This is Catho Style par communauté du Chemin neuf

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jeanbaptiste
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Re: this is Catho Style par communauté du Chemin neuf

Message non lu par jeanbaptiste »

Ca n'est pas tout à fait ce que j'ai dis, c'est la raison pour laquelle j'ai fait référence à l'esthétique "monastique".

Je crois que ces deux formes ont toujours existé : des liturgies très ornées, et d'autres plus sobres. Soit globalement, les liturgies "paroissiales" d'un côté, et les liturgies monastiques de l'autre.

Les deux esthétiques ne s'opposent pas (je l'ai évoqué rapidement dans mon précédent message), mais elle propose un accès différent au sacré. Et je crois que la forme "ornée" est fondamentalement plus populaire car elle parle plus à un mode de vie plus "actif" et moins "contemplatif". Ce qui ne signifie pas que les personnes qui aiment l'une soient des simplets, et l'autre des intellectuels !

Il reste que la société moderne à totalement intégré un rapport au monde d'ordre "conceptuel". A force de mécaniser le corps nous l'avons vidé de sa substance discursive et nous avons conceptualisés tout le reste. Nous ne comprenons plus trop le langage du corps (et donc les liturgies "bling-bling", et les gestes dans la liturgie), alors tout passe par une proche cérébrale du réel.

D'où le fait que nous nous retrouvions plus facilement dans les liturgies "sobres" qui nous paraissent plus "cérébrales" au fond.

Mais la liturgie monastique n'est ni conceptuelle, ni cérébrale, elle est simplement ... spirituelle et sobrement charnelle.

Bref, il est clair que mon propos était bien trop "binaire" comme vous dites, car j'ai tout simplifié alors qu'il faudrait faire des milliers de nuances. J'ai voulu brosser à gros traits, mais ce sujet demande de ma part un peu plus de travail. C'est un truc auquel je pense depuis quelque temps, mais je n'ai jamais pris la peine de travailler sérieusement le sujet.
Isabelle47
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Re: this is Catho Style par communauté du Chemin neuf

Message non lu par Isabelle47 »

Je comprends; j'avais moi-même un peu forcé le trait, merci de ne pas m'en tenir rigueur.
Je suis aussi très intéressée par le sujet.
Benoit XVI a écrit "L'esprit de la liturgie" (ed. Ad Solem) que j'essaie de lire peu à peu.
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ti'hamo
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Re: this is Catho Style par communauté du Chemin neuf

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@Jean-Baptiste
Votre développement est particulièrement intéressant. J'y souscris. Si vous songiez à approfondir et développer votre réflexion sur ce sujet, je vous y encourage vivement.

@Isabelle
Il me semble qu'on trouve, justement, à touts les siècles, des exemples de ce que décrit Jean-Baptiste : songez par exemple à l'architecture cistercienne, toute en lignes épurées, formes, sans figures ni peintures, et à ce que St Bernard pensait ne serait-ce que des statues dans les églises, qui détournent l'esprit de la prière et de la contemplation, et dans le même temps aux chapiteaux romans composant de véritables bandes dessinées en pierre, aux évangéliaires richements ornés, aux enluminures...
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jeanbaptiste
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Re: this is Catho Style par communauté du Chemin neuf

Message non lu par jeanbaptiste »

Bonjour ti'hamo,

merci, voilà qui m'encourage à tenter de mettre mes idées en ordre. Mais dans l'idéal j'aimerais prendre le temps de me renseigner à des sources fiables, des articles de spécialistes etc. Peut-être devrais-je faire les deux : un article d'approfondissement et de clarification de ce que j'ai en tête, et un autre de recherche.

Je vous tiens au courant.
salésienne05
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Re: this is Catho Style par communauté du Chemin neuf

Message non lu par salésienne05 »

Merci Jean-Baptiste, d'avoir mis des mots justes sur ce que je voulais signifier...

