Essence et existence

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cracboum
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Re: Essence et existence

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Je voulais dire : que l'Essence de Dieu est son Etre. De toutes façons c'est toujours parler pour ne rien dire. Et alors ? Tout le monde le fait depuis des milliers d'année, j'ai bien le droit.
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Amfortas
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Re: Essence et existence

Message non lu par Amfortas »

Errer sur un principe radical, c'est-à-dire un principe à la racine de toute réflexion subséquente, c’est errer sur tout le reste. De prémisses fausses l’on peut déduire n’importe quoi, le vrai comme le faux. Je ferais d’ailleurs remarquer à ce sujet que partant du faux on peut parfois et par hasard parvenir au vrai, mais la conclusion même si elle est vraie ne sera pas valide, pour qu’elle soit valide il faut partir du vrai pour aller au vrai : la vérité doit se trouver au début et à la fin, en alpha et en oméga.

Or M. Gilson écrit dans « Le thomisme » p54 :

« Il est impossible que la détermination d’un acte d’exister lui vienne du dehors, c'est-à-dire d’autre chose que de lui-même ».

Ce qu’affirme ici M. Gilson n’est ni plus, ni moins qu’une autodétermination : l’acte d’exister se spécifie lui-même. Cette affirmation est en opposition totale avec la tradition thomiste qui n’a de cesse d’affirmer la spécification de l’être par une essence préexistante.

Or cette autodétermination est exactement la même que celle que l’on retrouve chez Sartre :


L'existentialisme athée, que je représente, est plus cohérent. Il déclare que si Dieu n'existe pas, il y a au moins un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c'est l'homme ou, comme dit Heidegger, la réalité-humaine. Qu'est-ce que signifie ici que l'existence précède l'essence ? Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel qu'il se sera fait. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir. L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme.

L'existentialisme est un humanisme (Sartre)


Donc sur ce principe d’autodétermination, principe radical que Sartre qualifie même de premier, M. Gilson et Sartre se rejoignent.

Raison pour laquelle il est vain d’exciper d’une différence d’acception entre les deux existentialismes, puisque les deux existentialismes partagent le même principe radical, la même racine : celle de l’autodétermination.


Examinons donc ce principe d’autodétermination : l’être se détermine lui-même, ce qui revient à dire que l’être en puissance s’actualise lui-même et n’a donc pas besoin d’un autre être en acte pour passer de la puissance à l’acte. Ici le théorème aristotélicien sur l’antériorité causale de l’acte sur la puissance est clairement violé. Y a-t-il la moindre once de justification rationnelle chez les existentialistes pour légitimer une telle violation ? Absolument pas, pas la moindre. Cette violation est gratuite, idéologique, contraire à la raison. C’est d’ailleurs une des caractéristiques principales des philosophies non rationnelles, qui ne portent le titre de philosophie qu’indûment, chez elles la fin idéologique justifie les moyens.

Je n’insisterais pas sur les ravages pratiques de l’existentialisme : le « troisième sexe », l’individualisme, l’avortement, l’athéisme, le relativisme philosophique et religieux, l’abêtissement etc…

Il est intéressant de remarquer que tous les changements sociaux et sociétaux sont précédés d’une philosophie adaptée : la philosophie des lumières précède la révolution jacobine, la philosophie marxiste la révolution bolchevique, la philosophie existentialiste la révolution sexuelle…

Il n’est pas étonnant que l’Église ait statué sur le choix de la bonne philosophie (voir par exemple le motu proprio du 29 juin 1914) , car le relativisme philosophique implique le relativisme sociétal et religieux. Une fois reconnue l’unicité de la vérité il n’est plus possible de dissocier l’errance relative aux vérités de raison de celle relative aux vérités de foi.

Je conclurais par une sublime absurdité néoplatonicienne s’inscrivant dans le délire hypertélique de dépasser l’essence indépassable :


l’Un est en effet aussi le Bien, puisqu’il donne à chaque être son être ; et il est lui-même « au dessus de l’essence », puisque être, rappelons le, pour Platon, c’est nécessairement être quelque chose. Or le Premier, Bien ou Un, est une hypostase, sans être une essence ou substance. Le mot hypostase signifie tout sujet existant, que ce sujet soit déterminé ou non ; le mot essence ou substance (ου̉σία) désigne aussi un sujet existant, une hypostase, mais un sujet déterminé par des attributs posi¬tifs et ayant une forme. C’est pourquoi il faut faire attention que ces attributs : Premier, Un ou Bien, ne soient pas pris pour des propriétés positives ou des formes de l’Un ; ce sont des ma¬nières d’en parler, en envisageant le rôle qu’il jouera par rap¬port aux hypostases subordonnées; ce n’est pas une manière de dire ce qu’il est puisque, à proprement parler, il n’est rien, pas même un, pas même bien, rien qu’un néant superessentiel .

