Journal de Julien Green

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stephlorant
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Re: Fioretti de Julien Green

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Un passage 'sauté' à la lecture et redécouvert à la date du:

3 août 1972

(C'est la finale d'un long débat que Julien Green s'est livré avec lui-même afin de savoir - tiens, bizarre, comme moi ce matin ! - s'il avait une chance d'accéder au paradis) :

"Je souhaite que tout mon être ne soit qu'à Dieu. Nous ne sommes pas des choses, nous ne sommes à personne qu'à Lui, et Dieu est dans l'âme du prochain comme dans la nôtre. A cause de cela, nous ne devons pas faire du prochain une idole".

(Aujourd'hui matin, j'aurai déjà reçu des signes qui me réconfortent beaucoup plus que les agressions du démon que je subis du fait de cette période d'incertitudes... Alleluia !)
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Re: Fioretti de Julien Green

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13 décembre 1972

D'où viennent la puissance et la gloire de ce monde ? Du diable. Il n'est que de lire saint Luc, IV, 6 pour s'en assurer. "Je les donne à qui il me plaît" dit-il au Christ. Il est vrai qu'il est le père du mensonge, mais il y a une bonne part de vérité dans cette hâblerie.

Note: La puissance et la gloire, c'est aussi le titre d'un roman de Graham Greene, que j'ai lu d'une seule traite. Il m'a beaucoup soutenu dans ma sorte de 'présomption de culpabilité', laquelle me poursuit partout, peut-être comme l'histoire de ce prêtre qui se sent totalement indigne mais qui sert jusqu'à la fin.

Commentaire de François Mauriac.
La Puissance et la Gloire est le sommet des romans catholiques de Graham Greene. Il lui fut inspiré par un séjour au Mexique en 1937. Le clergé mexicain persécuté par le gouvernement révolutionnaire, il ne reste qu'un seul prêtre, dont la tête est mise à prix. Ce prêtre est un pauvre homme qui aime trop l'alcool et qui a fait un enfant à une de ses paroissiennes. Il essaie de fuir mais revient chaque fois qu'un mourant a besoin de lui, « et même lorsqu'il croit que son secours sera vain, et même lorsqu'il n'ignore pas que c'est d'un guet-apens qu'il s'agit et que celui qui l'appelle l'a déjà trahi, ce prêtre ivrogne, impur, et tremblant devant la mort, donne sa vie sans perdre à aucun moment le sentiment de sa bassesse et de sa honte »
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Mardi 19 décembre 1972

Hier, Jacques petit me parlait du fossé qui s'est creusé entre les parents et leurs enfants. La confiance est morte., Les parents n'ont pas su parler à leurs enfants qui maintenant ne leur parlent plus.

Note: Si c'était vrai en 1972, qu'en est-il aujourd'hui ? Les enfants ne parlent plus à leurs parents, souvent parce qu'ils sont élevé par leurs grands-parents, ou bien que leur mère est la nouvelle femme de papa, ou leur père le nouvel homme de maman. Tout cela leur est un peu compliqué à comprendre, ce qui, un jour m'a valu, devant la vitrine de la boutique à une "explication générale" entre gamins et parents complètement dépassés par l'événement...
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Re: Fioretti de Julien Green

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29 décembre 1972

Dans la prière du Pater, demander à Dieu que sa volonté soit faite sur la terre comme elle est faite au ciel, c'est-à-dire parfaitement et de toutes les façons possibles, c'est demander que la terre devienne un autre Paradis. Ce Paradis est commencé par la présence des saints, mais il y a loin de là au Paradis total. Je n'ai qu'à ouvrir le journal de ce matin et lire que Hanoï continue à être bombardé pour me dire que la terre est en partie un enfer.

