Liturgie du jour avec Etienne Lorant (2010-2011)

« Mon âme aspire vers toi pendant la nuit, mon esprit te cherche dès le matin. » (Is 26.9)
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stephlorant
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Saint Pierre, premier élu et obstacle

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,13-23.
Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Messie.
A partir de ce moment, Jésus le Christ commença à montrer à ses disciples qu'il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des chefs des prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter.
Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t'en garde, Seigneur ! cela ne t'arrivera pas. »
Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ; tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Pa
ris

Je m'efforce de me représenter le désarroi de Pierre, qui vient d'être élevé parmi tous les disciples comme le futur détenteur des clés du Royaume, et qui l'instant d'après se fait traiter de Satan, c'est-à-dire d'homme agissant comme l'Adversaire, et dont les paroles ne sont pas réconfortantes mais constituent un obstacle.

J'avoue que je m'éloigne un peu du sujet, mais je me pose cette question: combien de fois, dans ma propre vie, au sein de mon propre cheminement, ceux qui m'aiment ont été par leur souci un obstacle au dessein de Dieu. Mais d'abord, il faut reconnaître à mes parents qu'ils m'ont conduit très jeune à l'Eglise et ont ainsi fait tout leur devoir - et un peu plus même, lorsqu'ils m'ont encouragé à devenir enfant de choeur.

A la fin, la période durant laquelle j'ai cessé de pratiquer, entre dix et quinze ans, est survenue exactement (c'est le journal de Julien Green qui me l'a confirmé plus tard) au moment des évènements de 1968. J'avais douze ans à l'époque et j'ai vu des choses, des attitudes au sein de ma famille, proche et lointaine, et constaté des attitudes au moment même de la célébration de l'Eucharistie, qui m'ont laissé croire ... que Jésus lui-même s'était éloigné de sa propre église. Sans doute ne supportait-Il plus l'hypocrisie manifeste de nombreux fidèles ? J'avais l'âge de raison, certes, mais ce choc fut immense et aucun des prêtres qui m'entouraient n'étaient capables de me rendre confiance: ils ne disaient rien, car ils supportaient sans doute un grand désarroi eux aussi.

Du point de vue de la foi, dans ma famille, chacun est parti de son côté: la plupart de mes cousins et cousines sont devenus 'croyants non-pratiquants', comme cela se disait beaucoup à l'époque. Il y a eu un départ vers l'église protestante, puis vers le socialisme et même la franc-maçonnerie. En définitive, nous nous sommes tous dispersés, comme le troupeau des brebis à la venue du loup. Mais dès le moment où je suis sorti de l'Eglise, je me suis retrouvé en réalité sur un chemin de retour à la bergerie. La où j'ai pleuré, et amèrement, c'est après ma conversion, comme un prêtre (mon ancien curé) a douté ostensiblement de la vision que j'avais eue.

Cette fois-là, certainement, ce prêtre a été un obstacle pour ma foi - lui-même (en 1985) était en plein doute, de même que l'autre prêtre que je suis parti visiter (comme saint François: à pieds) au sein de son ordre religieux, dans le très beau cadre de Banneux. Lui que j'avais connu avec une robe de bure, le regard haut et bien droit, comme il m'a déçu en habit de 'clerghyman' avec son gros agenda à la main ! Plutôt que de m'accueillir quelques jours et de m'expliquer les rudiments d'une vie offerte à Dieu, et de me confesser bien sûr, il m'a reçu exactement comme un chef des ressources humaines reçoit un candidat pour un poste. C'est lui le premier parmi de nombreux autres à m'avoir déclaré que l'âge de vingt-neuf ans n'était guère favorable. Il m'a expliqué que j'avais déjà un travail, et que si j'échouais dans mon noviciat, les Frères n'assumeraient pas financièrement mon échec. Autrement dit: c'est si vous voulez, mais sans engagement de notre part et vous payez vos frais. La grande douche froide ! Je suis reparti en me disant: moi qui m'attendais à être accueilli comme François accueillait les nouveaux petits frères !

Mais ensuite, non, il n'y a plus eu d'obstacle. Jésus s'est 'débrouillé' avec ce que j'avais à offrir. J'ai donc continué de travailler, tout en rencontrant une foule de gens qui avaient besoin d'être assisté juridiquement et à qui, avec l'aide d'un assistant social et d'une juriste, j'ai pu contribuer à 'défaire des noeuds'. Le dernier 'Satan' qui s'est placé entre le Seigneur est moi fut une très jolie femme, mais dont mon confesseur m'a dit: "Vous êtes comme Léon Bloy (je ne connaissais pas du tout à l'époque), vous tenez vraiment à épouser la femmes pauvre ?" Je me suis fait mal, je suis tombé sur les mains, mais j'ai guéri et je me suis relevé. A présent, le seul obstacle qui demeure au dessein de Dieu, c'est probablement : moi-même. Je désire fortement avancer, mais le monde me retient de toutes ses griffes : ce sont moins les tentations déjà rencontrées et vaincues qui me retiennent (mais qui reviennent), que ces 'structures' déjà bien établies en moi, que je devrai abattre, car elles n'ont plus de raison d'être (mais elles me rassurent).

Comme pour Pierre, ma déclaration de foi envers le Seigneur ne m'empêche guère de raisonner souvent à la manière du monde, mais je prie beaucoup, et plus je prie, plus les situations peuvent devenir difficiles, moins je m'y sens retenu, attaché. J'apprends à 'faire avec', ce n'est plus moi qui conduis la barque, après tout. Si je maintiens ma discipline, je sais que tôt ou tard, le Seigneur va me tendre la main et me saisir.

