Chers amis:
je me permets de vous soumettre quelques réflexions tout à fait personnelles sur ce que m'inspire la contemplation de la Sainte Trinité, et ce à partir d'une lecture en commun du deuxième volume de Benoît XVI sur Jésus de Nazareth:
Hier, lors de notre lecture partagée du livre de Benoît XVI : Jésus de Nazareth la discussion portait, entre autres, sur l’identité de Jésus, qui est homme, mais pas comme nous, car il est Fils de Dieu. Donc, il est en quelque sorte, consubstantiel au Père, il ne fait qu’un ; pour nous, il est Dieu fait homme. Mais, malgré cela, durant sa vie terrestre, il montre bien qu’il est distinct du Père, auquel il obéit en tout et pour tout, mais non pas comme un automate, car les épisodes auquel il est confronté dans sa vie terrestre ne sont pas « prévus » d’avance par le Père. Il doit les affronter, et il le fait à la manière du Père : dans sa façon de les affronter, il montre le chemin à suivre, et c’est dans la pratique que l’on reconnaît la théorie (c’est aux fruits qu’on juge l’arbre). C’est néanmoins assez délicat de tenir les deux, comme le fait le pape, d’une façon remarquable, car il est toujours conscient que Jésus n’est pas qu’un homme : il l’est aussi, mais pas comme nous. Je réfléchissais à la Trinité : voilà pourquoi il a fallu « l’inventer », pour pouvoir faire tenir ensemble ces deux « personnes » (ou hypostases) que Jésus lui-même ressentait unies par l’Esprit, qui devient donc une autre hypostase à part égale, celle qui fait tenir les deux autres. C’est l’union indissoluble des trois ce que nous appelons « Dieu », et ce qui est au centre, ce qui relie ces trois personnes est la notion de « vie ». Car, pourquoi sinon avoir choisi précisément ce vocabulaire : « Père » - « Fils » - « Souffle » ?
Dire que Dieu est le Père qui a donné son Fils unique, c’est une façon explicite de dire que Dieu est la Vie. Pourquoi, sinon, avoir choisi précisément cette image-ci ? C’est qu’entre le Père et le Fils il y a une relation de Vie : c’est le Père qui donne la Vie à son Fils, surtout dans une société patriarcale comme la juive. Mais c’est peut-être pour cela aussi qu’on a fait intervenir la Mère, parce que le christianisme est la religion de l’Incarnation, contrairement au judaïsme. Donc il fallait trouver aussi une Mère à ce Fils, un Mère bien concrète, contrairement au Père, qui était déjà le Seigneur dans l’AT. Donc on trouve un substitut à ce Père, non pas en Joseph, qui est seulement le père adoptif, mais avec l’idée de l’Esprit Saint. Un souffle provenant de Dieu le Père qui permet de féconder une vierge, Marie. Tout cela est bien compliqué, et ça sent un peu la construction « a posteriori » (cf. Is 7, 14 : « Voici la jeune femme –hébr. ‘almah / gr. LXX parthenos, ‘vierge’ – est enceinte elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel », cf. Mt 1, 23). On peut se demander, par exemple, pourquoi dans la Trinité, ne figure par Marie ? Après tout c’est la Mère de Dieu, et on aurait la famille parfaite. C’est complexe, car toute cette construction se base sur des passages de l’AT, notamment sur les prophètes, et on a l’impression qu’il fallait que ça colle à tout prix, surtout chez Matthieu. Restent les témoignages des quatre évangélistes, de Paul et les lettres apostoliques. Et puis, au fond, à quoi bon tout remettre en cause ? Ne vaut-il pas mieux se laisser aller, lâcher prise, s’abandonner à la volonté du Très Haut ? Si dans la Trinité tout est relation, c’est la Vie qui circule, sans cesse, entre les trois personnes : donc, la Trinité est pour nous la référence divine par excellence, qui n’est autre qu’une métaphore de la Vie. Ce qui circule entre les trois personnes c’est précisément ce qui permet la Vie : le Père, donc l’Origine, l’Esprit Saint qui est le souffle qui féconde et le Fils qui en est le fruit. C’est tout cela qui peut être nommé « Dieu » pour les chrétiens. Mais reste le « problème » de la Mère : la « theotokos », c’est un titre plus récent, qui n’apparaît pas dans les Ecritures, qui est le fruit d’un des premiers conciles. On a l’impression d’une récupération tardive de la figure de la Mère, très effacée dans les Evangiles (« que me veux-tu femme ? », lui dira Jésus à deux reprises…). Reste le fameux et merveilleux « Magnificat », de celle qui a dit « oui » à l’inconnu, a fait confiance en plus grand qu’elle, au Très Haut, à ce qui la dépassait, sans trop poser de questions (une, tout de même : « Comment se fera-t-il…. »). Jésus ne montre pas une affection particulière pour elle dans les Evangiles, ni pour son « père » et ses frères et sœurs, d’ailleurs. Mais il s’agit là de ne pas confondre la figure humaine avec la divinité dont est porteur le Christ, qui d’ailleurs s’identifie avec le Père (« qui m’a vu, a vu le Père »). Le Jésus qui dit « femme » à sa propre mère est le Fils de Dieu, et non pas le fils de Marie : il vient pour changer les liens de sang en liens d’amour. Voilà pourquoi il dit à son disciple bien aimé : « voici ta mère » (la seule fois, je crois, qu’il utilise ce mot, et c’est pour nier son sens courant), de la même manière qu’il dit à sa mère « voici ton fils », en indiquant le disciple bien aimé. Mais la phrase de Jésus où il s’identifie à son Père est aussi intéressante, car cela prouve qu’il n’y a pas de différence entre l’Origine et le Fruit, car l’Origine est la Vie tout court, que le Fils incarne. D’où les références fréquentes à la Genèse et à l’acte créateur, si fréquent dans le ministère de Jésus : lorsqu’il guérit ou il ressuscite, il accomplit un acte créateur, il donne la Vie, comme un Père.
