Sofia a écrit :Sérieusement, ce qui me « heurte » , c'est le côté organisé de la chose. Si j'ai bien compris, on ne parle pas d'un couvent isolé qui se serait livré hors de tout contrôle à des pratiques douteuses, mais de plusieurs couvents, qui agissaient de la sorte sans se cacher et - surtout - sans qu'on les rappelle à l'ordre. C'est le côté « on laisse faire » (voire « on encourage » ?) que je ne comprends pas. Dans ce contexte, je peux comprendre la crise de confiance de certains catholiques irlandais par rapport à leur Église.
Oui, c'était organisé. Mais la question à se poser est de savoir si cette dérive est consubstantielle à l'Église. Est-ce que l’Église, en tant qu’institution est condamnée à des dérives et, selon les media,
apparemment plus graves que n’importe quelle autre institution ? Si c’est le cas, c'est effectivement gravissime. Si non, il s'agit alors de circonstances malheureuses (notamment sociétales) qui ont fait que certains membres / certains organes de l'Église aient pu dévier.
Pour ma part, je ne crois pas à la première explication (vous vous en serez doutée). Je pense sincèrement que chaque dérive de l’Église pointée du doigt s’inscrit dans un contexte historique précis et que l’Église n’a pas fait pire que son époque, ce fût même à mon avis bien souvent le contraire (on peut le voir avec l’inquisition par exemple, qui fut un réel progrès en matière de justice, même si ça restait discutable pour nos mentalités contemporaines). Je suis bien conscient qu’il y a un scandale à ce sujet car on pourrait s’attendre à ce que l’Église soit systématiquement, et dans tous ses membres, irréprochable. C’est juste une vision fantasmée de l’Église.
Bref, je ne nie pas les dérives - quelle religion, quel système, quelle idéologie n'en a pas connues ? - ce que je récuse, c'est l’acharnement à sens unique sans même tenter de comprendre les circonstances, non pas pour dédouaner les coupables de leurs responsabilités mais pour faire toute la lumière. Voyez l’exemple des crimes pédophiles …
Pas plus tard que le mois dernier, je passais une semaine avec mon beau-frère marxiste. C’était extrêmement instructif : dès qu’il s’agissait de l’Église, j’avais le droit aux éternelles idioties sur l’inquisition et les croisades – et mes tentatives d’explication étaient balayées dédaigneusement -, mais dès que je mentionnais les 100 millions de victimes des systèmes communistes, alors là il fallait absolument dissocier l’idéologie communiste de ses dérives. Bel exemple d’indignation sélective.
papillon a écrit :Aussi suis-je un peu étonnée (et irritée) de voir si souvent certains catholiques se poser en victimes (voire en persécutés) et d'en faire autant pour l'Eglise, devant d'anciens catholiques qui ne veulent plus rien savoir de la religion.
De fait, l’Église et de nombreux chrétiens sont persécutés. Faut-il conclure qu’il n’y a rien à dire sous prétexte que certains membres de l’Église ont fauté ? Ca ne me semble pas très juste.
Encore une fois, nul ne conteste les trop nombreuses erreurs de membres ou même de parties entières de l’Église. Mais il est bon de ne pas tomber dans le manichéisme.
papillon a écrit :Je crois, au risque de choquer, que l'Eglise, au cours de son histoire, a largement contribué à semer ce qu'elle récolte aujourd'hui.
Peut-être... Sauf que chez les agnostiques/pseudo athées de mon entourage, je vois surtout que ce qu'ils opposent à l'Église, ce sont des préjugés sur l'inquisition, les croisades, etc. Venant d’un milieu complètement indifférent au phénomène religieux, je peux en témoigner : ce qui crée souvent la défiance vis-à-vis de l’Église se situe bien davantage dans des préjugés issus d’une idéologie antichrétienne que dans de vraies blessures reçues par des membres de l’Église.
Au cours de son histoire bi-millénaire, l’Église a beaucoup apporté : universités, hôpitaux, dignité de la femme, respect de la personne humaine, charité active, etc. Elle a contribué à façonner nos mentalités, nos valeurs, etc. Alors oui, il y eut des abus et des erreurs. Mais ne faudrait-il pas, dans un souci de justice, prendre tout en considération et arrêter de se focaliser sur les points négatifs pour les extrapoler à l’ensemble ?
Pour ma part, je constate qu’on vit dans une société qui s’indigne tout le temps, qui condamne beaucoup (toujours sur le coup de l’émotion, bien entendu) et qui ne fait plus l’effort de la nuance et de la recherche de la vérité.