etienne lorant a écrit :09 Or je vous le dis : si quelqu'un renvoie sa femme - sauf en cas d'union illégitime - pour en épouser une autre, il est adultère. »
10 Ses disciples lui disent : « Si telle est la situation de l'homme par rapport à sa femme, il n'y a pas intérêt à se marier. »
Cher Etienne,
décidément ce passage de l'Evangile est inépuisable, et témoigne encore une fois de ce que nous parlions hier: la vision du monde selon l'homme qui a du mal à suivre la vision de l'Humain selon Jésus.
Deux choses apparaissent:
-comme nous le disions, il y a un grand décalage entre le regard de Jésus, tellement neuf pour l'époque, -tellement trop neuf qu'aujourd'hui encore nous avons du mal à en cerner l'infinie bienveillance de ce regard-, et le regard normal d'un homme normal, coincé dans la petite lucarne des ses habitudes et de son monde restreint.
Mais quel est donc ce souffle immense que Jésus déploie dans ces quelques mots, qui résonnent si forts à coté de l'indigence de l'intelligence humaine de quelqu'un qui est pourtant son élève dévoué?
Cet épisode nous donne à voir combien Jésus nous libère à chacune de nos chutes: a-t-il dit à son apôtre une condamnation pour imbécilité récurrente? Non, il le libère d'emblée: rappel de la loi divine, invitation à se hisser tout en haut de son coeur et de son intelligence pour y trouver un autre regard sur le mariage et la femme.
A partir de la réponse de Jésus on pourrait suivre tout un tas de pistes de méditation, mais je m'en tiendrais à une seule, souvent abordée sur le forum; le mariage, la sexualité, l'abstinence.
Le modèle que Jésus propose est celui où la femme n'est pas la chose de l'homme, le jouet qu'on utilise et qu'on jette après 15 ans et 4 enfants (ou 5 ans et deux enfants, c'est au choix), le jouet envers lequel, ma foi, un petit adultère ne sera pas si important... Et puis n'est-ce pas bien plus enthousiasmant de se renouveler de temps en temps?
Ce monde qui est celui que pharisien et apôtres chérissent est celui du sexe et du plaisir, alors même qu'ils n'en sont pas conscients.
A ce monde Jésus oppose l'Amour; celui qui nous permet d'être uni à Dieu par la prière, celui qui nous permet aussi, miracle impalpable, séraphique pourtant, de regarder le monde avec le regard de Dieu, avec un regard de père, avec un regard qui "a des entrailles de père pour tout homme", tu sais Etienne, ce regard qui fait que pas une peine ne nous laisse indifférent, à notre grand étonnement, alors que jusque-là presque rien ne nous touchait...
Avec un tel regard, comment ne pas brûler d'Amour pour toute âme, et ne voir en qui que ce soit qu'une âme, qu'un frère, qu'une soeur? Comment alors ne pas vouloir pour cette âme le bien suprême à tout prix, même au prix de notre propre vie, comment ne pas vouloir qu'elle soit sauvée et atterrisse sur le Coeur Divin du Père, notre Dieu, dès son passage vers l'au-delà? Quel océan d'Amour Divin ne lui souhaitons-pas? Mais cet Amour nous révolutionne, nous bouleverse, car comment amener une âme au plus près de Dieu le plus surement possible? Par la prière et par l'exemple! Alors, inondé d'Amour, débordant sous des explosions d'Amour qui nous cerne et qui nous presse comme un fruit mûr, ne courrons-nous pas sur les chemins de la Vertu, de toutes les Vertus, pour servir d'appât à cette âme qu'on aime tant? N'est-il pas de meilleur chemin que celui de la Fidélité à Dieu, de l'Humilité, de la Foi, de l'Amour, de la Tempérance, de la Bonté, de la Longanimité, de la Patience, de la Solidité dans notre Foi, du Courage pour tout supporter, de la Constance, de l'Honnêteté, de l'Intégrité, de la Prudence pour faire ressentir à une âme toute la sécurité dont elle a besoin pour elle aussi avancer vers le Bien? N'est-ce pas là la plus vraie et la plus complète communion des saints que nous pouvons offrir à chacune des âmes de l'humanité tout entière? Et si nous offrons cela à un conjoint, aura-t-on envie de se marier avec lui pour quoi que ce soit d'autre de charnel qui ne soit pas un envol vers Dieu?
Ne se retrouve-t-on pas alors à découvrir le mariage sous un tout autre jour, sous un jour tel que la chasteté (pas l'absence de sexualité, la chasteté, celle d'Anne et Joachim par exemple) devient l'expression la plus belle et la plus recherchée de l'amour conjugal? Que l'envie, que dis-je, le besoin le plus pressant de protéger son conjoint, et de gravir ensemble le chemin de la Fidélité la plus absolue à Dieu nous dévore, nous enflamme, nous pousse, et nous porte sur des chemins de sainteté? Alors tout à coup apparaît à notre esprit le mariage de Marie et de Joseph, et nous brûlons de pouvoir les contempler, les comprendre, prendre modèle sur eux, les imiter au point de se fondre en eux, de leur être unis au point de leur permettre de s'exprimer en nous, comme un Padre Pio ou une Sainte Agnès offraient chaque jour à leur insu une humanité de surcroit à Jésus?