DÉVELOPPEMENT DU NÉOPLATONISME, Plotin (Histoire de la philosophie de Bréhier)


Néant superessentiel, tout un programme, peu de chance que Dieu soit ce néant superessentiel … C’était juste pour montrer que dès lors que l’on s’affranchit de l’essence on perd l’intelligibilité et l’on tombe dans la fumisterie, telle cette plotinerie innommable d’un néant qui serait plus que l’essence et que l’être. Il est cependant intéressant de noter que l’on retrouve cette même fascination du néant chez les existentialistes, ainsi Satre écrit : «L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien ».
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jeanbaptiste
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Re: Essence et existence

Message non lu par jeanbaptiste »

« Il est impossible que la détermination d’un acte d’exister lui vienne du dehors, c'est-à-dire d’autre chose que de lui-même ».

Ce qu’affirme ici M. Gilson n’est ni plus, ni moins qu’une autodétermination : l’acte d’exister se spécifie lui-même. Cette affirmation est en opposition totale avec la tradition thomiste qui n’a de cesse d’affirmer la spécification de l’être par une essence préexistante.

Or cette autodétermination est exactement la même que celle que l’on retrouve chez Sartre :
Gilson fait la même critique que vous sur Sartre. Il serait tout de même étonnant qu'il ait exactement la pensée qu'il critique si vigoureusement.

Je vous le répète, vous mélangez deux concepts bien différents uniquement parce qu'ils ont le même nom : l'existence de Sartre n'est pas l'existence de Gilson.

Si vous aviez vraiment lu Gilson, vous le sauriez. Puisqu'il donne la définition de ses concepts, vous verriez qu'il n'entend pas la même chose que Sartre sur celui d'existence.

Ainsi dans l'Être et l'Essence il explique dans un appendice que s'il avait à réécrire l'ouvrage il utiliserait «sans hésiter» le mot étant pour traduire ens, ce qui est, et réserverait le mot être pour désigner ce que Thomas nomme esse ou actus essendi, l'acte en vertu duquel un étant est actuel.

Dans cet ouvrage, parce qu'au moment de son écriture le mot étant n'avait pas encore été "retrouvé", il dit lui-même utiliser des périphrase pour distinguer entre les deux sens du mot être en français philosophique "classique" : soit esse et ens.

Et parmi ces périphrase nous avons le mot existence qui désigne chez Gilson non pas la vie d'une personne, ses actes, ses choix, ses amours, ses haines, mais l'actus essendi, l'acte d'être.

Rien à voir donc.

Et sur ce point, rien de mieux que de laisser parler Gilson (Être et Essence Appendice II) :
Étienne Gilson, Être et Essence a écrit :«Dès que je parlerai d'existence je pouvais être sûr qu'on me sommerait de me mettre en règle avec l'existentialisme (...). La seule chose dont je sois sûr, à propos de l'existentialisme, c'est que je ne sais pas ce que c'est. {Je ne connais pas} deux métaphysiciens qui entendent au même sens le mot "existence". (...) On nous affirme que certains thomistes présentent aujourd'hui la doctrine de Saint Thomas d'Aquin comme représentant ce que devrait être un véritable existentialisme chrétien. Puisque je suis un de ces philosophes auxquels l'auteur a fait précédemment allusion je me permet de le renvoyer à la page 167 de Being and some philosophers (...) : «Yet, thomistic philosophy is not existentialism, at least as the word is now understood, unless one prefers to say that it is existentialism as it should be understood»»
Plus loin, il fait une analyse de la pensée de Sartre que je vous invite très sincèrement à lire dans son intégralité. Mais contentons-nous pour le moment de ce passage :
Étienne Gilson, l'Être et l'Essence a écrit :«Précisément parce que l'existence y précède l'essence, l'existant créé l'essence par ses choix libres, et c'est là que la doctrine me devient si difficile à suivre que je soupçonne une lacune grave dans le peu d'intelligence que j'en ai. Car de quoi parle-t-on en parlant ici de l'homme ? S'il s'agit de l'individu, j'admet que je me définisse moi-même par mes libres choix successifs ; c'est même là l'essentiel de la morale personnelle, mais je ne me définis moi-même qu'à l'intérieur des limites d'une essence, celle de l'homme, qu'il n'est pas question pour moi de créer. La remarque est si simple qu'il n'est pas possible que J.P. Sartre ne l'ait pas prévue. C'est pourquoi je me contenterai d'avouer mes difficultés comme des incompréhensions plutôt que de les présenter comme des objections.»
Remarquez la dernière phrase, je pense qu'elle peut vous être un enseignement profitable ;)

Il serait tout de même étonnant que Gilson n'ait pas vu que sa doctrine était là même que celle-là même qu'il disait ne pas comprendre, celle de Sartre, car, selon lui, beaucoup trop facilement réfutable. Faisant ce constat, vous pourriez, vous aussi, avouer votre incompréhension de Gilson plutôt que de présenter vos très réfutables remarques comme des objections.

Et enfin, pour revenir à cette phrase que vous citez du "Thomisme" de Gilson et dans laquelle vous croyez lire de l'existentialisme sartrien, je vous invite tout simplement à lire ce qui entoure cette petite phrase, c'est-à-dire, tout le livre.

Vous comprendriez que chez Gilson l'exister c'est l'acte par lequel une substance est faite un existant. Or une essence n'est, au sens plein, n'est réelle, que lorsqu'elle a l'être en vertu de son acte d'être, l'existence.

