La "christianisation" selon Thomas Ferrier

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Cinci
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Re: Comment s'est faite la christianisation

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Encore :

«La science moderne va vraiment naître à la Renaissance». C'est dit à la 24e minute du vidéo. Je ne peux pas croire qu'un doctorant en histoire pourrait nous ressortir l'idée de la grande catastrophe de mille ans entre le Ve et le XVe siècle, la catastrophe (qui serait le christianisme) qui nous aurait annihiler pratiquement toutes les connaissances, la catastrophe sans laquelle il est sûr que la science aurait progressé quatre fois plus rapidement et etc.

Son jugement et ses projections à cet égard restent dans le domaine de l'hypothétique. C'est très facile à dire pour lui. La réalité est que la ''science moderne'' est issue globalement des sociétés européennes christianisées. On ne peut rien changer à cela. On ne connaît pas d'autres exemples d'un phénomène semblable sur la terre et à partir desquels l'on pourrait faire des comparaisons. On ne connaît pas de société vraiment païenne et ayant pu développer un réseau d'universités par exemple. Alors nous suggérer que si l'Europe avait pu rester vierge de toute présence du christianisme sur son sol, la science expérimentale se serait beaucoup mieux développé nécéssairement : c'est un peu comme prendre ses rêves pour des réalités.

Monsieur Ferrier nous sert la tarte à la crème d'une redécouverte des anciens comme à partir de la Renaissance seulement. Quand nous échangions à propos du Moyen-Âge dans ce forum, l'on aura déjà vu aussi que les anciens n'avaient jamais cessé d'être lus et connus par les gens savants ou lettrés en Europe. Les théologiens de la Sorbonne de l'an 1200 n'étaient pas plus ignorants d'une masse d'écrits d'auteurs latins classiques que les érudits de l'Italie de l'an 1450 ou 1550.

Pour ma part, je croirais plutôt que le phénomène du développement des sciences sur une très longue période fut un événement singulier dans l'histoire du monde, et à quoi le christianisme ne fut pas étranger non plus. C'est à dire que le christianisme en aura été un des ingrédients nécéssaires pour cela. Je ne dis pas le seul ingrédient. Non, parce qu'une société théocratique totalement étouffante et même chrétienne n'aurait pas pu permettre un développement tel qu'il se sera produit. Je croirais que c'est l'équilibre des pouvoirs dans la rivalité entre le pape et le pouvoir civil qui aura pu permettre un espace de liberté et dont le bénéfice en fut cette science occidentale. On devrait parler d'un concours de circonstance. Ce que je trouve faux dans le dire de Thomas Ferrier mais c'est qu'il tendra à vouloir nous faire accréditer l'idée que l'Église aurait dû être scientificophobe. La vérité c'est tout juste le contraire. L'Église en Europe fut pratiquement toujours scientificophile. L'histoire des sciences en Europe s'explique bien par le fait de cette scientificophilie de l'Église, ainsi que d'une masse ''extravagante'' de clercs ayant été aussi amateurs de recherches sur le plan de la pensée. Une sorte de confluence entre la pensée antique gréco-latine qui n'aura jamais cessé d'alimenter intellectuellement des clercs et savants, le christianisme (très important) et une organisation civile indépendante aussi d'un pouvoir temporel hypothétique de l'Église, nous vaut finalement la formation de cette fameuse science. Tout se fait avec la participation et le concours actif de l'Église. CQFD.
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Re: Comment s'est faite la christianisation

Message non lu par Cinci »

J'ai trouvé ce commentaire aussi de Thomas Ferrier en lien avec le vidéo, son entretien du 29 septembre 2012. C'est beaucoup plus clair et «moins neutre» que ce qu'il relate à Jean Robin devant la caméra.

Voici :
  • Une des raisons d’être de cet entretien c’est de dénoncer un négationnisme hallucinant. “La christianisation s’est faite pacifiquement” est un mensonge. Elle ne s’est pas faite du tout lorsqu’elle était pacifique (et encore est-ce qu’une religion pacifique incite ses membres au suicide ?). La christianisation commence avec la conversion de Constantin, quand les autorités se mettent au service d’une secte de fanatiques !

