Vous lisez ces sources sans le contexte historique qui va avec. Comme vous l'a précisé AnneT, l'époque est marquée par de nombreuses hérésies qui menacent les fondements mêmes de la société. Dès lors, il convient que le fidèle ne tombe pas dans ces hérésies. A l'époque, la notion d'imprimatur n'existant pas encore, il convenait de bien contrôler la diffusion de l'Ecriture sacrée pour éviter le n'importe quoi (rappelez-vous que l'imprimerie ne sera inventée que deux siècles plus tard, et qu'au XIIIème siècle, tous les livres étaient recopiés à la main ; imaginez donc la confusion dans une époque qui voit fleurir des sectes et des hérésies dangereuses...). Notez que l'interdiction ne porte pas sur l'Ecriture elle-même (puisque le psautier et l'office divin convient des parties de l'Ecriture), mais sur l'accès aux livres de la Bible qui pouvait se révéler frelaté...gerardh a écrit : Dans mes précédents envois (dont un désapprouvé), j’avais indiqué que pendant longtemps l’Eglise Catholique avait interdit aux fidèles de diffuser, posséder, ou lire l’Ancien et le Nouveau Testaments dans les langues vernaculaires, c'est-à-dire dans des langages qu’ils auraient été susceptibles de comprendre, cela sous peine de diverses sanctions. Pour moi ces messages sont circonstanciels, et je n’aurais pas particulièrement cherché à insister dessus, préférant plutôt présenter des choses positives. Mais vous m’avez adjuré plusieurs fois de vous fournir des sources précises à l’appui de ces messages. Malgré la difficulté de la chose pour moi, qui ne suis ni historien, ni documentaliste, j’ai procédé, dans la mesure de mes moyens à la recherche ci-après de sources. Je vous la soumets.
http://www.regard.eu.org/Sectes/TXT.com ... nique.html (source protestante).
Un auteur (protestant) a aussi traité plusieurs de ces sujets : White, La grande controverse, Notes annexes à l'édition allemande, Advent, p. 708
Concile de Toulouse (1229) : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile, à part ses canons finaux, c'est-à-dire les règles qu’il édicte. Ainsi :
Canon 14. Que les laïcs n'aient pas de livres de l'Écriture, sauf le psautier et l'office divin, et que ces livres ne soient pas en langue vulgaire : nous interdisons qu'il soit permis aux laïcs de posséder les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, sauf à qui veut avoir par dévotion le psautier, ou le bréviaire des offices divins, ou les heures de Sainte-Marie. Mais nous interdisons absolument qu'ils aient ces livres traduits en langue vulgaire.
Consulter également : Éd. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, Venise, 1779, 23, col.193-204 ; trad. M. Zerner (Université de Nice).
Idem, vous ne citez pas le contexte. Par ailleurs, un archevêque, ce n'est pas toute l'Eglise. Condamner l'Eglise sur des bases aussi particulières, par une spécieuse accumulation de pseudo-preuves anachroniques, n'est pas honnête.gerardh a écrit : Concile de Tarragone (1234) : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile.
Concile de Constance (1415), notamment à propos de la Bible publiée en anglais par le très érudit prêtre catholique Wycliffe : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile
Au concile de Constance (1415), l'archevêque de Cantorbéry Arundel fut contraint de condamner publiquement, à titre posthume, l'influent érudit et prêtre Wycliffe. Voici les termes qu'il employa : "Ce fripon vénéneux, propagateur d'une hérésie damnable, qui a introduit une nouvelle traduction de l'Écriture sainte dans sa langue maternelle ». Source : White, La grande controverse, Notes annexes à l'édition allemande, Advent, p. 708
Manuel de l'histoire de l'Église, par le théologien catholique Jedin, au sujet de Wycliffe. Consulter : Jedin: Kirchengeschichte, Herder, vol. III/2, p. 542
Et vous en déduisez que l'Eglise refuse l'étude biblique au sens général ? Cette déduction est fausse. Vous citez toujours le cas de la prévention de l'hérésie dans un contexte particulier où l'authenticité de l'enseignement de l'Eglise et la diffusion de l'Evangile sont menacées. Cela ne signifie absolument pas que l'Eglise interdit l'étude de la Bible. Pour preuve : l'exégèse existe depuis fort longtemps dans l'Histoire de l'Eglise (certes, elle fut surtout l'apanage des clercs [et pour cause!], mais, comme expliqué plus haut, c'était dans un but préventif).Encyclique “Qui pluribus” (1846) du Pape Pie IX, dont voici un extrait :
Idem. C'est le caractère secret et subversif des sociétés secrètes, qui en plus dévoient l'étude biblique, que condamne l'Eglise ; et non l'accès à l'Ecriture ou l'étude de la Bible elle-même.Encyclique "Quanta Cura", de 1864 du même Pape,à laquelle était annexée une liste de huit hérésies (le Syllabus : Syllabus complectens præciuos nostræ ætatis errores...). Les qualifiant de "peste", le pape y condamnait le communisme, le socialisme, les organisations d'ecclésiastiques libéraux et - incroyable, mais vrai - les sociétés bibliques ! Voici un extrait du Syllabus :
Ici, S.S. Léon XIII affirme que l'exégèse et la recherche biblique sont une bonne chose, mais précise immédiatement après dans quel cadre elle doit s'exercer. Donc en fait, la position de l'Eglise ne change pas par rapport au Concile de Toulouse, et tout ce que vous avez cité précédemment. Il est simplement explicité ici l'intérêt renouvelé de l'étude biblique, comme les pères de l'Eglise s'y sont adonnés plusieurs siècles auparavant.gerardh a écrit : Depuis le règne de Léon XIII (1878-1903) 'on parle enfin, dans l'Église catholique, de recherche biblique et de sociétés bibliques.
Encyclique "Providentissimus Deus" de 1893, nous constatons une certaine ouverture à la recherche biblique. Le pape Léon XIII "reconnaît sans réserve la valeur des services rendus à la science biblique par les nouvelles méthodes de recherche; il entend mettre à profit tous les moyens offerts par la science moderne pour mieux faire comprendre les livres saints. – Mais l'Écriture sainte est la Parole de Dieu, elle est donc infaillible ». source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 82
Le problème, c'est que le sens de cette dernière phrase est aussitôt explicité. L'encyclique souligne en effet: "Toute explication catholique des Écritures doit être puisée dans la richesse de la tradition ecclésiastique ». Source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 83
Idem. J'ai mis en gras les choses fondamentales de cet extrait, que l'on pourrait résumer par : "Nul ne doit expliquer les Ecritures sans être guidé par l'Eglise".gerardh a écrit : Voici quelques autres extraits de cette encyclique :
Le 30 octobre 1902, le pape Léon XIII mit en place une commission biblique "Pour la promotion des sciences bibliques et pour le règlement des questions en suspens ». source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 90
En résumé, gerardh, il ne faut pas lire les sources sans le contexte historique qui va avec, et avec un regard naïf qui prend une phrase et l'extrapole à son envie. Sinon, bien évidemment, on passe à côté.
Cordialement,