Voici un commentaire très particulier, me direz-vous, mais pourquoi ne dresseriez-vous pas, vous aussi, un bilan des obstacles rencontrés et traversé : car c'est optimiste, en définitive !
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Le combat de chaque bonne nuit

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Livre de Michée 2,1-5.
Malheureux ceux qui, du fond de leur lit, méditent le crime, élaborent le mal!
Au point du jour, dès qu'ils en ont les moyens, ils l'exécutent. S'ils convoitent des champs, ils s'en emparent ;des maisons, ils les prennent ;ils saisissent le maître avec sa maison, l'homme avec son héritage.


Oui, malheureux ceux qui consacrent leurs heures de sommeil à méditer un crime - et qui dès le réveil, le lendemain, vont au bout d'un projet néfaste ainsi conçu. Pour nous, l'heure du sommeil est celle où nous remettons au Seigneur nos soucis, celle où nous pensons le plus à ceux et celles qui nous manquent. Souvent, les miennes sont remplies des "choses-à-faire" que je ne dois pas oublier... jusqu'à ce que je m'endorme. En réalité, je me dis qu'en ces heures où l'homme doit s'en remettre à Dieu pour le salut de son âme, combien plus il est coupable s'il fait exactement le contraire et conçoit le mal à accomplir le lendemain !

Comme rien, dans mes lectures (d'autant que je les sélectionne) n'est vraiment un hasard pour moi, à propos de la nuit et ce qui se passe dans l'esprit des hommes durant les nuits, j'ai trouvé cette réflexion de Julien Green dans son journal:

"En pensant à quelqu'un je lui tenais mentalement ce discours: "Entre toi et toi-même, il faut que s'élève la muraille de flammes qui te gardera du mal et derrière laquelle l'âme pourra monter vers Dieu. Chaque jour est une bataille, et chaque nuit. Je le sais bien. Le sommeil lui-même n'est plus une cité de refuge contre le mal comme le fut la petite ville de Zoar (Note: Zoar ou: Soar - lieu où se réfugia Loth avec la permission de Dieu lors de l'anéantissement de Sodome).

Dans les rêves, dans le plus profond de l'inconscient et de l'irresponsable, le démon se rue comme une bête et c'est Dieu qui le repousse, mais la chair souffre de ce conflit dévastateur. Pourquoi n'en parle-t-on jamais ? Il est clair que si la volonté est endormie avec le corps, elle ne peut lutter. Qui donc lutte pour toi, si ce n'est ton Créateur lui-même ?

La pureté est tellement nécessaire à l'amitié de Dieu que si on la Lui demande fortement, Il la donne, mais il faut qu'elle soit liée à l'amour. Ceux qui croient que qu'elle (la pureté) n'est pas indispensable s'abusent de façon étrange".
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La croix et la Joie de chaque jour !

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 16,24-28.

Jésus disait à ses disciples : " Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive.

Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage en effet un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il le paye de sa vie ? Et quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ?

Car le Fils de l'homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. Amen, je vous le dis : parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le Fils de l'homme venir dans son Règne. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


"Qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive". Cette fois, c'est une invitation claire et directe, que dis-je : c'est un appel sans détour à la volonté libre de l'homme. J'apprécie la Parole aussi bien quand elle est voilée sous forme de paraboles (voilée mais tellement riche de sens) que lorsqu'elle est directe et tranchante comme dans cette lecture.

Suivent deux justifications, l'une en exposant que l'homme n'a rien à perdre: au contraire, celui qui veut garder sa vie dans le monde (dans la jouissance idolâtres des choses qui passent, dans le mensonge, dans l'esprit de possession, etc.) la perdra de toute façon. Mais celui qui, se détournant une fois pour toutes des plaisirs qui passent, trouvera dès aujourd'hui la satisfaction de voir le bien s'accomplir, celui-là aura sa récompense.

La dernière parole de cet enseignement: "Parmi ceux qui sont ici, certains ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le Fils de l'homme venir dans son Règne." est une parole de-tous-les-temps. Elle est vraie pour les disciples de Jésus, qui assisteront à la résurrection du Christ; elle est vraie pour Étienne, le premier martyr, qui au moment de mourir verra les Cieux déjà ouverts; elle est vraie pour notre temps, car nous sommes convertis et nous sommes des 'vivants'; et elle est vraie enfin pour ceux et celles qui seront présents lors de la seconde venue du Messie.

Enfin, elle est vraie sur le plan individuel - et je veux dire: pour moi aussi aujourd'hui. Car depuis quelques jours, je vis détaché d'une foule de questions que je me posais, quant à ma façon de vivre et d'être, alors que je m'en rends compte : ce n'est plus nécessaire, j'ai été pris en mains, et en de très bonnes mains !

Loué soit le Seigneur !
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Re: Seul, à l'écart !

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Extrait des paroles de Benoît XVI lors de l'Angélus de 7 août:

"Dans l'Evangile de ce dimanche, nous rencontrons Jésus, qui s'étant retiré dans la montagne, prie toute la nuit. Le Seigneur, à l'écart à la fois des gens et des disciples, manifeste son intimité avec le Père et le besoin de prier dans la solitude, loin du tumulte du monde. Cet éloignement, cependant, ne doit pas être interprété comme un mépris pour les personnes ou l'abandon des Apôtres. En effet - nous dit Matthieu - il fit monter les disciples sur la barque pour "le précéder sur l'autre rive" (Matthieu 14:22), afin de les y retrouver. Pendant ce temps, la barque "était déjà très éloignée de la terre et agitée par les vagues: le vent était contre elle" (v. 24), et voilà qu' "à la fin de la nuit [Jésus] alla vers eux marchant sur la mer" ( v. 25); les disciples furent bouleversés et le prenant pour un fantôme "crièrent de peur" (v. 26); ils ne le reconnaissaient pas, ne comprenant pas que c'était le Seigneur. Mais Jésus les rassure: "Courage, c'est moi, n'ayez pas peur" (v. 27).