    Destruction des temples, destruction des statues, incendie des bibliothèques, assassinat de philosophes (Hypatie), régression des sciences, abattage des arbres sacrés, pillages en tous genres, pogroms anti-païens (et anti-juifs), et tout cela avec le soutien de l’empereur, ce n’est pas “politique”. Si cela avait été politique, il n’y aurait eu aucune raison à ces destructions. Car c’est contre tout sens politique que de persécuter la majorité de sa population…

    Non, ce n’est pas plus politique que quand les talibans ont détruit les statues de Bamiyan. C’est bien religieux, c’est bien le fanatisme d’un monothéisme universaliste qui a été à l’oeuvre.

    Islam et christianisme sont les deux malheurs en religion que l’humanité a dû subir. Il va bien falloir à un moment donné refermer l’abîme.

    La Renaissance et les Lumières ne sont pas allés assez loin. Leur oeuvre est encore à achever. Le pape, qui pleurniche contre le martyr des juifs et s’excuse de l’inquisition, n’a pas encore reconnu ce crime là, ce crime essentiel, ce crime de naissance, parce que sans ces crimes, il n’y aurait pas de pape, l’évêque de Rome n’aurait pas usurpé le trône des Césars et ne posséderait pas une partie de Rome.

    Il est dommage que la France de Napoléon III ait empêché Garibaldi et ses hommes de faire à Rome ce que Frédéric II Hohenstaufen n’a pas réussi à faire. Et il est triste que Mussolini, auteur d’un traité antichrétien dans sa jeunesse, pour gagner le soutien de l’Eglise, qui était son pire ennemi (avec le roi), ait signé cette sinistre farce des accords de Latran (1929). [...]

    Signé : Thomas Ferrier


    http://www.enquete-debat.fr/archives/th ... 2#comments


Houlà ! Oh là, là... C'est un tissus de faussetés.

Il dit qu'il n'y aurait pas eu de progrès significatif de la chrétienté dans l'empire romain avant le temps de Constantin. C'est incroyable de prétendre un truc pareil. Il y aurait juste quelque chose comme la totalité des sources anciennes pour témoigner contre son idée.

À part ça, Constantin lui-même ne se met pas au service de l'Église et ni son gouvernement ou ses ministres au service d'une poignée de fanatiques (!?) Tout le règne de Constantin mais l'empereur lui-même ne cessera pas d'être Pontifex Maximus de la religion traditionnelle des romain (ici l'autel de la victoire, les vestales, les flamines, les dieux séculaires de Rome, les sacrifices, etc). J'ai déjà dû le répéter cent fois sur Internet au cours des ans : Constantin ne fait que donner officiellement droit de cité au christianisme dans l'empire. Il en fait une religion parfaitement licite. Il lui accorde un statut régulier. Il ne fait pas disparaître la religion des païens. Il ne renverse lui-même ni ne saccage aucun lieu de culte dans son empire. Son État est pluraliste. Son administration impériale compte autant de membres païens que de chrétiens.

En fait, les évêques doivent toujours continuer de se méfier et redouter un pareil pouvoir impérial. Notre fameux Constantin aura fini aussi par favoriser lui-même le parti arien contre le parti orthodoxe dans l'Église. Constantin n'est créateur de rien du tout dans l'Église.



Il écrit :

  • Islam et christianisme sont les deux malheurs en religion que l’humanité a dû subir. Il va bien falloir à un moment donné refermer l’abîme.

    La Renaissance et les Lumières ne sont pas allés assez loin. Leur oeuvre est encore à achever. Le pape, qui pleurniche contre le martyr des juifs et s’excuse de l’inquisition, n’a pas encore reconnu ce crime là, ce crime essentiel, ce crime de naissance, parce que sans ces crimes, il n’y aurait pas de pape, l’évêque de Rome n’aurait pas usurpé le trône des Césars et ne posséderait pas une partie de Rome.

    Il est dommage que la France de Napoléon III ait empêché Garibaldi et ses hommes de faire à Rome ce que Frédéric II Hohenstaufen n’a pas réussi à faire.
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Ferrier se révèle un réactionnaire anti-chrétien de premier degré. On ne pourrait faire un historien sérieux avec lui. Sa position idéologique est exactement celle d'un Jules Michelet de 1845 et qui n'aurait rien voulu autant que de pouvoir danser un jour sur les ruines achevées et définitives d'une Église morte et une foi chrétienne disparue.

