Les chrétiens français et la shoah

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gerardh
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Les chrétiens français et la shoah

Message non lu par gerardh »

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Bonjour à tous,

Je reçois bien les précisions qui ont été apportées sur le rejet du nazisme par l'Eglise catholique. Cela dit, ma question portait plus spécifiquement sur le cas de la France. Il y eut sous Pétain un Commissariat aux questions juives ; une exposition "le juif et la France" ; des lois anti-juives par lequelles certains métiers étaient interdits aux juifs, puis on leur faisait perdre la nationalité française ; on regroupait les juifs dans des camps, puis à Drancy (bien qu'il est vrai qu'on ne savait pas complètement ce qu'il advenait d'eux ensuite).

Y a t-il eu des réactions officielles sur ces discriminations ?


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etienne lorant
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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par etienne lorant »

Anonymus a écrit :De manière plus générale, il suffit juste de se souvenir que Jésus était humain. L'extermination des juifs mais aussi des tsiganes, des homosexuels, des handicapés, des communistes...est tout à fait inacceptable, et cela ne signifie pas pour autant (par exemple) une sympathie pour l'idéologie communiste.
Oui, trois fois oui, c'est moi qui suis dans l'erreur.
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Cinci
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Re: Pie XII et le nazisme

Message non lu par Cinci »

gérardh,

Oui, je trouve autre chose ici :

  • «... un parallèle pourrait être dressé avec l'attitude de l'épiscopat français vis à vis des lois antisémites de Vichy (législation désapprouvée par le Saint-Siège, qui le fera savoir au maréchal Pétain). En 1940, le premier statut des Juifs n'entraîne aucune réaction : dans un pays encore sonné par la débâcle, l'affaire est jugée comme relevant de la compétance de l'État, et rencontre l'assentiment de ceux qui estiment légitime de borner le pouvoir des Juifs. C'est en 1941, avec le deuxième statut qui recourt à un critère racial pour donner une définition du Juif, que l'émotion se fait sentir dans l'Église. Toutefois, l'attitude de l'épiscopat change véritablement en 1942, quand les rafles et la déportation commencent : sur 85 évêques français, 42 émettent une protestation officielle. La lettre de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, est restée célèbre : «Les Juifs font partie du genre humain; ils sont nos frères comme tant d'autres»...

    p.251




Pie XII aura fait savoir dès 1940 à Pétain qu'il désapprouvait les lois antisémites à Vichy, 42 évêques français pour protester officiellement auprès du gouvernement de Vichy en 1942. Au lieu de comprendre le tout dans un seul bloc, les réactions sont à mesurer année après année : 1940, 41, 42... Il y a une gradation (dégradation ?) On peut comprendre que la réaction n'aura pas été trop forte au début, tenant compte de ce qui est dit plus haut à propos des idées véhiculées dans l'entre-deux guerres sur «le péril juif».

Le projet de 1940 à Vichy est perçu plutôt comme une façon conservatrice de limiter l'influence spirituelle des Juifs (pour penser : mauvais juifs ou anarchistes, communistes, révolutionnaires, etc). La mesure peut être relativement choquante déjà pour des Français d'une manière, mais il ne s'agit pas d'un projet meurtrier en l'espèce; il n'est pas compris de cette manière au début. C'est bien l'introduction du racialisme éliminationniste, signifiant par conséquent que même (même !) un Français de vieille souche, un Français juif naturalisé depuis longtemps ou un Juif converti au christianisme, pourrait tombé quand même sous le coup d'une vexation légale, une arrestation, l'internement... Alors, la dose est trop forte pour l'opinion française du temps.
Cinci
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Les chrétiens français et la shoah

Message non lu par Cinci »

Si je reprend la phrase du début :
  • «La repentance, des évêques français notamment, consistait à regretter le silence de trop nombreux pasteurs de l'Eglise à l'égard de la Shoah pendant la guerre.» (Petit Matthieu)
pour penser ensuite :
  • «... en 1942, quand les rafles et la déportation commencent : sur 85 évêques français, 42 émettent une protestation officielle (Jean Sévilla)».