Note: Pour moi, la demande du Pater à laquelle Julien Green fait allusion est destinée d'abord à se réaliser en nous. Si un homme parvient à accepter quoi qu'il arrive comme étant la manifestation de l'amour du Père envers lui, alors cet homme est déjà saint et il est déjà dans le Paradis.
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Jeudi 30 décembre 1972

Dans ses Méditations, Max Jacob note l'importance des appels à la conversion: lectures, rencontres, etc. Pensé à Herbert et à ce qu'il dit de l'open book, qui est là comme par hasard, mais ouvert à cet endroit par un ange. Dans ma propre vie, il y a eu des appels nombreux et précis. Qu'en ai-je fait ? Si je mourais tout à l'heure, serais-je prêt ?

Note:
Un roman et une brève étude théologique ont été pour moi comme des 'leçons de vie spirituelle, lorsque j'en ai eu besoin.

A l'âge de quatorze ans, après avoir mis de côté ma participation comme fidèle de l’Église catholique, le roman : "Journal d'un curé de campagne", de Bernanos, n'a cessé de me poursuivre. Tous mes autres livres, c'étaient des histoires de guerre. En trois ans, j'ai lu assez de récits de la guerre 40-45 pour remplir une étagère de bibliothèque ! Mais toujours, je revenais à cet étrange personnage du curé qui était faible physiquement mais rempli d'étranges pensées que je ne parvenais pas à m'expliquer clairement. Je l'ai lu huit fois en tout sur la même période de trois ans.

Autrement dit, au moins à un niveau subconscient, tandis que je considérais l'existence uniquement comme une succession de batailles (ma chambre d'étudiant était tapissée de photos de guerre) un autre genre de lutte se livrait en moi. D'ailleurs, ma conversion est survenue après une longue réflexion sur la question du mensonge de la société sur la nature réelle de l'homme. Et à partir du moment où j'ai admis qu'il y avait bien eu un mensonge fondamental, j'ai compris que la lutte pour la 'réussite sociale' était elle aussi un leurre... Enfin, entre le jour où j'ai refermé la porte de la boutique en me disant: je ne ferai plus rien avant de connaître la raison véritable de l'existence malheureuse de l'homme... j'avais - comme par hasard, emporté un opuscule d'un Jésuite qui s'intitulait: "Satan, l'Adversaire"... je ne fus dès lors que l'un de ces poissons qui se précipitait droit vers le grand filet que Pierre avait jeté sur l'ordre de Jésus !
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9 janvier 1973

Chez les juifs pieux, me dit-on, lorsque l'on nomme le Messie, tous les regards se tournent vers la porte. C'est là un aspect de la vie religieuse qui joint le charnel à l'esprit avec un sens profond du mystère et de la poésie.

Note:
Le "Messie dans le judaïsme" fait l'objet dans Wikipedia d'une note comprenant de nombreux renvois. Il ne semble pas y avoir unanimité quant à la venue (pour nous, la seconde venue) du Messie:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Messie_dan ... essianique
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29 janvier 1973

Visite de John Broderick qui me parle de l'Irlande d'une façon fort intéressante. Il se montre fort étonné que j'aie dans ma chambre des paysages et des portraits. En Irlande, me dit-il, la chambre à coucher ne comporte en fait d'ornements qu'un crucifix et des reproductions de peintures religieuses. La chambre est une autre chapelle.

Note: Je suis content de cette découverte. Car après ma conversion, j'ai enlevé le papier peint de couleur, un poster et d'autres éléments décoratif, puis tapissé tout de blanc, et ne garder que le crucifix de ma communion solennelle sur lequel la tête du Christ de plâtre s'était soudainement redressée pour me regarder. Ma chambre était, du jour au lendemain, vraiment devenue une chapelle pour moi.
Dernière modification par stephlorant le mer. 24 août 2011, 16:48, modifié 1 fois.
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19 février 1973

Un sermon de Newman où paraît cette tendance qu'il avait à faire peur. Si l'on se figure avoir la foi malgré une vie pécheresse, c'est une erreur funeste qui ne peut conduire qu'en enfer. On n'a pas la foi si l'on pèche. En lisant ces choses, on ne peut que crier intérieurement "Holà" sans autre commentaire. Jamais janséniste ne fut plus sévère que ce prélat. La beauté de son style est dans son extrême simplicité et le coulant des phrases, mais la doctrine est rude.