Le pape n'a pas usurpé le trône des césars. Quand il y avait le pape au Moyen-Âge, le César continuait de siéger sur le trône à Byzance. Quand les chrétiens d'Occident voudront le retour d'un empereur pour protéger les terres, les croyants chrétiens en général et l'Église, mais ils vont asseoir sur le trône des personnages comme Charlemagne. Ils ne songeront pas à faire du pape l'empereur ou bien de l'empeur un pape !

Ferrier appelle un ''crime de naissance'' les démolitions de bois sacrés, du temple de Sérapis à Alexandrie ou de mise au chômage de la Pythie à Delphes. Il serait un crime de naissance dans les mesures qu'ordonnent un Théodose à la fin du IVe siècle. Un crime par rapport aux idées de Thomas Ferrier. Il aurait fallu voir de quoi avait l'air l'état du paganisme finissant, l'état de décadence et de dégradation auquel il était descendu au IVe siècle, n'étant plus que l'ombre et la caricature de ce qu'il aurait pu être antérieurement. Plus personne ne croyait sérieusement à l'ancienne mythologie, et ce, depuis longtemps.

L'Église a accepté l'aide du bras séculier et pour faire disparaître les vestiges de l'ennemi qui aura pu menacer cette dernière un bon moment. Sauf, pour parler de crime, il faut opérer un saut dans l'ordre du jugement de valeur (décider que le paganisme aurait dû être tellement meilleur que la foi chrétienne, etc).
Isabelle47
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Re: Comment s'est faite la christianisation

Message non lu par Isabelle47 »

Que cet "historien" soit anti chrétien primaire apparait dès l'audition de son discours.
Les clichés qu'il distille nous sautent aux yeux (et aux oreillles), tout simplement car nous les avons déjà entendus (c'est la définition même du cliché: les entendre sans arrêt)!
Merci, néanmons de votre patience à les décortiquer et merci de votre analyse.
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(Thérèse d'Avila)
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Re: Comment s'est faite la christianisation

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C'est en fait compliqué, puisque sa vidéo est suivie d'une cinquantaine de messages (dont il est également l'auteur) remplis de sophismes.

Mais c'est à travers c(s)es messages que l'on découvre encore plus la fragilité de son "attaque". Il n'est pas médiéviste, pas bibliciste, connait pas ou peu les Docteurs de l’Église et l'Histoire de la pensée et de la science en Chrétienté. Il ne connait pas les mœurs médiévales, ne comprend pas non plus l'organisation de la cité, ne nuance pas selon les provinces et les époques. C'est quand même assez étrange de voir un historien se faisant une culture en autodidaxie sur des sujets contre lesquels il veut se confronter, opposer sa sensibilité romaine/païenne/helléniste/indo-européenne (que je respecte énormément et que je partage avec lui d'ailleurs). Il passe à côté de la nuance et ne peint pas gris sur gris, mais brosse une fresque en noir et blanc... il a des sources sérieuses qui méritent d'être présentées, mais il balaie celles plus "christianophiles" les trouvant "trop orientées pour ne pas dire carrément partisanes". Il agit en dénonçant chez ses adversaires ses propres défauts.

Il y a des erreurs aberrantes comme celle ci :
—> Sauf qu’ils trahissaient complètement le message évangélique puisque ce message incite à aimer ses ennemis. Alors que ce n’est pas le cas dans le Coran.

Et Thomas Ferrier répond :

“Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive” [Matthieu 10:34]

Certains passages allaient dans ce sens et d’autres non. D’autres phrases au contraire incitent à mépriser les païens, assimilés à des chiens ou à des pourceaux. Le chrétien convertisseur devait privilégier les passages intolérants aux déclarations de cette nature.