Revenons plus précisément à cette petite phrase :
Étienne Gilson, Le Thomisme a écrit :« Il est impossible que la détermination d’un acte d’exister lui vienne du dehors, c'est-à-dire d’autre chose que de lui-même »
Qu'est-ce que cela signifie chez Gilson ?

Gilson nous rappelle qu'il s'agit d'une "règle générale" que «dans tout rapport de déterminant à déterminé, le déterminé se tient du côté de la puissance, et le déterminant du côté de l'acte». Or, continue-t-il, dans le cas de la composition d'essence et d'existence, la règle ne s'applique pas.

Ce qui détermine l'exister ne peut pas être un pur néant, c'est donc de l'être, et une chose n'est qu'en vertu d'un acte d'exister. La détermination d'un acte d'exister ne peut donc provenir que d'un acte d'exister. C'est en ce sens que Gilson dit : Il est impossible que la détermination d’un acte d’exister lui vienne du dehors.

Quel est l'essence de cet acte d'exister ? Quel est sont "but" pourrait-on dire ? Faire être une essence particulière (et non l'esse pur, bien évidemment) !

L'essence de l'actus essendi est d'être une essence.

L'acte d'être est déterminé par sa puissance, l'essence qu'il actualise.

Nous sommes totalement à l'opposé de l'existentialisme sartrien chez qui l'existence déterminé l'essence.

Chez Thomas d'Aquin, le Thomas vu par Gilson (et qui me semble être bel et bien Thomas), c'est bel et bien l'essence qui détermine l'existence, sachant que cette essence est ce que l'existence amène à être et que donc elle contient.

La critique que vous faites de Gilson porterait si dans le cas de la composition de l'essence et de l'existence, nous restions dans les règles attendues des rapports entre puissance/acte et déterminé/déterminant.

Et c'est bien parce que dans la composition d'essence et d'être la règle s'inverse, si l'on puis dire, que la critique ne porte pas.
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Amfortas
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Re: Essence et existence

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jeanbaptiste a écrit :

Je vous le répète, vous mélangez deux concepts bien différents uniquement parce qu'ils ont le même nom : l'existence de Sartre n'est pas l'existence de Gilson.


Tout existentialisme part du principe que l’existence est a priori inconcevable et qu’elle ne devient concevable que lorsque le sujet la conçoit. (concevoir au sens propre et figuré).

Raison pour laquelle Gilson avait écrit dans « Being and some Philosophers » :

“existence itself cannot possibly be conceived”. (p. 3)

“L’existence elle-même ne peut être conçue”

Il n’est donc pas surprenant que deux existentialistes produisent deux concepts différents au sujet de l’existence, puisque chacun a usé de sa propre subjectivité pour cela.

Et le problème est bien là : chez l’existentialiste l’existence est conçue subjectivement, elle est une procréation. Ce qui revient à dire que l’existence qui n’a pas encore été conçue est un néant.


Ainsi dans l'Être et l'Essence il explique dans un appendice que s'il avait à réécrire l'ouvrage il utiliserait «sans hésiter» le mot étant pour traduire ens, ce qui est, et réserverait le mot être pour désigner ce que Thomas nomme esse ou actus essendi, l'acte en vertu duquel un étant est actuel.


Ce qui aurait été maladroit, puisque l’actualité est une modalité de l’existence, et non l’existence elle-même.

Et parmi ces périphrase nous avons le mot existence qui désigne chez Gilson non pas la vie d'une personne, ses actes, ses choix, ses amours, ses haines, mais l'actus essendi, l'acte d'être.


Eh bien c’est une grosse maladresse, car réduire l’existence à un « se faire » ou réduire l’existence à l’une de ses modalités, c’est toujours perdre en généralité et ce n’est plus traiter de l’existence. Par où l’on retrouve dans ces réductions arbitraires la subjectivité existentialiste.



Étienne Gilson, Être et Essence a écrit:

La seule chose dont je sois sûr, à propos de l'existentialisme, c'est que je ne sais pas ce que c'est. {Je ne connais pas} deux métaphysiciens qui entendent au même sens le mot "existence". (...)



Le problème ici c’est que Gilson admet implicitement que l’existence relève de la problématique du sens, se faisant il avoue son existentialisme. Dans le cas contraire il n’aurait pas parlé de différence des sens, mais il aurait carrément affirmé l’inanité de chercher un sens à l’existence, car le sens n’est pas à chercher dans l’existence, mais dans ce qui la spécifie. Alors que pour l’existentialiste le sens réside dans la conception qu’il se fait de l’existence, ce qui est radicalement différent. D’un côté la recherche du sens dans une nature objective, de l’autre l’invention d’un sens par et pour le sujet.