C'est un épisode où les Pères de l'Eglise ont perçu une grande richesse de sens. La mer symbolise la vie présente et l'instabilité du monde visible; la tempête indique toutes sortes de tribulations, de difficultés, qui oppriment l'homme. La barque, en revanche, représente l'Église édifiée sur le Christ et guidée par les Apôtres. Jésus veut enseigner à ses disciples à supporter avec courage les épreuves de la vie, se confiant en Dieu, en Celui qui s'est révélé au prophète Elie sur l'Horeb dans le "murmure d'une brise légère" (1 Rois 19:12).

Le passage se poursuit ensuite avec le geste de l'apôtre Pierre, qui, pris d'un élan d'amour pour le Maître, lui demande d'aller à sa rencontre, en marchant sur l'eau. "Mais quand il vit que le vent était fort, et qu'il commençait à couler, il s'écria: 'Seigneur, sauve-moi'."(Matthieu 14:30) Saint-Augustin, imaginant s'adresser à l'apôtre, commente: "le Seigneur s'est abaissé et t'a pris par la main. Avec tes seules forces, tu ne peux pas te relever. Serre la main de Celui qui descend jusqu'à toi". Pierre marche sur les eaux non pas par sa propre force, mais par la grâce divine, en laquelle il croit, et quand il est submergé par le doute, quand il ne fixe plus son regard sur Jésus, mais a peur du vent, quand il n'a pas totalement confiance dans la parole du Maître, cela signifie qu'il s'éloigne de Lui et c'est alors qu'il risque de se noyer dans la mer de la vie. Le grand penseur Romano Guardini écrit que le Seigneur "est toujours proche, étant à la racine de notre être. Cependant, nous devons expérimenter notre rapport avec Dieu entre les pôles de la distance et de la proximité. Par la proximité, nous sommes fortifiés, par la distance, mis à l'épreuve".

Chers amis, l'expérience du prophète Elie, qui entendit le passage Dieu, et la foi vacillante de l'apôtre Pierre, nous font comprendre que le c'est Seigneur lui-même, avant même que nous ne le cherchions et l'appelions, qui vient vers nous, abaisse le ciel pour nous tendre la main et nous élever à sa hauteur; il attend juste que nous ayions complètement confiance en lui.
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L'impôt du temple

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 17,22-27.
Comme Jésus et les disciples étaient réunis en Galilée, il leur dit : « Le Fils de l'homme va être livré aux mains des hommes; ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera. » Et ils furent profondément attristés.
Comme ils arrivaient à Capharnaüm, ceux qui perçoivent les deux drachmes pour le Temple vinrent trouver Pierre et lui dirent : « Votre maître paye bien les deux drachmes, n'est-ce pas ? » Il répondit : « Oui. » Quand Pierre entra dans la maison, Jésus prit la parole le premier : « Simon, quel est ton avis ? Les rois de la terre, sur qui perçoivent-ils les taxes ou l'impôt ? Sur leurs fils, ou sur les autres personnes ? » Pierre lui répondit : « Sur les autres. » Et Jésus reprit : « Donc, les fils sont libres. Mais il faut éviter d'être pour les gens une occasion de chute : va donc jusqu'au lac, jette l'hameçon, et saisis le premier poisson qui mordra ; ouvre-lui la bouche, et tu y trouveras une pièce de quatre drachmes. Prends-la, tu la donneras pour toi et pour moi. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Les fils sont libres. Donc, ils n'ont pas à payer l'impôt pour le temple. Jésus réaffirme ici que, lui-même d'abord, et ses disciples avec lui, ne sont pas liés par l'autorité du temple, mais uniquement à celle de Dieu. Cependant, afin d'éviter d'être pour les autres une occasion de péché, il consent à payer la somme demandée.

Mais quel rapport y a-t-il entre cette question et l'annonce par Jésus de sa mort et de sa résurrection ? C'est qu'au moment de la mort de Jésus, le voile du temple se déchirera en deux, signe que Dieu désormais n'est plus à invoquer dans l'ancien temple, mais "en esprit et en vérité". Bien sûr, de nos jours, nous rendons encore dans des églises pour prier et célébrer l'Eucharistie, mais au cas où les églises devaient être toutes détruites, les fidèles se réuniraient encore car il suffit que deux ou trois se réunissent en son nom, et le Christ est au milieu d'eux.

Quant à la manière miraculeuse dont la pièce de quatre drachmes se retrouve dans le ventre du poisson, elle me rappelle cette autre Parole: "Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît. En définitive, cet Évangile est limpide et nous dit : "Ne vous inquiétez pas du monde et de sa domination, car vous êtes enfants de Dieu et rien ne peut vous arriver de mal si vous demeurez fidèles !"
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Stephane74
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Re: Les guides aveugles et l'Esprit Saint

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S'il m'est permis de faire de la pub (?)
On peut retrouver le Veni creator spiritus et nombre d'autres champs Gregorien dans l'album : Credo - Schola Regina.
Je le recommande, il me permet de partir du bon "pied" le matin.
Merci Stephlorant pour la traduction.
Jérémie 24:7 Je leur donnerai un coeur pour qu'ils connaissent que je suis l'Éternel ; ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu, s'ils reviennent à moi de tout leur coeur.
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stephlorant
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Les vierges folles et les vierges sages