Note: Je donnerais cher pour avoir le texte de ce sermon de Newman. En effet, je suis à peu près certain que Julien Green s'est laissé emporté au-delà de ce qu'il avait commencé à dire, peut-être à cause du sentiment de son propre péché. En réalité, si l'on mène une vie pécheresse en ayant la foi, cette foi ne vaut pas bien lourd. "On n'a pas la foi si l'on pèche" ? Je dis que ces mots constituent une exagération: le chrétien garde la foi, même s'il demeure un pécheur. La différence, c'est qu'il lutte pour s'abandonner à la volonté divine.
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Re: Fioretti de Julien Green

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24 mars 1973

"Au quatrième Top, nous dit la radio, il sera exactement huit heures. Entre un passé à peu près incommensurable et un avenir dont les limites demeurent inconnues se glisse le mince présent, fraction de seconde. Quand le quatrième Top a résonné, il n'est déjà plus huit heures. Notre "huit heures" tombe dans le gouffre du passé et n'est pas plus du présent qu'un huit heures du temps du Pharaon ou de Nabuchodonosor. Venu de l'avenir, ce presque insaisissable présent est aussitôt englouti par un passé qui se repaît d'avenir. Nous sommes fait d'avenir perpétuellement transformé en passé, nous avons été et nous serons, mais à proprement parler, nous ne sommes presque pas. Il n'y a que Dieu qui soit dans un immuable présent, lequel est l'étoffe dont on fait l'éternité. Je vois l'avenir et le passé comme deux monstres se jetant sans cesse ni repos l'un sur l'autre. Est-ce le passé qui va vers l'avenir ou l'avenir qui se rue vers le passé ?"

J'ai mis en caractère gras, dans le texte de Julien Green, le moment où il a frôlé une compréhension du temps qui m'est venue le jour même : le 13 mai 2004, où j'ai été délivré du tabac. (Si je ne dis pas "cessé" de fumer, mais bien "délivré du tabac). La raison en est que ce jour-là, tant le manque de nicotine se faisait sentir, je me suis dit - durant tout mon après midi - soit six heures: "je vais craquer, je vais reprendre une cigarette d'un instant à l'autre.

Mais cet instant n'est pas passé. Ma conscience de l'instant-qui-passe, a changé tout d'un coup. J'ai réalisé, par une intuition fulgurante, que le Seigneur se tenait là, justement, dans cet instant. Mais qu'est-ce qu'un instant, comment le définir ? L'instant est la plus petite partie du temps mais elle est non mesurable : dites 'un milliardième de seconde" et vous en êtes encore loin... Or, cette reconnaissance de Dieu dans l'instant, Dieu qui dit : "Je suis celui qui suis", était chargée d'une joie indicible.

Et donc, j'ai été délivré au cours d'une après-midi qui m'a apporté, outre la guérison, une image très positive du purgatoire. J'ai éprouvé tant de joie, malgré une des plus grandes souffrances de ma vie, une telle force de Joie que j'aurais voulu que ce jour dure plus longtemps. Dès le lendemain, cette "sensation de l'instant" avait disparu, la Joie aussi, et je souffrais de nouveau, mais le pire était passé. Je n'ai jamais plus fumé... et je me dis que mon agonie un jour et aussi mon purgatoire seront remplis de cette Joie-là, mais que cette fois, elle ne cessera à jamais de s'accroître.
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Re: Fioretti de Julien Green

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11 avril 1973

"Le déclin de la langue française accompagne le déclin de notre civilisation"...
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Re: Fioretti de Julien Green

