Mespheber a écrit :
Rien ne m'abuse, je me réfère simplement à Freud pour qui l'enfant est un pervers polymorphe. Toutes les règles qui régissent notre vie sont des principes acquis et la morale n'a rien d'inné.
L'éducation consiste non pas à obéir littéralement aux règles que l'on ne comprend plus, bêtement, tels des pharisiens, mais à comprendre ce qui fait la nécessité de règles, et surtout les fondations transcendantes sur lesquelles on les établit. Ce qui permet aux hommes civilisés de les faire évoluer sans passer par la case chaotique qui est toujours si dramatique pour l'humanité.
Mespheber a écrit :
Je ne nie pas la nécessité des règles, je me méfie surtout de tout discours unique.
Vous refusez surtout de nous dire sur quel ordre sont bâties ces règles. D'où sortent donc ces règles qui nous sont si nécessaires?
Mespheber a écrit :
Vous parlez de L'ordre moral; Or, il s'agit d'un ordre moral.
En effet, il y en a autant qu'il y a de formes du sacré - ou de religions si vous préférez.
Mespheber a écrit :
Tout peuple est libre de choisir le sien.
Oui, mais il lui en faut obligatoirement un. Beaucoup de "peuples" de nos jours n'en ont plus aucun, et ils sont malheureux.
Mespheber a écrit :
Non, c'est éventuellement historique mais ce n'est pas une loi immuable.
Malheureusement si: ça s'appelle la crise sacrificielle. Elle débouche toujours sur la fondation d'un ordre nouveau, basée sur un nouveau mythe.
Mespheber a écrit :
La venue de Jésus correspond à une évolution du judaïsme. La mise à mal d'une culture peut autant signifier sa décadence que sa régénération.
L'exemple que vous prenez est bien entendu caduque, puisque certains Juifs ont réfusé la varité du Messie et ont préféré perpétuer sans la révolutionner la culture judaïque. La culture judaïque actuelle correspond bien en effet à une évolution, toujours vivante, de celle contemporaine du Christ. Les tabous, le sacré, y sont globalement les mêmes.
Mespheber a écrit :
Disons que je suis allergique à toute forme d'académisme, c'est l'artiste qui a parlé avant tout. ;-)
Nous sommes bien loin des débats académiques ici.
Mespheber a écrit :
L'expression de fantasmes à-travers les mythes fait aussi partie de la culture et leur censure peut autant être préjudiciable.
Vous n'y êtes pas tout à fait: il se troive que toute culture est fondée sur un "mythe".
Mespheber a écrit :
C'est la conception apollinienne de la spiritualité tel que l'a évoqué Nietzche dans Le Théâtre Grec. À celle-ci, s'oppose ou s'ajoute la transe dyonysiaque qui passe par la régénération de l'être par la dissolution de la conscience dans une transe collective. C'est une autre forme de spiritualité, qu'on retrouve dans l'esprit chez les derviches, certaines communautés américaines, dans l'animisme ou tout simplement dans son héritier profane: le Carnaval. Je ne me permettrai paspersonnellement de juger la valeur de l'une au profit de l'autre.
Nietsche a vu parfaitement juste mais n'est pas allé au bout du raisonnement. Tout ordre culturel, fondé sur un mythe, est voué un jour à se dé-contruire, à abolir les différences culturelles, à mettre à nu les mécanismes sacrificiels qui le maintiennent (Tragédie Grecque) pour aller vers une crise sacrificielle. Typiquement dynosiaque, à savoir abolissant les différences pour plonger dans une violence réciproque terrifiante, laquelle ne cessera que par un déchaînement unanime de cette violence sur un bouc-émissaire. Cette "régénération" fondera un nouvel ordre culturel à partir du mythe fondateur - le meurtre collectif du bouc-émissaire. L'ordre est mythique mais le meurtre, lui, fut bien réel.
Oui, le Carnaval est un lointain dérive d'un rite qui, comme tous les rites, visait à reproduire cette crise sacrificielle pour mieux la soigner par la religion et le strict respect de l'ordre culturel qui s'ensuivait.
Vu froidement on pourrait dire que l'Occident a un mythe fondateur: la mort du Christ. Que de cette mort à découlé un ordre culturel spectaculaire et parfaitement singulier dans l'Histoire de l'humanité. Que depuis 3 siècles au moins a été entrepris l'entreprise de démysthification de l'Occident et qu'aujourd'hui - en Europe en particulier - l'oeuvre démysthificatrice est achevée. Mais c'est avec horreur que les principaux artisans de cette oeuvre sacrilège (au sens premier) - philosophes des "Lumières", humanistes athées, marxistes, psychanalystes - constatent à la suite d'un Jacques Derrida ou d'un René Girard que maintenant que ce mythe est abattu, tout s'écroule. L'idée même de culture est en train de mourir, la violence terrible entre les hommes repointe le bout de son nez et le chaos, par l'impossibilité même dans laquelle nous nous trouvons de juger, est devant nous.
Un certain nombre de personnes, même en Europe décadente, même dans la république française, honte pour l'Humanité, pensent pourtant que ce "mythe fondateur de l'Occident" n'est pas un mythe, cette fois. Nous pensons que c'est la Vérité et une analyse poussée de l'Histoire de ces mythes tend à confirmer cette certitude. Nous sommes les Chrétiens.
En Christ,
Ex