De l'analogie

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cracboum
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Message non lu par cracboum »

Merci Olivier pour ce précieux conseil, ça me fait deux livres à acheter avec "La souffrance de Dieu" de F Varillon.
L'unité de la souffrance et de la béatitude est le secret de Dieu, comme le don de sagesse surpasse celui d'intelligence. P. Varillon
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En attendant mieux, voici une introduction au livre de François Varillon "La souffrance de Dieu" :
Le paradoxe d'un Dieu humble est apparu violent à plus d'un. Voici que celui d'un Dieu qui souffre l'est davantage encore. Est-il vrai que la souffrance, comme l'humilité, est au coeur de la Gloire ? Pour approcher ce mystère, (...) à la seule pensée qu'il est possible que Dieu souffre, être saisi soi-même par une souffrance qui serait, si faible soit-elle, une participation à la sienne. Car, si Dieu souffre, ce ne peut être d'une émotion vague, en quelque sorte marginale, ou qui effleure sans étreindre.
Rien n'est accidentel en Dieu. Si Dieu souffre, sa souffrance a la même dimension que son être et que sa joie. Dimension sans dimension. Sans limite. Infinie. Au coeur de l'Essence et selon l'incommensurable ampleur de son rayonnement. (...) l'expérience d'une participation à la souffrance de Dieu (...) ne peut être qu'une théopathie. Au double sens du mot: non seulement " souffrir Dieu ", comme tous les mystiques (...) mais souffrir sa souffrance (...) Pour parler d'un Dieu qui souffre, [je dois] me résigner à souffrir de ne pas souffrir, veillant seulement à ne jamais me complaire en ce qui serait augmentation de connaissance (...) Dostoievski était malade d'émotion devant la toile de Holbein, au musée de Bâle, représentant le corps décomposé du Christ détaché de la croix! A cet instant le grand romancier échappait à ce qu'il appelait le "terrestre ordre normal ", entendant par là l'équilibre facile de l'existence en sa banalité, privée de tragique, de profondeur et de mystère. Si du moins j'étais frappé en plein visage, et mon lecteur avec moi, par la gravité du visage de Dieu ! Cela doit être possible. (...) L'Image d'un Dieu impassible qui surplombe dans une olympienne sérénité le mal et le malheur du monde subsiste et vit d'une vie secrète dans les profondeurs de l'inconscient de l'humanité. Impassible, cela veut dire insensible, donc indifférent (...). Comment croire que Dieu est Amour, s'il faut penser que notre souffrance ne l'atteint pas dans son être éternel ? Quand je pleure ou me dégrade, est-il "marbre absolu "?
L'amour est vulnérable, mais une nature parfaite ne l'est pas. Or Dieu est parfait, sauf à ne pas être vraiment Dieu. Aussi bien, pour plus d'un, l'image d'un être que rien ne peut blesser se juxtapose, non sans susciter une sourde révolte, la réalité historique d'un Christ fraternel qui a souffert et qui est mort sur une croix. La souffrance du Christ, loin d'atténuer le scandale de l'impassibilité du Père et de l'Esprit, semblerait plutôt l'accroître. Car ce n'est pas seulement la douleur des créatures qui serait impuissante è émouvoir l'éternel, mais celui que le Père a envoyé, le Fils fait homme, aurait pu agoniser jusqu'à suer du sang sans qu'en son être immuablement bienheureux l'Absolu ait douloureusement vibré! Jésus d'ailleurs n'a souffert qu'un temps, la douleur humaine est de tous les temps. C'est maintenant que j'ai mal, c'est autrefois qu'il a porté sa croix. Il est maintenant glorieux. Au chevet du cancéreux dont la face est rongée et qui respire interminablement, l'épouse la plus chrétienne peut laisser échapper cette plainte qu'il serait bien imprudent de qualifier de blasph&egrav;me: " Pour le Christ cela n'a duré que quelques heures, pour toi ce sont des mois! " Dérision tragique, quand on entend cela, du moindre essai d'argumenter sur le rapport de l'éternité et du temps! Rien ne peut faire qu'à l'heure où je plie sous le fardeau, le bonheur de Dieu et de son Christ ne soit imaginé comme étant sans défaut. Puissance de l'inconscient! Ténacité des fantasmes qu'il suscite! Si les gens savaient... que Dieu `'souffre" avec nous et beaucoup plus que nous de tout le mal qui ravage la terre, bien des choses changeraient sans doute, et bien des âmes seraient libérées" (...)
Dans l'ordre de l'être, la souffrance est une imperfection. Dans l'ordre de l'amour, elle est le sceau de la perfection (p. 71). Jésus avait touché le fond de la douleur des hommes en épousant sur la croix leur solitude. Il ne savait pas, disions-nous, que le Père partageait sa souffrance: aspect abyssal de la kénose. Mais ce qu'alors le Père partage, c'est, plus profonde que toute autre souffrance, la solitude du Fils. Car il sait que le Fils ne sait pas, et son amour, en le retenant d'intervenir, atteint la cime de sa puissance: c'est, la lettre, la Toute-Puissance. (p.74) Si Dieu souffre, c'est de trop aimer (p. 76
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Message non lu par cracboum »