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28 avril 1973

Huit heures trente. Evelyne Garnier vient de me téléphoner que notre bien-aimé Jacques Maritain est mort ce matin après une syncope. Il avait dit à sa nièce : "Mon coeur ne tient qu'à un fil". Hier soir, comme je tournais les pages de mon carnet d'adresses pour relever les noms des personnes à qui je voulais envoyer une carte les avisant de mon emménagement rue Vaneau, je suis tombé sur le nom de Jacques Maritain et une voix m'a dit très distinctement : "Ce n'est pas la peine." Nous entendons ces messages sans les comprendre. Aujourd'hui le monde est plus vide qu'hier, et de beaucoup, les meilleurs s'en vont.Jacques savait qu'il allait partir. Il emporte avec lui une grande part d'espérance. Il n'écrivait plus mais on savait qu'il était là, qu'il respirait. Maintenant plus. Je tourne le bouton pour arrêter les nouvelles du monde. Pour moi, rien n'a plus de sens. Maritain est mort. Sa main ne couvrira plus la mienne affectueusement, il ne nous enverra plus de baisers, à Anne et à moi, en nous quittant dans la rue. Le merveilleux clochard, prince dans le royaume de Dieu, avec son sourire d'ange et sa parole tendre et précise, et toute l'âme au fond des ses yeux d'azur délavés. Il est maintenant dans les régions bienheureuses avec celle qu'il aimait, dans la lumière de Jésus.

29 avril 1973

Beaucoup pensé à Jacques. On ne comprend pas tout d'un coup les mauvaises nouvelles. Le cœur n'en veut pas. Il faut pourtant qu'elles voyages jusqu'à lui, qui les refuse. Ce matin, dans cette maison qu'il aimait et qu'il n'aura pas vue frappée à mort, je ne m'assoirai plus près de lui. Quand j'étais inquiet, ses yeux clairs se posaient sur moi, effaçant toute ombre. Nous croyions les mêmes choses et, avec cette simplicité angélique qui était la sienne, et cette courtoisie de grand seigneur, il arrivait à me faire comprendre des vérités difficiles, comme s'il venait de les découvrir lui-même, à l'instant. Ces pauvres phrases que j'écris ne peuvent rendre ma tristesse.

1er mai 1973

Parce qu'il était toute lumière, sa fin elle-même en fut pleine. Aucune ombre. Je pense qu'il sera près de moi lorsque viendra ma mort. Il me rassurera. J'ai écrit des livres inquiétants - inquiétants pour mes lecteurs, inquiétants aussi pour moi. Il n'y voulait voir que ce qu'ils contenaient de bon. Il croyait à mon salut. Je le sens près de moi en écrivant ces lignes. Que d'autres se mettent en avant pour parler de lui. Pour ma part, je me tais. On trouvera ce témoignage.

Note: C'est chose faite, je viens de le trouver.
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Re: Fioretti de Julien Green

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23 mai 1973

Pensé à L'île des morts que j'ai vue à Bâle. Cette toile de Boecklin m'a paru exprimer de quelque chose de probable sur un aspect de la vie dans l'au-delà. Je ne sais comment dire cela autrement. La paix, le repos, le gloom sans terreur mais avec je ne sais quoi de solennel, c'est peut-être ainsi que se présente la vie d'outre-tombe pour certaines âmes. Et malgré tout, ce ne doit pas être cela. La survie telle que la voit Boecklin est apaisante et majestueuse, mais elle est païenne.

L'âme du mort qui dans un instant va aborder à l'île est debout à l'avant d'une barque et, à ses pieds, dans un cercueil, sa dépouille. (*) La masse énorme des cyprès noirs, pareille à une muraille de rochers, rend tout cela tragique plus qu'effrayant. On croit entendre le clapotis que font les rames dans l'eau sombre.

Image

(*) pour voir ces détails, il faut agrandir au maximum l'image donnée par wikipedia en tapant "Boecke L'île des morts" sur son moteur de recherche.