Étienne Gilson, l'Être et l'Essence a écrit:
«Précisément parce que l'existence y précède l'essence, l'existant créé l'essence par ses choix libres, et c'est là que la doctrine me devient si difficile à suivre que je soupçonne une lacune grave dans le peu d'intelligence que j'en ai. Car de quoi parle-t-on en parlant ici de l'homme ? S'il s'agit de l'individu, j'admet que je me définisse moi-même par mes libres choix successifs ; c'est même là l'essentiel de la morale personnelle, mais je ne me définis moi-même qu'à l'intérieur des limites d'une essence, celle de l'homme, qu'il n'est pas question pour moi de créer. La remarque est si simple qu'il n'est pas possible que J.P. Sartre ne l'ait pas prévue. C'est pourquoi je me contenterai d'avouer mes difficultés comme des incompréhensions plutôt que de les présenter comme des objections.»


Mais justement, c’est dans cette objection médiocre qu’il adresse à Sartre, qu’il commet une terrible bourde : il fait de l’essence la limite de l’individu et du même coup il fait de l’agir de l’individu sa définition. Alors que l’essence n’est pas la limite de l’individu, elle est au contraire son fondement, sa perfection et l’essentiel de sa définition ! Les « libres choix successifs » ne constituant en rien une définition de l’individu, car les accidents n’entrent pas dans la définition.

Objection médiocre, car Sartre rétorquerait que de telles limites peuvent être repoussées indéfiniment sous la pression de l’agir individuel, et c’est bien là le drame de la modernité qui croit repousser une limite alors qu’elle repousse sa perfection.

Vous comprendriez que chez Gilson l'exister c'est l'acte par lequel une substance est faite un existant. Or une essence n'est, au sens plein, n'est réelle, que lorsqu'elle a l'être en vertu de son acte d'être, l'existence.


Désolé, mais je ne comprends pas ce charabia.

Ce qui détermine l'exister ne peut pas être un pur néant, c'est donc de l'être, et une chose n'est qu'en vertu d'un acte d'exister. La détermination d'un acte d'exister ne peut donc provenir que d'un acte d'exister.


Là je comprends mieux : il s’agit de cette logorrhée existentialiste qui consiste à substituer aux catégories logiques et métaphysiques ce que Heidegger appelait des existentiaux. Ainsi il considère qu’ « exister » est à ranger dans la catégorie de l’agir. Ce qui est totalement absurde puisque que l’existence n’est ni une action, ni une passion.

Il n’y a pas d’acte d’exister, mais il y a « exister en acte » ou « exister en puissance », le terme d’acte n’est pas à comprendre dans le sens d’un agir, mais dans un sens modal.
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Re: Essence et existence

Message non lu par cracboum »

Ce qu'il y a d'effrayant dans l'essentialisme, c'est de prétendre qu'il y ait une essence qui serait la perfection que ne possède aucun des étants dont elle est l'acte, seule l'essence est parfaite, mais qu'est-ce à dire ? Qu'elle est Dieu ?
Et si elle n'est pas Dieu, comment peut-elle exister sans être actuée par une autre essence à l'infini ?
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Re: Essence et existence

Message non lu par jeanbaptiste »

Mais Amfortas vous n'avez RIEN compris.

Pour preuve cette remarque :
il fait de l’essence la limite de l’individu et du même coup il fait de l’agir de l’individu sa définition.
Gilson dit précisément l'inverse :
mais je ne me définis moi-même qu'à l'intérieur des limites d'une essence, celle de l'homme, qu'il n'est pas question pour moi de créer
Qu'est-ce qu'un individu ? C'est ce quelque chose dans l'homme qui fait que Mr. X n'est pas Mme Y ; que Mr X jeune n'est pas tout à fait le même que Mr X vieux. Et qu'est-ce qui fait cela ? Mon vécu en plus des "déterminismes" de mon essence, que je ne peux effectivement pas créer.

En tant qu'homme, qu'être humain, il y a des choses qui sont au fondement de mon être et qu'il n'est pas en mon pouvoir de changer. En tant qu'individu il y a des choses qui relèvent de mes choix personnels, de ma vie.

C'est la base de toute liberté.

C'est simple non ? Et bien c'est cela que Gilson explique ici contre Sartre : certes il y a des choses qui relève de mes choix personnels, mais je suis fondamentalement déterminé par mon essence que je ne peux pas dépasser, modifier, recréer.

Ce qui revient à dire ce que vous disiez :
Alors que l’essence n’est pas la limite de l’individu, elle est au contraire son fondement, sa perfection et l’essentiel de sa définition !
Oui, en tant que fondement de sa définition, elle limite la "liberté" humaine en matière de définition de soi.

Je peux choisir d'être athée, en tant que je suis un individu libre, mais en tant qu'être humain je ne peux pas choisir d'être un cheval.

Voilà ce que dit clairement Gilson pour peu que vous cherchiez à le comprendre plutôt que projeter sur lui votre obsession anti-existentialiste.

Vous êtes obsédé par le mot "existence", mais ce que vous ne comprenez pas c'est que ce mot a un tout autre sens dans la tête de Gilson tout simplement parce qu'il est, pourrait-on dire, de la vieille école. De celle qui connaît la longue histoire de ce concept fortement polysémique et qui, au moment de l'employer, ne dispose ni du mot "étant" pour lever toute ambiguité sur les différents sens du mot être, et n'est pas encore complètement fagocité par l'existentialisme moderne.