Vous dites qu’ils trahissaient le message évangélique ? Ils en avaient simplement une autre lecture que vous. En se basant sur d’autres passages ou en interprétant autrement que vous l’évocation du “glaive”. Car vous interprétez son propos comme une parabole, ce que vous ne faites pas quand c’est un mythe consacré à Héra ou à Arès, qui est mon deus comes (précision) ;)
Erreur classique. Ignorance, incompréhension, malveillance ? Qu'importe.
Savez-vous pourquoi Jésus a été crucifié ? Connaissez-vous les prophéties bibliques sur la fin des temps ?
Thomas Ferrier: Je me base sur les faits historiques, non sur des légendes ou des relectures biaisées a posteriori de textes plus anciens. Je ne crois pas que Jésus ait été crucifié, je ne suis même pas vraiment convaincu de son existence. Je veux bien admettre qu’un nationaliste juif du nom de Jésus, dans la filiation de Judas Macchabée, a pu vouloir chasser les Romains et dénoncer la trop grande complaisance à leur égard du sanhédrin.
Et il prétend ne s'appuyer que sur les faits historiques...attention. On se demande sur quoi se basent d'autres historiens qui ont consacré leur vie à la recherche autour de ce sujet... :zut: Il parle à longueur de messages de 'la secte de Christus" mais il reprend pourtant la dogmatique et les thèses inspirées des sectes chrétiennes... :rire:
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Re: Comment s'est faite la christianisation

Message non lu par Isabelle47 »

D'un côté, vous avez raison d'analyser ces impostures (surtout si vous n'en êtes pas dupe); d'un autre côté, vous perdez aussi un peu votre temps car des théories hérétiques de ce type, il y en a légion(s)!
Vous savez, il est de bon ton, de nos jours, pour se donner l'air intelligent, d'avancer ce genre de contre-vérités qui discréditent le christianisme.
Ces théories fumeuses ne devraient mériter que mépris.
Mais vous avez raison aussi de les réfuter, même si elles contiennent leurs propres limites: manque de référence, de méthode, d'honnêteté et de logique... Tout cela n'est pas sérieux.
Mais, hélas, certains sont prêts à tendre une oreille complaisante à ces fumisteries. (C'est le syndrome "Da Vinci Code" ;) :clown:)
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Re: Comment s'est faite la christianisation

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Vous vous rendez-compte, y'en a pour des heures. Mais j'espère avoir le temps prochainement. :saint:
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Re: Comment s'est faite la christianisation

Message non lu par Teano »

Sol Invictus a écrit :Mais c'est à travers c(s)es messages que l'on découvre encore plus la fragilité de son "attaque". Il n'est pas médiéviste, pas bibliciste, connait pas ou peu les Docteurs de l’Église et l'Histoire de la pensée et de la science en Chrétienté. Il ne connait pas les mœurs médiévales, ne comprend pas non plus l'organisation de la cité, ne nuance pas selon les provinces et les époques. C'est quand même assez étrange de voir un historien se faisant une culture en autodidaxie sur des sujets contre lesquels il veut se confronter, opposer sa sensibilité romaine/païenne/helléniste/indo-européenne (que je respecte énormément et que je partage avec lui d'ailleurs). Il passe à côté de la nuance et ne peint pas gris sur gris, mais brosse une fresque en noir et blanc... il a des sources sérieuses qui méritent d'être présentées, mais il balaie celles plus "christianophiles" les trouvant "trop orientées pour ne pas dire carrément partisanes". Il agit en dénonçant chez ses adversaires ses propres défauts.
Voilà. Vous avez mis le doigt dessus : c'est un historien du dimanche. Un ancien doctorant ... je nourris quelques doutes. Je ne suis même pas certaine qu'il ait bien compris le livre de Pierre Chuvin ni le film Agora (qui me paraît davantage dénoncer les islamistes d'aujourd'hui que les chrétiens de l'Antiquité).
Les réfuter, c'est le tonneau des Danaïdes parce qu'il n'y pas que son antichristianisme primaire mais aussi tous les clichés historiographiques (il ne manquait que la ceinture de chasteté et le droit de cuissage).
Plutôt qu'une refutatio en bonne et due forme, peut-être qu'une bibliographie de qualité serait plus utile ?

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Re: Comment s'est faite la christianisation

Message non lu par ti'hamo »

...ce qui est étonnant (ou rassurant ?), c'est qu'en lisant son blog (au design hideux et raté, certes, mais alors ça ça n'a rien à voir :-) on se rend compte que, sur de tout autres sujets, les réflexions qu'il propose peuvent être pertinentes (sur l'affaire des "pussy riots", sur les jeux olympiques...).