Mais en rien l'esthétique monastique est pus intellectuelle. Je la trouve bien plus accessible au contraire car elle s'adresse au coeur de notre relation à Dieu. La liturgie et l'esthétique plus complexes (telles celles du rite extraordinaire ou rite ordinaire à la façon du Père Zanotti-Sorkine) me semblent bien plus compliquées.

Je pense qu'il s'agit srtout de deux approches de la foi différentes. L'une plus "catholique romaine" et l'autre d'avantage mystique. L'une étant là pour "valider" la Tradition, l'autre pour intégrer l'Evangile. Les deux ne sont pas incompatibles mais je pense que les personnes contemplatives ont du mal avec une liturgie et une esthétique trop chargées, même si celles-ci sont riches en symboles.

C'est la même chose pour la soutane et l'habit monastique. Personnellement, autant j'aime voir les religieux se promener en habit monastiques. autant, je vois généralement d'un mauvais oeil le col romain et la soutane? Bref, c'est encore un point que je dois régler personnellement : les mystiques ne me font pas peur, alors que je soupçonne tout de suite un prêtre en soutane ou en col romain de rigidité (ceci dit, dans mon expérience personnelle, cela s'est souvent vérifié alors que j'ai rarement vu de rigidité chez les contemplatifs -exigence et radicalité mais non pas rigidité).

Fraternellement.

Cécile
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Re: this is Catho Style par communauté du Chemin neuf

Message non lu par salésienne05 »

Je rajoute aussi que pour moi, l'esthétique cistercienne par exemple est plus "charnelle" que l'esthétique tridentine.. Mais peut-être est-ce une divergence de conception.

Fraternellement.

Cécile
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Re: this is Catho Style par communauté du Chemin neuf

Message non lu par jeanbaptiste »

Je crois surtout que vous êtes la victime d'un petit fond d'anti-cléricalisme :D (je rigole bien sûr)

Le mot "intellectuel" n'est pas juste en effet. J'essayais d'approcher un certain attrait de la modernité pour les choses "intérieures", pour les "vérités intérieures", pour son "moi" en fait, et un certain mépris de la matière lié au fait que la matière contraint nécessairement le "moi" (ma nature sexuée gêne l'illusion d'une "construction du sexe" par exemple).

C'est ce qui me fait croire que pour nous autre modernes l'esthétique monastique reste "acceptable" et "sympathique" : elle parle directement à l'esprit et au coeur, elle ne gêne pas trop le corps et n'apparaît donc pas comme une intrusion de l'invisible dans le visible.

L'esthétique "romaine" (j'aime assez le qualificatif, merci !) est une sorte d'illustration de l'invisible, une manière de célébrer et de représenter l'invisible. D'une certaine manière cette esthétique "romaine" dit : "voici la Vérité", là ou l'esthétique "monastique" nous place dans les conditions d'un cheminement vers cette même Vérité.

Nous avons aujourd'hui une appréhension face à la reconnaissance du surnaturel dans le naturel, de l'invisible dans le visible. Dieu est une affaire du coeur, du monde intérieur, est "mon" affaire. Nous n'osons plus lire la présence de Dieu dans ce paysage ou cette petite fleur, ou cet événement en apparence anecdotique. Dès lors, "représenter" l'invisible c'est donner une plastique à la foi, et cela nous gêne.

Et pourtant nous avons besoin de faire exprimer par le corps des choses qui nous semblent importantes. Mais comme nous ne donnons de l'importance qu'à notre "moi", toute forme d'esthétique "riche" qui nous serait imposée de l'extérieur (uniforme, liturgie etc.) apparaît comme une atteinte à notre liberté. Dès lors nous n'acceptons plus que l'extériorisation de notre individualité.

Le vêtement monastique, et son esthétique, dans sa sobriété, agit comme un "miroir de l'âme", et en cela il ne porte pas atteinte au désir "d'affranchissement" du "moi".