Pardon, introduction de C. Heriard, dans Chemins de lecture.
Cet écart entre la logique de l'être et celle de l'amour me fascine. On dirait deux lignes parallèles. Je ne vois pas encore comment les faire se rencontrer, mais j'espère bien que Glotin + Varillon vont m'y aider, ce qui me permettrai aussi de répondre à la question de Le bon seb, ce qui est la moindre des choses, vu le mal qu'il se donne.
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Message non lu par cracboum »

Impossible de trouver "La souffrance de Dieu" de Varillon!!!
La librairie catholique m'a quand-même dit qu'ils allaient essayer de la trouver.
Apparemment ce n'est pas un thème porteur.
Touche pas à ma retraite éternelle. :furieux:
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Message non lu par cracboum »

Il est raisonnable Le bon seb ! Plus raisonnable tu meurs. Vous savez quoi ? Vous finirez Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
La librairie catholique m’a téléphoné qu’ils ont trouvé « La souffrance de Dieu » éditée avec d’autres œuvres de Varillon. Il n’a jamais été inquiété par la Congrégation susdite, pas plus que d’autres Jésuites allant dans le même sens, car sa pensée a été interprétée comme un encouragement pour les personnes qui souffrent, sans avoir de prétention doctrinale. Donc, je ne suis pas sûr d’avoir matière à faire dévier plus avant cet excellent fil.
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Message non lu par cracboum »

OK, mais va falloir attendre parceque j'habite à 60 km de ma librairie catholique, et je n'aurai une occasion d'y aller qu'à la fin du mois, sauf si j'y vais exprés car je suis aussi curieux que vous de connaître le fond de sa pensée.
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:mdr:
Mais aussi pourquoi Lima ?
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Message non lu par cracboum »

Bonsoir Le bon seb, je vous résume ma lecture du premier chapitre de « La souffrance de Dieu » de Varillon.

La pensée de Varillon, dans laquelle je me reconnais, est d’inspiration mystique, elle trouve son espace au-delà des limites de la raison :

« J’écouterai l’enseignement des philosophes et des théologiens : quand leur raison raisonnante n’en vient pas à se retourner contre l’esprit, ils avertissent, sans pour autant glisser au fidéisme, qu’une science de Dieu s’achève nécessairement en nescience ».
« Croire en un Dieu qui souffre, c’est rendre le mystère plus mystérieux, mais de façon plus lumineuse,. C’est chasser une fausse clarté pour lui substituer « « d’éclatantes ténèbres ».

Et trouve son expression dans le paradoxe qui subordonne une vérité limitée au mystère ou la vérité n’est pas limitée mais ne peut être que suggérée :

«  La plus haute béatitude, celle de Dieu, loin d’exclure la souffrance l’implique mystérieusement ».