C'est le risque quand on s'élance, armé de sa seule passion et des préjugés, sur un terrain dont on ne maîtrise rien, et c'est l'illustration que la connaissance et la raison à elles seules ne protègent pas toujours de la bêtise et des préjugés : encore faut-il savoir en user de façon correcte.

Merci en tout cas pour les références données dans cette discussion et le patient travail de contradiction de ces thèses aberrantes : étant donné qu'il s'agit de lieux communs, tout cela resservira de toute façon.
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Re: Comment s'est faite la christianisation

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_______

Bonjour,

Un des points les plus saillants de ce discours, me semble être l'affirmation qu'à une certaine époque, le christianisme en voie d'extension a persécuté les païens . Que peut-on dire historiquement pour étayer ou infirmer cette thèse ?


_________
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Re: Comment s'est faite la christianisation

Message non lu par Sol Invictus »

Il y a toujours un contexte à remettre en évidence lors d'une analyse qui se veut scientifique. L’Histoire est une discipline à vocation scientifique (disons qu'elle devrait toujours l'être mais que c'est bien plus souvent l'idéologie et la partisanerie qui prenne le pas. Chacun préfère mettre l'accent sur la vertu et édulcorer le choses un peu moins sympathiques. Sauf l'Occident et le christianisme qui depuis quelques décennies se vautrent dans la repentance absurde, l'ethno-culturo-masochisme et l'autodétestation/négation de sois).

Il y a eu effectivement des horreurs, y compris des formes de massacres dont des païens furent victimes. Des interdits sous toutes leurs formes.

Rapidement, et la liste est non exhaustive :) http://fr.wikipedia.org/wiki/Paganisme Ce que T.F. ne fait pas et qui est le b.a.-ba c'est nuancer et contextualiser.

Il n'est pas compétent pour parler de tous les sujets, personne ne l'est, il ne peut pas être spécialisé dans 36 domaines.

Je reviendrais bien plus longuement sur tout ça plus tard, je dois y aller.
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Re: Comment s'est faite la christianisation

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Gérard,

Je vous conseille de lire "Chronique des derniers païens" de Pierre Chuvin. On ne peut pas simplifier le paganisme non plus comme le fait Thomas Ferrier.

In Christo

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Re: Comment s'est faite la christianisation

Message non lu par Cinci »

gérardh,
... me semble être l'affirmation qu'à une certaine époque, le christianisme en voie d'extension a persécuté les païens. Que peut-on dire historiquement pour étayer ou infirmer cette thèse ?
D'abord, Ferrier évoque des persécutions à l'encontre de citoyens romains (païens) et qui auraient dû découler d'une politique suivie des empereurs romains à partir de Constantin. Autrement dit, il suggère qu'une évangélisation pacifique durant près de trois cents ans n'aurait été d'aucun profit pour la pénétration du christianisme dans les esprits. Toutefois, c'est ''grâce'' aux mesures de persécutions fanatiques chrétiennes de Constantin et successeurs si les romains auront pu passer à la foi nouvelle.

Il postule clairement des misères infligées aux citoyens romains (païens) par leurs propres dirigeants, au nom de la religion et pratiquement sur toute l'étendue du IVe siècle sachant que le règne de Constantin intervient plutôt en début de siècle.

MAIS...

C'est surtout le contraire qui est vrai. Car si Ferrier nous présente un Constantin sectaire et à la tête d'une bande de fanatiques pour persécuter les païens, il faudrait dire surtout que l'évangélisation s'est poursuivie dans l'empire romain d'une façon pacifique durant tout le IVe siècle en entier ou presque.

Je mentionnais le bouquin de Bernardi juste en passant. Je pourrais en donner un petit extrait ici, juste pour entrouvrir une fenêtre sur le genre de rapport pouvant lier les chrétiens et les autres, comme à cette époque.