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 25,1-13.
Jésus parlait à ses disciples de sa venue ; il disait cette parabole : « Le royaume des cieux sera comparable à des jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe et s'en allèrent à la rencontre de l'époux.
Cinq d'entre elles étaient insensées, et cinq étaient prévoyantes :
les insensées avaient pris leur lampe sans emporter d'huile,
tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leur lampe, de l'huile en réserve.
Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent.
Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre : 'Voici l'époux ! Sortez à sa rencontre. '
Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et préparèrent leur lampe.
Les insensées demandèrent aux prévoyantes : 'Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent. '
Les prévoyantes leur répondirent : 'Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous ; allez plutôt vous en procurer chez les marchands. '
Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et l'on ferma la porte.
Plus tard, les autres jeunes filles arrivent à leur tour et disent : 'Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! '
Il leur répondit : 'Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas. '
Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


J'ai rapporté il y a déjà une semaine comment, tout en accomplissant un geste de miséricorde, je m'étais laissé prendre à accepter des verres de bière que je ne consomme plus depuis 2004. Comment le Seigneur peut-il permettre que je chute au même moment que je le sers en m'efforçant de me montrer miséricordieux ? La question m'a poursuivi toute la journée et le lendemain encore. J'étais vraiment très peiné de cette affaire. Mais au cours de l'Eucharistie du lendemain, j'ai eu ma réponse sous la forme d'une pensée qui s'est imprimée fortement dans mon esprit: "Les vierges folles ont déjà touché leur récompense !"

Mais ce n'est pas tout. Je pensais avoir reçu cette pensée directement du Seigneur, mais j'avais oublié que j'étais déjà parvenu à cette conclusion au cours d'une méditation que j'avais écrite deux ans plus tôt et que j'ai retrouvée ensuite. La voici donc:

Je l'ai peu souvent entendu, mais je constate simplement: les insensées comme les prévoyantes vont s'assoupir et s'endormir car l'époux tarde à venir. J'ai lu tant de fois ce passage et la question de la provision d'huile est à ce point "centrale" dans le récit que le gros "coup de fatigue" qui les frappent toutes passe quasiment inaperçu. Il n'en est pas moins important car c'est cette défaillance collective qui est à l'origine de la sélection qui s'opèrera ensuite.

Jésus insiste: il faut veiller. Mais Il sait qu'aucun d'entre nous n'échappera à la crise qui a affecté ses plus proches disciples dès la nuit de sa Passion, au Jardin des Oliviers. C'est ici que pointe déjà la Miséricorde, qui prend toujours comme "une longueur d'avance" sur la Justice. Il ne faut pas s'endormir, c'est la règle, et la règle est la même pour tous, mais le jugement est au cas par cas. Il sera tenu compte pour chacun de ce qu'il aura emmagasiné de bonnes œuvres, mais aussi du regret sincère des fautes, de l'exercice à la sobriété, à la pureté, du désir d'accomplir la volonté de Dieu, de l'abandon de notre ego, de tout ce que nous aurons prié dans le secret, de nos intercessions pour nos frères et sœurs, de notre humilité, des injustices que nous auront subies en les offrant pour le pardon de nos fautes, etc.

Cette huile me fait penser à la sueur des peines, du travail comme de la souffrance morale et physique endurée; elle me fait penser à la patience de la prière dans des périodes où la solitude se fait sentir de manière cruelle; à ces temps où le sentiment de l'absence de Dieu est ressenti comme une soif insupportable ou comme un poids écrasant comme lors d'une canicule. Alors, à défaut de pouvoir rester les yeux ouverts, il faut profiter du jour qui passe pour s'entraîner et s'exercer.

. "La détresse, nous le savons, produit la persévérance, la persévérance produit la valeur éprouvée et la valeur éprouvée produit l'espérance. Une valeur déjà éprouvée ne sera pas remise en question - elle demeure malgré les défaillances ultérieures" (saint Paul dans l'Epître aux Romains)


En conclusion, si le Seigneur m'ait laissé chuter au moment où je m'efforçais de faire le bien, c'est afin de me dire: tu es mon serviteur inutile, considère-toi donc ainsi. Le bien que tu accomplis ne te donne aucun droit sur la grâce divine, car celle-ci demeure un don absolument gratuit. Mais ne te trouble pas non plus, car ma Parole demeure: fais provision d'huile !
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Re: Les vierges folles et les vierges sages

Message non lu par stephlorant »

Trouvé ceci en l'occasion de la fête de soeur Bénédicte de la Croix

EXTRAIT DU MÉMOIRE
REMIS PAR ÉDITH STEIN
(SOEUR THÉRÉSE BÉNÉDICTE DE LA CROIX)
À SA PRIEURE AU CARMEL DE COLOGNE
DURANT LA PÉRIODE DE L’AVENT 1938

Ma dernière journée à la maison, le 12 octobre, tombait un jour faste. C’était pour les Juifs la clôture de la fête des tabernacles, c’était aussi mon anniversaire de naissance. Ma mère se rendit à la synagogue et je l’accompagnai. Nous voulions passer cette journée dans la plus grande intimité possible. Il y eut un beau sermon du rabbin. À l’aller, nous avions pris le tramway et peu parlé. Au retour, maman voulut faire le chemin à pied. Il fallait bien compter trois quarts d’heure de route et elle était âgée de quatre-vingts ans. Je lui dis, pour la consoler un peu, que mes premiers mois au Carmel seraient une période d’essai. Mais elle me répondit : " Si tu as décidé de faire l’essai de cette vie, c’est que tu entends persévérer. "

Elle me demanda : " Le sermon n’était-il pas beau ?

– Mais si,

– On peut donc être pieux tout en restant Juif ?

– Certainement, si l’on ne connaît pas autre chose.

– Pourquoi donc as-tu appris autre chose ! dit-elle avec désespoir et elle ajouta : " Je n’ai rien contre lui... il se peut qu’il ait été un homme très bon. Mais pourquoi s’est-il fait semblable à Dieu ? "

Après le déjeuner, selon son habitude, elle se rendit au magasin. Mais elle en revint bientôt, pour rester avec moi. Généralement elle y passait la journée.

