J'ai récemment vu une émission de la 5 ("c'est dans l'air") où un économiste faisait valoir que la dette européenne ma foi ce n’est pas si grave que cela car le reste du monde est beaucoup plus endetté que nous, donc en fait c’est l’aveu implicite que le monde entier est endetté.
Alors là ça devient ubuesque, car en effet qui dit dette, dit créanciers et débiteurs, or à ma connaissance les créanciers, nos créanciers, font bien partie du monde, non ? Donc quelque part cela voudrait dire que le monde se réclame à lui-même les fonds qu’il s’est prêté à lui-même augmenté d’un intérêt, c’est absurde, complètement absurde...
Passe encore qu’un pays soit le débiteur d’un autre, c’était le cas avec la dette des pays du tiers monde, pays pauvres débiteurs des pays riches, pays dits « développés », dette d’ailleurs en partie annulée. Mais là un endettement du monde entier vis-à-vis de lui même, c’est plus que louche, surtout que l’on est en droit de se demander alors pourquoi il n’y a toujours pas de remise globale de la dette, puisque le monde est à la fois son propre créancier et débiteur...
C’est plus que bizarre, car lorsqu’on pose le problème sainement et rationnellement, inévitablement on doit :
- identifier le(s) créancier(s) : qui réclame l’argent ? Quels sont les noms de ces personnes physiques ou morales qui prétendent avoir des titres de créances ?
- le bon droit à la créance : par exemple un voleur qui prête de l’argent volé à intérêt n’est pas dans son droit, pas plus que celui qui pratique un taux d’usure ou qui a abusé de la crédulité, donc il y a tout un questionnement moral, éthique et juridique à avoir pour déterminer si le droit à la créance est fondé en toute justice, légitimement, tout au moins légalement.
- identifier les débiteurs : qui doit payer ? les contribuables, les rentiers, les actionnaires, les entreprises, les banques... ?
- l’obligation de s’acquitter de la dette : là encore il y a toute une réflexion morale et juridique à avoir, par exemple un homme en train de mourir de faim doit-il verser les quelques sous qui lui restent à un créancier qui croule sous les écus d’or, et donc mourir pour s’acquitter de sa dette envers un richissime, ou alors doit-il garder le peu qui lui reste pour continuer à survivre ?
Eh bien ce qui est déconcertant et laisse planer de forts soupçons sur l’honnêteté de l’affaire, c’est qu’aucun de ces 4 points n’est jamais abordé sur le fond, je n’ai pas vu un seul débat d’économistes et de juristes expliquant clairement : qui réclame de l’argent, de quel droit il peut se prévaloir, qui doit payer et sur quelle base morale et juridique cette obligation a t-elle force de loi ?
Le côté obscur de la dette
- Christophe
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Re: Le côté obscur de la dette
Vaste sujet… cela étant dit, pour répondre simplement à votre question : effectivement, la plupart des États (peut-être même tous) sont endettés. Mais l'essentiel de leur dette n'est pas contractée auprès d'autres États, ce qui effectivement serait alors absurde comme vous le soulignez. Les États (c'est-à-dire les contribuables) sont essentiellement endettés auprès des banques, des marchés financiers…
On peut effectivement interroger la licéité d'un tel système qui trouve son origine dans le système de l'argent-dette. (Vous trouverez facilement sur Internet un film de Paul Grignon sur le sujet.)
Bien à vous
Christophe
PS : Je vous recommande le forum http://www.forum-eco.net/ que j'ai ouvert il y a quelques mois, qui est un peu en stand-bye mais que je devrais recommencer à animer d'ici peu de temps
On peut effectivement interroger la licéité d'un tel système qui trouve son origine dans le système de l'argent-dette. (Vous trouverez facilement sur Internet un film de Paul Grignon sur le sujet.)