Et Jésus finit sa tirade en nous parlant des vierges (hommes et femmes bien entendu), de ceux qui consumés d'Amour, de ceux qui ayant tellement bien compris le message qu'ils ne veulent plus d'un mariage charnel mais d'un mariage spirituel, veulent épouser Jésus, veulent épouser l'Amour pour le vivre en n'étant plus humain, mais simplement torche spirituelle, comme une sainte Thérèse ou une sainte Faustine, et bien mieux encore, comme un Saint Jean, qui trouve dans l'aigle qui le réprésente toute la force d'évocation de son Amour, qui lui a fait déployer des ailes d'ange et un vol rapide et sûr d'emblée dans de hautes sphères d'Amour, cette Force Amoureuse qui à elle seule explique pourquoi lui, le plus jeune des apôtres, a su trouver le courage de se retrouver au pied d'une croix alors que les autres ont fui, terrorrisés à l'idée de perdre la vie.
LA beauté, l'infinie profondeur d'AMour du message que Jésus oppose aux pharisiens et aux apôtres aveugles et sourds me donne le vertige, me donne cette impression d'infini que l'on trouve à vouloir ouvrir trop de tiroirs sans fin, ne réalisant qu'après, que c'est sans fin. Mais c'est un doux piège, une douce révélation, une suave méditation, et on aimerait qu'elle n'eut point de fin.
Mais il faut bien retomber sur terre...
-Cher Etienne, le deuxième point que je souhaite aborder est la Patte de Dieu dans notre vie (oui, je sais, le mot est malheureux, mais tu sais bien combien je suis maladroite et toujours à coté):
A cet instant de leur formation, les apôtres ne valent pas mieux que les pharisiens, et même on pourrait presque penser moins qu'eux.
Les pharisiens sont mal intentionnés, obtus et manipulateurs, mais ils ne connaissent pas Jésus et ne reconnaissent aucune figure divine en lui. Ils pensent avec leur temps, et quand ils se sentent menacés, ils se défendent. Leur tort est leur obtusité, leur excuse est que l'esprit pharisaïque leur ayant été enseigné, ils en sont tellement imprégnés qu'ils ont du mal à le quitter pour un autre esprit.
Les apôtres sont soit des pêcheurs, soit des percepteurs comme Matthieu (enfin si je ne me trompe pas), soit surement des agriculteurs, des paysans, des hommes du peuple, des artisans ou que sais-je d'autre. Jean et Judas connaissent le Temple de Jérusalem. Simon semble avoir des relents de passé nationaliste.
Bref, des hommes comme les autres. Et comme les autres, ils pensent comme des hommes formés par la loi juive, ont leur part de bien-pensance, de préjugés, de défauts, de désirs et de tentations.
Je vis dans un coin de pêcheurs et autres, et je peux te dire que ce ne sont pas des intellectuels, mais des gens qui ont un grand sens de leur intérêts. Ils ont vite fait un sort aux gens qui les dérange. En bons gaulois, ils s'offusquent de tout ce qu'on leur fait, crient très fort, et se croient tout permis. Leur subjectivité n'a d'égale que leur cohésion autour de leur clan.
Tu me diras, il y en a d'autres ailleurs des comme ça, dans tous les corps de métier, et c'est tout à fait vrai.
Par le fait que dans l'Evangile affleure la mentalité des hommes de ce temps, apôtres et pharisiens, Jésus nous fait remarquer qu'il n'a pas choisi des hommes déjà saints pour former son groupe apostolique; il a choisi des hommes ordinaires, des nous-c'est-nous, et ce choix pourtant n'était pas le chemin de la facilité. Il est parti de très bas pour arriver à former cette troupe disparate, qui ne l'aidait en rien au coeur des embrouilles avec les pharisiens, remettant en cause son enseignement en public... des boulets!
Et de ces hommes il en a fait des âmes qui ont choisi la crucifixion. De ces boulets il en a fait des saints qui à douze ont changé la face du monde. De ces nous-c'est-nous il en a fait des mecs qui en ont, et qui étaient capables de tirer la langue à ceux qu'ils fuyaient désespérément peu de temps avant.
Quelle invitation n'y a-t-il pas là! Si de pires que moi, qui se grattaient tous les matins au réveil, il en a fait cela, pourquoi moi qui ne me gratte pas au réveil je ne pourrais pas suivre Jésus, au moins essayer?
Si l'Esprit Saint a pu transformer de tels hommes, qu'attends-je pour me laisser envahir par lui?
je continue après on m'appelle.
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
Que leur mal disparaisse, et l’intégrisme perdra ses troupes. L'Abbé Pierre
Vis vraiment chaque instant. Fais-le meilleur. Aime-le. Chéris-le. Fais-le beau, bon pour toi-même et pour Ton DIEU. Ne néglige pas les petites choses. Fais-les avec Moi, doucement. Fais de ta maison un Carmel où Je puisse Me reposer. Jésus, Premier Cahier d'Amour