Certes, dire que Dieu souffre est un anthropomorphisme, mais dire qu’il est impassible aussi :

«  Un Dieu impassible ? Un Dieu qui souffre ? De quel côté l’anthropomorphisme est-il le plus redoutable ? Si une approximation doit être préférée, que ce soit la plus digne de Dieu ! On n’en décidera pas sans descendre au plus profond de l’homme ou le cœur et l’esprit sont dans la foi étroitement conjoints« .
« Car si Dieu souffre, sa souffrance a la même dimension que son être et que sa joie. Dimension sans dimension. Sans limite. Infinie.. Au cœur de l’Essence et selon l’incommensurable ampleur de son rayonnement ».

On ne peut donc comprendre la souffrance de Dieu qu’en souffrant de sa souffrance (au même degré qu’aimer se son amour) :
« Je ne puis vouloir positivement, ni même désirer, faire l’expérience d’une participation à la souffrance de Dieu. Elle ne peut être qu’une théopathie. Au double sens du mot : non seulement « souffrir Dieu », comme tous les mystiques, mais souffrir sa souffrance, », en sorte que cette expérience ne soit pas le résultat d’un effort de l’homme en quête de l’indicible, mais une participation par l’action de l’Esprit-Saint dans le moi profond ou Dieu habite.
Dans le deuxième chapitre Varillon traite des paradoxes dans la Bible. A bientôt.
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Dieu dans la Bible.
La lecture juive et la lecture chrétienne de la Bible s’accordent à montrer un Dieu pathétique, incertain, sujet aux émotions, au repentir, un Dieu source de toute joie et un Dieu désolé, un Dieu Esprit et un Dieu sensible ;

« La ruah de Dieu désigne la dimension spirituelle la plus élevée, la plus détaillée, mais aussi la vie psychique dans ses contradictions ultimes. Cela n’a été possible que dans une conception pathétique de l’Esprit ».
« Ce n’est pas le Dieu des principes universels, mais le Dieu de l’Unique, du moment historique. La ruah n’est pas la fixité spirituelle, mais l’émotion vitale ».
(A.Neher)

Le Dieu chrétien s’est incarné pour se dire :

« On lit parfois des pages très belles sur Dieu, ses attributs, sa grandeur, son mystère…Mais si le nom de Jésus Christ est absent, on n’évite pas le soupçon : ce que dit l’auteur, comment le sait-il ? D’où le tient-il ? « Qui m’a vu a vu le Père ». En christianisme, Dieu Est-ce que le Christ dit, montre et fait. »

« S’il n’y avait pas la souffrance du Père, faudrait-il penser que le Fils témoigne d’un plus grand amour ? Le Père et le Fils sont un (saint Jean), ils agissent ensemble, le Père est dans le Fils et le Fils dans le Père, et s’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’il aime, c’est du Père que le Fils reçoit cet amour qui inclut le don de la vie. Donner sa vie est l’acte même de la Puissance du Père ».

« Dieu n’a pas refusé son Fils mais l’a livré pour nous, dit saint Paul, et saint Jean : « Le Père a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». On ne peut croire que les deux apôtres théologiens imaginent un don froidement consenti. La vérité de Dieu s’offre bien plutôt à eux comme le paroxysme d’un déchirement, un cri fulgurant au cœur de la Trinité.
Car : « La miséricorde n’est pas un don mol de la chose qu’on a en trop, elle est une passion » (Paul Claudel.

« Il ne sera pas donné aux hommes d’image plus parfaite de Dieu, tel qu’il est en lui-même, que l’homme jésus agonisant, outragé, crucifié ».