Ça va comme suit :

  • «... deux routes s'ouvraient aux jeunes Cappadociens en mal d'études. Ils pouvaient partir vers le nord-ouest : dans ce cas, on pouvait s'arrêter à Nicomédie ou bien pousser jusqu'à Constantinople. Dans les deux villes l'on trouvait des maîtres prestigieux. L'illustre Libanios y a enseigné quelque temps. Si l'on préfère prendre la route du sud, après avoir franchi les défilés du Taurus et traversé la Cilicie, on arrivera à Antioche où enseignent de grands maîtres, en particulier ce même Libanios depuis 354. Libanios n'aime guère le christianisme, même s'il a des chrétiens parmi ses élèves, et jusque dans sa famille, mais il est resté célèbre et recherché. Aussi un évêque comme Basile de Césarée n'hésite-t-il pas à lui écrire pour lui recommander des étudiants.» (p.87)

    «... après avoir franchi le passage difficile du Taurus et passé nécéssairement par Tarse, la ville natale de saint Paul, il a pu séjourner plus ou moins longtemps à Antioche. C'était la première fois qu'il entrait dans une grande ville. Il [Grégoire, 18 ans]n'a pas pu y suivre les cours du célèbre Libanios, comme le fera plus tard Jean Chrysostôme, étant donné que Libanios n'est revenu se fixer dans sa ville natale qu'en 354.» (p.111)

    ... j'avais un seul amour : la gloire des lettres amassées par l'Orient et l'Occident, ainsi que par Athènes, gloire de la Grèce [Grégoire de Naziance qui raconte cela après coup dans une lettre alors qu'il est âgé de 40 ans]

Et Bernardi raconte que Grégoire a séjourné à Athènes durant huit ans, ainsi que Basile de Césarée et d'autres étudiants chrétiens, cependant que les maîtres enseignants étaient tous des païens à l'exception d'un seul.

  • «... sur cette période athénienne de son existence, il s'est abondemment exprimé dans son oraison funèbre de Basile. D'Athènes, il avait gardé un souvenir ému, reconnaissant et émerveillé. C'est là qu'il a noué les liens d'une très grande amitié avec Basile [...] »(p.115)
Auparavant
  • «... tout au long du siècle, Constantin et ses successeurs, par exemple, s'efforcent de tenir la balance égale entre les chrétiens et les autres. Cette politique se manifestera dans le choix des hauts fonctionnaires : le nombre des chrétiens et des païens promus fait visiblement l'objet d'une recherche de l'équilibre. Jusqu'à Théodose, l'empereur continue de porter le titre de grand Pontife, qui fait de lui le chef de tous les cultes traditionnels, et Constantin se déclare «évêques des gens de l'extérieur», c'est à dire des païens. Les premières mesures de coercition contre les cultes païens datent du règne de Théodose, c'est à dire de la fin du siècle et non pas du début.» (p.40)
  • Source : Jean Bernardi, Saint Grégoire de Naziance. Initiation aux Pères de l'Église, Éditions du Cerf, Paris, 1995, 368 p.
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Re: Comment s'est faite la christianisation

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Quant à Hypatie, son histoire est connue par un de ses anciens élèves et évêque de Ptolémaïs. Elle formait aussi bien des païens que des chrétiens.

In Christo

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Re: Comment s'est faite la christianisation

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Avant le règne de Théodose :
  • ... le paganisme était encore la religion constitutionnelle du sénat, la statut et l'autel de la victoire ornaient encore le temple dans lequel il s'assemblait. [...] Les sénateurs faisaient serment sur son autel d'obéir aux lois de l'empereur et de l'empire; et dans toutes les délibérations publiques, ils commençaient par présenter une offrande de vin et d'encens à la déesse de la Victoire. La suppression de cet ancien monument était le seul outrage que Constance eût fait éprouver à la superstition des Romains. Julien rétablit l'autel de la Victoire, Valentinien le toléra et le zèle de Gratien le fit disparaître une seconde fois, mais l'empereur Gratien laissa subsister les statues des dieux offerts à la vénération publique : quatre cent vingt-quatre temples ou chapelles dans les différents quartiers de Rome à la dévotion du peuple offensaient la délicatesse des chrétiens par l'odeur des sacrifices de l'idolâtrie. (p.832)
En note infrapaginale :
  • Constantin n'avait pas trouvé une seule des églises chrétiennes digne d'être nommée au rang des monuments de la ville de Rome. Saint Ambroise déplorait les scandales publics de Rome, qui incommodaient continuellement les yeux, les oreilles et l'odorat des fidèles.