Note : ce n'est certes pas moi qui pourrais me représenter une telle "Île des morts", car elle ressemble trop, en effet, à une image païenne du 'séjour des morts'. Avons-nous besoin de nous représenter cela ?
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Re: Fioretti de Julien Green

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23 juin 1973

Ce matin, je suis rentré à la chapelle des Missions étrangères. Elle était vide ou presque: une femme qui semblait abîmée dans la prière, courbée en deux sur son prie-Dieu, la tête fort inclinée fort en avant, absolument immobile. J'avais avec moi un paquet que j'ai posé sur une chaise à côté de la mienne. Au bout d'un moment, je sors et prends la rue de Babylone jusqu'à la rue Vanneau. Au coin des deux rues, mon paquet ! Je l'ai laissé à la chapelle. Je retourne aussitôt là-bas, me demandant si je vais le retrouver. Il y est toujours et l'inconnue de tout à l'heure n'a pas bougé, elle est encore dans la position où je l'avais vue. Cela m'a frappé.

Note: Au cours de la journée d'hier, comme le passage de clientèle 'brillait par son absence' (pour employer une expression chère à Henri Vernes), je dis à un copain en qui j'ai confiance: "Reste un peu là, je ne fais qu'un tour sur le parking et je reviens !"
Un tour de parking, c'est vrai, mais avec mon chapelet à la main, que j'ai commencé de réciter mentalement, comme j'en ai l'habitude. Je m'absente donc et je reviens. Je m'assieds de nouveau à ma table et je dis : "Tiens, il est est déjà 17h25" - et le copain de me répondre aussitôt : "Et tu es sorti à 17h03, c'est ce que tu appelles un petit tour !" Sans m'en rendre compte, j'avais donc prié durant 22 minutes ? J'ai voulu tenter de nouveau l'expérience ce matin, en notant mon heure de départ, mais évidemment, l'expérience n'a donné que 7 courtes minutes. Y a-t-il donc un autre temps dans lequel nous transporte la prière sans que nous puissions l'évaluer d'aucune manière ?
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stephlorant a écrit :23 juin 1973


Note: Au cours de la journée d'hier, comme le passage de clientèle 'brillait par son absence' (pour employer une expression chère à Henri Vernes), je dis à un copain en qui j'ai confiance: "Reste un peu là, je ne fais qu'un tour sur le parking et je reviens !"
Un tour de parking, c'est vrai, mais avec mon chapelet à la main, que j'ai commencé de réciter mentalement, comme j'en ai l'habitude. Je m'absente donc et je reviens. Je m'assieds de nouveau à ma table et je dis : "Tiens, il est est déjà 17h25" - et le copain de me répondre aussitôt : "Et tu es sorti à 17h03, c'est ce que tu appelles un petit tour !" Sans m'en rendre compte, j'avais donc prié durant 22 minutes ? J'ai voulu tenter de nouveau l'expérience ce matin, en notant mon heure de départ, mais évidemment, l'expérience n'a donné que 7 courtes minutes. Y a-t-il donc un autre temps dans lequel nous transporte la prière sans que nous puissions l'évaluer d'aucune manière ?
C'est que vous êtes très en amour avec Dieu.
Il en est ainsi de tout ce qu'on aime, y compris l'amour humain, quand on arrive au bureau avec une heure de retard alors que ça ne devait prendre que 10 mimutes...

Ne vous fâchez pas, ce n'est qu'une blague, mais je n'ai pu m'en empêcher. :-D
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Re: Fioretti de Julien Green

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papillon a écrit : C'est que vous êtes très en amour avec Dieu.
Il en est ainsi de tout ce qu'on aime, y compris l'amour humain, quand on arrive au bureau avec une heure de retard alors que ça ne devait prendre que 10 minutes...

Ne vous fâchez pas, ce n'est qu'une blague, mais je n'ai pu m'en empêcher. :-D
Vous avez certainement raison, sauf que je m'explique difficilement - enfin, à certains moments en tout cas, qu'un pécheur puisse être aimé à ce point par Celui qu'il offense par son péché... ça me dépasse de beaucoup... Mais pour le reste, je sais depuis longtemps que Dieu agit pour nous de telle manière de nous laisser toujours la possibilité de dire: "tout cela, c'est du rêve, c'est de l'invention !" (Mais aujourd'hui, je ne pense plus que je retomberais aussi bas qu'autrefois...)
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