Étienne lorant,
En admettant que la Grèce aurait déjà perdu sa souveraineté, selon votre dire, mais il ne peut pas s'agir pour les Grecs d'un retour vers un État grec totalitaire. Il s'agirait d'un non-sens. Plutôt que de conduire un État national fort, autarcique et totalitaire, il faudrait dire que les Grecs et les hommes politiques grecs s'enligneraient surtout pour sombrer dans l'esclavage du système européiste.
Vous disiez :
En ce qui me concerne, la réponse est que la Grèce a déjà perdu sa souveraineté - si pas dans les termes, du moins dans les faits. C'est l'Europe qui est aux commandes en Grèce.
Si vous voulez dire qu'il pourrait toujours exister parmi les Grecs (dans quelle mesure ?) une tentation de recourir éventuellement à un État totalitaire, pour assurer «le salut de la Grèce» contre la pieuvre du mondialisme, ce danger menaçant parfaitement de réduire à la famine et à l'indigence des millions de Grecs : ce serait une autre affaire.
Personnellement, je crois peu aux automatismes systématiques. Je doute que le changement dans un pays vers ceci plutôt que cela puisse être amené par l'existence d'une seule cause, et d'ordre économique comme on le dira le plus souvent. Les politiques néfastes et irresponsables pour les pays et dont le FMI se fera le chantre invariablement ne vont pas forcément produire en bout de ligne, par réaction défensive, comme autant d'États totalitaires un peu partout (!)
On peut envisager plus réalistement que la misère pourrait s'étendre, augmenter encore et sans qu'il ne se passe rien, un peu comme des Haïtiens qui s'accoutumeraient à l'indigence pendant des siècles. La fierté superbe de l'État totalitaire se dressant sur sa Rossinante pour combattre de front le système économique détraqué reste un cas de figure assez exceptionnel et vraiment rarissime à mon avis. Les Grecs pourraient bien davantage s'être mis en chemin pour la route de la servitude et pour longtemps.
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Le cas des étrangers sans papier et ayant pu être reconduits à la frontière n'est pas un indice valable d'une volonté politicienne à s'orienter franchement vers un État totalitaire. Je ne le croirais pas. Ce sont les amis de monsieur Hollande (oui, je fais un raccourci) qui s'amuseront surtout à agiter des craintes infondées de la sorte. Mais c'est de la rhétorique vide de sens. Des centaines d'États et de gouvernements auront pu chasser ou déplacer des irréguliers sur leur territoire, à commencer par la république des États-Unis d'Amérique.
Le problème c'est encore l'usage du mot
totalitaire.
Il est de mauvais aloi que de l'employer, ce mot, dans l'actuel cas de figure grec, tout comme de parler de
rafle d'ailleurs. Il n'y a pas plus de
rafles en Grèce qu'il devrait y en avoir avec les Roms en France. Des rafles ? Il y avait cela dans l'Espagne de 1935 et en pleine guerre civile. Le parti nationaliste pouvait dépêcher des camions dans tel et tels petits villages pour y cueillir les individus de 16 ans et plus, pour les mener au bord de la fosse et ensuite les expédier.
[...]
Je serais plus d'accord pour penser que la Grèce pourrait être amenée tranquillement vers la formation d'un État gendarme, ce qui n'est pas du tout la même chose qu'un véritable État totalitaire. Il est vrai que nos gouvernements peuvent introduire de plus en plus des garde-chiourmes un peu partout, la sécurité, la surveillance. La chose ne rime pas forcément avec le totalitarisme.
Pour un arabe en Israël mais c'est Israël qui présentera le visage d'un État gendarme et où l'aspect sécurité sera particulièrement bien développé sur place. Il serait absurde par contre d'y évoquer le totalitarisme, puis même si l'arabe sans papier en provenance d'Irak, de Turquie ou du Liban se verrait caserner un temps, pour être déplacé ensuite.
Les Grecs ne sont pas ataviquement plus portés à être fascistes que d'autres, plus que des Allemands, des Américains ou des Israéliens.