Continuons :

Vous dites
Ainsi il considère qu’ « exister » est à ranger dans la catégorie de l’agir.
Non. Vous ne comprenez rien car vous ne comprenez pas (vous le dites vous-mêmes) ce qui précède, et qui est pourtant simple :
Vous comprendriez que chez Gilson l'exister c'est l'acte par lequel une substance est faite un existant. Or une essence n'est, au sens plein, n'est réelle, que lorsqu'elle a l'être en vertu de son acte d'être, l'existence.
Que signifie cette phrase ? Grossièrement : qu'une essence n'est réellement que lorsqu'elle a reçu l'être. Une essence qui n'a pas d'être est, au fond, un simple concept. On peut dire très simplement, pour être encore plus grossier, mais faisons simple, que je peux m'imaginer l'essence de la licorne, ce n'est pas pour autant que cette essence est réelle. Il faut qu'elle reçoive un acte d'être, de l'acte d'être pur, l'Être pur : Dieu.

Cela paraît d'une évidence. Pourtant, étrangement, tout se passe en philosophie, ceci est un fait et votre incapacité à comprendre ce qui est mis ici en citation en est la preuve flagrante, comme si il fallait toujours rendre l'acte d'être secondaire et mettre en "première" place les essences.

En fait tout se passe comme si les philosophes mettaient de côté ce qui relève totalement de Dieu, le don de l'être, pour élever à la plus haute dignité ce qui est conceptualisable, parfaitement pensable, voire même imaginable : l'essence.

Voilà le fond du travail de Gilson. Voilà ce qui est le préoccupe, qui est un fait, et dont vous êtes la parfaite image : l'incapacité de reconnaître le miracle de l'être pour ne plus glorifier que le conceptualisable pur. Pensée qui conduit nécessairement à la philosophie moderne, celle qui n'a plus besoin de Dieu.

Je ne vous attaque pas personnellement, et je ne crois pas une seconde que vous ne glorifiez que le conceptualisable. Mais vous êtes la preuve vivante d'un thomisme qui a complètement évincé l'actus essendi de la pensée de Thomas d'Aquin pour une centration sur les essences.

Un exemple significatif sont les œuvres de Garrigou-Lagrange : on part d'une essence première et de fil en aiguille on détermine TOUT, Dieu, la morale, les hommes, la nature, dans le détails. Une pure œuvre de raison, tout est dans la raison capable de capter les essence et de les "enchaîner" logiquement. Un pur système de pensée. Au fond, ici, la pensée humaine se suffit à elle même. Toute la vérité est dans cette enchaînement logique.

C'est oublier le miracle véritable que la raison peut approcher mais non pas conceptualiser : le miracle de l'être (pour reprendre l'expression de Arendt), le fait que les étants soient. Le fait qu'il y ait de l'être.

Vous allez me dire : oui, d'accord, mais là n'est pas la question.

Et bien si. Là est précisément la question. Le premier n'est pas une essence de laquelle découlerait toutes les essences, dans un pur jeu intellectuel et conceptuel.

Le premier c'est l'Être, le premier c'est le miracle, le premier c'est le mystère. Et Il n'est pas que premier "chronologiquement", mais il est premier en tout cet Être, ce miracle, ce mystère, et à tout instant.

Mais je suis sûr qu'ici vous êtes d'accord avec moi. Bien évidemment, vous êtes croyant.

Il n'empêche, vous n'arriver pas à "accorder" votre vision essentialiste du réel avec cet acte d'Être. Vous n'arrivez pas à le prendre en compte dans votre pensée "philosophique" même, voilà le problème et ce qui vous fait vitupérer contre Gilson.

En fait tout cela est d'une extrême simplicité (sauf peut-être les détails techniques sur la relation entre acte d'être et essence chez Thomas d'Aquin, mais au fond ça n'est pas ici ce qui pose vraiment problème).

Que s'est-il passé ? Inconsciemment ou non les philosophes (et théologiens) ce sont concentrés sur les essences car c'est ce qu'ils comprennent, c'est une chose que la pensée peut facilement modeler, capter, saisir. Au fond, la pensée, quand elle suit son libre cours, pense tout en terme d'essences conceptualisables.

Thomas d'Aquin a compris qu'il y avait l'Être qui dépasse toute pensée, qui dépasse la raison (bien qu'en "partie" accessible à elle). Rien de neuf ici, la Bible, les Saints, les Pères de l'Église ne nous enseignent rien d'autre.

Mais intégrer ce mystère au fond même de la part "philosophique", le domaine de la pensée, de la théologie, voilà qui était tellement peu naturel à l'homme qu'il fut bien le seul à oser vraiment le faire, et que même ses continuateurs ont tout fait pour ne pas le voir et persuader autrui que Thomas d'Aquin disait l'inverse sur ce point, que ce qu'il dit en vérité.

Bref, il y a une contradiction profonde mais bien peu visible, entre la théologie post-thomiste "essentialiste" et la Parole même de Dieu. Cette théologie nous parle bien parfois de mystères mais au fond réduit tout à de "l'essentialisable". Tout doit être logique, entendu : reproduisible par l'effort de la pensée.

