'à l'atteinte de cet idéal.»
Linda McQuaig :
«On pourrait ajouter que l'impôt (y compris le lourd impôt des riches) a compté parmi ses défenseurs un auteur non moins apprécié des conservateurs, Adam Smith, fondateur au XVIIIe siècle de l'école classique en économie. Cette affirmation peut paraître surprenante, les nouveaux conservateurs s'étant largement approprié l'héritage du philosophe écossais. Néanmoins, bien qu'ils y soient parvenus, en en martelant des fragments sortis de leur contexte, à faire de ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations leur manifeste pour un capitalisme débridé, Smith s'inquiétait des implications sociales du capitalisme industriel alors en émergence, et en particulier des dangers de l'inégalité.
Tout au long de La richesse des nations, il n'avait cesse de défendre les droits des travailleurs contre ceux des marchands et des industriels. Il faisait montre de cynisme à l'égard des milieux d'affaires en observant «qu'il est rare que les gens du même métier s'assemblent, même si ce n'est que pour se divertir et s'amuser, sans que la conversation finisse en conspiration contre le public ...». Adam Smith a consacré une bonne partie de son opus magnum à un exposé sur les meilleures méthodes de perception des impôts, et a exprimé à maintes reprises sa préférence pour un transfert du fardeau fiscal des épaules des pauvres à celles des riches.
Il rejetait les propos de ceux qui, en son temps, qualifiaient les impôts de marques d'esclavage : «... chaque impôt est pour celui qui le paie une marque, non d'esclavage, mais de liberté. Il dénote, il est vrai, qu'il est soumis au gouvernement, mais aussi que, comme il a quelque propriété, il ne peut pas lui-même être la propriété s'un maître», écrivait-il dans La richesse des nations.
Franklin D. Roosevelt, discours au Madison Square Garden, NY, 1936 : «... être gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé».
Réponse : Theodor Roosevelt, également son cousin Franklin D. ci-dessus. Le premier par ses mesures contre les trusts et les grands cartels (cf. Sherman Act), par ses mesures de réglementation contredisant la vulgate libérale des «barons voleurs», par le fait d'avoir soustrait des pans du domaine publique à l'avidité des spéculateurs, par la création d'agence fédérale de surveillance et de protection des citoyens contre les capitalistes verreux (création de la Food and Drug Administration, en réponse au scandale des abattoires de Chicago cf Upton Sinclair), etc.... quel président américain a-t'il donc sauvé le pays de la décadence - françois67
Ici un célèbre entrepreneur privé
«... rappelons quelques uns de ces «succès» de sept années de reaganomanie : augmentation de 800 % du déficit commercial, de 300 % du déficit budgétaire, de plus de 200 % de la dette fédérale et chute du dollars, la facture de ces gigantesques dysfonctionnement étant en quelque sorte transmise pour paiement aux partenaires de l'OCDE, et en premier lieu à la République fédérale d'Allemagne et au Japon.c'est le grand nom de Ronald W. Reagan. Or comment a-t'il réussi à relever en deux ans une croissance de -2 à 8%? Pas en taxant de partout, non: au contraire, il a allegé drastiquement les impôts sur les entreprises et les personnes fortunées. - françois67
L'obligation de maintenir des taux d'intérêt élevés pour garantir la persistance des flux financiers vers la pompe aspirante des déficits américains a, en effet, entraîné la mise en oeuvre par les grands pays industrialisés et le FMI de politiques déflationnistes se traduisant par une double compression de la demande interne (salaires) et externe (pouvoir d'achat des pays en voie de développement) conduisant à une stagnation de la croissance industrielle dans les pays avancés, de même qu'à une impossibilité mathématique pour les pays débiteurs du tiers-monde de faire face à leur endettement.
Dans ce climat général de régression, on notait une brillante exception : L'envolée des marchés boursiers également baptisée «révolution de l'argent» ou triomphe de l'innovation financière [...]»
Source : Bernard Cassen, «Dans la tourmente de l'économie reaganienne», Manière de voir, janvier 2009
Le couronnement ? Le tout aboutira au fameux «lundi noir» du 19 octobre 1987 à Wall Street, le krach de la bourse à New York.
Pendant ce temps, au Canada ...
«Depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 1984, le gouvernement conservateur de M. Mulroney a contribué à la baisse du niveau de vie des particuliers et des familles à faible et à moyen revenu ainsi qu'à la détérioration du système de sécurité sociale canadien. Les principales raisons de cette dégradation sont au nombre de quatre : cession au secteur privé de la responsabilité de la croissance économique et de la création d'emploi; compression et modification des programmes sociaux; augmentation des impôts chez les moins riches; et amenuisement des paiements de transfert que le féféral accorde aux provinces pour les aider à financer les programmes sociaux qu'elles administrent.
On peut se demander quelles ont été les conséquences de l'adhésion du gouvernement à ces politiques économiques néo-libérales [...] Selon le Conseil économique du Canada, les emplois crées entre 1984 et 1989 apportent la preuve que le marché du travail tend de façon inquiétante à générer ce que l'on appelle des emplois non-standards, c'est à dire des emplois à temp partiel (moins de trente heures par semaine) ou temporaires (d'une durée inférieure à six mois). Ce sont en général des emplois mal payés et comportant peu d'avantages sociaux, qui contrastent avec ce que l'on a coutume d'appeler un «bon boulot».
On note également la présence dans l'économie canadienne de ce que l'on a désigné sous le terme de «croissance sans création d'emploi». Ternowetsky fait observer que, de 1981 à 1985, le cinq grandes banques à charte canadiennes ont dégagé des profits évalués à 8 455 milliards de dollars, mais qu'elles ont dans le même temps, supprimé 11 119 emplois. On retrouve une tendance similaire dans l'industrie du pétrole où les quatre plus grandes compagnies ont récolté 5 608 milliards de profit entre 1981 et 1984 tout en réduisant leur main-d'oeuvre de 6 987 emplois. Les banques, tout comme les compagnies pétrolières, ont reçu dans l'intervalle des aides financières substantielles de la part du gouvernement, lesquelles se fondaient sur l'hypothèse voulant qu'une telle assistance contribuerait à la création d'emploi.
[...]
Que nous a apporté M. Mulroney ? Certainement pas des emplois, des emplois, des emplois ! Après plus de huit années de pouvoir, il dirigera désormais un pays dont le taux de chômage est à deux chiffres et où les emplois non standards prolifèrent aussi rapidement que les banques de nourriture, les sans logis et les chômeurs de longue durée.
Source : Dennis Guest, Histoire de la sécurité sociale au Canada, 1993, p.336
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«... le maintien du plein-emploi est trop important pour être abandonné au secteur privé» (William H. Beveridge (Lord), Full Employment in a Free Society, Londres, Allen and Unwin, 1944, p.36)
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Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
Portrait-robot du monstre :
- Aujourd'hui - à l'âge de la croissance réduite, du chômage, de l'inflation, de la sous-traitance, de la sous-production et du sous-investissement - les États-Unis offrent un modèle «libéral-conservateur». Le maître-mot est la concurrence; l'ennemi, l'interventionnisme d'État. Il conviendrait de réduire les dépenses de l'État en même temps que l'impôt.
La réduction de l'impôt sur le revenu devrait assurer «naturellement» la relance de la consommation, et celle de l'impôt sur les bénéfices la relance des investissements.
On est aux antipodes des théories de John Maynard Keynes selon lesquelles l'État doit renforcer la demande en accroissant ses dépenses sociales et déterminer la part respective de l'investissement et de la consommation.
Le modèle «libéral-conservateur» est soutenu par les petites et moyennes entreprises (PME) et soutenu par une large fraction de la classe moyenne qui se considère victime des transferts sociaux des années 1960.
Prôné par le grand patronat monopoliste, le modèle «libéral-conservateur» [...] est convaincu de la nécéssité d'un État toujours plus puissant, seul capable d'assurer l'ordre économique, politique, social, militaire et idéologique.[cf Stephen Harper 2014] Il n'est donc pas question de réduire le pouvoir de l'État mais de tolérer certaines formes de décentralisations et de l'infléchir - encore plus nettement - en faveur des riches. Les deux exigences fondamentales sont, d'une part, qu'une fraction plus importante du revenu national soit transférée au secteur privé et non pas au secteur public; d'autre part, que ces transferts soient affectés prioritairement aux industries de pointes, reconnues comme productives et internationalement compétitives.
Source : Pierre Dommergues, «Le modèle américain», décembre 2008
- Kerniou
- Mater civitatis

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- Localisation : Bretagne
Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
Certains riches ont travaillé au départ, puis font travailler les autres pour eux.