Je commence à me demander ce que pèse objectivement cette histoire de repentance. Car l'on ne peut pas dire que l'Église catholique serait resté silencieuse finalement, pas plus en France qu'ailleurs. Le problème dans tout cela : c'est cette notion de silence aussi, concept élastique et vague à souhait. Le mot est comme bien fait pour servir à accuser, mais sans qu'il puisse être jamais possible non plus de pouvoir se défendre efficacement à son encontre dans l'opinion.

Dans le cas qui occupe, on se demanderait bien par quelle magie le clergé français aurait dû resté silencieux (avec la connotation de complicité criminelle à la clé) jusqu'en 1945 et à propos d'une notion d'extermination carrément, du génocide, si l'on peut voir déjà que les évêques peuvent s'alarmer en 1942, mais alors rien qu'envers la notion d'arrestation de personnes sur une base raciale pour commencer; juste l'idée de déportation sans très bien savoir quelles seraient les conditions de vie à l'autre bout, sans avoir une perception claire de l'horrible dans sa véritable dimension qui ne sera connue qu'après la fin de la guerre.

EN FAIT

Il serait déjà plus judicieux se demander pourquoi le clergé aurait réagit ''plus mollement'' aux édits de 1940 à Vichy portant sur le statut des Juifs. Mais on aurait déjà notre réponse, considérant ce qui est dit à propos d'une nécéssité de se défendre d'une certaine influence juive, soit comme l'idée véhiculée dans les années 1920-1930. Mais pour cela il faut changer de registre, quitter le domaine de la criminalité monstrueuse pour celui d'une certaine ségrégation que l'époque aurait pu admettre. De fait, avant la 2e Guerre mais de nombreux pays restreignaient les droits des Juifs dans une certaine mesure, un peu à l'instar de ce que les catholiques devaient subir eux-même en Angleterre d'ailleurs (le détail qui n'est pas dit souvent).

Tout au plus pourrait-on reprocher à des membres du clergé d'avoir pu être en faveur de mesures ségrégationnistes dans le temps. Sauf, faire ce genre de procès en revient à faire le procès aussi de la société civile, le procès d'une époque. En admettant que la chose puisse se faire, il y aurait une nouvelle injustice crée en voulant se borner qu'à accuser des religieux catholiques a contrario de tous les autres : patrons de compagnie, banquiers, intellectuels laïcs de tout poil, ministres et politiciens, journalistes, socialistes, recteurs d'université, etc.

Je me demande ce que pèse objectivement cette affaire de repentance en réalité, tenant compte par exemple que même Pie-XI pouvait admettre un certain souci de protection.

Comment pourrait-on exiger a posteriori qu'un père abbé du temps puisse se repentir lui-même d'un souci ayant pu être bien présent chez lui, jadis, mais alors un souci que même le pape aurait pu partager ?

On comprend qu'il serait inadmissible qu'un prêtre de l'époque ait pu donner dans le racialisme cf. étant d'accord avec les nazis et contre le magistère catholique. La repentance pourrait être valable pour un cas de figure semblable, sauf que le phénomène visé devient tout de même marginal. Le grand mouvement de repentance semble disproportionné par rapport au nombre de religieux catholiques pouvant être réellement mis en cause relativement à une complicité avec l'idée de destruction des Israélites. Ce n'est pas sûr que cette histoire de repentance ne vienne pas aider plutôt à brouiller les pistes plus qu'autre chose.

Sans excuser le gouvernement de Vichy (chose que je ne fais vraiment pas), il devient possible de comprendre le comportement de ces grands ecclésiastiques plutôt traditionnels, et ce, sans devoir les démoniser à mon avis, même quand ils auraient pu être des suppôts de Vichy dans sa première mouture pré-1942.
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