L'esthétique romaine dans sa richesse "s'impose" à nous, soit on la rejette, soit on s'y ... soumet ! Et c'est justement le problème. Nous sommes devenus rétifs à toute sorte de soumission, y compris à Dieu ! (voyez la disparition de la communion à genoux sur la langue !).

Et c'est je pense ce que vous ressentez lorsque vous dites que le col romain et la soutane renvoie pour vous immédiatement à la "rigidité". L'opposition entre cette rigidité et une certaine vision de la mystique est me semble-t-il typique.

La mystique c'est la rencontre personnelle avec Dieu. Or aujourd'hui c'est aussi devenue une sorte de "sentiment du Moi" : "mon moi personnel qui rencontre personnellement Dieu dans une liberté totale, affranchie de tous dogmes et de toutes pratique données". Pour beaucoup de moderne le chapelet ou la récitation de l'Office ne peut pas être une voie mystique.

Or c'est précisément l'inverse qui est vrai : la rencontre avec Dieu est d'autant plus véritable qu'elle consiste en abandon de sa volonté pour faire que celle de Dieu la remplace ("Seigneur que ta volonté soit ma volonté" disait Eckhart). Mais où agit la volonté de Dieu dans ce monde ? Dans l'Eglise !

La manière la plus "sécurisée" de faire la volonté de Dieu, c'est de se soumettre à son Eglise et donc de prier dans et avec l'Eglise (messe, chapelet, Office).

Toute mystique véritable est soumission à Dieu et donc à son Eglise (voyez tous les grand saints dit "mystiques". Il est tout à fait frappant, par exemple, que Thérèse d'Avila présente dans sa vieillesse, les extases "mystiques" comme un moment qu'il faut dépasser pour aller vers une oraison plus simple, plus sobre et qui oriente immédiatement la volonté vers l'action pour le Christ et son Eglise).

Dès lors l'esthétique "romaine", dans son épaisseur, dans sa manière de s'imposer, dans sa manière d'inviter à la soumission, est profondément mystique.

Ce qui ne signifie pas que l'esthétique "monastique" ne le soit pas, bien sûr. Mais la vie d'un moine n'est pas celle d'un laïc, et ce dont il dispose pour accepter cette soumission au Christ et à l'Eglise (son Corps), le laïc n'en dispose pas : la prière perpétuelle de l'Eglise en communauté.

Car enfin, il n'est rien de plus "romain" qu'une vie de moine. Sa journée est remplie de la prière de l'Eglise, une prière totalement "imposée". La "soutane" du moine c'est son antiphonaire. Dès lors pas besoin d'une esthétique "riche", pas besoin de lui rappeler la présence de l'Eglise chaque dimanche. Il est dedans toutes les heures de sa vie.

Alors oui, comme vous j'aime beaucoup l'esthétique "monastique". Mais plus j'y pense, plus je me dis qu'il s'agit peut-être là d'un moyen commode et artificiel de "libérer" mon moi de sa soumission nécessaire à son Créateur.
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ti'hamo
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@Salésienne

"les mystiques ne me font pas peur, alors que je soupçonne tout de suite un prêtre en soutane ou en col romain de rigidité"
haha, non, vous pouvez être rassurée sur ce point, ou enfin cela dépend de ce qu vous appelez "rigidité". Mais ceux que j'ai connu étaient loin de correspondre à ce qualificatif - et de toute façon loin d'être tous faits sur le même modèle.


Concernant les différentes approches de la foi et leur expression dans la liturgie et l'art sacré, dites-vous aussi qu'il existe plusieurs âges et que chacun évolue, mais différemment : par exemple, plus jeune, j'aimais beaucoup les cathédrales gothiques, je ne comprenais pas le dépouillement cistercien - et ce sont les propos de St Bernard qui me semblaient vraiment rigides, pour le coup -,
maintenant j'apprécie tout particulièrement les petites églises romanes (je n'en suis toujours pas à réclamer comme St Bernard qu'il n'y ait aucune représentation, j'ai un faible pour ce mélange de foi chrétienne et de traditions pré-chrétiennes).