Beaucoup de proches et de parents sont venus durant l’après-midi et la soirée, avec leurs enfants, ainsi que quelques-unes de mes amies. C’était mieux ainsi, cela créait une diversion. Mais tandis qu’ils prenaient congé, les uns après les autres, l’atmosphère familiale s’appesantissait. À la fin, maman et moi sommes restées seules dans la pièce. Mes sœurs étaient occupées à ranger et à faire la vaisselle. Elle s’assit alors, mit sa tête entre ses mains et commença à pleurer. Je me glissai derrière sa chaise et prenant cette précieuse tête aux cheveux blancs entre mes mains, je la serrai contre mon cœur.

Nous sommes restées ainsi, longtemps, jusqu’à ce que sonnât l’heure du coucher. Je conduisis maman à sa chambre et, pour la première fois de ma vie, je l’aidai à se déshabiller. Ensuite je m’assis sur son lit... enfin elle m’envoya me reposer. Ni l’une ni l’autre nous n’avons dormi cette nuit-là.

Mon train partait à huit heures. Elsa et Rose m’accompagnaient à la gare. Erna aurait voulu venir, elle aussi, mais je lui avais demandé d’aller plutôt à la maison, pour prendre soin de maman. Je savais qu’elle était celle de mes sœurs qui la consolerait le mieux. Nous étions les plus jeunes, Erna et moi, et nous avions gardé avec maman nos habitudes de tendresse enfantine... les aînés n’osaient plus, bien que leur affection fût aussi grande que la nôtre.

À cinq heures et demie, j’allai comme d’habitude à la première messe. Ensuite, nous nous sommes retrouvées autour de la table du petit déjeuner. Erna arriva vers sept heures. Maman essaya de prendre quelque chose, mais elle repoussa bientôt sa tasse et se mit à pleurer comme la veille. Je m’approchai d’elle et la tins serrée entre mes bras jusqu’à l’heure du départ.

À ce moment je fis signe à Erna de me remplacer. J’allai mettre mon manteau et mon chapeau dans une pièce voisine. Puis ce furent les adieux.

Maman m’embrassa très tendrement. Érika me remercia de l’avoir aidée dans ses travaux et me dit : " Que l’Éternel soit avec toi ! " Au moment où j’embrassai Erna, maman se mit à pleurer tout haut. Je sortis rapidement, accompagnée de Rose et d’Elsa.

Personne ne se penchait par la fenêtre pour faire signe, comme d’habitude.

Il fallut attendre un peu à la gare jusqu’à l’arrivée du train. Après être montée en voiture et avoir trouvé une place, je me mis à la fenêtre. La différence d’expression de mes sœurs me frappa : Rose était aussi calme que si elle devait me suivre dans la paix du cloître tandis que sous le coup de la douleur le visage d’Elsa paraissait celui d’une vieille femme.

Enfin ! le train se mit en route, mes deux sœurs agitèrent leurs mouchoirs sur le quai le plus longtemps possible, puis tout disparut. Je pus me renfoncer dans mon coin, pensant en moi-même : est-ce donc bien vrai ? Je n’osai presque pas y croire Certes, il ne s’agissait. pas d’une explosion de joie intérieure. Ce que je laissais derrière moi était par trop douloureux et terrible. Mais j’étais en paix, profondément. J’avais atteint le port, celui de la volonté de Dieu.

J’arrivai à Cologne, tard dans la nuit. Je passai cette nuit chez ma filleule, devant entrer en clôture le lendemain, après Vêpres. Dès le matin, je m’annonçai par téléphone au Carmel, et je fus conviée au parloir une dernière fois, pour voir les sœurs.

Sitôt le déjeuner, nous étions de retour dans la chapelle du Carmel, où nous avons récité les premières Vêpres de sainte Thérèse en même temps que la Communauté. Après Vêpres, ma filleule et moi avons pris un peu de café. On m’apporta une grande gerbe de chrysanthèmes blancs, un cadeau des professeurs de Cologne, et je pus admirer ces fleurs à loisir avant qu’elles ne soient disposées sur l’autel.

Puis survint une dame inconnue. Elle demanda laquelle d’entre nous deux était la " postulante " ? Elle était venue pour l’aider et lui prodiguer ses encouragements – C’était la sœur de Mère Thérèse Renée.

De fait, je n’avais guère besoin d’être réconfortée... Cette aimable personne et ma filleule m’ont accompagnée jusqu’à la porte de clôture.

Celle-ci s’ouvrit enfin devant moi et je franchis dans une paix profonde le seuil de la maison du Seigneur.

Extrait de : Édith Stein, un témoignage du Carmel de France
(Les Éditions du Seuil).
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Re: Les vierges folles et les vierges sages

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Bonjour Stephlorant,
Votre message me trouble - du moins trouble la simplicité de mon raisonnement (probablement trop binaire). D'une part, vous dites être un "serviteur inutile" mais en même temps vous reconnaissez la nécessité de faire le bien. D'autre part, vous précisez que "le bien ne donne aucun droit" car "la grâce est un don gratuit" (pour ce qui est du don gratuit, je vous suis tout à fait) mais encore faut-il faire le bien (vous vous culpabilisez pour quelques verres de bière) bref, je n'y comprends pas grand chose. Mais peut-être aimez-vous manier le paradoxe?
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Re: Les vierges folles et les vierges sages

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Isabelle47 a écrit :Bonjour Stephlorant,
Votre message me trouble - du moins trouble la simplicité de mon raisonnement (probablement trop binaire). D'une part, vous dites être un "serviteur inutile" mais en même temps vous reconnaissez la nécessité de faire le bien. D'autre part, vous précisez que "le bien ne donne aucun droit" car "la grâce est un don gratuit" (pour ce qui est du don gratuit, je vous suis tout à fait) mais encore faut-il faire le bien (vous vous culpabilisez pour quelques verres de bière) bref, je n'y comprends pas grand chose. Mais peut-être aimez-vous manier le paradoxe?
Je ne voulais pas vous troubler. J'ai moi-même été troublé par cet incident, qui m'a ouvert les yeux sur un manque d'humilité. Ce que je crois, c'est que j'ai parfois accompli de beaux gestes, mais j'ai eu tendance à m'en attribuer le mérite. L'attitude normale eût été de remercier Dieu qui m'a donné l'opportunité et la force d'accomplir quelque chose selon sa volonté. Jésus dit bien: "Sans moi, vous ne pouvez rien faire" ... est-ce plus clair ainsi ?