  • Destruction totale du paganisme


    Le paganisme tout à fait aboli 390-420 ap. J.C.

    ... Théodose pouvait sans doute proposer à ses sujets païens l'alternative du baptême ou de la mort; l'éloquent Libanios donne des louanges à la modération d'un prince absolu qui ne contraignit jamais ses sujets par une loi positive à embrasser la religion de leurs souverains. Il n'est pas indispensablement nécéssaire de professer le christianisme pour jouir des droits de la société civile. Il n'y avait point de punitions particulière prononcée contre ceux dont la crédulité adoptait les fables d'Ovides, et rejetait obstinément les miracles de l'Évangile. Un grand nombre de païens zélés et déclarés occupaient les places dans le palais, dans les écoles, dans les armées et dans le sénat; ils obtenaient sans distinction tous les honneurs civils et militaire de l'empire. Théodose témoigna sa généreuse estime pour le génie et pour la vertu en décorant Symmaque de la dignité consulaire, et par son attachement particulier pour Libanios. L'empereur n'exigea jamais de ces deux apologistes éloquents du paganisme qu'ils changeassent ou dissimulassent leurs opinions religieuses. Les païens jouissaient du droit de dire et d'écrire leurs sentiments avec la plus excessive liberté (1). Les fragments historiques et philosophiques d'Eunape, de Zozime et des prédicateurs fanatiques [païens] de l'école de Platon sont remplis des plus violentes invectives contre les principes et contre la conduite de leurs adversaires. Si ces audacieux libelles étaient publics, nous devons applaudir à la sagesse des princes chrétiens qui voyaient d'un oeil de mépris ces derniers efforts de la superstition et du désespoir; mais ils faisaient exécuter à la rigueur des lois qui proscrivaient les sacrifices et les cérémonies du paganisme, et chaque jour contribuait à détruire une religion soutenue par l'habitude plutôt que par le raisonnement.

    [...]

    La génération qui vint au monde après la promulgation des lois impériales se laissa sans peine attirer dans le sein de l'Église catholique, et la chute du paganisme fut en même temps si douce et si rapide que, vingt-huit ans après la mort de Théodose, ses faibles restes n'étaient plus sensibles aux yeux du législateur.

    [...]

    La ruine de la religion païenne est rapportée par les sophistes comme un prodige effrayant qui couvrit la terre de ténèbres et rétablit l'ancien règne du chaos et de la nuit. Ils racontent en un style pompeux et pathétique que les temples se convertirent en sépulcres et que les domiciles sacrés, ornés naguère des statues des dieux, furent déshonorés par les reliques des martyrs chrétiens.

    «Les moines (race d'animaux immondes, auxquels Eunape est tenté de refuser le nom d'hommes) sont, dit-il, les auteurs de la nouvelle doctrine qui, a des divinités conçues par l'esprit, a substitué les plus méprisables esclaves. Les têtes salées et marinées de ces infâmes malfaiteurs que la multitude de leurs crimes a justement conduits à une mort ignominieuse, leurs corps où l'on voit encore les traces des fouets et des tortures ordonnées par les magistrats; tels sont, ajoute Eunape, les dieux que la terre produit de nos jours; tels sont les martyrs, les juges suprêmes des prières et des voeux adressés à la Divinité, et dont on respecte aujourd'hui les tombes comme des objets consacrés à la vénération des peuples.» (Eunape, dans la vie du sophiste, Edessius)

    Sans approuver l'animosité du sophiste, il est assez naturel de partager sa surprise d'une révolution dont il fut le témoin, et qui éleva les victimes obscures des lois romaines au rang de procteurs célestes et invisibles de l'empire romain. (p.845)

    _____

    (1) Cependant, les païens d'Afrique se plaignaient de ce que le malheur des temps ne leur permettait pas de répondre avec liberté à la Cité de Dieu. Saint Augustin ne nie point le fait.