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« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
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Invité
- Barbarus

Re: Le côté obscur de la dette
Christophe a écrit :
Vaste sujet… cela étant dit, pour répondre simplement à votre question : effectivement, la plupart des États (peut-être même tous) sont endettés. Mais l'essentiel de leur dette n'est pas contractée auprès d'autres États, ce qui effectivement serait alors absurde comme vous le soulignez. Les États (c'est-à-dire les contribuables) sont essentiellement endettés auprès des banques, des marchés financiers…
Alors justement nous y voilà, le marché instance impersonnelle et anonyme, aussi impersonnel et anonyme que peuvent l’être les sociétés du même nom, les marxistes parlent même du fétichisme du marché, je remarque que dans le capitalisme financier tout est anonyme, un marché paravent, des sociétés paravents, mais pourquoi donc les hommes de ce système se cachent-ils ?
Je comprends bien la manoeuvre consistant à exogénéiser la dette et faire comme si le monde dépendait du sort des marchés, comme une sorte de destin planant au dessus de lui, mais les créanciers sont bien du monde, et je crois bien qu’en remontant les fils vous y trouverez au bout les marionnettistes...
Au sujet du passage de l’endettement maison à celui de l’endettement auprès des marchés je vous livre la réponse de VGE, puisque bien évidemment en tant que grand architecte de ce tournant économique la question lui a été posé (par Holbecq), réponse que je trouve confondante d’absurdité technocratique:
Valéry Giscard d'Estaing :
La réforme des statuts de la Banque de France, adoptée sous le mandat de Georges Pompidou et lorsque j'étais Ministre des Finances, est une réforme moderne qui a transposé en France la pratique en vigueur dans tous les grands pays : il s'agissait à l'époque de constituer un véritable marché des titres à court, moyen et long terme, qu'il soit émis par une entité privée ou publique.
La possibilité du prêt direct de la Banque de France au Trésor public a généré partout où il fut appliqué une situation d'inflation monétaire permanente. Votre remarque sur l'endettement public est inexacte et révélatrice : vous semblez penser qu'une dette du Trésor public envers la Banque de France ne serait pas décomptée comme faisant partie de la dette de l'administration publique. En réalité, il y a dans ce domaine des règles bien connues qui définissent le montant des avances et prêts de l'institut d'émission en faveur du Trésor public, avances et prêts qui ont évidemment vocation à être remboursés et qui figurent de ce fait dans le montant de la dette publique. Ce que vous supposez consiste à dire qu'on aurait pu remplacer un endettement visible et structuré par une simple émission monétaire. Mais ce serait ouvrir les bras au retour à l'inflation des années 1950.
Ce qui est incroyable dans cette réponse, c’est l’invocation de l’inflation, qui n’est qu’un effet d’ajustement des prix suite à une injection de monnaie excessive dans le circuit économique, et qui donc en soi n’a rien de pathogène, pour justifier quelque chose de beaucoup plus grave qui est la perte de la souveraineté financière (le droit de battre monnaie et l’octroi régalien) et corrélativement l’asservissement de l’Etat, donc de tous les contribuables aux marchés financiers. C’est à dire que le pouvoir public n’a plus aucun levier de commande pour faire une politique de relance lorsque les choses vont mal.
Quelque part c’est hallucinant, on prend prétexte de la gabegie publique, qui est certes un mal, pour faire avaler un mal encore plus grand qui est celui de l’asservissement à des marchés financiers dont on est incapable de prédire les évolutions, dont on est incapable de maîtriser les caprices de ses barons.. Et en plus cela ne fait même pas cesser la gabegie...
Et le plus cocasse c’est qu’à la fin de sa réponse il brandit le spectre des années 50, alors qu’à cette époque là on est en plein dans les trente glorieuses : tout le monde s’enrichit, achète des maisons secondaires, et l’on fait même des enfants ! (baby-boom), les « happy days » comme disent les anglo-saxons. « Happy days » que voudraient bien connaître les générations suivantes (fût-ce au prix d’une inflation...), mais qu’elles ne connaîtront pas !