Merci en tout cas pour avoir réagi ! (c'est assez rare, hélas :( )
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Re: Les vierges folles et les vierges sages

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En effet, je crois comprendre que nous avons tous tendance à nous attribuer des mérites de nos actes, cela est humain.
Mais peut-être cela est-il nécessaire pour se conforter, s'aider un peu, ce qui est tout de même une attitude de bienveillance vis à vis de soi-même, dans la mesure où la vanité et l'orgueil ne viennent pas s'installer. Tout est question de mesure et d'équilibre, vous ne pensez-pas? Et est-il vraiment raisonnable de s'auto-flageller en permanence, même quand on a réussi à dépasser certaines de ses mauvaises habitudes?
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Isabelle47 a écrit :En effet, je crois comprendre que nous avons tous tendance à nous attribuer des mérites de nos actes, cela est humain.
Mais peut-être cela est-il nécessaire pour se conforter, s'aider un peu, ce qui est tout de même une attitude de bienveillance vis à vis de soi-même, dans la mesure où la vanité et l'orgueil ne viennent pas s'installer. Tout est question de mesure et d'équilibre, vous ne pensez-pas? Et est-il vraiment raisonnable de s'auto-flageller en permanence, même quand on a réussi à dépasser certaines de ses mauvaises habitudes?
Comme j'aimerais vous faire comprendre ! Cette réflexion que j'ai faite fut celle d'un jour de doute, de difficulté, mais à côté de ces jours-là, j'ai des joies et, souvent, je peux dire: j'ai la Joie ! J'ai de la chance aussi, car j'ai bénéficié d'une formation à la vie intérieure, complète et qui m'a permis des avancées dont je n'avais eu jusque là aucune idée !

Voici le témoignage que j'ai laissé sur le jour où le Seigneur m'a délivré de ma tabagie (le 13 mai 2004). J'espère qu'il vous donnera de moi une vision moins... sombre (?) :

Au sujet de la délivrance de ma tabagie, ce fut pratiquement aussi extraordinaire que lors de la conversion. J'avais reçu ma première conférence de formation à la Miséricorde divine, laquelle était accompagnée d'une règle de vie intérieure. Il y avait plusieurs exigences (dont noter chaque jour le positif et le négatif, mais aussi la lecture quotidienne de l'Evangile - d'où la recherche de forums pour partager les lectures). Et finalement, il y avait encore : vous vous engagez à supporter chaque jour les difficultés de l'existence par amour pour Jésus et : vous vous engagez à lutter chaque jour contre vos défauts.

Evidemment, lorsque j'ai lu cette dernière exigence, mon défaut le plus grand m'a fait sursauter: bien sûr, il me faudrait lutter contre mon addiction à la nicotine chaque jour de ma vie ! Mais j'étais heureux tout de même : ma très longue quête pour appartenir vraiment à un ordre religieux (même si ce n'était que comme simple laïc) avait finalement abouti ! J'étais prêt à tout, j'étais heureux, je m'attendais même à apprendre le Polonais pour rejoindre un jour un monastère proche du sanctuaire de Cracovie ! Donc, j'ai commencé à tenir un carnet de mes "victoires" et de mes "chutes", ainsi que sainte Faustine l'avait fait elle-même.

Je priais beaucoup, j'assistais à l'office de Laudes et l'Eucharistie chaque matin au monastère des Clarisses. Au cours d'un office, début mai 2004, l'Esprit-Saint est intervenu en moi pour changer mon attitude intérieure à l'égard de mon problème de cigarettes. Plutôt que de demander des forces pour lutter contre mon mal, il fallait simplement que je demande d'en être délivré ! Seigneur, me suis-je dit, et c'est aussi simple que cela !?!" Après une tentative chaque année depuis 1985, la simple demande suffirait ? Mais j'ai obéi, bien sûr ! Le 11 mai, je me suis appliqué un patch de nicotine sur l'épaule. Tout s'est bien passé le premier jour (mais cela ne voulait rien dire, car chaque année, j'avais tenu bon deux jours sans fumer, avant de retirer le patch et de refumer). Vient donc le 13 mai 2004. Comme je l'avais pensé, dès la première heure au travail, j'ai eu envie de fumer. J'ai commencé à ranger des livres pour essayer de ne pas trop penser, mais j'ai vite commandé par téléphone quelque chose à manger, à me mettre dans la bouche. Ensuite, vers onze heures, j'ai utilisé une première pastille de nicotine à glsser sous la langue - une nouveauté.

Enfin, à partir de 14H00, j'étais parvenu au bout de ma résistance. Je me souviens qu'il faisait un ciel d'un bleu ... comme j'aurais aimé peindre si j'avais appris, et que l'air était très doux. J'ai ancré mes deux coudes sur mon bureau et j'ai tenu ma tête entre mes mains. J'ai commencé de supplier: 'Seigneur, Seigneur, si tu ne viens pas à mon aide, dans un instant, je vais craquer ! Je demanderai une cigarette au premier qui passera et je paierai même le prix d'un paquet pour deux ou trois cigarettes (çà me tournait ainsi dans la tête chaque fois que quelqu'un passait devant ma vitrine...). Et puis, çà ne s'invente pas, ces choses-là : à 15 heures, l'heure de la Miséricorde, associée à l'oraison "O Sang et Eau qui avez jailli du côté du Christ en miséricorde pour nous, j'ai confiance en vous !", que j'ai prononcée par trois fois.