Encore une page ou deux à raison de l'expression savoureuse qui est celle de notre historien du temps des Lumières
  • Le paganisme persécuté

    ... l'apathie indolente du polythéisme n'admettait pas un zèle si obstiné; le défaut de résistance amortit la violence des coups dont les empereurs orthodoxes frappèrent, à plusieurs reprises, le paganisme : et, par la docilité de leur obéissance, les païens évitèrent les rigueurs du code de Théodose. Au lieu de prétendre que l'autorité des dieux du l'emporter sur celle de l'empereur, ils firent à peine entendre quelques murmures en renonçant aux cérémonies que le souverain condamnait. Si quelque fois un moment d'impatience ou l'espoir de n'être pas découverts les entraînaient à satisfaire leur superstition favorite, l'humilité du repentir désarmait la sévérité des magistrats chrétiens; et les païens refusaient rarement d'expier leur imprudence par une soumission apparente aux préceptes de l'Évangile. [...] Si la patience manquait aux païens pour souffrir, le courage leur manquait pour résister; et les milliers d'idolâtres qui, répandus de tous côtés, déplorèrent la ruine de leurs temples subirent sans effort la loi de leurs adversaires. Le nom et l'autorité de l'empereur suffirent pour désarmer les paysans de Syrie et la populace d'Alexandrie, qui s'était opposée tumultueusement à la rage d'un fanatisme sans autorité. (p.843)
Dans ce dernier cas, Gibbon fait référence à la destruction du temple de Sérapis (390 ap.J.C.), telle une initiative privée au départ de la part de l'évêque d'Alexandrie, Théophilus.

Ici :

  • ... quoique les édits de Théodose eussent défendu sévèrement tout espèce de sacrifices, on les tolérait encore dans le temple de Sérapis [...] Un homme audacieux et pervers, l'ennemi perpétuel de la paix et de la vertu [...] Théophile, occupait alors le siège archiépiscopal d'Alexandrie. Les honneurs du dieu Sérapis excitèrent sa pieuse indignation; et les insultes qu'il fit à l'ancienne chapelle de Bacchus avertirent les païens de l'entreprise plus audacieuse qu'il méditait. Les adorateurs de Sérapis, fort inférieurs en nombre et en force à leurs adversaires, prirent les armes à l'instigation du philosophe Olympius, qui les exhortait à mourir pour la défense des autels de leurs dieux. Ces païens fanatiques se retranchèrent dans le temple ou plutôt dans la forteresse de Sérapis, repoussèrent les assiégeants par d'audacieuses sorties, par une défense vigoureuse, et jouirent au moins dans leur désespoir de la consolation d'exercer sur leurs prisonniers chrétiens les plus horribles cruautés. Les efforts prudents des magistrats obtinrent enfin une trève jusqu'au moment où les ordres de Théodose auraient décidé du destin de Sérapis. Les deux partis s'assemblèrent sans armes, dans la place principale de la ville, où on lut à haute voix le mandat de l'empereur. Dès que la sentence de destruction fut prononcée contre les idôles d'Alexandrie, les chrétiens firent entendre un cri de joie et de triomphe, tandis que, gardant un profond silence, les malheureux païens, dont la fureur s'était changé en consternation, se retirèrent précipitamment pour échapper par la fuite ou l'obscurité aux effets du ressentiment de leurs adversaires. Théophile exécuta la démolition du temple sans autre difficulté que celles que lui opposèrent le poids et la solidité des matériaux [...] La précieuse bibliothèque d'Alexandrie fut pillée et détruite, et près de vingt ans après, les cases vides excitaient le regret et l'indignation de ceux chez qui le sentiment religieux n'avait pas tout à fait obscurci le bon sens [Orose, quoique bigot et controversiste, rougit de cette dévastation] (p.840)


    E.Gibbon, La chute et le déclin de l'empire romain, Robert Laffont, Paris, 1983, Coll. «Bouquins», Tome 1, chap XXVIII «Destruction totale du paganisme. Introduction du culte des saints et des martyrs parmi les chrétiens» [pour les citations]
gerardh
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Re: Comment s'est faite la christianisation

Message non lu par gerardh »

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Bonjour Cinci et Teano,

Merci pour ces précisions, qui vont dans le sens de l'infirmation des thèses de Ferrier.



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