Beaucoup de travail + maigres salaires pour les autres = gros bénéfices et maigres impôts pour eux.
Les riches ne sont pas des maffieux, ils appliquent les lois ... qu'ils font voter ? ou celles du marché ... qu'ils établissent ?
Le problème avec les riches est qu'ils investissent ailleurs quand leurs impôts sont trop élevés, ce qui nous crée du chômage. Les pauvres ne peuvent se payer le voyage ...
Nous avons besoin d'eux, ils le savent et nous font payer les impôts, les politiques sociales, la santé, la solidarité, les allocations de chômage ...
Beaucoup de travail + maigres salaires pour les autres = gros bénéfices et maigres impôts pour eux.
Les riches ne sont pas des maffieux, ils appliquent les lois ... qu'ils font voter ? ou celles du marché ... qu'ils établissent ?
Le problème avec les riches est qu'ils investissent ailleurs quand leurs impôts sont trop élevés, ce qui nous crée du chômage. Les pauvres ne peuvent se payer le voyage ...
Nous avons besoin d'eux, ils le savent et nous font payer les impôts, les politiques sociales, la santé, la solidarité, les allocations de chômage ...
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.
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Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
Réponse : Theodor Roosevelt,... quel président américain a-t'il donc sauvé le pays de la décadence - françois67
Roosvelt a signé le Pacte du Quincy, un des pires crimes qu' un président des USA aient commis.
Si il y a bien un mec qui a participé à la décadence des usa et du monde c'est bien roosvelt!
-Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi.
-Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers.
(Mt 5:11et12)
-Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers.
(Mt 5:11et12)
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Cinci
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Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
C'est Franklin D. qui a signé le Pacte du Quincy, pas Theodore. Du point de vue des États-Unis, il ne s'agit pas là d'un crime ou d'une incitation à la décadence. Il s'agissait d'une opération politique visant à évincer le concurrent commercial anglais dans la Péninsule arabique, à assurer l'approvisionnement pétrolier aux Américains à peu de frais. C'est le gouvernement américain qui profite alors de la supériorité militaire écrasante qui était la sienne à ce moment-là.Roosvelt a signé le Pacte du Quincy, un des pires crimes qu' un président des USA aient commis. Si il y a bien un mec qui a participé à la décadence des usa et du monde c'est bien roosvelt!
Par ailleurs, je ne dis pas que Franklin D. Roosevelt était un saint de l'Église catholique non plus, tel un théologien soucieux d'assurer la pureté doctrinale de ce que les Américains devraient croire dans l'avenir.
Sinon, il serait difficle de tenir un Roosevelt de 1944 comme responsable des agirs des politiciens américains de l'an 2000 et quand ces derniers se feraient veulent au point de trouver magnifique la religion islamique, à nous parler sans nuance d'une «religion de paix» et etc.
Mais ...
On s'éloignerait avec tout ça des questions fiscales, de l'État qui ne représente pas l'injustice à fuir et du comportement de Gérard Depardieu qui s'y trouve lié (à raison de ce que l'on trouve dans l'opinion publique d'aujourd'hui; «Voleurs !»; «Nous payons trop !»).
Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
C'est assez triste de voir des français qui partent pour payer moins d'impôts.
Il faut croire que la solidarité nationale ne les touches plus.
Personnellement, je ne pense pas que ça soit les impôts le soucis, en effet quand on a déjà un salaire à six chiffre, l'effet je travaille à la sueur de mon front est moins présent. Comment justifié le salaire exorbitant de certain artiste et sportif, vous croyez vraiment que leur travail mérite autant de bénéfices ?
Même si il paie 50% d'impôt il leur en reste plus de la moitié ce qui n'est pas plus mal.
Enfin j'espère qu'il n'y en aura pas d'autres comme ça.
Il faut croire que la solidarité nationale ne les touches plus.
Personnellement, je ne pense pas que ça soit les impôts le soucis, en effet quand on a déjà un salaire à six chiffre, l'effet je travaille à la sueur de mon front est moins présent. Comment justifié le salaire exorbitant de certain artiste et sportif, vous croyez vraiment que leur travail mérite autant de bénéfices ?
Même si il paie 50% d'impôt il leur en reste plus de la moitié ce qui n'est pas plus mal.