C'est pareil pour la liturgie : on peut entrer (ou en tout cas ne pas quitter) l'Église par la beauté de ses rites, pour finalement, ensuite, être attiré par une foi plus dépouillée, plus simple, quoique tout aussi belle ou plus belle encore.

(c'est un peu comme son épouse qu'on apprend à aimer différemment à mesure qu'avance la vie - ça ne veut pas dire que ce qui attirait vers elle au départ était mauvais ou superficiel.)



Mais, dans tous les cas, ces différents approches ont tout de même en commun l'essentiel : une recherche de beauté formelle voulant illustrer ou exprimer une beauté plus profonde, spirituelle, et y faire accéder chacun ; un respect du sacré.
Deux choses que les abus liturgiques ont contribué à faire oublier ou à combattre ; explicitement, qui plus est.

C'est en quoi ces différents formes sont également dignes et vraies, indépendamment de notre sensibilité propre qui, selon les moments de notre vie, nous fait nous sentir attirée plus par l'une ou l'autre : elles prennent soin des mêmes réalités, de manières parfois différentes,
et c'est ce qui fait l'indignité et l'erreur grave d'expérimentations plus ou moins récentes (mais de moins en moins récentes) : l'oubli, voire le combat contre la beauté et le sacré, sous le prétexte d'une recherche de simplicité.
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spk
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La véritable opposition est-elle entre une liturgie simple et une liturgie riche? Je ne crois pas, pas plus qu'entre une liturgie élitiste et une liturgie populaire. Mais plutôt entre une liturgie contemplative et une liturgie participative. Qu'en pensez-vous?
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Message non lu par salésienne05 »

Jean-Baptiste, je m'inscris en faux dans ce que vous dites...

La liturgie et l'esthétique monastiques sont à mon sens bien plus radicales que les gothiques ou tridentines. L'austérité et la sobriété monastiques mettent à nu, elles abrasent l'âme et le coeur, elles purifient le regard et le désir de puissance, elles remettent le Christ pauvre et nu, Vrai Dieu et Vrai Homme, au centre.

Quand je parle de "rigidité", ce n'est pas au dogme et au magistère que je fais référence mais plutôt à une disposition de l'âme, délicate et bienveillante, humble mais non humiliée, souple comme le roseau, souriante et joyeuse. Une disposition de l'âme qui imiterait le Christ mais qui n'imposerait pas. Dieu est délicat et sobre. Nous devons en tous points l'imiter. Il ne nous et nullement demandé dans l'Evangile d'imiter la puissance et la gloire de Dieu (ce qui ne signifie en rien qu'il faille la nier) mais ce que le Christ a été dans son Incarnation.

Dans les ors et l'apparats, je vois surtout non pas la démonstration esthétique de la gloire de Dieu mais plutôt la puissance de l'Eglise romaine. Lorsque l'on est dans une église de style tridentin, on voit guère le Christ nu et pauvre, le Christ serviteur. On voit la gloire, la puissance, la richesse, un Dieu que l'on devrait craindre et non pas un Dieu qui a choisi de s'incarner, un Dieu qui n'avait nul endroit où poser sa tête, un Dieu qui a donné sa Vie par Amour total.

L'exigence de l'esthétique monastique est rude. Cette beauté toute pure et dépouiller n'appelle qu'une chose : le renoncement à soi-même, la contemplation du Mystère (rien n'a voir avec un acte narcissique d'intériorité mal placée) et le saint détachement. L'imitation du Christ, l'imitation totale, toute dépouillée intérieurement, nécessite un dépouillement extérieur et charnel. L'image la plus parlante est sans doute la différence entre cette grande inclination monastique devant le tabernacle, longue, parfois totale (les deux genoux, tête contre le sol) et l'agenouillement "romain" avec signe de croix. Les deux positions indiquant a priori la même chose, et pourtant l'une est "souple" dans sa forme, et l'autre est rigide.