Approche personnelle du mystère de la Trinité
Règles du forum
Forum de discussions entre chrétiens sur les questions de théologie dogmatique
Forum de discussions entre chrétiens sur les questions de théologie dogmatique
- Fée Violine
- Consul

- Messages : 13015
- Inscription : mer. 24 sept. 2008, 14:13
- Conviction : Catholique ordinaire. Laïque dominicaine
- Localisation : France
- Contact :
Re: approche personnelle du mystère de la Trinité
Dans toutes les sociétés, c'est le père qui donne vie à son enfant... non?c’est le Père qui donne la Vie à son Fils, surtout dans une société patriarcale comme la juive.
C'est que la Trinité n'est pas une famille, et que Marie n'est pas Dieu!On peut se demander, par exemple, pourquoi dans la Trinité, ne figure par Marie ? Après tout c’est la Mère de Dieu, et on aurait la famille parfaite.
Une métaphore est une image concrète qui aide à comprendre une chose abstraite. La Trinité, c'est plutôt l'inverse!!!la Trinité est pour nous la référence divine par excellence, qui n’est autre qu’une métaphore de la Vie.
L'évangile dit que Marie est mère de Jésus. Jésus étant Dieu, il était logique d'en conclure que Marie est "mère de Dieu".La « theotokos », c’est un titre plus récent, qui n’apparaît pas dans les Ecritures, qui est le fruit d’un des premiers conciles.
Il est à la fois fils de Dieu et fils de Marie, puisqu'il est toujours à la fois Dieu et homme. Un homme adulte ne manifeste pas son amour pour sa mère comme un petit enfant, avec des bisous ou des démonstrations sentimentales. Comment pourrait-il cesser d'aimer sa mère, un tel fils, et une telle mère ?! La meilleure façon pour un adulte d'aimer sa mère, c'est de vivre pleinement la vie qu'elle lui a donnée.Jésus ne montre pas une affection particulière pour elle dans les Evangiles (...).
Le Jésus qui dit « femme » à sa propre mère est le Fils de Dieu, et non pas le fils de Marie
- PaxetBonum
- Tribunus plebis

- Messages : 9857
- Inscription : lun. 21 juin 2010, 19:01
Re: Approche personnelle du mystère de la Trinité
Pourquoi dit-il "femme" ?mayola a écrit :Le Jésus qui dit « femme » à sa propre mère est le Fils de Dieu, et non pas le fils de Marie : il vient pour changer les liens de sang en liens d’amour. Voilà pourquoi il dit à son disciple bien aimé : « voici ta mère » (la seule fois, je crois, qu’il utilise ce mot, et c’est pour nier son sens courant), de la même manière qu’il dit à sa mère « voici ton fils », en indiquant le disciple bien aimé.
Parce que ce "femme" fait écho à la "femme" de la Genèse : Marie est la nouvelle Eve.
Comme le péché est rentré dans le monde par une "femme" il en sera expurgé aussi par une "femme".
Ce titre de "femme" est dans la bouche du Seigneur très honorifique et Marie ne s'y trompe pas : toute confiante elle dit 'faites tout ce qu'il vous dira.'
Pax et Bonum !
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"
St François d'Assise
"Deus meus et Omnia"
"Prêchez l'Évangile en tout temps et utilisez des mots quand cela est nécessaire"
St François d'Assise
Qui est en ligne ?
Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 24 invités