Donc là encore l’argumentation n’est pas tenable, ça donne vraiment l’impression d’un cocufiage planétaire et d’un abus de la crédulité des masses populaires. Mais encore une fois, on ne le dit pas, mais il y a forcément des gens dans tout ça qui tirent les marrons du feu, pour les créanciers, pour ceux qui ont amené les masses dans cette situation d’endettement c’est banco...
Christophe a écrit :
On peut effectivement interroger la licéité d'un tel système qui trouve son origine dans le système de l'argent-dette. (Vous trouverez facilement sur Internet un film de Paul Grignon sur le sujet.)
Oui très bon film, et injustement critiqué, puisque le principal reproche qu’on lui avait fait c’était de ne pas montrer la contre-partie de la création de l’argent-dette, à savoir la destruction de l’argent-dette : mais destruction de l’argent dette rendue impossible puisque d’un point de vue global l’intérêt ne peut jamais être remboursé...
Je ne manquerais pas de le visiter, merci de l’information.Christophe a écrit :
PS : Je vous recommande le forum http://www.forum-eco.net/ que j'ai ouvert il y a quelques mois, qui est un peu en stand-bye mais que je devrais recommencer à animer d'ici peu de temps
Re: Le côté obscur de la dette
Avé (et joyeux Noël)
S'agissant de la dette des États, les choses sont simples : depuis 1981, les hommes politiques qui se sont succédé à la tête de notre pays ont passé leur temps à dépenser l'argent public dans le cadre de budgets déficitaires, et souvent pas qu'un peu. Leur démarche était consciente : clientélisme de masse.
Après 30 ans, faut pas s'étonner.
(Pour les Etats-Unis, on peut dire la même chose ; en 2000, les comptes publics américains étaient excédentaires ; ils ont été plombés par la politique belliciste de Bush le jeune ; sans l'invasion de l'Irak, ils n'auraient pas tous ces problèmes).
La meilleure façon de maintenir sa souveraineté, c'est de gérer les comptes publics de façon responsable. Je deviens de plus en plus circonspect vis-à-vis des marchés financiers, mais de fait, ils ne font que prendre acte de l'irresponsabilité des dirigeants politiques. C'est pas les marchés qui ont commencé !
Amicalement
MB
S'agissant de la dette des États, les choses sont simples : depuis 1981, les hommes politiques qui se sont succédé à la tête de notre pays ont passé leur temps à dépenser l'argent public dans le cadre de budgets déficitaires, et souvent pas qu'un peu. Leur démarche était consciente : clientélisme de masse.
Après 30 ans, faut pas s'étonner.
(Pour les Etats-Unis, on peut dire la même chose ; en 2000, les comptes publics américains étaient excédentaires ; ils ont été plombés par la politique belliciste de Bush le jeune ; sans l'invasion de l'Irak, ils n'auraient pas tous ces problèmes).
La meilleure façon de maintenir sa souveraineté, c'est de gérer les comptes publics de façon responsable. Je deviens de plus en plus circonspect vis-à-vis des marchés financiers, mais de fait, ils ne font que prendre acte de l'irresponsabilité des dirigeants politiques. C'est pas les marchés qui ont commencé !
Amicalement
MB
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Invité
- Barbarus

Re: Le côté obscur de la dette
MB a écrit :
S'agissant de la dette des États, les choses sont simples : depuis 1981, les hommes politiques qui se sont succédé à la tête de notre pays ont passé leur temps à dépenser l'argent public dans le cadre de budgets déficitaires, et souvent pas qu'un peu. Leur démarche était consciente : clientélisme de masse.
Après 30 ans, faut pas s'étonner.
(Pour les Etats-Unis, on peut dire la même chose ; en 2000, les comptes publics américains étaient excédentaires ; ils ont été plombés par la politique belliciste de Bush le jeune ; sans l'invasion de l'Irak, ils n'auraient pas tous ces problèmes).
L’irresponsabilité que vous évoquez est une irresponsabilité politique découlant directement du régime démocratique, vous connaissez peut-être la plaisanterie des énarques à ce sujet : « les élus sont des incompétents envoyés au pouvoir par des sots ». Donc c’est tout le procès de la démocratie qu’il reste à faire.