Au Commencement était le Logos, nous dit-on.

OUI ! C'est ce qui fait que la Parole de Dieu est rationnelle, parle à notre raison.

Mais... le Logos était Dieu.

Et voilà le complément indispensable, voilà le Mystère insondable. Mystère encore plus profond : la Révélation est rationnelle et la dépasse dans le même mouvement, voilà ce qu'il faut tenir.

Et c'est exactement ce que nous dit Thomas d'Aquin quand, peu avant la fin de sa vie il reconnaît, après une illumination, que tout ce qu'il a écrit était de la paille à côté.

Ce qui ne l'empêche pas de continuer à écrire après cela...

Il faut tenir ces deux mouvements, à chaque instants. À bon entendeur...
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Re: Essence et existence

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Aaaaah bon ! :coeur:
Tiens, ce coup-ci j'ai tout compris !
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Re: Essence et existence

Message non lu par Amfortas »

cracboum a écrit :

Ce qu'il y a d'effrayant dans l'essentialisme, c'est de prétendre qu'il y ait une essence qui serait la perfection que ne possède aucun des étants dont elle est l'acte, seule l'essence est parfaite, mais qu'est-ce à dire ? Qu'elle est Dieu ?
Et si elle n'est pas Dieu, comment peut-elle exister sans être actuée par une autre essence à l'infini ?
Premièrement, il ne s’agit pas ici d’un essentialisme puisque les accidents de la substance sont clairement distingués de son essence, ce qui n’est pas le cas par exemple chez les monades leibniziennes.

Deuxièmement, il ne s’agit pas de la perfection divine mais de la perfection naturelle de la créature.

Troisièmement, l’essence n’est pas l’acte de la substance, mais sa « forma totius », c’est à dire sa détermination spécifique, à ne pas confondre avec sa « forma partis » ou détermination individuelle.

Quatrièmement, après avoir pris trois sens interdits, à contre-sens de la raison, vous parvenez dans une impasse...
jeanbaptiste a écrit :
Gilson dit précisément l'inverse :


Citer:
mais je ne me définis moi-même qu'à l'intérieur des limites d'une essence, celle de l'homme, qu'il n'est pas question pour moi de créer


Et là encore il trahit son existentialisme, puisque son « pour moi » se veut normatif, et que si « pour lui » il y a là un sens interdit, « pour un autre » il n’y en a pas nécessairement. Chez lui l’essence n’est pas la détermination spécifique, mais la reconnaissance subjective d’une limite.

D’autre part son « se définir à l’intérieur» ne laisse planer aucun doute sur le fait que l’essence est exclue de la définition du sujet, ce qui est une remarquable absurdité dans la plus pure veine existentialiste.
jeanbaptiste a écrit :

Qu'est-ce qu'un individu ? C'est ce quelque chose dans l'homme qui fait que Mr. X n'est pas Mme Y ; que Mr X jeune n'est pas tout à fait le même que Mr X vieux. Et qu'est-ce qui fait cela ? Mon vécu en plus des "déterminismes" de mon essence, que je ne peux effectivement pas créer.

Non ce qui fait que vous individu, vous êtes différent de moi, autre individu, c’est votre forme personnelle, votre « forma partis » : vous êtes un individu unique, différent de tout autre, par votre âme.

A ce compte là, et à ce compte-là seulement, l’individualité est objectivement fondée. Sinon ce sont les délires subjectivistes qui affirment par exemple que l’individu est ce qu’il pense et ce qu’il fait.

Vous faites erreur en incluant les accidents inhérents à l’individu dans la définition de l’individu elle-même, comme d’ailleurs bon nombre d’existentialistes.
jeanbaptiste a écrit :
Oui, en tant que fondement de sa définition, elle limite la "liberté" humaine en matière de définition de soi.
Au sens premier, elle ne limite pas la liberté humaine, puisque la liberté de l’homme est inscrite dans son humanité : il est dans l’essence de l’homme d’être libre. Par conséquent, au sens premier, elle ne la limite pas, puisqu’au contraire elle la produit.

Ceci est un point capital, contre tout existentialisme : l’individu ne doit sa liberté qu’à sa nature, il n’est libre que parce qu’il est d’une essence supérieure : humaine ou angélique.

Au sens second, elle ne la limite pas à proprement parler, mais on peut cependant dire qu’elle ne peut pas produire une liberté d’un niveau supérieur à ce qu’elle est elle-même : la liberté humaine ne peut jamais atteindre la liberté angélique. La limite ne provient donc pas de l’essence elle-même, mais de l’existence d’une essence qui lui est supérieure.
jeanbaptiste a écrit :
Que signifie cette phrase ? Grossièrement : qu'une essence n'est réellement que lorsqu'elle a reçu l'être.
Eh bien c’est totalement faux, car l’existence n’ajoute strictement rien à la perfection de l’essence, et c’est bien dans cette erreur que sont tombés tous les partisans de la preuve ontologique (Descartes, Leibniz et Hegel notamment), dénoncée justement par Saint Thomas d’Aquin.