« Dans l’encyclique Miserentissimus, Pie XI, cet homme fort, suppliait les hommes de consoler Dieu, et citant saint Augustin : « Donne-moi quelqu' un qui aime, et il comprendra ce que je dis ».
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« Le croyant qui ose évoquer, même sous forme interrogative, l’éventualité d’une souffrance de Dieu, semble passer les bornes de la provocation. La raison, déjà heurtée par l’idée d’un Dieu qui devient homme, est ici bousculée comme par un défi qui l’offense. Les attributs essentiels de l’être sont en cause : il est parfait, éternel, immuable, inaltérable, invulnérable. »
« Nier d’entrée de jeu qu’on puisse croire que Dieu souffre, c’est une tentation commune, surtout si l’on se souvient que, dés le début du IIIe siècle, saint Hyppolyte et Tertullien ont dû s’insurger contre les patripassiens qui admettaient une passion du Père. Le patripassianisme était, au vrai, une forme du modalisme : le Verbe n’étant qu’un autre nom du Père, c’est le Père qui s’est incarné et a souffert».
« La question que nous posons n’a rien à voir avec cette hérésie. Loin des vieilles controverses trinitaires et christologiques , le mot, plus que son contenu,, parle aujourd’hui à l’imagination et exhorte plus d’un à un repli systématique ».

L’autre tentation est celle du fidéisme, qui refuse le dialogue entre la foi et la philosophie. Le mystère de la souffrance de Dieu est un point particulier, mais paroxystique, d’une irréductible antinomie. Le veto de la raison ne retiendra pas le fidéiste de se fier sans critique à la Bible. Son choix est fait : le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus Christ n’est pas, ne peut pas être le Dieu des philosophes et des savants ».
« Le fidéisme est-il l’ultime ruse de l’égoïsme ou l’homme n’adore plus que ses émotions ? Est-il… un dégoût spontané du discours, comme si l’on mesurait l’incommensurable distance entre l’homme sage et le Dieu saint ? Est-il une paresse de l’esprit? Aucun fidéisme n’a droit de cité dans l’Église. Les Pères des premiers siècles ont eu le souci constant de faire droit aux requêtes de la raison, fille de Dieu. Le mot vérité avait pour eux un sens, ils ne sacrifiaient pas à l’utilité, même spirituelle. Car « Dieu est Esprit » (Jn 4,34).


C’Est-ce qui s’appelle reculer pour mieux sauter. A suivre..
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Message non lu par cracboum »

Comment comprendre le paradoxe impassibilité- souffrance de Dieu ?

Les apologistes ne récusent pas l’immutabilité de Dieu, mais affirment qu’il devient réellement et librement en Jésus Christ et ne se contente pas de paraître (docétisme).
Origène remarque que le Sauveur n’a pu subir sa Passion que parce qu’il a d’abord subi la passion de l’amour, passion de l’amour partagée par le Père. "Le Père lui-même n'est pas impassible".
« Le Père lui-même n’est pas impassible ! » reprend le P. de Lubac : « formule étonnante, admirable; dans son amour de l’homme l’Impassible a souffert une passion de miséricorde. La souffrance d’aimer au cœur de la plénitude ».Mais Grégoire le Thaumaturge, disciple d’Origène, saint Bernard, Clément d’Alexandrie et saint Thomas d’Aquin soulignent que la miséricorde de Dieu n’affecte pas son impassibilité, ce que résume la formule de saint Thomas : « la miséricorde est souverainement attribuable à Dieu, mais selon l’effet qu’elle produit, non selon la passion soufferte ».
Mais Jacques Maritain conteste cette formulation abrupte : « non seulement ce que Jésus fait, le Père le fait, mais ce que Jésus est, le Père l’est pareillement. L’amour n’est pas attribué à Dieu en raison de l’effet produit, parce qu’il est cause du bien dans les êtres, mais en raison de ce qu’il est, une perfection de Dieu, Dieu lui-même. De même la miséricorde se trouve en Dieu selon ce qu’elle est et pas seulement ce qu’elle fait, mais à l’état de perfection pour laquelle il n’y a pas de nom. »

« Fidèle à la règle de l’analogie, Maritain admet en Dieu quelque chose d’innommé et d’innommable, d’inconnaissable en propre par aucun de nos concepts, quelque chose à quoi correspond, non seulement quant à son effet mais quant à son essence, ce que la miséricorde est en nous. Tout ce qui dans la souffrance humaine est noblesse et majesté doit avoirson « éternel exemplaire » dans le sein du Créateur, et faire partie intégrante de son immuable béatitude ».