J'espère avoir été plus claire...

Fraternellement.

Cécile
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@Jean Baptiste
Merci de votre analyse, elle est très intéressante.

Vous faites une analyse psychologique mettant la disponibilité, l'ouverture à Dieu dans l'oubli de soi qui sont le propre des mystiques, en opposition avec une certaine forme de foi égocentrée, individualiste.
Il se peut que cela s'avère vrai en France mais il existe d'autres manières, dans d'autres pays, d'exprimer et vivre sa foi. Prenons les pays du sud de l'Espagne, par exemple, où la foi s'exprime par des processions, des représentations gigantesques du Christ en Croix, de la Vierge lors de la Semaine Sainte.
Votre analyse peut être pertinente pour une génération née "post Vatican II" mais pas forcément pour la génération antérieure, dont je suis. Pour ma génération, les "ors et apparats" de l'Eglise étaient un signe de respect et de reconnaissance de la Gloire de Dieu (et le demeurent) alors que la tenue "monastique" et celle des religieuses de mon école, par exemple, symbolisaient l'humilité de tout homme.
"Aussi, croyez-moi, vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines, qu'en tenant le regard fixé sur votre propre limon"
(Thérèse d'Avila)
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salésienne05 a écrit :Jean-Baptiste, je m'inscris en faux dans ce que vous dites...

La liturgie et l'esthétique monastiques sont à mon sens bien plus radicales que les gothiques ou tridentines. L'austérité et la sobriété monastiques mettent à nu, elles abrasent l'âme et le coeur, elles purifient le regard et le désir de puissance, elles remettent le Christ pauvre et nu, Vrai Dieu et Vrai Homme, au centre.

Quand je parle de "rigidité", ce n'est pas au dogme et au magistère que je fais référence mais plutôt à une disposition de l'âme, délicate et bienveillante, humble mais non humiliée, souple comme le roseau, souriante et joyeuse. Une disposition de l'âme qui imiterait le Christ mais qui n'imposerait pas. Dieu est délicat et sobre. Nous devons en tous points l'imiter. Il ne nous et nullement demandé dans l'Evangile d'imiter la puissance et la gloire de Dieu (ce qui ne signifie en rien qu'il faille la nier) mais ce que le Christ a été dans son Incarnation.

Dans les ors et l'apparats, je vois surtout non pas la démonstration esthétique de la gloire de Dieu mais plutôt la puissance de l'Eglise romaine. Lorsque l'on est dans une église de style tridentin, on voit guère le Christ nu et pauvre, le Christ serviteur. On voit la gloire, la puissance, la richesse, un Dieu que l'on devrait craindre et non pas un Dieu qui a choisi de s'incarner, un Dieu qui n'avait nul endroit où poser sa tête, un Dieu qui a donné sa Vie par Amour total.

L'exigence de l'esthétique monastique est rude. Cette beauté toute pure et dépouiller n'appelle qu'une chose : le renoncement à soi-même, la contemplation du Mystère (rien n'a voir avec un acte narcissique d'intériorité mal placée) et le saint détachement. L'imitation du Christ, l'imitation totale, toute dépouillée intérieurement, nécessite un dépouillement extérieur et charnel. L'image la plus parlante est sans doute la différence entre cette grande inclination monastique devant le tabernacle, longue, parfois totale (les deux genoux, tête contre le sol) et l'agenouillement "romain" avec signe de croix. Les deux positions indiquant a priori la même chose, et pourtant l'une est "souple" dans sa forme, et l'autre est rigide.

J'espère avoir été plus claire...

Fraternellement.

