En répondant aux derniers articles, je m’éloigne du sujet de ce fil. Mais puisqu’il semble enlisé dans une confrontation stérile, je ne résiste pas à l’envie de poser mon problème.
Popeye
la foi ne transige ni ne se transige
Quant à dominer l'autre, cela s'avère nécessaire dans une lutte doctrinale. Car il ne s'agit pas d'échanger dans l'indifférentisme ou le scepticisme, façon joyeux pique nique subjectiviste,
100% d’accord. Il faut une pensée pure et dure en théologie, et radicale, c.-à-d. cohérente. Le compromis et les dérives de la logique ne sont pas admissibles. L’enjeu après tout est de taille : notre salut ! On ne peut pas le traiter comme n’importe quel sujet trivial (tel savoir si Mme je-ne-sais-qui va battre le grand dadais ou le petit braillard aux prochaines élections).
Cela dit, des divergences subsistent entre les plus honnêtes théologiens. Je suis Popeye (sans être terrorisé :P ) sur à peu près tous les points de doctrine. Mes connaissances théologiques sont infinitésimales, et si je ne crois pas être mené par lui en bateau, c’est que la rigueur d’un discours témoigne généralement (pas toujours) de la véracité du contenu.
Popeye
oui, je suis partisan des croisades et de l'inquisition. Non pour ma gloire, mais celle de Dieu.
Jésus, qui pourtant aime de charité [à moins que lui aussi...], ne se privera pas pour plonger par paquets dans la fournaise de feu la totalité de ceux qu'il rejettera loin de sa face. La charité n'exclut pas donc une certaine dureté.
Là, y a un os. Le même problème qu’avec Abd77. Quel est le but de ces croisades ? Quelle est la mission de cette inquisition ?
Si le mot ‘croisade’ est à prendre dans le sens que les musulmans libéraux donnent à jihad, soit une ascèse personnelle, pourquoi pas ? Si l’inquisition est un commissariat à l’idéologie prévenant l’adultération du dogme, je souscris. J’applaudis tout projet de propagation de la foi
par les moyens que nous prescrivit Notre Sauveur lui-même — et
seulement par ceux-là.
Nulle part, à aucun moment, Jésus ne commande à ses disciples : ‘Levez une armée, soumettez les nations, qu’elles reconnaissent Mon Père, ou trucidez les.’ Ça, c’est la méthode mahométane. Jésus, au contraire, envoie Ses apôtres en mission, dénués de tout. Pas d’argent, pas de protection, pas d’armes (Mt 10, Mc 6 Lc 9). ‘Comme des brebis au milieu des loups’. Et surtout, surtout,
il ne faut contraindre personne. ‘Si l’on ne vous reçoit pas, si l’on ne vous écoute pas, secouez la poussière de dessous vos pieds’. C’est tout. Reprenez votre chemin. C’est-à dire, laissez-moi,
laissez à mon Père, le jugement de ces gens-là.
Si le Christ, par Son Incarnation, se présente à nous comme le modèle de l’homme parfait, de l’humanité accomplie, et je crois que cela est de foi, alors quel autre exemple pourrions-nous suivre ? D’où tirons-nous que nous pouvons convertir de force ?
Jésus, constamment, refuse tout pouvoir temporel. Pas par humilité. Certes pas parce qu’Il se considère indigne ou incompétent. Non.
Il dénie toute pertinence à l’action politique. Il se moque des autorités. Il ridiculise l’impôt. Le pouvoir, tout uniment, n’est pas ce qui compte. ‘Mon royaume n’est pas de ce monde’. Et Il insiste aussitôt pour qu’on comprenne bien : ‘Ma royauté n’est pas d’ici-bas’ (Jn 18-36).
La mission ne
consiste pas à christianiser les institutions. Terrifiant contresens. Que de souffrances il nous a values ! De temps perdu pour faire passer le message. S’il suffisait, comme pensent les musulmans, les marxistes et tous les sombres tenants de
l’ordre moral, d’avoir de pieuses institutions pour réformer l’être humain, Jésus aurait saisi la couronne que les Juifs lui offraient. Au lieu de l’exemple de Sa vie, Il nous aurait donné celui de Son gouvernement. Mais non, Il s’enfuit dans la montagne pour ne pas céder à la tentation du pouvoir temporel.
Que des chrétiens individuellement entrent en politique est déjà contradictoire, mais ce non-sens connaît des précédents (les très cathos membres de la Cosa Nostra, par ex.). En revanche, que pourrait bien faire un
gouvernement catholique pour le salut des âmes ?
Le gouvernement des catholiques existe déjà ; notre Eglise a un chef. Elle nous enseigne la vie droite que nous devons mener, quel type de famille construire, quel éducation donner à nos enfants, quelle charité avoir envers autrui ; bref, elle nous gouverne.
Un gouvernement catholique est donc superfétatoire pour nous ; sa seule raison d’être serait de s’imposer aux non-catholiques, qui auraient alors autant de raisons de le rejeter que nous un gouvernement musulman ou marxiste.
Ce gouvernement ‘catholique’ ne ferait rien pour notre salut. Que vaudraient une conversion et une vie chrétienne motivées par la crainte des sanctions terrestres ? Encore une fois, cela est bon pour les musulmans, qui se donnent à eux-mêmes le nom d’esclave, et imaginent un Dieu qui se satisfait des
apparences de la piété. Faites les gestes et vous serez sauvés. Je crois que cette
prostitution, ces gestes de l’amour sans amour, ce simulacre, ne convient pas à notre Dieu.
Or le seul moyen dont dispose un gouvernement et qui échappe à tous les autres acteurs est l’usage de la force avec impunité. Réclamer un gouvernement catholique revient à attendre des catholiques qu’ils utilisent la force pour faire progresser la religion. Si ce n’est pas le progrès de la religion qui est attendu de ce gouvernement, d’autres que les catholiques peuvent nous l’apporter. Si ce n’est pas la force qui est demandée, tous les autres moyens nous sont ouverts. Pourquoi alors passer par la politique ?
bassanio
un chrétien dont le voisin devrait craindre la nuisance n'est pas un chrétien.
Très juste.
Cordialement
Christian