Chauds les marrons !
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Re: De l'analogie

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Essence de Dieu, Être de Dieu, paradoxes et limites de nos concepts.

« Pourquoi se refuser à mettre en Dieu une immense vie du sentiment, alors qu’on n’hésite pas à lui attribuer une immense vie de l’intelligence ? Si l’émotion humaine est liée aux conditions corporelles, il en est de même pour la pensée humaine ». (Maurice Nédoncelle).
« On déduit l’impassibilité de Dieu de la perfection de sa nature, mais toute nature est imparfaite qui doit subir d’être ce qu’elle est. Dieu se choisit : il n’est pas ce qu’il est, il Est-ce qu’il veut être ».

« Grégoire Palamas (XIVe siècle) et toute la tradition de l’Orient chrétien jusqu’à Boulgakov, distingue en Dieu l’essence, ou suressence, inaccessible et les énergies participables. Si l’être divin s’identifiait totalement avec son essence, Dieu ne pourrait sortir de soi pour agir hors de soi, la création serait impossible. Mais « si l’essence est nécessairement être, l’être n’est pas nécessairement essence ».

Dieu est donc impassible et inaccessible en son essence, mais son essence inclut la volonté de sortir de soi et de se donner, ce que montre l’antinomie trinitaire de l’essence et des hypostases, source de toute communion. « Ainsi Dieu peut-il sortir de son inaccessibilité et impassibilité pour aller jusqu’au bout de l’amour sacrificiel » (O. Clément)

« Le Verbe s’est fait chair » signifie que Dieu est devenu homme. Dire avec saint Thomas, en s’appuyant sur sa distinction de la « relation réelle » et de la « relation de raison », que le changement est tout entier du côté de l’homme, nullement du côté de Dieu, c’est peut-être sauver (une conception de) l’Être, mais c’est aussi blesser l’Amour (qui est aussi l’être de Dieu) ».

« La Trinité est la perfection de l’Unité, plus qu’une identité une plénitude, de même pouvons nous pressentir qu ‘en Dieu le devenir est la perfection de l’être, le mouvement la perfection de l’immobilité, le changement la perfection de l’immutabilité ».
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Re: De l'analogie

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« Dans l’ordre de l’être, la souffrance est une imperfection. Dans l’ordre de l’amour elle est le sceau de la perfection ».

« L’être est parfait, selon la raison, qui ne souffre ni variation ni limite, qui est absolu : Dieu a pour nom l’Absolu. Mais ce concept est purement négatif. De l’absolu on ne peut rien dire, puisque toute détermination, en le relativisant, l’annule. Mais l’absolu interdit toute relation. Mieux, il est cette interdiction même. Ainsi l’absolu, ou Dieu selon le vocabulaire religieux, ne désigne que le pur inconnaissable et, en fait de perfection, celle du vide. Vide pour toute connaissance, qui résorbe en son néant tout ce que les religions prétendent nous faire connaître de Dieu ».

« Ce n’est pas au nom d’une telle perfection, toute négative, qu’on affirmera, comme allant de soi, l’impassibilité divine. Une perfection qui limiterait Dieu, en lui interdisant de se vouloir tel qu’il veut être, implique contradiction : Dieu, s’il existe, n’est limité par rien, surtout pas par lui-même. Il n’est pas rivé à sa propre nécessité. Loin de subir, il se veut. Il est Décision d’amour. D’amour indivisiblement créateur, incarné, crucifié. Décision qui est son acte même d’exister : l’actus purus, ou l’esse, de la grande Scolastique. Dans l’actualité d’un éternel présent qui n’est pas l’éternelle fixité d’une plate identité ».