Cécile
Bonsoir, Cécile,

Vous savez, même dans les églises à l'ancienne, même dans le rite tridentin, le Christ en croix est présent dans toute sa pauvreté. Et même dans l'agenouillement et le signe de croix que vous appelez "romain", il y a de l'humilité et même chez les prêtres "à col romain" on trouve de la douceur, de l'intelligence et de la souplesse.

A vrai dire, j'ai un peu de mal à entrer dans votre analyse un tantinet manichéenne qui tend à opposer de manière un peu simpliste deux aspects qui ne sont que complémentaires.
Ensuite, votre sensibilité vous appartient et elle est tout à fait respectable mais pourquoi procéder "par exclusion"?

Cordialement
"Aussi, croyez-moi, vous pratiquerez beaucoup mieux la vertu en considérant les perfections divines, qu'en tenant le regard fixé sur votre propre limon"
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@Salésienne

Oui et vous confirmez ce que je dis.

Vous procédez dans votre discours à une telle opposition entre les deux esthétiques que vous me faites dire ce que je n'ai pas dit : l'esthétique monastique serait "un acte narcissique d'intériorité mal placée".

Or je n'ai pas dit cela, ce qui me fait approuver votre opinion sur l'esthétique monastique. J'ai dit que l'attrait contemporain pour l'esthétique monastique associée à un quasi refus de l'esthétique "romaine" était sans doute à chercher dans "un acte narcissique d'intériorité mal placée", comme vous dites.

J'en viens à ce qui me semble être la phrase centrale de votre propos :
Dans les ors et l'apparats, je vois surtout non pas la démonstration esthétique de la gloire de Dieu mais plutôt la puissance de l'Eglise romaine.
Avouez que c'est tout de même fort !

L'Eglise est voulue et fut instituée par le Christ. Elle est le signe visible du Christ sur cette terre, celle qui distribue les Sacrements qu'Il a institué. Pour le dire autrement : la vraie "puissance" de l'Eglise romaine est d'origine divine.

Vous rendez-vous qu'avec ce jugement vous retirez à l'Eglise son essence propre ?

Vous allez me dire : "oui l'Eglise mystique, mais là je parle de l'Eglise Institution".

Et nous revenons à ce que j'ai dit plus haut : nous ne voulons pas d'un Dieu trop incarné. Je veux dire : nous ne voulons pas d'un Dieu qui puisse s'imposer à nous jusque dans notre quotidien concret. Les "commandements" de l'Eglise nous les prenons pour les commandements d'une Institution législative, et nous plaçons Dieu dans des lieux vaporeux et bien éloignés de notre quotidien (les monastères, les lieux de prière, et même l'exercice de notre pensée à l'intérieure de laquelle nous croyons avoir tant de liberté).

Le devoir de soumission à Dieu nous devient bien trop concret, trop "réel", quand il nous vient directement de l'Eglise.

Vous dites éfalement :
On voit la gloire, la puissance, la richesse, un Dieu que l'on devrait craindre et non pas un Dieu qui a choisi de s'incarner, un Dieu qui n'avait nul endroit où poser sa tête, un Dieu qui a donné sa Vie par Amour total.
Oui c'est une idée très courante aujourd'hui. Surtout, surtout, ne craignons pas Dieu ! Qu'importe que la crainte soit l'un des signes les plus fort de la présence de Dieu dans toute la Bible. Evacuons la Bible pour l'occasion !

Alors, oui, Dieu s'est fait petit c'est absolument certains. Mais lorsque cette pensée, fondamentale, nous amène à une forme de maternalisme vis-à-vis d'un Dieu que l'on aimerait presque protéger, choyer, il y a un problème. De sauvés nous nous imaginons sauveurs. Et alors la crainte disparaît, c'est sûr.

Mais rappelons que nous sommes pécheurs, et donc que nous devons être sauvés, alors la crainte, la "crainte sacré" du petit face à la grandeur de celui qui nous aime par-dessus tout, devient naturelle.