Rappelons brièvement le schéma de cette preuve :

1) Définissons une essence : l’essence ayant toutes les perfections

2) Puisque l’existence est une perfection alors cette essence a aussi l’existence

3) Conclusion : cette essence existe


C’est sur ce schéma démonstratif là, le schéma de Saint Anselme, que l’existence de Dieu pourrait être prouvée.

Or cette preuve n’est pas valide (point 2), car l’existence, de soi, n’a pas et n’est pas une perfection, elle n’a de perfection qu’après avoir été spécifiée par une essence et avoir ainsi été déterminée à un rang de perfection dans l’ordre ontologique.

Le dieu existentialiste est donc un faux dieu. Ce qui du coup renforce le crédit de l’existentialisme athée d’un Sartre par exemple, beau résultat...

jeanbaptiste a écrit :

Une essence qui n'a pas d'être est, au fond, un simple concept.


Un concept en Dieu, un simple concept ? la divinité, l’angélicité et l’humanité de simples concepts ? :rire:
jeanbaptiste a écrit :
On peut dire très simplement, pour être encore plus grossier, mais faisons simple, que je peux m'imaginer l'essence de la licorne, ce n'est pas pour autant que cette essence est réelle. Il faut qu'elle reçoive un acte d'être, de l'acte d'être pur, l'Être pur : Dieu.

D’abord cette essence imaginaire n’est pas en Dieu, mais en vous, et ensuite elle ne sera pas plus parfaite du fait d’avoir reçu l’existence actuelle, et je vous renvoie à la faille de la preuve ontologique que nous avions évoquée plus haut.
jeanbaptiste a écrit :
Et bien si. Là est précisément la question. Le premier n'est pas une essence de laquelle découlerait toutes les essences, dans un pur jeu intellectuel et conceptuel.


Ce n’est pas un jeu, car les essences réelles, comme l’humanité, ont bien été créées par Dieu, et toute la loi divine est bâtie dessus. Par exemple le message évangélique ne s’adresse ni à des animaux, ni à des anges, il s’adresse à des hommes.
jeanbaptiste a écrit :

Il n'empêche, vous n'arriver pas à "accorder" votre vision essentialiste du réel avec cet acte d'Être.


Non ce n’est pas que je n’ai pas réussi à l’accorder, c’est que j’ai considéré cet « acte d’ Être » pour ce qu’il était, c’est à dire une supercherie, du même acabit que les nouvelles catégories existentialistes appelées « existentiaux ».

Être ne relève pas de l’agir du sujet, c’est une erreur de catégorisation de dire ça. Mais « Être en acte » oui là cela a un sens, car cela exprime une modalité de l’être.

jeanbaptiste a écrit :
Et c'est exactement ce que nous dit Thomas d'Aquin quand, peu avant la fin de sa vie il reconnaît, après une illumination, que tout ce qu'il a écrit était de la paille à côté.


Et humblement il faut bien constater que beaucoup n’arrivent pas à la cheville de « cette paille », toujours enseignée dans les séminaires d’ailleurs...

Par ailleurs l’encyclique "STUDIORUM DUCEM" (1923) sur « La conduite des études avec Saint Thomas d’Aquin » rapporte que le Christ lui-même a dit à Saint Thomas :

« Thomas, tu as bien écrit de moi, quelle récompense attends-tu de moi pour tes efforts ? »

Et lui a répondu : « Vous seul, Seigneur »
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Re: Essence et existence

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Bonsoir Amfortas,
je n'arrive pas à comprendre qu'elle sorte d'existence peut avoir une essence créée.
S'agissant des anges, chacun etant une essence, leur essence existe en tant qu'esprit libre, intelligent et voulant, donc des sujets de relation, des personnes. Mais qu'elle sorte d'existence peut avoir l'essence d'un genre, l'essence du genre humain... là je ne vois pas, sinon bien sûr dans l'esprit du penseur, ce que vous récusez.
Quand à imaginer Dieu ayant des pensées incréées dont ils ferait des essences, cela me paraît d'un tel anthropomorphisme... sans compter qu'elles ne seraient pas créées ex nihilo.
Non, je ne vois pas. :s
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Re: Essence et existence

Message non lu par cracboum »

L'essence de l'homme est d'être libre, capable d'aimer, comment une essence, perfection de l'humanité, pourrait-elle être libre et capable d'aimer sans pouvoir pécher, à moins d'être Dieu, ce qui est absurde.
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Re: Essence et existence

Message non lu par Amfortas »

cracboum a écrit :
je n'arrive pas à comprendre qu'elle sorte d'existence peut avoir une essence créée.


On pourrait reformuler votre incompréhension de la façon suivante : si l’essence spécifie l’existence alors qu’est-ce qui spécifie l’existence de l’essence ? encore une essence ?

Non ce serait tomber dans une régression à l’infini : l’essence de l’essence de l’essence etc… et à ce compte là les existentialistes auraient raison.

Ce qui spécifie l’existence d’une essence finie c’est Dieu lui-même, ou si vous préférez l’Essence divine, Essence infinie.