Enfin j'espère qu'il n'y en aura pas d'autres comme ça.
Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
J'ai l'impression qu'il y a une confusion entre 2 notions bien distinctes dans ce débat : d'une part, la distribution de la richesse créée, et d'autre part, l'imposition sur les revenus d'un individu.
L'un est une démarche visant à rémunérer avec justice chaque acteur de la chaine de production en fonction de son apport dans la création de richesses, et du contexte économique du pays dans lequel ils résident.
L'autre est une saignée à blanc très mal vécue par tout un chacun, quelque soit ses revenus, puisqu'il ponctionne directement sur ce qui est considéré comme sien.
En ce qui me concerne, autant je considère immoral d'avoir de l'argent à ne plus savoir qu'en faire, autant je trouve scandaleux qu'un état en vienne à taxer la majorité des revenus d'une personne.
Vous vous imaginez vous faire ponctionner à 75%, vous?
Si oui, grand bien vous fasse! Moi pas!
Je connais bien peu de monde qui aurait envie de bosser pour engraisser un état avec toute l'ingratitude qui le caractérise et les gaspillages qu'il génère.
A la place de Mr Depardieu, j'aurai fait strictement la même chose!
Et si ces messieurs de la politique trouvent quelques leçons de morale à redire, qu'ils commencent par se défaire à 75% de leurS salaireS mirobolantS, de leurs appartements et voitures de fonction avec chauffeurs, et de tous les autres privilèges dont ils jouissent sur le dos des français.
Alors on peut tergiverser longtemps pour savoir si une personne mérite vraiment ce qu'elle considère comme sien, mais le plus inadmissible est-il vraiment dans le fait que quelques uns gagnent autant? N'est-il pas plutôt dans le fait que la majorité gagne si peu?
L'un est une démarche visant à rémunérer avec justice chaque acteur de la chaine de production en fonction de son apport dans la création de richesses, et du contexte économique du pays dans lequel ils résident.
L'autre est une saignée à blanc très mal vécue par tout un chacun, quelque soit ses revenus, puisqu'il ponctionne directement sur ce qui est considéré comme sien.
En ce qui me concerne, autant je considère immoral d'avoir de l'argent à ne plus savoir qu'en faire, autant je trouve scandaleux qu'un état en vienne à taxer la majorité des revenus d'une personne.
Vous vous imaginez vous faire ponctionner à 75%, vous?
Si oui, grand bien vous fasse! Moi pas!
Je connais bien peu de monde qui aurait envie de bosser pour engraisser un état avec toute l'ingratitude qui le caractérise et les gaspillages qu'il génère.
A la place de Mr Depardieu, j'aurai fait strictement la même chose!
Et si ces messieurs de la politique trouvent quelques leçons de morale à redire, qu'ils commencent par se défaire à 75% de leurS salaireS mirobolantS, de leurs appartements et voitures de fonction avec chauffeurs, et de tous les autres privilèges dont ils jouissent sur le dos des français.
Alors on peut tergiverser longtemps pour savoir si une personne mérite vraiment ce qu'elle considère comme sien, mais le plus inadmissible est-il vraiment dans le fait que quelques uns gagnent autant? N'est-il pas plutôt dans le fait que la majorité gagne si peu?
Re: Lettre ouverte à M. Depardieu ...
Ayant fait des études de Sciences Eco, j’aurais voulu ajouter mon opinion. Pourtant le titre de ce fil ne m’inspirait pas. Mais le relisant je m’aperçois qu’un grand nombre de commentaires sont du meilleur niveau et font honneur à l’intelligence des participants de ce forum. Cinci l’avait déjà noté et avait cité certaines interventions des plus intelligentes. Il y en a d’autres bien sûr. Je ne me permettrais seulement d’inviter à la relecture de tous.
J'apprécie les propos de James : Ainsi que ceux de françois 67 Nos dirigeants seront-ils seulement capables de résister à la pression "occidentale" et anti-Poutine qui priverait de travail nos ateliers de Saint-Nazaire reconnus comme les meilleurs ?
J'apprécie les propos de James : Ainsi que ceux de françois 67 Nos dirigeants seront-ils seulement capables de résister à la pression "occidentale" et anti-Poutine qui priverait de travail nos ateliers de Saint-Nazaire reconnus comme les meilleurs ?
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