A ce moment, une Joie fantastique m'a envahi. Je souffrais toujours, et de plus en plus fort même, mais avec cette Joie, c'était tellement bon en même temps ! J'ai continué de penser : d'un instant à l'autre, je vais craquer !, cependant, l'instant lui-même, la plus petite partie du temps, avait changé aussi. Comment dire ? Le temps ne s'était pas arrêté, mais je comprenais que le Christ était là, c'est-à-dire présent dans cette toute petite partie, infime partie du temps qui passe, et Il me changeait... Souffrance et Joie, ainsi, ont été liées ensemble depuis quinze heures jusqu'à dix-neuf heures, l'heure de la fermeture du magasin, et j'ai su, dès cette heure-là, que çà y est: j'avais cessé de fumer, je ne fumerais plus jamais. Non seulement j'avais cessé de fumer, mais le Seigneur, comme Il l'a fait tant de fois dans les Evangiles, avait fait de moi un nouvel homme, un 'moi-même' qui n'était pas fumeur, exactement comme si je n'avais jamais fumé.

Le lendemain, le 15, la souffrance était de nouveau présente, mais moins forte déjà. Hélas, la joie n'y était plus. J'ai écrit dans mon carnet que : 'maintenant je sais ce que sera le purgatoire, car les âmes doivent en effet souffrir pour se purifier, mais elles voient sans cesse ce qu'elles espèrent et leur joie doit être fantastique. Donc les âmes du purgatoire se purifient certes 'comme à travers le feu', mais c'est leur Joie qui les fait aller aussi vite qu'elle peuvent au travers de ce feu purificateur, afin d'être unie à Dieu pour toujours.

Tel fut le signe que m'a laissé Jésus ce jour-là, et je ne l'ai jamais oublié, j'y songe encore très souvent, lorsque la peine me reprend. Maintenant, je vis seul et c'est dur, mais je n'aurais aucune excuse de ne pas aller jusqu'au bout de mon épreuve, car j'ai vraiment expérimenté cela et je SAIS !

J'ai continué à tenir ce carnet spirituel. Le premier septembre de la même année, j'ai également cessé de boire une bière blonde le soir à la fin de ma jounée. Je n'en ai eu plus besoin non plus. Depuis trois ans, je me passe également des programmes de télé, des sorties en ville, je n'ai plus le goût des festivités, etc. Mais je me suis appliqué à prier et écrire, comme autrefois je marchais et je priais. Dans l'Evangile de demain, le Christ commence à dire "Je suis" dans le long texte de saint Jean. C'est parce que 'Je Suis' est Dieu et parce que Dieu est toujours présent dans l'instant qui passe - et jamais un homme n'a pu saisir ce qu'est 'l'instant'. Un milliardième de seconde, c'est encore beaucoup plus qu'un instant. Dieu est présent sans cesse mais caché dans l'infiniment petit du temps qui passe...


Alors, vous voyez bien : aucune auto-flagellation ! Cependant, j'aimerais tant revivre de cette Joie - qui n'a que peu en commun avec les joies humaines (qu'il ne faut surtout pas mépriser !), mais qui sont tellement forte et bourrée d'énergie pure... Ah, mais les mots manquent pour décrire cela !

Bien à vous. Comme vous vous êtes intéressée à mon cas, je prierai pour vous ce soir: que ce que vous désirez, ou ce dont vous avez besoin, que le Seigneur vous le donne. C'est une bonne prière et je dis d'avance : merci Seigneur, car je sais que tu l'exauceras !
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Re: Les vierges folles et les vierges sages

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Je n'avais pas vraiment compris l'expérience que vous aviez vécue.
Je vous remercie sincèrement de votre intention à mon égard. Je prie aussi pour vous.
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Apprendre le pardon pour naître de nouveau

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,21-35.19,1.
Pierre s'approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? »
Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois.
En effet, le Royaume des cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents (c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent).
Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. '
Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.
Mais, en sortant, le serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d'argent. Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant : 'Rembourse ta dette ! '
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai. '
Mais l'autre refusa et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé.
Ses compagnons, en voyant cela, furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : 'Serviteur mauvais ! je t'avais remis toute cette dette parce que tu m'avais supplié.
Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j'avais eu pitié de toi ? '
Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu'à ce qu'il ait tout remboursé.
C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère de tout son cœur. »
Jésus acheva ainsi son discours, puis il s'éloigna de la Galilée et se rendit en Judée, au-delà du Jourdain.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Tout pardonner à tous afin d'être nous-mêmes pardonnés. C'est ce qui nous attend peut-être le jour où nous n'aurons plus de confesseurs. L'image du bourreau est assez claire en soi: nos dettes, si nous ne les avons pas réglées avant notre mort, nous les règlerons au purgatoire. Mais notez qu'il ne s'agit pas seulement d'un pardon de pensée, d'un pardon qui cacherait un calcul, c'est important ! Il s'agit de pardonner "de tout son cœur". Il faut revenir en soi-même, considérer le mal que l'autre nous a fait (il s'agit le plus souvent d'un proche, d'un familier qui a trahi, qui nous ignore, qui se moque de nous et même de notre peine... et je sais de quoi je parle), il faut prendre patience et, peu à peu, gommer - sans déchirer - le souvenir de l'offense. C'est pour cela que lors d'un précédent partage, j'ai parlé d'une "épine" dans le front, qu'une personne aimée nous a laissée, dont il faut accepter la déchirure et la douleur.