«Il semble impossible, sauf à demeurer dans les ornières toujours profonde du nestorianisme, de juxtaposer un Dieu impassible en soi à la souffrance d’une nature humaine du Christ. Nous ne dirons pas pour autant que la souffrance est l’essence de Dieu, même si les japonais, sensibles à l’aspect sacrificiel de la divinité, semblent parfois l’affirmer. Selon Kazoh Kitamori, on approche le mystère de Dieu par l’expérience du tsurasa, le « mouvement de l’action » - le « drame »- c.à d. sacrifice de soi ou d’un être cher en faveur d’autrui. Ainsi Dieu, tel que le Christ le révèle par sa mort sur la croix, est Souffrance sacrificielle dans la profondeur de son être.
Dieu ne souffre pas parce qu’il aime, il aime parce qu’il souffre : la souffrance est « tellement essentielle à la nature de Dieu qu’elle est la source même de son amour ».

« Certes, il ne faut pas durcir, en la systématisant à l’excès, la pensée du théologiens japonais. On admet qu’il y ait là une réaction saine contre une certaine théologie libérale, mais il est bien vrai, pensons-nous, que la mort du Christ nous révèle le fond de Dieu. Mais Dieu n’est pas Tragédie, il est Béatitude et se veut Amour vulnérable, ce qui est tout différent ».

« L’amour détermine l’absolu sans le relativiser, car il est l’âme de toutes déterminations sans en être aucune. Il est la positivité de l’infini libre ». (Nédoncelle
)

:bulles:
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Re: De l'analogie

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Le dialogue des contraires est constitutif de la perfection de Dieu, mais notre finitude est manifestée par l‘insuffisance de nos dialogues. Nous utilisons la règle d‘analogie à partir d‘un réel tronqué. Nicolas de Cuse a accrédité l‘idée de « coïncidence des contraires »: Quand la raison raisonnante  bute sur le « mur de la coïncidence, l’œil simple de l’intelligence, prenant appui sur les symboles, cherche Dieu au-delà.

« Le P. George Morel écrit : « Dire que Dieu est passible, ce n’est pas projeter sur lui nos propres impuissances, c’est franchir en tremblant le seuil au-delà duquel apparaît enfin que la vulnérabilité appartient à son essence, sans que d’elle nous puissions indiquer autre chose qu’une imperceptible trace ».

« Les Trois Personnes qui sont Un en être et en agir, en amour et en béatitude, puis-je croire qu’elles ne le sont pas en souffrance ? « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » Jn 3. 16. En donnant son Fils, le Père donne en quelque sorte plus que lui-même, puisque, Père, il n’est que par et pour le Fils. En livrant le Fils, le Père se crucifie lui-même. Chacune des Trois Personnes est crucifiante et crucifiée. La croix de Jésus est au cœur d’un Amour qui a éternellement forme de Sacrifice. C’est identiquement la Béatitude du Dieu très Un. Car l’amour ne connaîtrait pas la joie parfaite s’il n’allait jusqu’au bout de lui-même ».

« L’unité de la souffrance et de la béatitude, c’est le secret de Dieu. Sainte Thérèse de Lisieux l’a entrevu et a désiré y participer. Elle exprime cette « coïncidence des contraires », avec des mots très simples et d’une incomparable candeur :
« J’en suis venue à ne plus pouvoir souffrir, parce que toute souffrance m’est douce. La pensée du bonheur céleste ne me cause aucune joie, et je me demande comment il me sera possible d’être heureuse sans souffrir ».
« Je ne puis pas beaucoup penser au bonheur qui m’attend au ciel, une seule attente fait battre mon cœur : c’est l’amour que je recevrai et celui que je pourrai donner ».

FIN :ciao:
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