Vous dites :
Quand je parle de "rigidité", ce n'est pas au dogme et au magistère que je fais référence mais plutôt à une disposition de l'âme
Je crois surtout que vos propos sont ici incohérents et brouillons. Vous expliquez bien en quoi pour vous, le col romain et la soutane, les ors et les apparats, sont des marques de "rigidité" (puisque vous dites que tout curé en col romain est pour vous rigide), et maintenant vous prétendez ne parler que des dispositions de l'âme. Dès lors comment vous croire lorsque vous prétendez déconnecter le dogme et le magistère de ces dispositions de l'âme, quand vous les connectez à l'habit et à la liturgie romaine ? Pourquoi l'habit et la liturgie romaine seraient la marque d'une âme "rigide" et pas le magistère romain ?

Ce que je pense, c'est que vous essayez de justifier une crainte : la crainte de l'intrusion de Dieu par une porte qui ouvre sur un monde sur lequel vous n'avez pas prise (contrairement à vos sentiments et à votre âme) : l'Eglise.
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Re: this is Catho Style par communauté du Chemin neuf

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@Isabelle
Vous faites une analyse psychologique mettant la disponibilité, l'ouverture à Dieu dans l'oubli de soi qui sont le propre des mystiques, en opposition avec une certaine forme de foi égocentrée, individualiste.
Il se peut que cela s'avère vrai en France mais il existe d'autres manières, dans d'autres pays, d'exprimer et vivre sa foi. Prenons les pays du sud de l'Espagne, par exemple, où la foi s'exprime par des processions, des représentations gigantesques du Christ en Croix, de la Vierge lors de la Semaine Sainte.
En fait, c'est exactement ce dont je voulais parler : les grandes processions, vécues dans la foi, sont précisément des moments d'ouverture à Dieu et d'oubli du "moi" (plutôt que de "soi", car dans la rencontre avec Dieu la personne est toujours "préservée"), car tout est imposé par l'Eglise voulue par le Christ. En faisant ce qu'on demande de faire, dans la foi, nous humilions notre volonté jusqu'à vouloir ce que Dieu veut.

La mystique véritable est "ecclésiale", si je puis dire. Thérèse d'Avila, et même Catherine de Sienne, ne disent pas autre chose me semble-t-il.

Pour dire les choses autrement : dans la vie monastique l'ecclésialité est harmonieusement disposée tout le long de la journée, toute la semaine. Aussi, le dimanche, nul besoin d'une grande messe et d'images fortes.

Mais dans la vie laïque Dieu est plus souvent oublié que présent en son centre, aussi la messe dominicale devient-elle le moment ou il devient nécessaire de rappeler ce qu'il doit représenter pour nous chaque jours de notre vie.

C'est la raison pour laquelle une messe "monastique" toute simple qu'elle soit est rarement "banale". Mais c'est aussi la raison pour laquelle une messe paroissiale, lorsqu'elle vise la "simplicité", atteint bien souvent la banalité.
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@Salésienne

Vous ne devez pas oublier qu'il existe plusieurs pédagogies, et que celle qui vous correspond actuellement n'est pas forcément celle qui correspond à d'autres, là où ils en sont dans leur vie spirituelle.


Ne pas oublier non plus que, pour admirer et saisir ce que signifie que Dieu s'est fait petit pour nous,
il faut bien avoir ne serait-ce qu'un tout petit peu une vague idée de ce qu'Il est vraiment.

Si on n'a pas la crainte de Dieu (au sens vrai du terme, celle qui fait que Moïse retire ses sandales pour approcher d'un buisson qui brûle sans se consumer), on ne comprend pas ce que signifie, venant de Lui, de s'être fait tout petit pour nous.

Il me semble que cela fait donc deux réalités à rappeler en même temps (vous me direz, le geste d'adoration, d'inclination quasi totale, que vous décrivez, exprime bien cela : c'est vrai ; mais dans ce cas, pourquoi d'autre façons de manifester cette adoration seraient forcément "rigides" ou malvenues ?)
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