Je suis en train d'identifier le pardon au purgatoire. Pardonner ferait donc souffrir ? Oh, certes oui ! Mais il y a quelque chose qu'il ne faut jamais perdre de vue : c'est que dans "l'exercice" de ce type de pardon, on quitte peu à peu le plan strictement humain, pour pénétrer le plan spirituel. En fait, nous ne pouvons vraiment pardonner à une personne aimée qui nous a trahi ou abandonné - ou les deux, qu'en regardant sans cesse vers le Christ avec foi et confiance. Cela peut durer toute une vie, mais l'homme désire pardonner avec tant de patience, ne fait pas autre chose que de se dépouiller de son égoïsme. Je dis plus encore: mieux vaut souffrir ici-bas à cause du chagrin que nous cause la simple pensée de cette personne - à qui l'on voudrait tant rendre service, parfois !et en toute gratuité !, c'est recevoir le trésor du Christ.

Tout cela me rappelle ce que dit Jésus:
- à Nicodème: "Ne t'étonne pas si je t'ai dit qu'il vous faut naître de nouveau"
- aux disciples: "La femme sur le point d'accoucher s'attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de sa dans la joie d'avoir donné un homme au monde".
Si je devais résumer, je dirais qu'apprendre à pardonner, c'est naître de nouveau.
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Jésus et le secret de l'union à Dieu

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 19,3-12.
Des pharisiens s'approchèrent de lui pour le mettre à l'épreuve ; ils lui demandèrent : « Est-il permis de renvoyer sa femme pour n'importe quel motif ? » Il répondit : « N'avez-vous pas lu l'Écriture ? Au commencement, le Créateur les fit homme et femme, et il leur dit : 'Voilà pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. ' A cause de cela, ils ne sont plus deux, mais un seul. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ! » Les pharisiens lui répliquent : « Pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit la remise d'un acte de divorce avant la séparation ? » Jésus leur répond : « C'est en raison de votre endurcissement que Moïse vous a concédé de renvoyer vos femmes. Mais au commencement, il n'en était pas ainsi.

Or je vous le dis : si quelqu'un renvoie sa femme - sauf en cas d'union illégitime - pour en épouser une autre, il est adultère. » Ses disciples lui disent : « Si telle est la situation de l'homme par rapport à sa femme, il n'y a pas intérêt à se marier. » Il leur répondit : « Ce n'est pas tout le monde qui peut comprendre cette parole, mais ceux à qui Dieu l'a révélée.

Il y a des gens qui ne se marient pas car, de naissance, ils en sont incapables ; il y en a qui ne peuvent pas se marier car ils ont été mutilés par les hommes ; il y en a qui ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux. Celui qui peut comprendre, qu'il comprenne ! »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris


Avant que mon partage d'aujourd'hui ne s'efface complètement, ce matin, j'avais employé la méthode ignatienne, telle que nous l'avait proposée katolik sur ce lien :http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 28&t=17010

Au premier abord, visualiser une scène, essayer de me représenter le lieu , voir les personnages (ceux que Jésus rencontre, foule, disciples, Marie, Jésus, …et « regarder » ce qui se passe, s’imaginer dans cette scène comme si l'on y était, …sentir et goûter l’ambiance... tout cela m'a paru vraiment difficile. J'ai parfois l'écriture facile, mais l'imagination d'un cinéaste, c'est autre chose !

Cependant, au bout de quelques minutes vaines en apparence, il m'est apparu que, dans ce passage d’Évangile, se renouvelait le scénario de la femme adultère que l'on présente à Jésus avant de la lapider à mort. Mais quelques mots avaient suffi : « Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre » - et à la fin : « Vas, et ne pèche plus ! »

Dans l'épisode d'aujourd'hui, si j'ose dire, se reproduit une scène similaire. Les pharisiens ont longuement discuté entre eux l'argument qu'ils allaient mettre en avant : « Est-il permis de renvoyer sa femme pour n'importe quel motif ? » Dans la formulation de cette question, je ressens beaucoup d'ironie : l'homme qui a permis à une femme adultère d'échapper à son juste châtiment, va certainement entrer en contradiction avec la loi de Moïse ! Et de fait, cela ne manque pas : mais Jésus ne rejette pas Moïse, il expose directement la volonté de Dieu, dès le commencement !

Et j'ai souri beaucoup du petit mot par lequel Jésus accueille ses contradicteurs : « N'avez-vous pas lu l’Écriture ? » Il y a là de l'humour, l'humeur très fin du Maître inspiré qui répond à des étudiants impertinents. (Bien sûr qu'ils lisent l’Écriture, mais est-ce pour en retirer la vérité, ou bien des membres de vérité qui leur donnent satisfaction?) Le sujet qu'ils ont abordé est en réalité très grave car le mariage devant Dieu n'est rien moins que l'anticipation terrestre de l'union des âmes à Dieu. Il n'est donc pas question de permettre des accommodements : « Si quelqu'un renvoie sa femme pour épouser une autre, il est adultère ! »

Cette rigueur soudaine surprend les disciples eux-mêmes et à ce moment précis, ils réagissent bien comme des hommes. Et les mots qui leur sortent de la bouche comme un aveu : « S'il en est ainsi, est-ce que cela vaut la peine de se marier ! »

A partir du moment où le Christ est venu sur la terre, il n'est plus question de tricher sur quoi que ce soit. Il faut choisir et se tenir à ses choix. Nombreux sont les hommes et les femmes qui désireraient accéder à ce secret du mariage, qui n'est autre que l'image de l'union mystique, mais qui restent en dehors. Quant aux pharisiens d'aujourd'hui, je les trouve bien pires encore !
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