Mais je considère que cette irresponsabilité est générale et qu’elle porte sur toute la vie politique : la législation sur l’avortement est-ce responsable ? l’islamisation de la France est-ce responsable ? l’autoamnistie sur le financement occulte des partis politiques est-ce responsable ? le côté bling-bling est-ce responsable ? l’emploi des forces armées etc...
D’ailleurs cette irresponsabilité est constitutionnelle : un dirigeant n’a pas de compte à rendre à la justice pour son action politique, fût-elle calamiteuse. (et rajoutons que le verdict des urnes n’empêche pas de berner ses électeurs une seconde fois, question d’habileté).
Mais cette irresponsabilité démocratique ne peut en aucun cas être une excuse à une autre irresponsabilité, libérale cette fois, à savoir l’irresponsabilité des marchés.
J’opterais donc pour le procès de la démocratie libérale, c’est à dire cette combinaison politico-économique où l’irresponsabilité politique vient au secours de l’irresponsabilité des marchés et vice versa.
Vous savez bien que les marchés ont structurellement des fonctionnements aberrants dont la meilleure illustration est celle des anticipations autoréalisatrices : il suffit d’une simple rumeur, même totalement infondée pour que les cours s’effondrent et que des entreprises rentables et responsables se retrouvent en difficulté, une simple rumeur... Quant à la crise des subprimes et autres produits pourris les instituts financiers n’ont pas attendu les politiques pour démarcher des individus dont ils savaient pertinemment qu’ils étaient insolvables, puis après encapsuler ces actifs pourris dans des packages jusqu’au point où même les experts ne savaient plus ce qu’il y avait dedans, c’est comme ça que par la suite les banques américaines ont refilé ces actifs à des banques allemandes, propageant la crise en Europe.MB a écrit :
La meilleure façon de maintenir sa souveraineté, c'est de gérer les comptes publics de façon responsable. Je deviens de plus en plus circonspect vis-à-vis des marchés financiers, mais de fait, ils ne font que prendre acte de l'irresponsabilité des dirigeants politiques. C'est pas les marchés qui ont commencé !
Donc non, ce coup-ci ce sont les financiers qui ont commencé et ce sont les politiques qui sont venus à leur secours en les renflouants sur notre dos ! Egalité totale dans l’irresponsabilité, les politiques comme les marchés jouent avec notre argent et avec nos vies...
Donc entre Madoff et ses montages ponzi et Bush et ses aventures militaires je ne préfère pas choisir, surtout que vue la collusion entre la politique et la finance, les deux sont faits pour s’entendre.
Mais ce qui me paraît dangereux c’est de dire : « Livrons les Etats aux marchés et à leurs rapaces, pour les rendre responsables », parce que ça ne va pas les rendre responsables, ça va les tuer et avec eux les contribuables, et à la place nous aurons une gouvernance politico-financière encore plus irresponsable. Il ne vous aura pas échappé que la frontière entre le milieu politique et celui de la finance est poreuse et que les grands barons de la politique et de la finance se soutiennent mutuellement, que par conséquent ce sont toujours les petits qui trinquent.
Donc oui je vois un danger pour ces petits, car la punition ne retombe pas sur les coupables, mais sur les petits, ce sont eux qui seront livrés corps et âmes aux rapaces de la finance.
Et je vois un cas au moins, mais quel cas !, où il est absolument nécessaire que l’Etat puisse battre monnaie de façon à procéder à des dépenses publiques d’urgence. C’est le cas justement de l’état de nécessité. Lorsqu’il y a des vies en jeu, vous ne vous posez pas la question du montant de la dépense, vous la faites, quoiqu’il arrive, pour sauver des vies.
Imaginez un peu que se présente un état de nécessité, famine, guerre, épidémie etc.. et que la puissance publique se retrouve à la merci des marchés financiers pour quémander les fonds nécessaires à la survie de sa population! Des marchés financiers totalement irresponsables moralement, et dont la survie du peuple dépendrait !
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