De façon analogique : qu’est-ce qui spécifie l’existence de tel concept que vous avez présent à l’esprit ? C’est votre esprit… C’est votre esprit qui détermine ou plutôt forme un concept. C’est d’ailleurs pour cela que l’on distingue le concept objectif c'est-à-dire le contenu du concept, contenu universel, du concept subjectif c'est-à-dire le concept existant de façon singulière dans votre esprit, après que celui-ci l’ai formé.

Ceci est un point important pour comprendre par exemple pourquoi une vérité universelle est en puissance d’être comprise par tout le monde et pourquoi actuellement elle ne l’est que par quelques uns.

Parce que le contenu du concept a beau être universel, encore faut-il que l’esprit soit apte à le former, or ce n’est pas le cas de tout le monde. Certains hommes sont inaptes à former des concepts philosophiques ou scientifiques, mais cette inaptitude de certains ne remet pas en cause l’universalité du contenu.

Et ce qui est admirable dans l’exemple du Christ, c’est qu’il pallie à cette inaptitude intellectuelle de certains, en incarnant la Vérité : « Je suis la vérité… » (Jn 14.6)

Vérité qui est donc désormais à la portée de tous, elle en devient tangible et ne nécessite plus une impossible envolée intellectuelle vers les Cieux, l’Intellect divin s’est fait chair et s’est mis à la portée de tous.

C’est la solution divine pour toucher tout le monde, les savants comme les ignares, les surdoués comme les sous-doués.
cracboum a écrit :

S'agissant des anges, chacun etant une essence, leur essence existe en tant qu'esprit libre, intelligent et voulant, donc des sujets de relation, des personnes. Mais qu'elle sorte d'existence peut avoir l'essence d'un genre, l'essence du genre humain... là je ne vois pas, sinon bien sûr dans l'esprit du penseur, ce que vous récusez.



Attention, là vous confondez l’existence de l’essence angélique avec l’existence de l’Ange, ce sont deux existences différentes, il n’y a qu’en Dieu que l’existence de l’essence divine est identique à son existence.

Par exemple il y a la Gabrieleté d’une part, c'est-à-dire l’essence de l’Archange Gabriel et puis il y a Gabriel d’autre part, c'est-à-dire le composé entitatif formé de son essence, la Gabrieleté, et de son existence.

Au moment de la révolte des Anges, Gabriel choisit le camp de Dieu. Ce choix n’était pas inscrit dans son essence, ce choix était un choix relevant de son existence, un choix existentiel.


cracboum a écrit :

Quand à imaginer Dieu ayant des pensées incréées dont ils ferait des essences, cela me paraît d'un tel anthropomorphisme...



Au contraire c’est du théomorphisme, car n’oubliez pas que si nous sommes à l’image de Dieu ce n’est pas par notre corps, mais par notre intellect. Alors que les païens grecs et romains faisaient véritablement de l’anthropomorphisme en imaginant un panthéon de dieux et de déesses ayant des formes corporelles, animés de passions amoureuses et guerrières, forniquant les uns avec les autres, fomentant des complots etc…

cracboum a écrit :
Localisation: hein! quoi? ou suis-je? L'essence de l'homme est d'être libre, capable d'aimer, comment une essence, perfection de l'humanité, pourrait-elle être libre et capable d'aimer sans pouvoir pécher, à moins d'être Dieu, ce qui est absurde.
Grossière erreur que vous faites là, car l’essence ne détermine pas tout, notamment les accidents de la substance, qui varient suivant les individus. Ainsi l’essence humaine spécifie l’existence humaine et la détermine à être libre, ce qui est déjà une perfection en soi, mais elle ne spécifie pas l’usage que va faire chaque individu de cette liberté.
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Re: Essence et existence

Message non lu par cracboum »

Bon, si j'ai bien compris (pure hypothèse), les essences n'ont qu'une existence virtuelle hors de Dieu mais réelle en Dieu, d'une réalité qui, bien entendu, nous échappe en ce monde, et c'est Dieu qui leur donne d'exister dans les étants dont elles sont l'acte spécifique. L'acte sécifique d'un existant est son essence quant à sa substance, mais en tant qu'existant singulier il évolue selon des variations accidentelles, qui ne débordent pas son essence mais en exploite les potentialités. Ainsi de l'usage de la liberté.
C'est à peu prés ça ? :incertain:
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Re: Essence et existence

Message non lu par cracboum »

[quote="Amfortas"][quote="cracboum"]


Et ce qui est admirable dans l’exemple du Christ, c’est qu’il pallie à cette inaptitude intellectuelle de certains, en incarnant la Vérité : « Je suis la vérité… » (Jn 14.6)

Vérité qui est donc désormais à la portée de tous, elle en devient tangible et ne nécessite plus une impossible envolée intellectuelle vers les Cieux, l’Intellect divin s’est fait chair et s’est mis à la portée de tous.

C’est la solution divine pour toucher tout le monde, les savants comme les ignares, les surdoués comme les sous-doués.

Le Christ est venu pour moi ! Youpiiiiiii ! :applaudi: :applaudi: :applaudi: :applaudi: :applaudi:
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